00:00Face à Emmanuel Lechypre, c'est Raphaël Lechand qui saute sur sa chaise pour venir débattre face à Emmanuel Lechypre.
00:07On va revenir sur les questions agricoles, entre la dermatose, le climat autour du Mercosur.
00:12On est en pleine séquence émotion dans une crise politique assez infamable.
00:16Est-ce qu'on en fait assez ? Est-ce qu'on en fait trop pour les agriculteurs ? C'est quoi votre point de vue Emmanuel ?
00:20On peut juger qu'on en fait trop, mais c'est surtout qu'on en fait mal.
00:24Et c'est bien ça le sujet, c'est-à-dire que si vous essayez de regarder un petit peu et de dézoomer sur cette crise extrêmement passionnelle
00:34dans laquelle effectivement il y a la raison froide de l'État qui s'oppose finalement à tout ce côté émotionnel qu'on ressent chez les agriculteurs.
00:45Mais la réalité c'est qu'en fait tous les maux dont souffre notre agriculture et qui lui font traverser sans doute sa pire crise depuis la fin du 19ème siècle
00:54ce sont les mêmes mots que ceux que connaissent toutes les autres entreprises et qu'en gros toutes les raisons qui ont provoqué la désindustrialisation
01:03Vous dites brande agriculteur, même combat ?
01:05Ce sont exactement les mêmes qui sont en train de provoquer ce qu'on pourrait appeler, je ne sais pas, une désagriculturisation de notre économie.
01:11C'est-à-dire qu'un, il y a un problème, alors qu'il y a purement un problème agricole, il faut reconnaître que nos filières et certaines, pas toutes,
01:19mais certaines de nos filières n'ont pas su s'adapter à la nouvelle donne des 20 dernières années.
01:23La nouvelle donne agricole des 20 dernières années c'est l'industrialisation de l'agriculture et pas à l'autre bout du monde, pas en Amérique du Sud, chez nos voisins
01:32parce que ce sont nos voisins qui nous font le plus de mal aujourd'hui.
01:34Quand vous voyez par exemple que la taille des élevages de porc a quadruplé au Danemark au cours des 30 dernières années
01:41et qu'il y a 4 fois moins d'élevages de porc, vous comprenez qu'ils sont tous plus compétitifs, prenez la même chose pour les fruits et légumes
01:46donc je ne vous refais pas la litanie de nos baisses de parts de marché, des produits importés sur les fruits et légumes, etc.
01:53Donc oui, il y a eu un modèle agricole, certaines entreprises qui n'ont pas su s'adapter.
01:59Vous rajoutez à ça le problème économique qui est le handicap avec lequel courent toutes les PME françaises en matière de coût du travail, notamment, etc.
02:06Ajoutez le handicap réglementaire avec les surtranspositions, le délire écolo, etc.
02:12qui a ruiné une partie de nos filières en matière de compétitivité.
02:17Rajoutez à ça la problématique commerciale qui fait que c'est compliqué quand vous êtes agriculteur de négocier avec la grande distrib.
02:23Vous avez une crise majeure.
02:25Tout ça, ce n'est pas de la faute de l'État.
02:28Les réglementations, c'est la faute à qui ?
02:30La fiscalité, c'est la faute à qui ?
02:31Tout le reste, ça reste quand même l'adaptabilité.
02:34Vous avez beau dire que nos agriculteurs, ils sont super aidés, qu'ils touchent presque 10 milliards d'euros de la paque, etc.
02:38Ah, attendez, parce que vous faites les arguments de Raphaël avant Raphaël.
02:40C'est bien, il fait le...
02:41Il débat tout seul, Raphaël.
02:44Prochaine fois, je reste...
02:45Non, mais non, pardon, je m'en bats.
02:48Allez-y Raphaël.
02:50On aide énormément nos agriculteurs, énormément.
02:53On est en France, on avait...
02:55Malheureusement, on n'a plus vraiment la première agriculture mondiale.
02:58On a l'agriculture de meilleure qualité, ça c'est l'ONU qui le dit.
03:03Et évidemment, on l'a aussi parce qu'elle est extrêmement soutenue.
03:07Alors, c'est vrai qu'il y a tous les mots soulevés par Emmanuel.
03:11Mais enfin, la France, c'est quand même la première bénéficiaire de la PAC.
03:14Effectivement, comme vous le disiez, c'est près de 10 milliards par an.
03:169,3 milliards sur les 55 qu'on distribue chaque année à nos agriculteurs en Europe.
03:22Vous avez une agriculture qui est du coup beaucoup moins exposée au choc de marché
03:26et que partout ailleurs, autour du monde.
