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  • il y a 14 heures
Transcription
00:00Une photo de Martin Parr arrive avec la même magie qu'un tirage dans une chambre noire, progressivement.
00:10D'abord, le cliché nous fait sourire, puis un deuxième effet plus insidieux se révèle, politique cette fois-ci.
00:17Séduire le spectateur pour mieux le dérouter.
00:21Comment Martin Parr est-il devenu le photographe contemporain le plus connu de la planète ?
00:27La rétrospective que le musée du jeu de paume consacre aux photographes disparus nous permet de le comprendre.
00:49Martin Parr se voulait d'abord un photographe documentariste.
00:53Observer le réel et le documenter.
00:55Mais très tôt, il rompt avec le photojournalisme engagé et le ton très sérieux de reporters d'images comme Henri Cartier-Bresson.
01:04Car Martin Parr se définit comme un photographe touriste et affirme « ma ligne de front, c'est la plage ».
01:11Un brin provocateur et agaçant pour la vieille garde des photographes qui le tient à distance
01:16et l'empêche d'entrer dans la prestigieuse agence Magnum qu'il finira par intégrer en 1994.
01:23Martin Parr tourne le dos au grand récit humaniste en noir et blanc et choisit de se fondre dans la masse pour observer la vie ordinaire en couleur flashy.
01:33Comme ici en 1983 à New Brighton, petite station balnéaire populaire des environs de Liverpool où il a rejoint son épouse.
01:40Ses premières photos sont d'ailleurs parmi les préférées de Quentin Bajac, curateur de cette exposition préparée avec Martin Parr lui-même avant sa mort.
01:49Après avoir passé deux ans en Irlande, il retrouve l'Angleterre, mais il retrouve l'Angleterre presque comme un étranger dans son pays.
01:55Il se dit que pour saisir ce qui lui apparaît comme cette bizarrerie de la nouvelle société anglaise, il faut qu'il y ait recours à la couleur, il faut qu'il y ait ce vocabulaire beaucoup plus contemporain.
02:08Cette poubelle, elle structure l'image, c'est elle qui est au premier plan.
02:11Dans cet environnement qui peut apparaître dégradé, on continue à vivre, à consommer.
02:16Je pense qu'aujourd'hui, quand on regarde ces images, elles sont finalement assez conformes à ce qui était son programme à l'époque et ce qu'il a toujours affirmé.
02:24Il disait non, ce n'est pas condescendant. Moi, ce qui m'intéressait, c'était de montrer que dans cette Angleterre satchérienne et dans son environnement assez délabré,
02:31qui était celui de New Brighton, il y avait tout de même un certain nombre d'hommes, de femmes, d'enfants qui prenaient un certain plaisir.
02:37Et je trouve que finalement, c'est ce qui ressort aujourd'hui de cette série, une forme de tendresse.
02:41J'irais même dire jusqu'à une forme de tendresse, une forme d'empathie dans ces images, très loin, je trouve, de la posture condescendante qui lui avait été reprochée à l'époque.
02:52N'en déplaise aux critiques, Martin Parr pose un regard curieux sur les goûts populaires.
02:56Il cultive une passion décomplexée pour le kitsch.
02:59Sa patte est tout de suite reconnaissable.
03:02Saturation des couleurs, cadrage parfois très serré, flash utilisé en plein jour, un style tout proche de la photo amateur.
03:09Martin Parr adopte la posture du complice, mi-naïf, mi-pitre, pour mieux nous séduire.
03:15Et il n'est jamais surplombant ou hautain avec ses sujets.
03:19Mais derrière cet humour, Martin Parr n'est pas toujours tendre avec ses pairs.
03:23Comme un anthropologue méticuleux, il dissèque les excès de la société de consommation et ses effets catastrophiques sur la planète.
03:30Le tourisme de masse, l'impact des nouvelles technologies sur nos comportements.
03:35Ces images sont parfois très féroces, très noires aussi.
03:37Donc l'humain est vraiment au cœur de son travail et très généralement, très majoritairement, traité de manière empathique, ou en tout cas jamais sans leçon de morale.
03:49Et ça, j'insiste là-dessus parce qu'il le disait fréquemment, s'il y a moquerie, je m'inclus totalement.
03:55Ce n'est pas seulement des autres que je ris, mais aussi et toujours de moi-même, car j'ai une empreinte carbone effroyable.
04:01Je suis le premier à être dans les avions, j'aime le shopping, j'ai mon téléphone portable et je suis sans cesse pendu à mon téléphone portable.
04:10Donc tous ces comportements que je semble critiquer chez les autres sont les miens aussi et je m'inclus totalement dans ce que je dénonce et que je critique.
04:19Mais alors, qui vise-t-il lorsqu'il appuie sur le déclencheur de son appareil ?
04:23Il dénonce la société capitaliste qui nous pousse à toujours consommer, qui nous jette dans les bras de nouvelles addictions ?
04:30Démonstration avec ses nouveaux rituels de la vie moderne, illustré par cette photo prise à Mumbai en Inde en 2018.
04:38Le smartphone était censé connecter les gens.
04:41Utilisé sans modération, il a fini par devenir un objet d'addiction, isolant davantage les uns des autres.
04:47Dans cette exposition, on recueille le testament de Martin Parr, l'ethnologue, fin observateur des métamorphoses de notre société.
04:55Il est parti en nous laissant en cadeau toutes ces photos qui nous interrogent sur notre rapport au monde.
05:01Finalement, on finit par se dire que si ces photos nous dérangent, c'est surtout parce qu'elles nous tendent un miroir cruel.
05:07Si nous reconnaissons ces regards et ces poses, c'est parce que nous les avons pratiquées nous-mêmes.
05:12Avec sa mort, on a perdu un ami, l'ami de nos défauts.
05:16Sous-titrage Société Radio-Canada
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