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  • il y a 3 mois
Mathias Burghardt, directeur général délégué d'Ardian, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce vendredi 24 octobre. Il a abordé leur levée de fonds dédiée aux infrastructures, dont 95% provenait de l'étranger, leur prudence vis-à-vis du nucléaire, leur position sur le private equity et leur suivi des actifs de SFR, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Notre invité du Grand Entretien c'est Mathias Burgard, bonjour, vous êtes le directeur général délégué d'Ardian.
00:05Vous devenez à quelques millions près le plus gros fonds d'infrastructures européens.
00:0920 milliards de dollars, ça fait 17 milliards d'euros dans le cadre d'un nouveau fonds dédié aux infrastructures.
00:15Il y a plus de 95% des capitaux qui proviennent de l'étranger et singulièrement des Etats-Unis.
00:21Je prends ça comme une bonne nouvelle, ce qui voudrait dire que les Américains regardent l'Europe avec envie.
00:26Il n'y a pas d'impact de la politique européenne, de notre côté un peu engrainé dans des difficultés politiques et économiques.
00:35On attire les capitaux américains.
00:38Oui absolument, bonjour, c'est effectivement d'abord un grand sujet de satisfaction.
00:43Le fait de lever 20 milliards dans les circonstances actuelles, c'est évidemment aujourd'hui beaucoup plus difficile qu'à ce que ça l'était par le passé.
00:50C'est une reconnaissance de nos clients, donc c'est d'abord une satisfaction pour Ardian en soi,
00:55mais c'est surtout une satisfaction pour l'Europe, puisqu'on peut investir effectivement dans des secteurs clés,
00:59puisque ce fonds investit dans les secteurs qui sont clés pour l'Europe.
01:02L'énergie, donc la transition énergétique, les infrastructures numériques et tout ce qui est connectique et connexion comme le transport.
01:10Donc c'est un grand sujet de satisfaction.
01:11Alors pourquoi les Américains et d'autres, puisque l'Asie par exemple représente plus d'un tiers du fonds ?
01:17Je pense d'abord parce que l'Europe en termes d'infrastructures a une vraie vision.
01:21On a en tête le rapport Draghi qui effectivement met sur la table clairement la nécessité d'investir et des moyens ont été débloqués.
01:31Les Allemands ont créé des fonds pour investir dans les infrastructures.
01:34Donc dans ce domaine-là, je pense que l'Europe a une vision assez claire de ce qu'il faut faire justement pour réduire ce déficit en termes de productivité.
01:44Donc là-dessus, nous sommes clairs et le monde le reconnaît finalement.
01:47Deuxièmement, je pense que dans un monde qui est devenu très instable, nous avons nos difficultés, mais l'ensemble du monde, on voit aussi qu'aux Etats-Unis, ce n'est pas simple.
01:54Avec le risque de shutdown, avec les tensions politiques, on voit des annonces récentes entre les tensions commerciales entre le Canada et les Etats-Unis.
02:01De cette nuit même, les discussions sont coupées selon Donald Trump.
02:05Et donc finalement, l'Europe reste un pôle de stabilité et donc finalement, aujourd'hui, les investisseurs qui étaient peut-être suralloués sur certaines régions du monde, dont les Etats-Unis, décident finalement de répartir de manière plus homogène.
02:18Et l'Europe attire assez logiquement, surtout dans le secteur des infrastructures, des investissements de l'ensemble des pays du monde.
02:25Alors quand on parle d'investir dans les infrastructures, on parle de quoi ? Vous investissez notamment dans les aéroports, dans les data centers, pas encore dans le nucléaire.
02:34Ça, ce n'est pas votre cœur de business ?
02:37Alors, bien sûr, on investit beaucoup dans l'énergie, c'est un de nos pôles essentiels, pas dans le nucléaire.
02:42Pourquoi pas dans le nucléaire, alors qu'on investit massivement dans la transition énergétique ?
02:46Et le nucléaire est effectivement une solution technologique qui permet de produire l'énergie en émettant peu de carbone.
02:55La raison, c'est qu'on considère aujourd'hui encore que les risques inhérents au nucléaire ne sont pas maîtrisables par des acteurs privés.
