- il y a 6 semaines
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00:01Bienvenue dans les informés, votre rendez-vous de décryptage de l'actualité à suivre sur France Info, la radio et sur le canal 16 de la TNT.
00:09Bonjour Renaud Delis. Bonjour Agathe.
00:11Deux sujets ce matin, la tension monte à l'approche du vote du budget de la sécurité sociale en début de soirée.
00:16Que va-t-il se passer ? Et puis 120 ans après la loi de 1905, pourquoi la laïcité est-elle menacée aujourd'hui ?
00:25Pour nous éclairer ce matin, nos informés, Alex Bouillaguet, éditorialiste politique à France Info TV.
00:30L'interview politique du lundi au jeudi à 7h45. Bonjour Ali.
00:34Bonjour Agathe, bonjour à tous.
00:35Et Louis Auxalter, journaliste politique au Figaro. Bonjour Louis.
00:38On commence donc Renaud avec notre premier sujet. C'est un peu le crash test de la méthode Le Cornu à l'Assemblée aujourd'hui.
00:44Avec le vote en fin de journée du projet de loi de financement de la sécurité sociale, le fameux budget de la Sécu.
00:50Un vote au résultat très incertain qui se jouera une poignée de voix.
00:54On sait qu'outre évidemment les groupes Renaissance et Modem, notamment le Parti Socialiste aussi appelle à voter en faveur de ce texte
01:01parce qu'il a obtenu en particulier la suspension de la réforme des retraites.
01:05En revanche, les députés des groupes RN et LFI, eux, voteront contre.
01:11Que feront les députés LR qui sont assez mécontents et qui pourraient pencher vers l'abstention ou le vote contre ?
01:16Que feront les députés du groupe écologiste auquel s'est adressé Sébastien Le Cornu ces derniers jours ?
01:22Édouard Philippe, lui, a appelé son groupe Horizon à s'abstenir.
01:2634 députés.
01:27On sait qu'Édouard Philippe ne souhaitait pas voter en faveur de ce texte, en particulier à cause de la suspension de la réforme des retraites.
01:33Pourquoi finalement ce texte ne satisfait-il à la fois pas grand monde et en tout cas pas tout le monde en même temps ?
01:40Voici ce qu'on disait il y a quelques minutes sur ce plateau, celle qui était votre invitée, la secrétaire générale de la CFDT, Marie-Lise Léon.
01:45C'est un compromis. Le projet qui est aujourd'hui sur la table, ça n'est pas le budget du gouvernement, ça n'est pas non plus le budget idéal que certaines formations politiques auraient voulu avoir.
01:58Et je pense qu'aujourd'hui, il faut absolument qu'il puisse y avoir l'adoption de ce budget parce qu'il y a la suspension de la réforme des retraites qui est dedans.
02:05Ça n'est ni le budget du gouvernement, ni celui du Parti Socialiste ou d'autres forces qui ont joué le jeu de la négo.
02:12Et je pense qu'il faut qu'il soit adopté.
02:15Alors il faut qu'il soit adopté, mais c'est alors qu'il est loin d'être gagné.
02:18L'issue est donc très incertaine. Et quelles seraient les conséquences ? Quelles seraient les conséquences d'un vote favorable ?
02:23Est-ce que ça ouvrirait en quelque sorte le terrain pour Sébastien Lecornu avant la suite de la discussion du budget lui-même, du projet de finances ?
02:30Et quelles seraient les conséquences d'un vote défavorable ? On sait que du côté de Matignon, on minimise l'enjeu.
02:36Et d'ailleurs que la porte-parole du gouvernement, Maude Bréjean, a déjà fait savoir qu'en cas de rejet du PLFSS, le Premier ministre ne remettrait pas sa démission.
02:44Est-ce qu'il faut redouter les plus de sauterelles, Louis Ouzalter ? Ou finalement, si ça ne passe pas, ce ne sera pas si grave que ça ?
02:51L'an dernier, on n'a pas eu de budget, ni de l'État, ni de la Sécurité sociale.
