00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Notre invité ce matin c'est Paul Bougnot, bonjour.
00:05Vous êtes le président fondateur de Larguillère Finance.
00:09On va parler ensemble de cette instabilité politique.
00:11On en parlait il y a quelques instants, S&P qui dégrade la note de la France.
00:14Qu'est-ce que vous vous dites comme ça, vous qui travaillez dans le M&A,
00:18vous êtes un cabinet de conseil, vous dites bon, il était temps,
00:20à un moment donné il faut regarder les choses en face.
00:22Qu'est-ce que ça vous inspire ?
00:24Bonjour Laure, merci de m'accueillir et de me permettre de parler au nom de dirigeants.
00:28En tant que banquier d'affaires, en tant que président de Larguillère Finance,
00:32on réalise quelques dizaines d'opérations par an, des opérations capitalistiques,
00:36des sessions d'entreprise, des acquisitions, des LBO.
00:40Et tous les jours j'ai de nombreux dirigeants au téléphone, en rendez-vous,
00:45et le message est toujours identique.
00:49Que se passe-t-il ? Qu'allons-nous faire ?
00:51Il y a une inquiétude considérable qui a gagné les esprits de tout le patronat en France.
00:56Je parle des PME, des ETI, qui sont nos interlocuteurs,
01:00c'est 9 millions d'emplois en France, c'est la richesse, c'est l'emploi dans les régions,
01:05c'est le terreau économique, et aujourd'hui on est en train de tout mettre à l'arrêt.
01:09Alors il y a une petite stabilité retrouvée depuis une semaine,
01:12on a désormais un gouvernement, on va travailler sur le budget à partir de ce matin.
01:16Ça, ça n'a pas rassuré l'ensemble du tissu économique ?
01:19Alors, les annonces ont été extrêmement nombreuses et diverses.
01:23Entre une annonce et un budget voté, je pense qu'il y a encore un peu de chemin.
01:27Nos parlementaires vont y travailler, mais on ne sait pas ce qui va sortir précisément du chapeau.
01:32Et puis les incertitudes sont nombreuses.
01:34La fiscalité sur le holding patrimonial, la fiscalité sur l'héritage,
01:39c'est le sujet du week-end qui vient de sortir.
01:41Je ne fais pas de politique politicienne, je parle exclusivement des préoccupations des dirigeants.
01:45Je pense à nos confrères en Italie, en Allemagne, en Suisse, à travers l'Europe,
01:50qui ont des conditions de travail avec de la stabilité.
01:54Les dirigeants français se retrouvent, eux, dans un environnement extrêmement instable.
01:58Alors, les dirigeants sont des athlètes.
02:01Ils ont surmonté les gilets jaunes, le Covid, les effets de la guerre en Ukraine,
02:05tous les problèmes qu'on a connus.
02:07Et puis, depuis 15 mois, la dissolution, les incertitudes,
02:11et surtout, une fiscalité totalement inconnue.
02:15Est-ce que ça précipite un certain nombre de ventes ?
02:17Vous, qui êtes sur le M&A, vous me dites une dizaine d'opérations par an,
02:20sur le pacte d'Utreil, de voir qu'on pourrait peut-être toucher au contour du pacte.
02:25Est-ce que ça fait qu'il y a des dirigeants qui se disent
02:27« Bon, peut-être qu'il vaut mieux vendre maintenant, je ne sais pas où je vais ? »
02:30Bien entendu. Les dirigeants se posent toujours les questions 360 degrés.
02:36Et nous sommes là, chez l'Argillère Finance, pour les aider à réfléchir.
02:41Que dois-je faire ? Est-ce que je dois vendre ? Est-ce que je dois investir ? Est-ce que je dois développer ?
02:45Je voudrais paraphraser Helmut Schmidt en disant
02:48« Les investissements d'aujourd'hui sont les emplois de demain et les impôts d'après-demain ».