03:29Il n'y a pas beaucoup de pays qui consacrent autant d'argent à leur agriculture.
03:33Vous avez aussi tout un arsenal réglementaire et politique pour protéger les producteurs.
03:40Vous avez la loi Egalim.
03:41Emmanuel parlait des négociations difficiles avec les distributeurs.
03:46On a quand même Egalim 1, 2 et 3 qui sont venus calmer les choses.
03:49L'interdiction de vente à perte.
03:52Vous avez des clauses miroirs qui sont défendues au niveau européen.
03:55Et on voit qu'avec des grands traités de libre-échange comme le Mercosur,
04:00quand même des levées de boucliers, la France est l'un des rares pays
04:03à s'opposer à ce traité de libre-échange pour défendre une fois de plus ces agriculteurs.
04:09Et encore, je dirais même au sein de l'agriculture, une certaine filière.
04:12On va recevoir le patron de la filière bovine tout à l'heure.
04:15C'est quand même principalement la filière bovine qui bloque contre le Mercosur.
04:20Car vous avez énormément d'autres filières agricoles qui profiteraient du traité du Mercosur,
04:25mais qui n'osent pas trop sortir du bois par solidarité agricole.
04:30Non mais alors, plusieurs points quand même.
04:31Raphaël, Raphaël, Raphaël, on t'a pas que l'argument politique agricole commune.
04:36C'est pas vrai.
04:38Près de 10 milliards par an, pardon.
04:40Pourquoi c'est pas vrai ?
04:40C'est pas vrai parce que c'est une aide qui est principalement attribuée à la surface,
04:44que c'est la France qui a la plus grosse surface
04:46et que proportionnellement, les autres y touchent autant.
04:49C'est-à-dire que les Allemands, les Espagnols touchent autant.
04:50Et d'ailleurs, la règle est à peu près la même,
04:52et c'est peut-être un des problèmes.
04:54C'est le 80-20.
04:55C'est-à-dire que dans tous les pays d'Europe,
04:57vous avez 80% des aides qui sont captées par 20% des exploitations.
05:01Mais pour le coup, comme c'est proportionnel à la surface,
05:04on peut pas dire que les Français soient particulièrement avantagés.
05:08Après, les lois égalies, Raphaël, il faut arrêter de plaisanter.
05:12Les lois égalies, c'est très bien ce que la grande distribution en a fait.
05:17C'est du pipeau.
05:18Je veux dire, les producteurs aujourd'hui sont aussi contraints
05:21qu'ils l'étaient il y a 5 ans, il y a 10 ans, il y a 15 ans.
05:24Là où je vous rejoins, effectivement, vous avez raison,
05:26c'est que quand vous avez des filières qui ont su s'organiser,
05:30ça se passe plutôt pas mal.
05:32Très intéressant quand même sur cette maladie.
05:35Regardez, est-ce que vous avez entendu les exploitants du Jura,
05:38de savoir manifester, hurler quand il a été question d'abattre leurs troupeaux ?
05:43Non, parce que là, vous êtes sur des secteurs, sur des filières
05:46qui sont extrêmement bien structurées.
05:48La filière des fromages, par exemple, Comté, etc.
05:51Où vous avez un choix qui est collectif.
05:53L'idée, c'était de se dire, on a toute une filière.
05:55C'était de la filière laitière.
05:56Et c'est ça qui est intéressant, c'est que là, on est sur la filière bovine
05:58et que la filière bovine n'a jamais su s'organiser.
06:01Regardez la question des abattoirs.
06:03On n'a jamais été foutu de faire en France des filières intégrées.
06:05C'est pour ça que, comme en Allemagne, par exemple,
06:07c'est pour ça qu'on a autant de problèmes avec nos abattoirs.
06:10Donc oui, il y a un problème aussi de filière qui n'a pas su s'organiser.
06:14Mais grosso modo, on ne peut pas dire que c'est parce qu'ils sont trop aidés financièrement.
06:17Non, mais la filière bovine est l'une des plus organisées de France.
06:19C'est elle qui bloque tous les traités de libre-échange.
06:23Le CETA, c'est eux qui ont bloqué, alors qu'on a trois carcasses, grosso modo,
06:26qui viennent en Europe, en France, et que tout le monde en profite.
06:31Et c'est la même chose sur le Mercosur.
06:32Après, il faut quand même tirer la sonnette d'alarme sur la productivité.
06:40Emmanuel a un peu évoqué le sujet, mais la productivité de notre agriculture.
06:44On était quand même à la première puissance agricole il y a trois ans.
06:47On risque d'être en déficit commercial cette année pour la première fois.
06:51C'est quand même assez catastrophique.
06:52On le dit.
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