00:00Il est 7h44 sur BFM Business et sur RMC Live. L'invité du Grand Entretien aujourd'hui c'est Philippe Paladzi.
00:05Bonjour, vous êtes le directeur général du groupe Casino, président de Monoprix et de Naturalia.
00:10Vous avez dévoilé le plan stratégique Renault Renouveau 2030 et le projet de renforcement de structure financière.
00:17C'est une sorte d'étape 2 dans la restructuration avec une renégociation de la dette,
00:22une réinjection de liquidités de 300 millions d'euros de la part de Daniel Kretinsky
00:27avec un objectif évidemment de baisser cette dette qui atteint aujourd'hui 1,4 milliard d'euros.
00:32Est-ce que ce matin vous êtes serein ? Est-ce que ça va suffire ? Est-ce qu'il y aura une troisième étape de restructuration ?
00:39Alors comme vous l'avez dit, nous avons lancé le plan Renouveau 2030 pour restructurer aussi également notre dette.
00:47Donc on voit déjà les résultats portent leurs fruits.
00:49Cette année 2025, nous allons augmenter notre EBITDA, donc notre rentabilité de 86 millions d'euros.
00:55C'est-à-dire que nous avons fait 111 millions d'euros d'euros d'euros en 2024.
00:59Nous faisons cette année, nous allons faire cette année en 2025, 197 millions d'euros de résultats.
01:05Donc ça c'est le premier sujet.
01:06Donc la transformation du groupe porte ses fruits.
01:10Les engagements que j'ai pris de la stratégie à 2028, nous les tenons.
01:14Nous ferons bien 500 millions d'euros de résultats en 2028.
01:17Et nous avons étendu notre stratégie à 2030.
01:20Et fort de ces résultats, fort de cette stratégie, fort de ces concepts qui fonctionnent,
01:26nous avons anticipé en toute responsabilité la restructuration de notre dette qui arrive à échéance en mars 2027.
01:34Ce n'est pas une surprise, vous le savez, mars 2027.
01:37Donc nous sommes dans l'anticipation, nous prenons le temps de négocier.
01:40Et nous espérons arriver avec nos créanciers à un accord à horizon juin 2026.
01:45Ce qui vous rassure, j'imagine, c'est que Daniel Kretinsky continue de suivre en réinjectant des liquidités.
01:51Alors exactement, on a un actionnaire de long terme qui est là depuis très longtemps dans le groupe Casino.
01:57Daniel Kretinsky croit en la stratégie du groupe, croit à la transformation du groupe,
02:03a confiance dans sa direction, a confiance dans son management.
02:07Et il a décidé d'apporter 300 millions d'euros d'injections dans le capital,
02:11bien sûr sous réserve d'accords avec les créanciers.
02:15Donc ça me rassure, ça rassure tous nos salariés.
02:19C'est un investisseur de long terme et il a compris, plus que tout le monde, je crois,
02:25la valeur des marques du groupe Casino.
02:28Le marché est compliqué.
02:29Le groupe Casino aujourd'hui a été beaucoup rétréci.
02:32Ça faisait partie évidemment du projet de restructuration.
02:353% aujourd'hui de part de marché pour l'ensemble du groupe.
02:38Vous êtes devenu petit face à Leclerc et Carrefour.
02:41Comment vous visualisez aujourd'hui dans le marché ?
02:44Est-ce que cette stratégie aujourd'hui va suffire à fabriquer suffisamment de cash
02:49pour pouvoir aller jusqu'au bout de la restructuration financière ?
02:51Alors moi, je qualifierais le groupe Casino de grand de la petite distribution.
02:57On a une stratégie très claire.
02:59On a une responsabilité sociétale.
03:00Nous sommes implantés dans de nombreux villages et 4 000 magasins à la marque Casino,
03:05à la marque Spar, à la marque Vival qui sont dans le monde rural.
03:09Donc ça, c'est notre responsabilité sociétale de continuer à nous développer.
03:13Et l'unité du groupe est importante.
03:16On a nos monoprix, nos francs prix.
03:18On développe de nouveaux concepts.
03:19Et dans notre plan, nous allons rénover 100% de notre parc à horizon 2030
03:25de la marque Monoprix.
03:27Nous allons transformer 80% de nos magasins Franprix,
03:3075% de nos magasins Naturalia.
03:33Nous relançons la marque Casino, une marque historique, magnifique,
03:37où beaucoup de personnes comme moi sont attachées parce que c'était notre enfance.
03:40Donc nous relançons cette marque à la fois moderne et authentique.
03:44Et voilà, on a un plan qui se déroule.
03:45Et nos résultats le prouvent.
03:47Je vous rappelle qu'au troisième trimestre de cette année,
03:51le commerce de proximité,
03:52nos six marques ont progressé de plus 1,1%.
03:55Dans un marché de proximité,
03:57vous pouvez interroger n'importe quel retailer aujourd'hui,
03:59il vous dit, ma nouvelle stratégie, c'est la proximité.
04:02C'est désormais ça, le petit magasin de centre-ville
04:04qui vous apporte des services.
04:06Tout le monde est sur ce créneau.
04:07Comment on se différencie ?
04:08Je pense que ça, c'est un peu...
04:11Ça arrive depuis très peu.
04:13Le groupe Casino, depuis mon arrivée, il y a près de deux ans,
04:15je me positionnais sur le commerce de proximité.
04:17Je pense que maintenant, tout le monde vole au secours du succès.