03:02Ça requiert une vision à très long terme, ça demande également de pouvoir mutualiser des risques sur une échelle qui n'est pas celle d'un investisseur privé.
03:09Et c'est pour cette raison qu'on est encore prudent sur le nucléaire.
03:12Ça ne veut pas dire qu'un jour on ne l'envisagera pas, mais à ce stade finalement des technologies, des risques qui sont inhérents à cette technologie, on considère que...
03:21Ça reste un sujet d'État pour vous, pas d'investisseur privé ?
03:24Oui, on considère effectivement pour l'instant que c'est un sujet d'État.
03:27Même sur les SMR par exemple, on voit qu'il y a pas mal de start-up qui ont émergé, pour l'instant vous n'y allez pas.
03:31Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas investir sur la filière, c'est-à-dire des industriels qui vont produire des composants,
03:36mais détenir soi-même, investir directement dans un SMR, ça nous paraît aujourd'hui trop risqué par rapport à notre appétit pour le risque.
03:48Vous dites qu'aujourd'hui la levée n'a pas été simple, même si évidemment quand on voit le montant 20 milliards, on se dit quand même qu'il y a encore de l'argent à investir.
03:55C'est de plus en plus compliqué, qu'est-ce qu'on vous dit dans le secteur ?
04:00Alors, c'est vrai que c'est un peu l'arbre qui cache la forêt parce que le secteur est plus compliqué.
04:05Aux États-Unis par exemple, le private equity de l'année dernière a levé 30% moins que l'année précédente.
04:09On a levé 680 milliards, 480 milliards pardon, donc c'est quand même des montants importants, mais sensiblement moins que l'année précédente.
04:16On est donc dans un marché qui n'est pas très favorable pour les levées de fonds.
04:23Et donc, ce qui veut dire, c'est qu'on assiste à une concentration, c'est-à-dire que, ou une polarisation,
04:28c'est-à-dire que les gros acteurs lèvent beaucoup plus et les acteurs de taille plus modeste ont plus de mal.
04:33Je vous donne un chiffre, 10% des acteurs du private equity lèvent 70% des fonds aux États-Unis.
04:39Donc il y a une très forte concentration.
04:41Très forte concentration et c'est une tendance qui va se développer et qui va continuer.
04:47La consolidation est à venir, c'est-à-dire qu'il y a, ok, vous me dites 10% qui lèvent la majorité de l'argent,
04:54mais il y a encore énormément d'acteurs, vous avez cette phrase dans les échos aux États-Unis,
04:57il y a plus de gérants de private equity que de McDonald's, 19 000 au total, alors qu'il y a 14 000 McDonald's.
05:03Clairement, il y a trop de monde aux États-Unis. Est-ce que c'est la même chose en Europe ?
05:07Il y a trop de fonds de private equity.
05:08Et dans ce marché-là, vous voyez comment ? Vous êtes une proie ou un prédateur ?
05:13Alors clairement, si vous voulez, ce qui s'est passé, c'est qu'on a eu une décennie qui était incroyable,
05:18avec une baisse des stocks constantes, avec une dette à coût zéro.
05:21Et finalement, cette période qui était une période extrêmement favorable pour le private equity,
05:28elle a assez logiquement eu une fin.
05:32Et tous les acteurs qui ont émergé dans ce contexte-là sont beaucoup plus fragiles,
05:38parce qu'ils ont bénéficié pour émerger d'une circonstance exceptionnelle qui n'existe plus.
05:43Donc on va assister à une concentration.
05:44Clairement, Ardian est un des principaux acteurs, vous le soulignez, en Europe et même au monde.
05:48Et donc clairement, nous sommes un pôle de consolidation.
05:50Pas simplement grâce à la taille que nous avons,
05:53mais aussi parce que nous avons des produits très adaptés pour nos clients dans l'ensemble du cycle.
05:57Qu'est-ce que je veux dire ? C'est-à-dire qu'on a du private equity classique qui est très performant en période d'économie de croissance.