02:53Et d'ailleurs, il y a un an, Michel Barnier était tombé sur le budget de la Sécurité sociale parce que Marine Le Pen demandait plus de concessions
02:59qu'il s'est refusé à faire. Il n'y a pas eu d'invasion de sauterelles ou de pluie de toutes sortes.
03:06C'est quand même embêtant dans la mesure où ce budget de la Sécu, certes, il contient un déficit, un trou de la Sécurité sociale
03:14qui pourrait aller au-delà de 20 milliards d'euros. Mais s'il n'est pas là, ça pourrait être 30 milliards selon les notes
03:20que le Premier ministre a commandé aux administrations pour dramatiser un petit peu la situation.
03:24Donc oui, c'est problématique économiquement avant de l'être politiquement s'il n'y a pas de budget.
03:31Ça ne veut pas dire du tout que celui-ci est merveilleux sur le fond.
03:33Plus de 20 milliards de déficit de la Sécu, ça veut dire quoi concrètement ?
03:37Ça veut dire que les médicaments, les hospitalisations, les opérations, toutes sortes d'actes de santé,
03:43ce ne sont pas les patients d'aujourd'hui qui les paieront, c'est surtout leurs enfants et leurs petits-enfants.
03:46Alors, budget déficit à 19,6 milliards d'euros, disait Stéphanie Riste sur France Info ce matin.
03:53Vous êtes dubitative à l'économie.
03:55Moi, je vois ça plutôt entre 23 et 25 milliards.
03:58Alors effectivement, ce n'est pas les 30 milliards s'il n'y a pas de budget sur la Sécurité sociale,
04:04mais enfin, ce n'est pas non plus des économies à tout craint.
04:09Donc effectivement, c'est compliqué.
04:11Il y a deux conséquences si ce soir, c'est rejeté.
04:15Il y a une conséquence première sur le texte,
04:18parce que le texte sur la Sécurité sociale, c'est plus compliqué pour le budget.
04:23C'est-à-dire que les constitutionalistes ne sont pas tout à fait d'accord entre eux
04:26pour savoir s'il pourrait y avoir une troisième lecture, donc repartir au Sénat, revenir.
04:30Et puis, il y a une histoire de timing où il faudrait une loi ad hoc.
04:33Certains disent qu'en fait, il faudrait rajouter des éléments de sécu sur le budget de l'État.
04:39Vous voyez, donc la manœuvre est assez compliquée.
04:42En tout cas, s'il est rejeté, on se dit que ça sera plus compliqué pour le budget de l'État.
04:45Et ça veut dire que grosso modo, on s'acheminerait doucement vers une loi spéciale au 31 décembre.
04:49La deuxième conséquence, elle est sur effectivement Sébastien Lecornu.
04:53On a entendu Maude Brégeon ce week-end dire, pas de démission.
04:57On comprend pourquoi.
04:58Elle ne veut pas que ce soir, le vote soit un référendum pour ou contre Sébastien Lecornu.
05:04Sauf que, lui-même l'a bien dit, il s'est présenté comme le premier ministre le plus faible de la Ve République.
05:10Si ce soir, il échoue alors qu'on le présentait comme le premier ministre le plus malin de la Ve République,
05:16capable de faire des deals en sous-main, ce serait forcément un aveu d'échec pour lui.
05:20Ça va abîmer, Sébastien Lecornu, pardon, s'il n'y a pas de vote sur ce budget, Louis Alter ?
05:24Bien sûr. Après, tout le monde est conscient que la mission est très compliquée.
05:30Les comptages allaient jusqu'hier soir et encore ce matin.
05:33Les ministères comptent, voie par voie, pour savoir quels députés seront pour ou contre.
05:39Parce que ce n'est pas seulement une question de discipline de groupe.
05:41Il y a des groupes qui pourraient se diviser.
05:42Le groupe droite républicaine de Laurent Wauquiez, le groupe Horizon d'Edouard Philippe,
05:46peut-être le groupe écologiste.