04:20C'est-à-dire que tout le monde a découvert
04:21que le commerce de proximité, c'était l'avenir.
04:23En effet, le commerce d'éloignement,
04:25les hypermarchés perdent des parts de marché,
04:28baissent en chiffre d'affaires,
04:29sont en difficulté et ça va continuer.
04:30C'est une lame de fond.
04:31Alors, comment se différencie ?
04:33Par nos marques.
04:34Nous avons des marques.
04:35Nous n'avons pas d'enseigne dans le groupe Casino,
04:36nous avons des marques très affinitaires
04:38et nous sommes le seul distributeur capable, en France,
04:41d'avoir dans une même rue, côte à côte,
04:43plusieurs marques qui cohabitent.
04:45On peut avoir un monoprix à côté d'un Franprix,
04:47à côté d'un Naturalia ou à côté d'un casino.
04:50Et ça, c'est possible.
04:51Nos concurrents ne peuvent pas faire ça.
04:53Dans des centres-villes, pourtant,
04:55qui sont en difficulté, avec des marques qui partent,
04:58le textile qui est en grande difficulté,
05:00des magasins qui ferment,
05:01comment on revitalise ce centre-ville ?
05:04Ça passe par le service que vous apportez aussi
05:07aux gens qui habitent juste à côté ?
05:09Alors, ça passe effectivement par le service,
05:12par l'accueil.
05:12Nous réhumanisons nos magasins.
05:15Moi, je suis contre le 100% caisse automatique.
05:19Donc, nous relançons les caisses.
05:20Donc, on discute.
05:21On discute, on parle, on prend son temps,
05:23on a du contact.
05:24Et le commerce de proximité, avant tout,
05:26c'est la relation que l'on a avec ses commerçants,
05:29avec son hôtesse de caisse,
05:31dans les magasins.
05:32Et je pense que ça, c'est un besoin de la population.
05:35On a un très bon retour sur ça.
05:36Donc, nous apportons du service,
05:38nous réhumanisons nos magasins
05:39et nous apportons des produits d'exception,
05:42des produits exceptionnels,
05:44mais à des prix abordables.
05:45Et ça, c'est aussi important.
05:46Alors, justement, sur cette question des prix,
05:48comment vous voyez la concurrence chinoise ?
05:50Il y a 12 organisations françaises du commerce
05:52qui ont déposé plainte contre Chine
05:54pour concurrence déloyale.
05:55Michel-Edouard Leclerc trouve ça,
05:57je le cite, complètement con.
05:59Vous, vous en pensez quoi ?
06:00Alors, moi, je pense que c'est une très bonne chose
06:01de légiférer avant de laisser faire Chine et Temu,
06:07de pénétrer le marché.
06:08Moi, je vois un vrai danger.
06:11Chine et Temu offrent des produits
06:13qui ne correspondent pas aux normes européennes,
06:15aux normes françaises.
06:17Ça, c'est une vérité
06:18et ça peut être très dangereux pour le consommateur.
06:20Moi, ce que je vois et ce qui me fait peur,
06:23c'est les friches commerciales.
06:24Si nous n'aidons pas les petits commerçants,
06:27les indépendants, que ce soit dans le textile,
06:29dans l'ameublement, à se battre
06:31et à les protéger contre cette vague de produits
06:34qui ne sont dans la plupart du temps pas aux normes,
06:37je vois un vrai danger de fermeture.
06:38Nous allons aller vers des friches commerciales.
06:41Nous avons eu des friches industrielles
06:42et on essaie de réindustrialiser le pays.
06:44Dans dix ans, je serai sur votre plateau
06:46et on parlera de comment récommercialiser
06:49le commerce français.
06:50Non, ce n'est pas trop tard.
06:51L'Europe a décidé de légiférer
06:53sur les importations en Europe
06:56depuis la Chine en 2028.
06:59On n'a pas le temps.
07:00On ne peut pas attendre 2028
07:01pour décider et prendre des règles.
07:03Donc, faisons un moratoire.
07:04Arrêtons temporairement Chine et Temu.
07:06Et moi, je vous suis pour ça.
07:07Chine et Temu, arrêtons-les pendant deux ans
07:10jusqu'à ce que l'Europe ait légiféré.
07:12Arrêtez totalement les importations.
07:14Et puis après, on va.
07:15Exactement.
07:15Jusqu'à que la loi européenne soit en place.
07:17Mais le consommateur, il va râler un peu, non ?
07:19Celui qui achète.
07:20J'entends.
07:21Il faut protéger nos commerces.
07:24Et nous avons des offres
07:26qui soient de la production française
07:27ou des offres importées
07:29qui correspondent à des normes
07:30qui sont attractives en termes de prix.
07:32Et je pense que c'est important
07:34pour la France, pour son commerce,
07:37pour les petits commerçants indépendants
07:38qui font nos quartiers,
07:39qui font la vie de nos villages.
07:41Ça, c'est important, cette différence-là.
07:42Si demain, on n'a plus ces petits commerces,
07:44c'est la fin des villages,
07:47des quartiers et des rues.
07:48Et puis moi, je n'ai pas envie
07:49de voir une France
07:50où on passe ses commandes
07:52depuis son lit toute la journée
07:53et on ne se déplace pas.
07:54Merci beaucoup d'être venu ce matin,
07:56Philippe Palazzi,
07:56directeur général du groupe Casino,
07:58président de Monoprix et Naturalia.
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