02:53Si les dirigeants n'investissent pas aujourd'hui et préfèrent vendre leur entreprise,
02:58on va mettre l'emploi à l'arrêt et les profits, les impôts de demain seront à l'arrêt également.
03:02Mais est-ce qu'on est vraiment à l'arrêt ?
03:04Parce que vous voyez, moi, ça fait deux ans que j'entends Patrick Martin dire que c'est la récession.
03:07Et dans les chiffres de l'INSEE, je vois évidemment un investissement qui est à l'arrêt,
03:11mais une croissance quand même qui ne s'en sort pas trop mal.
03:14Alors ok, on est sous les 1%, ce n'est pas très flamboyant,
03:17mais on s'en sort mieux que l'Allemagne quand même pour l'instant.
03:19Alors si on se compare à l'élève qui est le plus en souffrance,
03:23c'est certain qu'on va pouvoir se réjouir.
03:25La réalité, c'est que les entreprises françaises doivent exporter.
03:30C'est le message qui est passé depuis de nombreuses années.
03:32Il y a un soutien important de l'État français pour l'exportation.
03:36On s'aperçoit que c'est très compliqué d'exporter les conditions.
03:41Le coût du travail est important.
03:43La fiscalité du travail, de l'investissement sont extrêmement importants
03:47et les entreprises françaises se retrouvent très défavorisées.
03:50Lorsqu'on va en Europe du Sud, lorsqu'on va aux États-Unis, lorsqu'on voyage,
03:58on s'aperçoit que les préoccupations des dirigeants ne sont pas du tout les mêmes.
04:02à travers le monde, il y a réellement de la croissance et il y a de l'envie de se développer.
04:08Aujourd'hui, on met en question, on remet en question la capacité des entreprises françaises à investir.
04:14On est dans un mood, si je puis dire, différent du reste du monde.
04:18C'est-à-dire qu'on devient un petit tilo différent, incompris.
04:22Je parle par exemple de la question des retraites.
04:25Nous, on va dans le sens inverse des autres.
04:27On ne va plus dans le même sens que du vent que les autres et les autres pays européens notamment.
04:31Je pense qu'on est en train de se déclasser et de quitter le jeu mondial
04:36avec des luttes intestines nationales.
04:39Ce sont des sujets qui doivent être réglés, bien entendu, et qui doivent être posés.
04:43Mais aujourd'hui, la façon dont c'est abordé crée une perte de compétitivité
04:47des entreprises françaises sur le marché mondial.
04:50Sur le pacte d'Utreil, c'est quoi votre message ?
04:52N'y touchez pas, même si on voit quand même que ça coûte 4 milliards d'euros.
04:55Désormais, c'est une des niches fiscales les plus importantes.
04:57Je ne sais pas comment on est passé de 800 millions à 4 milliards.
05:00C'est quoi votre message ?
05:02Le pacte d'Utreil, il est indispensable.
05:05Aujourd'hui, c'est un des derniers éléments qui permet aux PME françaises
05:08de devenir des ETI en étant transmises au sein d'une famille
05:11sans qu'il y ait un alourdissement du poids de la dette et de la fiscalité.
05:16Ça permet également à des familles de rester indépendantes
05:19sans faire entrer de fonds d'investissement à leur côté pour financer la transmission.
05:23Et on s'aperçoit que si on remet en cause le pacte d'Utreil,
05:25de nombreuses entreprises vont devoir être vendues.
05:28Je pense aux entreprises qui ont en particulier des actifs extrêmement importants
05:32dans le monde de l'agriculture, le monde agricole,
05:36les usines qui pèsent lourd en termes d'investissement.
05:40On va appauvrir des familles qui vont devoir diriger des profits
05:44et des investissements vers de la fiscalité.
05:49Merci beaucoup d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
05:52Paul Bouniou, président fondateur de l'Argilière Finance.
05:55Sous-titrage Société Radio-Canada
05:57Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires