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  • il y a 1 semaine
Ce mercredi 18 novembre, le montant qu’Amazon a levé en début de semaine pour son émission obligataire, à la suite de la demande des investisseurs, a été abordé par Charlotte Davain, gérante obligataire chez Montpensier Arbevel, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Dans un instant, ce sera le face-à-face, mais juste avant, un mot du marché obligataire comme chaque mercredi.
00:05Et ce matin, c'est Charlotte Davin qui est avec nous en plateau, gérante obligataire chez Montpensier Arbevel.
00:10Bonjour Charlotte Davin.
00:11Bonjour Atienne.
00:12Merci d'être avec nous ce matin. Dans un instant, on va parler du marché obligataire du côté de l'Europe, des souverains.
00:18Mais juste avant, quand même, un mot sur Amazon qui a levé 15 milliards de dollars en début de semaine.
00:24C'est plus qu'attendu. Au départ, ils pensaient lever 12 milliards et puis l'appétit des investisseurs est là.
00:29La demande était là et donc ils ont porté un peu plus haut cette émission obligataire.
00:34Oui, effectivement. Alors encore une très grosse émission d'un hyperscaler.
00:38Lundi, donc 15 milliards sur Amazon.
00:40Il faut voir que cette émission se place après les grosses émissions déjà de Oracle pour 18 milliards.
00:45On a eu aussi Meta pour 30 milliards ces dernières semaines.
00:49Alphabet aussi avec à peu près 22 milliards à la fois en euros et en dollars.
00:54Et puis là, lundi, cet énorme placement de Amazon en six tranches.
00:58Donc du 3 ans au 40 ans avec des primes d'émission qui étaient entre 60 BP et 115 BP en fonction de la maturité.
01:07Et donc un placement qui a attiré beaucoup de demandes, comme vous l'avez dit,
01:10puisque les carnets d'ordre ont été remplis jusqu'à hauteur de 79 milliards de dollars.
01:15Vraiment un très fort intérêt.
01:17Mais le resserrement des primes d'émission au fur et à mesure du pricing de l'émission ont contribué à réduire très fortement ce carnet d'ordre,
01:24puisqu'il a été divisé quasiment par deux.
01:28Ce qui est assez impressionnant, mais ce qui s'explique aussi par une prime à l'émission qui est devenue quasiment nulle pour les investisseurs.
01:35Avec des primes de risque qui étaient notamment très basses sur les longues maturités,
01:41ça reflète bien quand même aujourd'hui l'appétit, la demande très forte sur Amazon,
01:46mais sur le marché obligataire au global, que ce soit en Europe, mais aussi aux États-Unis.
01:51D'où cette question.
01:52Est-ce qu'aujourd'hui, il y a encore des opportunités sur le marché obligataire ?
01:54Est-ce que ça vaut encore le coup d'allouer de l'argent sur le crédit, sur le marché obligataire ?
02:01Oui, alors c'est sûr que les primes d'émission sont extrêmement faibles aujourd'hui.
02:04Et sur le marché secondaire, les primes de risque également se sont très fortement resserrées.
02:08Pour vous donner quelques chiffres, on a l'indice du crossover qui est l'indice des primes de risque sur le high yield,
02:14plutôt le high yield qualitatif, qui s'est fortement resserré.
02:17On est autour de 270 BP aujourd'hui, sur une moyenne de 5 ans, autour de 350 BP.
02:23Donc on est plutôt sur des niveaux bas.
02:24Même si les taux de défauts devraient rester stables sur les prochaines années,
02:28ils sont attendus autour de 3-4% sur le high yield, selon les agences de notation et les banques qui font des études là-dessus.
02:34Donc oui, on a des primes qui restent assez serrées, mais des portages qui restent toujours intéressants.
02:39Et si on veut s'abstenir de prendre ce risque crédit en plus, il y a le marché des souverains,
02:44qui est pour nous assez attractif aujourd'hui.
02:47Et en particulier tout ce qui est courbe euro, courbe allemande.
02:50Si on regarde un peu dans le détail, on a une croissance qui est aujourd'hui un peu limitée, autour de 1 à 1,5%.
02:57Un déficit qui, au global, pris sur l'Union européenne, reste particulièrement bien géré, on va dire,
03:03puisqu'on a un déficit autour de moins 3%.
