00:00Bad Bunny est-il l'ennemi public numéro 1 de Trump ?
00:03Impossible de passer à côté de Bad Bunny,
00:05il est l'artiste le plus écouté en 2025 sur Spotify.
00:08Il a remporté l'album de l'année au Grammy pour débitir à Mass Photos
00:11et il est d'ailleurs le premier latino à remporter ce prix
00:14avec un album entièrement chanté en espagnol.
00:16Bad Bunny a conquis le monde entier
00:18et il s'apprête à se produire à la mi-temps du Super Bowl.
00:20Mais arrêtons-nous sur ce moment.
00:30Et on a profité pour dénoncer la politique de Donald Trump
00:48et les abus d'Ice qui est la police de l'immigration.
00:50Tout Bad Bunny, ou presque, est résumé dans ce moment.
00:53Un immense artiste mais qui est aussi un opposant
00:56à tout ce que peut représenter Donald Trump.
00:58On a lu, regardé et écouté
00:59pour comprendre le phénomène Bad Bunny
01:01et remonter aux origines de son engagement.
01:19Et ses origines nous amènent à Porto Rico.
01:21Parce que pour bien comprendre l'engagement de l'artiste,
01:23il faut bien comprendre d'où il est originaire
01:25et comment fonctionne son île.
01:27Porto Rico est considéré comme un état libre et indépendant,
01:29mais associé aux Etats-Unis.
01:31Les 3,2 millions de Porto Ricains
01:33sont considérés comme des citoyens américains.
01:35Ils ont leur propre constitution et leur gouvernement,
01:38mais les questions de politique étrangère et de défense
01:40sont gérées par les Etats-Unis.
01:42Mais ils n'ont pas le droit de voter pour les élections américaines.
01:45Est-ce que vous me suivez ?
01:45Porto Rico a beau être considéré comme un état libre,
01:48il est pied et main lié avec les Etats-Unis.
01:49Et il ne peut pas appartenir par exemple aux Nations Unies
01:52ni même aux organisations locales des Caraïbes.
01:54Depuis sa découverte par Christophe Colomb en 1492,
01:57et oui, ça remonte,
01:59l'île n'a jamais vraiment été indépendante.
02:01Ce qui fait d'elle la plus vieille colonie du monde,
02:03d'abord espagnole, puis américaine.
02:05Pour bien saisir ce que dénonce Bad Bunny dans ses textes,
02:07il faut bien avoir en tête l'économie du pays.
02:10La dette publique est d'environ 73 milliards de dollars,
02:12ce qui équivaut à 100% de son PIB.
02:14Et plus de 45% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.
02:18Le pays traverse une crise économique depuis plus de 20 ans,
02:20ce qui pousse beaucoup d'habitants de l'île à aller vers les Etats-Unis pour une vie meilleure.
02:25D'ailleurs, il y a plus de Porto-Ricains qui vivent aux Etats-Unis
02:27que de Porto-Ricains qui vivent à Porto-Rico.
02:29C'est donc ici, près de San Juan, la capitale,
02:31que Bad Bunny, Benito Antonio Martinez, occasion de son vrai nom,
02:35naît en 1994.
02:37À cette époque, l'île ne va pas beaucoup mieux qu'aujourd'hui.
02:40Le système de santé s'écroule et les hôpitaux sont privatisés.
02:42Et depuis, le chanteur a vu ses plages et ses coins préférés de l'île
02:45se faire accaparer par des projets immobiliers de luxe.
02:48Les habitants se sont enfoncés dans la précarité
02:50et se sont même reculés au milieu de l'île où la vie est moins chère.
02:53Et ça, forcément, on le retrouve dans ses chansons.
02:56Comme dans l'Okepaso à Hawaï où ils chantent
03:18Cet engagement, il ne date pas d'hier.
03:24Bad Bunny ne s'est pas politisé en un claquement de doigts.
03:27Avant 2025 et son album Débitir à Mass Photos,
03:30il s'était engagé contre les violences domestiques avec ce titre.
03:33Un an plus tard, en 2019, il participe aux manifestations
03:52contre le gouverneur Ricardo Rossello, qui est accusé de corruption.
03:56Et il compose même une chanson avec les artistes Residente et Ilé,
04:00Afillando los Cuccillos, qui devient l'hymne des manifestations.
04:04En 2022, il sort un clip pour sa chanson El Apagón,
04:07sous forme de documentaire de 22 minutes
04:08qui dénonce les coupures de courant chroniques qui frappent l'île.
04:11En 2024, il appelle à voter pour Kamala Harris.
04:14Et régulièrement, il fait des appels aux plus jeunes portoricains
04:17pour aller aux urnes et voter pour la politique de leur île.
04:20Puisque l'actuel gouverneur, Jennifer González, est ouvertement pro-Trump.
04:23Et puis il y a aussi autre chose, Bad Bunny parle en espagnol
04:26et place Porto Rico sur la carte du monde.
04:29Bad Bunny chante, s'exprime et répond aux interviews
04:31quasiment exclusivement en espagnol.
04:33Et ça, c'est politique.
04:35D'abord parce que c'est totalement à rebours,
04:36des artistes pop du moment qui s'alignent sur l'anglais.
04:39Et aussi parce que Bad Bunny va encore plus loin,
04:41puisque son espagnol est souvent considéré comme incompréhensible
04:44puisqu'il utilise de l'argot de Porto Rico.
04:46Et ses origines portoricaines, il les revendique comme jamais auparavant
04:49dans son album Débitirar Mas Photos,
04:51qui veut dire j'aurais dû prendre plus de photos.