05:48Donc, on ne peut pas juste prendre les grandes masses de chaque groupe pour dire qu'il votera pour ou contre.
05:51Ça va être aussi une affaire individuelle parce que chaque député a évidemment sa liberté.
05:56Dans quelle mesure ça abîme Sébastien Lecornu ?
05:58Évidemment, ce sera un échec.
05:59Et ce sera un échec dans la mesure où les délais ensuite seront très serrés.
06:02C'est-à-dire que si le budget de la sécu n'est pas adopté cet après-midi,
06:05je rappelle qu'il y a un délai constitutionnel.
06:07C'est-à-dire que dans quelques jours, arrive l'expiration du terme prévu par la Constitution
06:12pour examiner ce texte de la sécurité sociale.
06:15Si on va au-delà de ce délai, c'est les ordonnances ou rien du tout.
06:20Sans compter qu'après, comme l'a dit Alix, il y aura le budget de l'État
06:23qui sera encore plus difficile à faire passer sur le papier
06:25parce qu'il ne contient pas l'objet politique qui plaisait aux socialistes dans le budget de la sécu
06:30qui est la suspension de la réforme des retraites.
06:32Le budget de l'État, lui, je le rappelle qu'il n'y avait qu'un seul député,
06:34il ne se trouvait qu'un seul député pour le voter en première lecture à l'Assemblée.
06:37Renaud Deli ?
06:38Je pense que plutôt le contraire, c'est-à-dire que si jamais Sébastien Lecornu échoue aujourd'hui,
06:42si jamais le texte est rejeté, ça validera plutôt son analyse.
06:45Ça confirmera qu'il est bel et bien le premier ministre le plus faible de la Vème République.
06:48Ce qu'il répète depuis qu'il est en poste, parce qu'il n'a pas de majorité,
06:51et même le socle commun, aujourd'hui le défunt socle commun,
06:55ne le soutient pas entièrement.
06:57En tout cas, on voit qu'il y a un grand nombre d'abstentions,
07:00voire certains votes contre, qui devraient se produire aujourd'hui à l'Assemblée nationale.
07:04Donc évidemment que ça l'affaiblirait politiquement,
07:05sauf qu'il n'a pas grand-chose à perdre, et il n'y a aucune raison d'ailleurs
07:08qu'il mette sa démission dans la balance, puisque si ça avait été le cas,
07:11il aurait engagé le 49-3, ou il aurait même, à la façon de François Bayrou,
07:15sollicité la confiance de l'Assemblée avec le résultat qui était annoncé d'avance.
07:19Donc je pense que Sébastien Lecornu a raison de minimiser l'enjeu,
07:21parce que de la même façon, si jamais le texte est approuvé aujourd'hui,
07:24ça ne résout rien.
07:26Le marathon parlementaire, que ce soit sur le PLFSS,
07:29et a fortiori sur le projet de loi de finances,
07:31il est encore très très loin d'être achevé,
07:33et il demeure très largement incertain.
07:35De toute façon, les délais sur le projet de loi de finances,
07:37et à Matignon, on ne se fait plus beaucoup d'illusions,
07:39ne seront pas tenus.
07:40C'est-à-dire qu'il y a l'hypothèse d'une loi spéciale
07:43pour engager les crédits à partir du 31 décembre,
07:46qui est déjà dans les tuyaux,
07:47parce qu'on voit mal comment est-ce que le projet de loi de finances
07:49pourrait être adopté avant la fin de l'année,
07:51et ensuite il y aura un nouveau débat budgétaire en début d'année prochaine,
07:53pendant la campagne municipale, comme ce fut le cas l'année dernière.
07:56Le PLFSS, il faut bien comprendre que c'est différent,
07:57parce qu'il n'y a pas de loi spéciale,
07:59il n'y a pas de filet de sécurité.
08:00C'est un texte qui est beaucoup plus récent.
08:02Le PLFSS, c'est Alain Juppé qui l'a inventé en 1996.
