00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Notre invité ce matin c'est Samuel Thual. Bonjour, vous êtes le président d'Actuel Group,
00:08cinquième groupe français de travail temporaire.
00:10On va reparler avec vous d'incertitudes économiques et fiscales.
00:13On a aujourd'hui ce budget qui arrive au Sénat.
00:16Sénat a chargé de toiletter la copie, d'être plus raisonnable qu'à l'Assemblée nationale.
00:20On verra ce que ça donne.
00:22Vous avez fait une opération étonnante ces derniers jours.
00:24Vous deviez vous installer, je ne sais plus où c'était, à côté de Nantes, non ?
00:28À Laval.
00:29À Laval, vous deviez vous installer.
00:30Vous avez fait une grande pancarte, vous avez écrit,
00:33ici je me serais bien installé, mais au vu de l'incertitude budgétaire et économique,
00:37je ne vais pas le faire.
00:38L'objectif c'était quoi ?
00:39C'était d'interpeller la population sur ce qui se passe en France.
00:43Vous avez l'impression qu'ils ont besoin de ça ?
00:45Oui, c'était exactement ça.
00:48Mais permettez-moi juste, avant de répondre précisément à votre question,
00:51de faire un tout petit pas de côté pour rappeler à nos éditeurs,
00:55finalement ce qui motive l'échelle d'entreprise et le monde économique.
01:00On est tous en responsabilité, on est en quelque sorte des capitaines d'équipe,
01:07on a un collectif animé.
01:09On pense principalement à développer nos clients, fidéliser nos clients,
01:13délivrer des services, produire.
01:15Pour ça, il nous faut les meilleurs dans nos équipes.
01:18On a les yeux rivés sur notre compte en banque pour s'assurer qu'à la fin du mois,
01:22on pourra tenir nos obligations de rémunérer nos collaborateurs,
01:25payer nos charges, nos impôts, nos taxes et cocher toutes les classes réglementaires.
01:31Et tout ça fait que l'objectif d'un patron, d'un chef d'entreprise, d'un capitaine d'équipe,
01:38c'est de faire réussir, c'est de faire gagner son équipe.
01:40Vous êtes sur BFM Business, là vous êtes en terrain ami.
01:44On partage tous la même vision.
01:45Justement, mais ce qui était paradoxal dans le contexte dans lequel nous sommes,
01:51c'est qu'au moment où on est dans cet état d'esprit,
01:55évidemment le sujet des investissements, des projets pour préparer l'avenir sont évidemment importants.
02:02Et nous avions un projet chez Actual de construire un nouveau siège social,
02:07parce que nous nous inscrivons dans un temps long.
02:09Donc pour les 20 années à venir, il nous fallait un nouveau siège
02:11pour tout simplement assurer le développement
02:14et puis donner des bonnes conditions de travail à nos collaborateurs.
02:17Et cet investissement a été concrétisé par l'acquisition d'une parcelle à Laval
02:22pour faire cet investissement, début novembre,
02:26la semaine où il y avait le débat parlementaire sur le budget.
02:32Et cette semaine-là, matin, midi et soir,
02:36on entendait des nouvelles taxes, des nouveaux impôts,
02:41une stigmatisation.
02:43Mais ça vous a démoralisé, vous ?
02:46Ou ça a changé concrètement votre projet ?
02:51En principe de responsabilité, la question que je me suis posée,
02:54je me suis posée en réalité trois questions.
02:56La première question, c'est finalement,
02:58quel est l'avenir du pays ?
03:00Quel est l'avenir de la production en France ?
03:02Est-ce qu'on va continuer à produire en France et travailler en France ?
03:06Je rappelle qu'Actual a une principale activité
03:09de donner du travail au candidat à l'emploi,
03:11de fournir des compétences aux entreprises.
03:13On fait travailler à peu près 150 000 personnes chaque année,
03:16on forme 30 000 personnes,
03:17on accompagne 80 000 demandeurs d'emploi.
03:18Donc vous avez dit que ce n'est pas raisonnable ?
03:20La question, c'est quel est l'avenir du travail en France
03:22et quel est l'avenir de l'activité économique en France ?
03:24Et dans le contexte du débat,
03:27la question se pose vraiment de savoir si le diagnostic
03:30que nous, en principe, nous devrions tous formuler,
03:33à savoir, il y a un enjeu de produire plus en France,
03:37on a une balance commerciale qui est déficitaire
03:39de 20 milliards d'euros,
03:41on importe deux tiers des produits que l'on consomme.
03:45Donc l'avenir du pays passe par, évidemment,
03:47cette prise de conscience qu'on doit de nouveau
03:50produire en France et développer l'activité en France
03:53pour, évidemment, l'intérêt du pays.
03:54Et donc, est-ce que ce constat, il est partagé ou pas ?
03:57Ensuite, deuxième question, c'est
03:58est-ce que ceux qui prennent des risques,
04:01qui investissent, qui veulent faire gagner leur équipe,
04:03sont soutenus, encouragés ou, en contraire, sanctionnés ?
04:07Donc là, vous vous êtes dit non ?
04:08Dans la petite musique, on entend aussi que
04:11tous ceux qui portent des projets de développement,
04:12potentiellement, peuvent être sanctionnés.
04:14Et puis, la troisième question,
04:16notamment pour les entreprises patrimoniales,
04:17comme celle que je représente,
04:19dans l'entreprise familiale,
04:20c'est le sujet de la pérennité,
04:22de la transmission.
04:24Et donc, quand on crée une entreprise,
04:27on ne crée pas une ETI ou un groupe,
04:29on crée une entreprise qui devient une ETI ou un groupe.
04:32Pour faire une ETI en France,
04:33il faut 21 ans.
04:35C'est l'âge moyen des entreprises de taille intermédiaire.
04:38Et donc, la question de la transmission se pose.
04:40Et donc, est-ce que,
04:41dans le cas d'une entreprise familiale,
04:43où le projet, c'est la pérennité de l'entreprise,
04:45transmette son entreprise,
04:46dans ce contexte-là,
04:47est-ce que c'est un cadeau à faire à ses enfants
04:49que d'imaginer transmettre ?
04:50Donc, ce sont les questions que je me suis posées.
04:52Et à la fin, vous vous êtes dit,
04:53je postpone.
04:53Enfin, je ferai ça plus tard.
04:55Et donc, à ce moment-là,
04:56je me suis dit,
04:57plutôt que de mettre un panneau
04:58qui annonce le projet,
05:00je sursois à cette décision
05:03le temps de voir clair.
05:05J'ai besoin juste de voir
05:05quel est le projet proposé au pays,
05:10quel est le cadre qui nous sera donné.
05:11Mais finalement,
05:13je ne fais que dire
05:15ce que pensent beaucoup de chefs.
05:18Ah non, mais tous les jours sur ce plateau,
05:20on est d'accord.
05:20Mais vous, vous l'avez écrit sur un panneau,
05:22comme un truc publicitaire.
05:24C'est bien que vous vouliez que les gens
05:25qui sont autour et qui passent devant
05:26prennent conscience de l'impact économique
05:29des discussions budgétaires.
05:30Je reviens à ma première question.
05:32Oui, c'est une forme de coup de gueule.
05:33Un moment,
05:34enfin, puis un concours de circonstances,
05:36de calendrier.
05:37J'achète cette parcelle,
05:39je sors de chez le notaire,
05:40je dois valider la pose d'un panneau
05:42qui annonce le projet.
05:43Le contexte est celui que je viens de décrire.
05:46Et donc, les questions se posent.
05:48C'est un principe de responsabilité,
05:49finalement, de se dire,
05:51finalement, est-ce que je fais le bon choix ?
05:52Et donc, je l'exprime publiquement
05:54à l'état d'esprit dans lequel je suis à ce moment-là.
05:56Qu'est-ce que tu as eu comme retour ?
05:58Eh bien, certains autour,
06:01dans mon entourage proche,
06:02m'ont dit,
06:03mais tu n'y penses pas,
06:05tu vas attirer la foudre,
06:08les critiques, etc.
06:09Eh bien, j'ai eu, finalement,
06:12beaucoup de retours très positifs,
06:15finalement,
06:16de chefs d'entreprise
06:18qui sont finalement dans le même état d'esprit,
06:20qui m'ont dit,
06:20mais tu oses dire
06:22ce que l'on pense tout bas.
06:24Ça ne se voit pas,
06:24les projets qui ne se font pas,
06:26les emplois qui ne se créent pas,
06:27ce n'est pas quelque chose qui se voit.
06:29Donc, justement,
06:29c'est tout l'intérêt de votre démarche.
06:30Moi, je pense que le paradoxe aussi de la situation,
06:33c'est que, vous le savez,
06:35le monde économique tient
06:38à une capacité de résilience incroyable,
06:40et on est plutôt discret en général,
06:44mais là, à un moment donné,
06:46au moment où, justement,
06:47on est ciblé, stigmatisé,
06:49et où, finalement,
06:50parce que, quand je vous parlais
06:51du capitaine d'équipe
06:53qui veut faire réussir son équipe,
06:55les équipes qui réussissent,
06:56je suis aussi engagé au BDF,
06:59le BDF représente 240 000 entreprises,
07:03plus de 100 fédérations patronales,
07:05donc tous les secteurs d'activité,
07:07tous les secteurs géographiques.
07:09En fait,
07:09ce sont 240 000 équipes
07:12qui veulent gagner.
07:13Quand on veut faire gagner son équipe,
07:14on fait gagner son territoire,
07:15on fait gagner le pays,
07:16et donc, finalement,
07:17il y a une forme d'incompréhension
07:19de cette situation où on dit
07:20dans quel monde vit-on,
07:23dans quel pays sommes-nous
07:24pour, aujourd'hui,
07:25ne pas prendre conscience
07:26qu'il faut faire gagner
07:28nos équipes, tout simplement.
07:29Merci beaucoup, Samuel,
07:30toi, d'être venu ce matin
07:31dans la matinale de l'économie.
07:32Merci.
07:33Merci.
07:34Merci.
07:35Merci.
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