06:05Nous avons des produits beaucoup plus défensifs comme l'infrastructure,
06:08qui permet effectivement de décorréler la performance du cycle économique,
06:12ou même des produits comme le secondaire, c'est-à-dire les rachats de portefeuilles de private equity,
06:17qui sont même à la limite opportunistes lorsque le cycle est négatif,
06:21puisqu'ils permettent de racheter avec une des cotes les portefeuilles de nos clients.
06:25L'introduction aux bourses, vous y pensez toujours un petit peu dans un coin de votre tête ?
06:29Alors on y pense toujours, mais il n'y a pas de projet à court terme.
06:31Mais ça pourrait être une possibilité ou vous dites aujourd'hui ?
06:34Pas à court terme, à court terme on n'en a pas de projet,
06:36mais c'est une eventualité bien sûr qu'on n'écarte pas et sans doute un jour nous serons aux côtés.
06:41Sur les prochains projets, on vous a vu un peu de loin de près sur le dossier SFR,
06:47vous regardez, quel pourrait être votre rôle ?
06:49Alors c'est un sujet qu'on regarde, je pense que la proposition qui a été faite par les trois opérateurs
06:53est une proposition qui permet d'avancer.
06:56Je pense que le secteur a quand même un besoin de concentration,
07:00puisqu'effectivement, non pas pour améliorer les marges en soi et pour les actionnaires,
07:05mais parce que le secteur a du mal à financer ces infrastructures.
07:09Donc nous ce qui nous intéresse évidemment c'est le domaine des infrastructures.
07:12Je pense qu'il est utile d'avoir des infrastructures,
07:14ou des infrastructures de télécommunication qui soient soit dans la propriété d'opérateurs,
07:19soit qui soient mutualisées pour l'ensemble des opérateurs.
07:21C'est notre vision du sujet.
07:23Autre dossier qui pourrait venir sur le marché, c'est Dalkia.
07:25EDF réfléchit avant dans son réseau de filiales de chaleur.
07:30Est-ce que là ça vous intéresserait ?
07:31Alors nous sommes déjà présents dans ce secteur.
07:32Nous avons investi dans le domaine, dans les pays nordiques,
07:36qui sont des pays en point dans ce domaine-là,
07:39au moment d'une privatisation en Finlande.
07:42C'est un secteur qui nous intéresse.
07:43Et bien sûr, si EDF décide de s'alléger en termes de pourcentage,
07:48ou de vendre Dalkia, nous regarderons, je pense qu'on a une expérience
07:52et finalement un horizon d'investissement qui est compatible.
07:54On parle de certaines difficultés dans les fonds de priorité coûtés aujourd'hui,
07:57sur des sorties qui ne se font pas, avec des valorisations qui sont trop basses,
08:01parfois des réinjections de liquidités pour maintenir une valorisation artificielle.
08:05Comment vous voyez là évoluer le marché ?
08:07Le cycle est plus difficile.
08:09C'est-à-dire qu'avant, le métier était plus facile,
08:11puisque finalement on investissait dans une entreprise,
08:14et quelques années après, puisque les taux avaient baissé,
08:16on avait une relution presque mécanique de la valeur des entreprises.
08:21Aujourd'hui, il faut créer de la valeur au niveau des entreprises,
08:24comme le font les industriels.
08:26C'est pour ça que nous, on se spécialise sur certains secteurs,
08:29pour être capables d'apporter cette expertise et une valeur aux entreprises au-delà du capital.
08:35Et c'est effectivement, on a des entreprises, des gérants,
08:39qui ont besoin de plus de temps pour s'aider avec la performance.
08:44C'est-à-dire que c'est normal finalement d'avoir des sorties plus longues,
08:48des horizons plus lointains ?
08:49Je pense que de toute façon, la période qu'on a traversée était exceptionnellement bonne.
08:54On est entré dans une période qui n'est pas mauvaise,
08:56elle est juste plus conforme à la norme,
08:58et donc les périodes vont s'allonger,
09:02et finalement les meilleurs gérants vont être capables justement
09:07de continuer à délivrer la performance,
09:09parce qu'ils ont les moyens d'investir dans les entreprises.
09:11Merci beaucoup Mathias Burgarde d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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