03:05Bien sûr, il y a des inquiétudes sur certains pays, comme la France par exemple,
03:09où le déficit est attendu autour de 5-5,5% sur les prochaines années.
03:12Mais il y a beaucoup de pays qui ont fait un énorme travail sur la finance publique,
03:15je pense au Portugal ou à la Grèce par exemple.
03:18Et du coup, au global, ça nous fait un déficit qui est relativement contrôlé.
03:21Et puis sur le sujet de l'inflation, on a un euro fort,
03:24on a des matières premières qui ont fortement le baissé, le pétrole par exemple.
03:27Et donc ce contexte déflationniste, c'est assez positif pour la BCE,
03:30puisqu'on a une inflation qui devrait rester sous le seuil des 2%,
03:34qui est quand même le seuil regardé et retenu par la BCE pour ajuster sa politique monétaire.
03:39Et du coup, ce qui est intéressant, c'est qu'aujourd'hui, si on regarde justement ce pricing monétaire,
03:43les investisseurs anticipent absolument plus rien de la part de la BCE pour les prochains 12-24 mois.
03:50Et par contre, le marché anticipe déjà des peut-être hausses de taux
03:53à hauteur d'une cinquantaine de BP à horizon 3-5 ans.
03:57Donc ce qui est intéressant pour nous, c'est que si jamais on a une BCE qui veut
04:01finalement devenir un peu plus accommodante,
04:03si on voit que l'inflation continue à ralentir et que bien sûr l'inflation ne repart pas significativement,
04:08elle a de la place pour aller plus loin dans ses baisses de taux.
04:11Et dans ce cas-là, détenir du 5 ans allemand par exemple, ça peut être très attractif,
04:15même très convexe, puisqu'on a déjà une partie des hausses de taux qui est intégrée dans le prix,
04:20et à l'inverse, le potentiel de baisse de taux qui n'est pas du tout encore reflété sur ces niveaux.
04:24Donc là, on est autour de 2,3% pour le 5 ans allemand,
04:27et en cas de scénario de baisse de rentissement significatif de la croissance,
04:31on pourrait aller vers 1,7-1,5% si jamais la BCE recommence à appuyer sur l'accélérateur, on va dire.
04:38Là, l'année prochaine, ça sera un temps fort pour l'Allemagne qui va commencer à se réendetter.
04:43Ça, ça sera bien sûr à suivre.
04:45Juste avant quand même un mot sur la situation de la France et la situation du Royaume-Uni,
04:50deux pays où les situations budgétaires inquiètent,
04:53et ça se reflète aujourd'hui sur leurs conditions de financement.
04:56On a vu la semaine dernière le GILT, le 10 ans, prendre un peu plus de 10 points de base.
05:01En France, on est toujours sur un spread, un écart de taux entre la France et l'Allemagne,
05:05supérieur à 70 points, 74 points maintenant.
05:09Comment aujourd'hui, vous regardez cette situation sur les souverains de la France et du Royaume-Uni ?
05:13Est-ce qu'aujourd'hui, ce sont des sources d'opportunités ?
05:16Oui, alors effectivement, vous avez raison, le spread France-Allemagne,
05:21l'écart de prime de risque entre les taux allemands et les taux français, c'est fortement écarté.
05:25Même si, avec tout ce qu'on entend sur le budget, les inquiétudes et tout ça sur les dérives budgétaires,
05:31on remarque que les investisseurs ne sont pas particulièrement craintifs,
05:33parce que 75, certes, c'est élevé, mais on est loin des points hauts où on a pu toucher 85, 90 BP de spread.
05:41Donc, on voit que le marché ne s'inquiète pas encore de toutes ces nouvelles.
05:45On reste précautionneux pour l'instant, il n'y a pas vraiment d'inquiétude,
05:48même si, bien sûr, l'écartement France-Allemagne est beaucoup plus élevé qu'avant.
05:53Et par contre, sur le Royaume-Uni, vous l'avez dit, vendredi dernier,
05:56on a eu une journée de très, très fortes inquiétudes avec les nouvelles annonces sur le budget.
06:01On a eu un écartement sur le 10 ans d'une dizaine de BP.
06:06Et sur les parties longues, encore plus élevées, on a eu 16 BP d'écartement sur le 30 ans, par exemple.
06:11Et à quoi c'est dû ?