08:06Le problème que ça pose, si jamais le texte est rejeté,
08:09ce n'est pas un problème de légitimité politique pour Sébastien Lecornu.
08:11De toute façon, encore une fois, son poids politique aujourd'hui est extrêmement faible.
08:15C'est un problème de pilotage des dépenses publiques.
08:17Et c'est vrai que c'est là-dessus que l'exécutif a voulu mettre l'accent la semaine dernière.
08:21C'est-à-dire qu'en termes de pilotage,
08:22là il y a un risque de dérapage sur des questions de tarifs
08:24ou d'engagement de dépenses publiques,
08:26qui font que ce déficit, plutôt que de 20 milliards tel qu'il est prévu aujourd'hui,
08:30pourrait effectivement aller jusqu'à 30 milliards.
08:32Maintenant, il faut savoir que le fameux Zondam,
08:33l'objectif national de dépenses d'assurance maladie,
08:35qu'on vote chaque année, il est quand même très rarement respecté.
08:38De toute façon, il est, en règle générale, assez allègrement dépassé.
08:41Donc c'est plus indicatif qu'autre chose.
08:43Alex Buéguet ?
08:44Oui, ce qui va être intéressant, si ce texte est rejeté,
08:48c'est savoir qui va faire capoter ce texte.
08:50Il y a déjà...
08:51Qui pourrait le faire capoter ?
08:53Déjà quelques personnes, enfin quelques groupes désignés.
08:56Les Républicains, parce qu'au sein des Républicains,
08:59il y a quand même un petit enjeu.
09:00C'est-à-dire que moi, je n'ai pas le souvenir d'avoir clairement entendu
09:02la ligne édictée à ce stade par Laurent Wauquiez.
09:05On penserait plutôt abstention, voire plutôt pour.
09:08Et pourquoi pour voter ce texte ?
09:10Déjà pour éviter la dissolution forcément éventuelle,
09:13mais c'est surtout parce que Bruno Retailleau, le patron du parti,
09:16a dit que lui, il voterait contre,
09:18que pour lui, c'est un budget, un véritable hold-up.
09:21Donc vous voyez, il y a une guerre des chefs,
09:22et il y a des coups de billard à 36 bandes déjà au sein des...
09:26Des intérêts partisans qui dépassent un peu l'intérêt général.
09:28Exactement.
09:28Donc ça veut dire que les Républicains, il y a quand même une petite interrogation.
09:31Et puis le deuxième groupe qui pourrait faire capoter, c'est Horizon.
09:35Édouard Philippe a fait monter, monter, monter la pression la semaine dernière
09:38en disant qu'à ce stade, dans l'État, pour lui, c'était non.
09:41Hier soir, il l'a fait un petit peu redescendre en disant finalement
09:44qu'il plaidera pour l'abstention,
09:47tout en disant que les députés sont libres de faire ce qu'ils veulent.
09:50Et là, ça va être très intéressant,
09:52parce que si c'est à quelques voix près des voix d'horizon
09:56qui font capoter ce budget, je ne sais pas comment ça va repartir.
10:00Alors Sébastien Lecornu, vous dites pas si grave, affaibli,
10:03mais enfin bon, avec un socle commun qui n'aura plus rien de commun,
10:07et un Édouard Philippe qui aura pris son envol définitivement.
10:11Marie-Lise Léon, secrétaire générale de la CFDT, nous disait
10:13sur le terrain, les salariés leur disent « mettez-vous ».
10:17D'accord, réponse dans quelques heures.
10:19Donc dans un instant, on parle de la laïcité.
10:21Pourquoi est-elle attaquée ?
10:23Comment en parler aussi à la jeunesse ?
10:25Mais tout de suite, c'est l'Info en une minute avec Maureen Suignard.
10:28Il est 9h16.
10:30Renault va construire des voitures Ford dans le nord de la France.
10:33Les constructeurs automobiles français et américains annoncent un partenariat
10:36pour développer deux voitures électriques de citadines
10:39présentées comme abordables au niveau du prix pour contrer la concurrence chinoise.
10:44C'est un très mauvais budget, c'est un budget socialiste.
10:47C'est ce que dit Bruno Retailleau ce matin, le patron du parti Les Républicains
10:51qui appelle les députés LR à s'abstenir ou voter contre.
10:55Les députés se prononcent cet après-midi sur le budget de la Sécurité sociale.
10:59Le texte prévoit un déficit à 19,6 milliards d'euros, assure sur France Info la ministre de la Santé.
11:0667 journalistes ont été tués dans l'exercice ou en raison de leur métier cette année.
11:11Bilan fourni ce matin par Reporters sans frontières.
11:14Ils ne sont plus des victimes collatérales mais véritablement l'objet d'attaques ciblées,
11:18dénonce le directeur général de l'ONG.
11:21La moitié des journalistes tués en 2025 l'ont été dans la bande de Gaza.
11:25Et puis masculinisme, conclave et wesh, voici les trois mots les plus consultés en 2025 sur la version numérique du Robert.
11:33Le dictionnaire dévoile ce classement en cette fin d'année.
11:36France Info
11:40Les informés, Renaud Delis, Agathe Lambret.
11:48Les informés avec Alix Bouillaguet, éditeur réaliste politique à France Info TV.
11:52Louis Ouzalter, journaliste politique au Figaro.
11:55On parle maintenant Renaud de la laïcité.
11:58Comment mieux la défendre face aux attaques ?
12:00Dans ce jour anniversaire, c'était il y a 120 ans, le 9 décembre 1905,
12:04que cette grande loi de séparation des églises et de l'État était adoptée.
12:09Une loi de liberté selon son rapporteur Aristide Briand
12:12qui rompait le lien spirituel entre la religion et la République
12:16pour garantir l'égalité de tous les citoyens devant un État neutre.
12:20Ce texte consacrait de fait la laïcité comme un pilier fondamental du fonctionnement de notre République.
12:25Pourquoi est-ce que 120 ans après, la laïcité est aussi souvent malmenée, menacée, attaquée ?
12:31Et par qui ? La réponse de l'ancien Premier ministre Gabriel Attal, invité hier de France Inter.
12:36Elle est menacée par une ingérence qui veut mettre des lois religieuses au-dessus des lois de la République.
12:42Et je parle évidemment ici de l'antrisme islamiste.
12:45Elle est menacée par ceux qui cherchent à bousculer le fonctionnement de la République.
12:50Je pense notamment à toutes les pressions qui sont mises sur les établissements scolaires,
12:54sur le sujet par exemple des programmes d'éducation à la vie affective et relationnelle dans nos établissements scolaires.
13:00Souvent d'ailleurs sous couvert de religion.
13:02Et je crois qu'elle est menacée aussi par finalement une perte de compréhension de ce qu'est la laïcité,
13:08notamment chez les jeunes générations.
13:10Alors la laïcité menacée par les fondamentalismes religieux en général,
13:13et en particulier aujourd'hui par l'islamisme.
13:16La laïcité abandonnée aussi par une grande partie de la gauche qui n'en fait plus son combat.
13:22Et puis la laïcité aussi récupérée, réformée, déformée et instrumentalisée par l'extrême droite
13:27pour cibler une religion, en particulier l'islam.
13:30Pourquoi est-ce que la laïcité est attaquée de toutes parts aujourd'hui ?
13:33Et est-ce qu'elle est bien défendue d'ailleurs par l'État et au premier chef d'ailleurs par le chef de l'État ?
13:40Pourquoi la laïcité est-elle devenue une cible louée aux alters ?
13:44Parce qu'elle garantit... Enfin déjà parce que ça reste un principe assez moderne finalement.
13:50Moi je ne suis pas aussi pessimiste que Renaud quand il dit qu'elle est attaquée de toutes parts.
13:53Je pense que le principe tient quand même encore assez bien dans la société.
13:55Et notamment parce qu'au moment de la loi 1905, les principes qu'elle édite sont formalisés de manière très compréhensive et en peu de mots.
14:03C'est vraiment l'avantage d'une loi qui en peu de mots dit l'essentiel, c'est-à-dire trois principes.
14:08La liberté de conscience, le libre exercice de culte et la neutralité de l'État face à ces cultes qui peuvent être librement exercés.
14:15Et que ce soit en 1905 ou maintenant, ces principes y répondent en fait sur le papier aux enjeux posés dans la société française.
14:23Ensuite qu'est-ce qui menace la laïcité concrètement ?
14:25Déjà il y a l'émergence d'une religion qui est l'islam, qui est un peu l'éléphant au milieu de la pièce quand on parle de laïcité.
14:31Parce que quand on parle pudiquement d'atteinte à la laïcité à l'école ou ailleurs, dans la grande majorité des cas, il s'agit de la religion musulmane.
14:38Et on sait qu'un projet politique islamiste tente d'instrumentaliser les musulmans et au-delà pour en réalité combattre la laïcité.
14:45Qui en posant une neutralité de l'État face aux cultes, s'oppose à tout ce que veulent les islamistes.
14:51C'est-à-dire s'ingérer, faire en sorte qu'une religion s'ingère dans la vie publique et contrôle tous les aspects de la vie des individus.
14:59Et puis l'autre aspect, c'est vrai qu'il y a une incompréhension des jeunes générations qui est relevée sondage après sondage vis-à-vis de ce principe.
15:06Et là, ce n'est pas seulement en raison de l'émergence de l'islam.
15:09C'est surtout parce que l'influence anglo-saxonne d'un multiculturalisme anglo-saxon entraîne une exacerbation des identités.
15:15C'est-à-dire que chacun veut porter dans la société son identité, qu'elle soit religieuse ou autre d'ailleurs.
15:21Là où la laïcité tente de préserver, notamment à l'école et dans les services publics, un cadre commun qui permet à chacun, non pas, de cacher sa religion.
15:31Attention, ce n'est pas ce que la laïcité demande.
15:32Ce n'est pas censé être la chasse aux religions.
15:34Et ceux qui l'instrumentalisent pour faire la chasse à telle ou telle croyance sont complètement à côté de la plaque.
15:38Mais elle tente d'instaurer un espace minimum de compréhension et de respect mutuel pour que chacun puisse exercer sa liberté de conscience.
15:45Et ça, c'est menacé par l'exacerbation des identités.
15:49Et c'est pour ça que beaucoup de jeunes générations...
15:50Ça fait réagir ce que vous dites, Renan.
15:51C'est juste un mot sous forme de boutade.
15:53Heureusement que vous n'êtes pas pessimiste, Louis Seltier.
15:54Vous n'êtes pas autant pessimiste que vous.
15:56Ça a commencé sur une autre très légère.
15:58Non, non, je pense que le principe est encore assez bien compris globalement.
16:00J'ai une inquiétude sur les jeunes générations, c'est vrai.
16:02Après, c'est vrai que ce cadre, il a été posé en 1905, à l'époque où le catholicisme dominait.
16:07Et donc, depuis, la France est quand même devenue plurielle.
16:10Les sensibilités religieuses ont évolué aussi.
16:14Il me semble qu'elle est tout de même attaquée.
16:18Il y a naturellement la montée du radicalisme religieux.
16:22Et puis, c'est aussi devenu un totem, un marqueur politique.
16:25Aujourd'hui, beaucoup de partis se définissent en fonction de la manière dont ils se positionnent face à cette laïcité.
16:33Donc, il y a une inflation de polémiques.
16:36Certains, j'entendais le constitutionnaliste Benjamin Morel, disent qu'il faudrait une charte de la laïcité,
16:41comme il y a dans la constitution une charte de l'environnement.
16:44Parce qu'aujourd'hui, effectivement, il y a eu des évolutions.
16:47Il faudrait une nouvelle jurisprudence.
16:49Après, moi, je me dis aussi que quand on regarde, vous avez rappelé les trois principes de cette loi de laïcité,
16:54quand on regarde ces trois principes, donc la liberté de conscience, la neutralité de l'État et la non-ingérence des religions,
17:01je pense qu'il y a quand même 80% des polémiques qui pourraient être évitées.
17:05Si on prend quelques cas concrets, par exemple l'histoire des crèches, qui est une espèce de marronnier tous les ans,
17:11ben non, si on regarde la loi de 1905, non, on ne met pas des crèches dans une mairie, c'est un établissement public.
17:18Si on regarde ce qu'il y a eu récemment sur cette jeune fille voilée qui était à l'Assemblée nationale,
17:22eh bien oui, ces jeunes filles voilées peuvent se rendre à l'Assemblée nationale,
17:26elles ont un statut de visiteur, le voile est interdit pour les agents publics.
17:30Et donc, interdit pour les agents publics, il faut les appliquer.
17:32Mais oui, ça veut dire que les agents publics ne peuvent pas ni porter le voile,
17:35ni faire leur prière à leur bureau.
17:39Le burkini qui nous a occupés aussi des étés,
17:42ce burkini, oui, on peut le porter sur la plage s'il n'y a pas de trouble avéré à l'ordre public.
17:47– La baïa, après un débat politique, finalement, on n'entend plus trop parler de la baïa à l'école.
17:54– Et ça, c'est typique.
17:55– Après une circulaire, notamment.
17:56– Oui, et c'est vrai que parfois, il suffit d'en revenir juste aux fondamentaux
18:01et de dépasser les instrumentalisations politiques.
18:05C'est aujourd'hui vraiment certains partis qui prennent ça comme un étendard
18:09et comme un curseur qu'il faut absolument manier.
18:13– Mais justement, il faut distinguer la mousse et les polémiques politiciennes
18:16sur des sujets qui parfois ne relèvent pas du tout de la laïcité.
18:20Ce que vous évoquiez, par exemple, la question de la burkha,
18:23l'interdiction du voile intégral dans la rue,
18:26n'a pas été prise, la loi de 2010, au nom de la laïcité,
18:28mais au nom de la non-dissimulation du visage dans l'espace public,
18:31donc pour des questions d'ordre public.
18:33Mais il faut distinguer ça des vraies menaces qui passent aujourd'hui sur la laïcité.
18:37Et ça, ceux qui le vivent en première ligne, ce sont les enseignants.
18:39Je ne parle même pas des deux drames qu'on a tous en mémoire,
18:43évidemment, les assassinats de Samuel Paty et Dominique Bernard.
18:46Mais au-delà de ça, et on le voit, toutes les études le montrent,
18:48nombre d'enseignants disent qu'aujourd'hui, ils s'auto-censurent
18:51sur un certain nombre de sujets liés à l'enseignement de l'histoire,
18:56ou à un certain nombre d'enseignements, etc.
18:58de peur, justement, de froisser certains élèves
19:02qui font passer, de fait, leur conviction religieuse,
19:06aussi estimable soit-elle, avant l'enseignement de l'école laïque publique et obligatoire.
19:10Mais ça, ça fait des années qu'ils le disent.
19:12Sauf que ça se dégrade.
19:14Alors, ce qui est vrai, c'est qu'il y a eu, notamment à cause des deux drames
19:17que j'ai évoqués, une prise de conscience, on va dire, de l'État.
19:20Mais ça se dégrade parce que ça participe aussi de ce morcellement,
19:24cette archipélisation de la société qu'évoquait Louis Salter tout à l'heure.
19:27C'est-à-dire que cette communautarisation, elle existe auprès des jeunes générations encore plus.
19:31Ils connaissent moins ce qu'est l'universalisme
19:35dans lequel nous avons pu baigner, nous, les plus anciens.
19:38Ce morcellement à l'anglo-saxonne, il existe dans tous les modes de comportement.
19:42Et d'ailleurs, ce communautarisme, il n'est pas forcément religieux.
19:45Ça peut être aussi des attitudes qui relèvent d'une certaine forme de consommation,
19:49de mode ou autre.
19:50Tout ça participe de ce séparatisme qui va exactement à l'encontre du projet laïque
19:54qui lui est normalement émancipateur et universaliste.
19:58Donc cette réalité-là, elle existe.
20:00Le problème, c'est que bien souvent, l'État intervient certes pour faire respecter la loi de 1905,
20:06pour faire respecter la loi de 2004 sur l'interdiction des signes religieux tentatoires
20:10au sein des établissements scolaires.
20:11Mais l'État, il n'y a pas de politique active,
20:13de grande politique active, publique de la laïcité.
20:16Il y a des choses qui ont été mises en place quand même, des référents laïcités.
20:19Par exemple, le comité interministériel sur la laïcité, qui a été créé début 2021,
20:23vous savez depuis quand il ne s'est pas réuni ?
20:24Depuis décembre 2021, depuis 4 ans.
20:26Il s'est réuni deux fois en 2021.
20:28Il s'est réuni à sa création et ensuite...
20:31Ce que je veux dire par là, c'est que l'État, à chaque fois, est sur la défensive.
20:33Il est en réaction, mais il ne fait pas lui-même la pédagogie de ce qu'est la laïcité.
20:36Je renvoie juste à quelques propositions très intéressantes
20:38qui figurent dans une étude publiée par la Fondation Jean Jaurès,
20:41une étude collective extrêmement riche.
20:43Ces propositions, elles sont portées notamment par le député socialiste Jérôme Gage
20:46qui évoque la constitutionnalisation des deux premiers articles de 1905,
20:50ce qui permettrait vraiment de la protéger à jamais de toutes les influences.
20:54Ça, c'est un débat qui est porté par d'autres,
20:56qui évoque pourquoi pas la création d'un défenseur de la laïcité
20:58sur le modèle du défenseur des droits.
21:00Et on le voit, le défenseur de droit, la défenseur des droits actuellement,
21:02aujourd'hui d'ailleurs Claire Hédon, elle passe son temps,
21:04c'est son travail, sa mission à interpeller l'État
21:07sur ce qu'elle considère comme étant des infractions au droit.
21:09Il n'y a pas de défenseur de la laïcité.
21:10Il n'y a pas de ministère dédié à la laïcité spécifique
21:13et il n'y a pas non plus de grande campagne de sensibilisation
21:15auprès des jeunes générations que vous évoquiez
21:18qui ne savent pas, de fait, parce qu'on ne leur a pas expliqué
21:20ce en quoi la laïcité est indispensable
21:22dans leur vie quotidienne à eux, tous les jours.
21:26Et Jérôme Gage qui est assez seul à gauche à défendre la laïcité
21:29quand Marine Le Pen, elle, se fait le héros de ce sujet maintenant.
21:33Et ça n'est de la faute que de la gauche qui, par communautarisme, par électoralisme,
21:37a abandonné les grands fondements de ce principe.
21:40qu'elle, en effet, paraît avoir totalement oublié,
21:43alors même que, dans un autre contexte, en 1905,
21:45c'est évidemment un combat des républicains, donc de la gauche de l'époque.
21:48Souvent, d'ailleurs, contre l'Église catholique,
21:50même si ensuite un modus vivendi
21:51plus, comment dire, avec plus de paix a été trouvé
21:56entre les Églises et l'État.
21:57Ça ne s'est pas fait sans douleur.
21:58Alors, merci beaucoup, les informés.
22:01Merci, Légo Zaltère, journaliste politique au Figaro.
22:03Vous avez la une du Figaro aujourd'hui.
22:05Bien sûr, le cornu face à ce vote décisif à l'Assemblée,
22:07tous les enjeux sont décryptés dans le Figaro ce matin.
22:10À trouver dans les meilleurs kiosques.
22:11Merci, Alex Bouillaguet, éditorialiste politique sur France Info TV.
22:15L'interview politique, lundi au jeudi, 7h45.
22:18Et Renaud, merci, on se retrouve demain.
22:20Les informés reviennent ce soir à 20h avec Victor Mathet.
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