04:59L'album parle de ses racines, de la nostalgie
05:02et de sa fierté d'être portoricain.
05:03Il est sorti le 5 janvier, soit la veille de l'Epiphanie,
05:06qui est une fête importante à Porto Rico
05:08et qui s'appelle Dia de Reyes.
05:10Pour teaser son nouvel album, Bad Bunny a fait appel à Jacobo Morales,
05:13qui est un cinéaste, acteur, réalisateur et poète portoricain.
05:17Dans la vidéo, il raconte ses souvenirs de l'île
05:19et parle de son rappeur à Porto Rico.
05:20...
05:39Dès la première écoute de DTMF, il est évident que Bad Bunny opère un changement.
06:01D'abord, dans les sonorités, il explore de nombreuses musiques locales.
06:04La plénia, qui est un style de musique où on retrouve de la guitare, de l'accordéon
06:07et du pandéro.
06:08Il y a aussi beaucoup de sonorités qui font penser à la musique gibaro, qui vient tout
06:12droit des montagnes, à l'époque où les porto-ricains travaillaient dans les plantations de café
06:16et les fermes.
06:17Il reprend aussi des rythmes de salsa et de bomba, une autre musique traditionnelle de Porto
06:31Rico.
06:32Bad Bunny raconte que petit, il avait une image très vieillote des musiques traditionnelles
06:34de son île.
06:35Il était simplement écouté par ses grands-parents, mais en vieillissant, il a saisi l'impact
06:39et la portée politique de ses musiques et a décidé de les réutiliser.
06:42Par exemple, son tube Noué Bayol raconte l'exil des porto-ricains à New York et il en profite
06:47même dans le clip pour tacler Donald Trump en laissant un message en imitant la voix
06:51du président.
06:52Et son dernier album est rempli de références du genre.
07:09La mudenza raconte son histoire personnelle et familiale, la chanson Loque Paso à Hawaï raconte
07:15le statut de l'île et Tourista dénonce le tourisme de masse.
07:18Et DTMF, la chanson éponyme de l'album raconte les souvenirs de l'île de Bad Bunny et tous
07:23les habitants qu'il a vu partir ailleurs.
07:25Et si on regarde ses clips, Porto Rico est mis en avant à chaque instant.
07:28En plus de ça, il a mis en ligne sur YouTube des visualizers un peu particuliers.
07:32On ne voit pas d'extrait de clips, mais des textes écrits par un historien spécialiste
07:35de Porto Rico.
07:36Jorel Melendez-Badillo qui raconte 17 pages de l'histoire de l'île pour chacune des
07:4017 chansons de l'album.
07:41Dans Well Tita par exemple, il raconte la découverte de Porto Rico par Christophe Colomb.
07:45Dans Noé Bayol, le petit texte raconte l'histoire du drapeau porto-ricain qui a été inventé
07:49par des exilés à New York.
07:51Dans Tourista, on en apprend plus sur la révolution de Grito qui était contre la colonisation espagnole.
07:55Et dans la Mudenza, l'historien fait un point sur la situation actuelle entre l'île
07:59et les Etats-Unis.
08:00Et enfin, les concerts.
08:25Bad Bunny les a imaginés uniquement à San Juan, la capitale de Porto Rico.
08:29Et au moment de la vente des billets de sa résidence, il a décidé de réserver
08:32les 9 premiers concerts sur les 30 aux habitants de Porto Rico.
08:36La série de concerts qu'il a nommé No Me Quiero Irdeaki s'est déroulée à l'été
08:392025, entre juillet et septembre, avec une scénographie qui rappelle Porto Rico dans tous ses aspects
08:45et avec des danses et des tenues spécifiques.
08:47Et là encore, le choix de le faire l'été, ce n'est pas anodin, puisque cette saison,
08:54normalement, est désertée par les touristes à cause de la météo cyclonique.
09:11Ces concerts ont donc permis d'aider l'île dans une période plutôt creuse.
09:14On parle quand même de retombées économiques de l'ordre de 200 millions de dollars.
09:17Bad Bunny part maintenant en tournée à l'international.
09:20Il passera par Paris et Marseille en juillet prochain.
09:23Mais il ne se produira pas aux États-Unis.
09:24Il a déclaré qu'il y avait donné assez de concerts et que les Américains qui étaient
09:28intéressés par sa musique avaient pu venir à Porto Rico l'été dernier.
09:31Mais surtout, il ne veut pas que ses fans soient arrêtés par Ice à la sortie de ses concerts.
09:35À la cérémonie des Grammy Awards, où il a remporté le prix du meilleur album de l'année,
09:39il en a profité pour faire un discours anti-ice et anti-Trump.
09:42Une seule exception à sa règle, il se produit ce week-end à la mi-temps du Super Bowl
09:46pour y chanter uniquement en espagnol.
09:48Et sûrement profiter une nouvelle fois de ce moment pour dénoncer publiquement
09:51la politique de Donald Trump.
10:09et tout le monde, et ici, dans les États-Unis,
10:12les personnes qui ont travaillé pour ouvrir les portes,
10:14plus que un meilleur, plus que un meilleur, plus que un meilleur,
10:21c'est un meilleur de tout,
10:24demostrant que notre valeur et notre apportation dans ce pays,
10:27personne ne peut jamais la sortir ni le faire.
10:29Et si vous n'entendez pas ce que j'ai dit,
10:39vous avez quatre mois à apprendre.
10:43Nous avons un grand show pour vous aujourd'hui.
10:47Doya Cat est ici.
10:49Donc, stick à l'eau, et on va bientôt !
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