06:12C'est dû principalement à ce revirement de Rachel Reeves, qui est la chancellaire de l'échec,
06:17donc l'équivalent de la ministre des Finances,
06:20qui est revenue sur sa politique de hausse de taxes,
06:25parce que ce qu'elle a dit aux investisseurs,
06:30c'était qu'il y avait finalement plus de place dans le budget,
06:34que le Bureau des statistiques du suivi du budget
06:37avait indiqué que le déficit serait plus de 20 milliards
06:40au lieu de 30 milliards qui étaient signés au début,
06:42ce qui lui laissait un peu plus de marge de manœuvre,
06:44et ce qui lui permettait du coup de se contenter d'un gel
06:47des niveaux d'imposition,
06:51plutôt que d'avoir à augmenter réellement les impositions,
06:54les taux d'imposition, pardon.
06:55Et du coup, ça lui permet de revenir sur cette promesse de campagne
06:59qui était de ne pas augmenter les impôts pour les particuliers.
07:02Et tout ça, ça arrive bien sûr dans un contexte de politique un peu difficile,
07:05puisqu'il y a eu une crise politique la semaine dernière au Royaume-Uni,
07:09avec le Premier ministre Kirstermer qui était remis en question,
07:13potentiellement quelqu'un de son propre parti qui aurait pu prendre sa place,
07:16la rumeur aurait dû être démentie, etc.
07:17Donc ça lui permet comme ça d'apaiser un peu les tensions au sein de son propre parti,
07:22de bien conserver ses promesses de campagne.
07:25Et finalement, le budget serait à peu près bouclable
07:27si on considère ce gel des seuils d'imposition qui rapporteraient 7,5 milliards.
07:32Et après, il y a quelques petites poches qui ont été évoquées,
07:35comme la hausse des taxes d'habitation,
07:39la hausse sur les taxes sur les jeux de hasard,
07:42ou encore les revues des avantages fiscaux sur les retraites.
07:45Donc tout ça devrait permettre à Rachel Reeves de présenter un budget à peu près solide,
07:49avec une certaine marge de manœuvre d'ici le 26 novembre.
07:52Oui, ça, ça sera la semaine prochaine, dans pile une semaine.
07:55En attendant, il y a quand même un stress, en tout cas les inquiétudes qui sont présentes
07:58sur ce marché obligataire, notamment sur les taux longs au Royaume-Uni.
08:02Est-ce que pour vous, il y a des opportunités,
08:04le mot de la fin, sur les souverains en Europe ?
08:06Sur les situations de la France et du Royaume-Uni, plus précisément.
08:09C'est vrai qu'en particulier sur le Royaume-Uni,
08:11où on commence à avoir un peu plus de visibilité,
08:13pour nous, le mouvement des marchés vendredi dernier a été une très forte exagération.
08:18Dans les chiffres qui avaient été communiqués,
08:19d'ailleurs, la hausse des impôts devait rapporter 6 milliards,
08:22et le gel des seuils d'imposition, c'est à peu près 7 milliards et demi.
08:24Donc, on voit qu'il n'y a pas un écart non plus monstrueux entre les deux réformes.
08:29Et puis, comme je le disais précédemment,
08:30il y a quand même encore des marges de manœuvre pour boucler ce fameux budget.
08:33Il y a quand même l'inflation qui a beaucoup aidé sur les rentrées d'argent de l'État.
08:41Les hausses des salaires aussi.
08:43Donc, il y a quand même une sorte de croissance embarquée pour les recettes de l'État britannique.
08:48Et puis après, en ajoutant quelques efforts sur les dépenses,
08:51j'imagine que Rachelis pourra présenter un budget à peu près équilibré,
08:55qui sera de nature à rassurer les marchés.
08:57Dans ce cas-là, on pourra avoir une vraie compression de cette prime de risque
09:00sur les parties longues de la courbe anglaise.
09:02En attendant, il y a un petit peu de volatilité sur ces taux du côté de Londres.
09:06Merci beaucoup, Charlotte Davin, de nous avoir accompagnée ce matin.
09:08Gérante obligataire chez Montpensier-Arbevel pour faire un point sur Amazon,
09:12qui a donc émis plus de 15 milliards de dollars de dettes lundi,
09:15et sur la situation des taux souverains en Allemagne, en France,
09:18mais également du côté du Royaume-Uni.
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