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Mardi 30 septembre 2025, retrouvez Paul de Servigny (Fund Manager, Litigation Finance, IVO Capital Partners) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.
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00:00Le dernier quart d'heure de Smart Bourse chaque soir, c'est le quart d'heure thématique.
00:13Le thème ce soir, c'est celui d'une classe d'actifs à part dans le monde des marchés.
00:19Une classe d'actifs qu'on appelle la litigation finance, le financement de contentieux,
00:24qui mérite effectivement ce quart d'heure thématique.
00:26C'est la deuxième fois seulement que j'en parle en 5 ans, je crois, avec les équipes d'Ivo Capital Partners, il faut le dire,
00:31et Paul Decervigny qui est à mes côtés, qui est gérant de fonds litigation finance chez Ivo.
00:35Bonsoir Paul.
00:36Bonsoir Yago.
00:37Merci beaucoup d'être avec nous.
00:38Oui, parce que Ivo Capital Partners développe depuis 10 ans maintenant des stratégies et des fonds dédiés à la litigation finance,
00:45au financement de contentieux.
00:46Il faut juste nous expliquer un petit peu de quoi on parle, qu'est-ce qui caractérise cette classe d'actifs.
00:52Je la traite comme une classe d'actifs, mais une classe d'actifs à part, c'est le titre de l'interview, Paul.
00:57Totalement.
00:57Je pense que c'est une bonne manière de commencer, effectivement, une classe d'actifs à part, pour plusieurs raisons.
01:02Déjà, c'est quelque chose qui est né en Australie, il y a maintenant plus de 30 ans,
01:06avec une inspiration et des racines très anglo-saxonnes.
01:10L'idée de financer un contentieux, c'est un côté très anglo-saxon.
01:14Très concrètement, qu'est-ce que c'est déjà, le financement de contentieux ?
01:17C'est le fait de financer une personne morale, une association, un groupement de personnes pour mener un contentieux.
01:23Financer ces personnes, ça veut dire quoi ?
01:24Ça veut dire payer tous les frais liés à ce contentieux, frais d'avocat, experts, tribunaux, autres,
01:30en échange d'un droit économique sur le résultat final.
01:32Comme ça, quand on le présente, effectivement, ça connote très anglo-saxon.
01:36Heureusement, il y a des opportunités en Europe.
01:38Vous en êtes au troisième, quatrième millésime, c'est ça que vous levez en ce moment, Paul ?
01:44Troisième terminée, quatrième en cours de lancement, bientôt la levée.
01:48Comment on adresse, pardon pour mon mauvais français, mais comment on aborde cette classe d'actifs ?
01:53Comment ça fonctionne ? Comment on monte un fonds, justement, de financement de contentieux, Paul ?
01:58Alors, déjà, le commencement du commencement, c'est qu'il faut avoir des contentieux.
02:02Ces contentieux, d'où est-ce qu'ils viennent ?
02:04Ils viennent de cabinets d'avocats, en grande majorité, parfois de cofinanceurs, un peu dans la même logique que du private equity,
02:10d'autres acteurs de l'industrie qui aussi regardent des contentieux, et ensuite, il faut les analyser.
02:15Donc, avoir une équipe interne qui est capable de faire le filtre, les bons contentieux des mauvais, qu'est-ce que c'est un bon contentieux ?
02:21Très clairement, c'est un contentieux, déjà, qui va gagner, qui va gagner des dommages et intérêts qui justifient un financement,
02:27puisque, bien entendu, c'est un financement très coûteux, puisque tout le risque est pris par le financeur et plus par le plaignant.
02:32Une fois que vous avez identifié ces contentieux de qualité, il faut les mener à bien.
02:37Alors, il n'y a aucun contrôle, bien entendu, du financeur, on reste un tiers, mais il faut les suivre, et les suivre jusqu'au bout,
02:42puisque ça veut dire suivre un budget jusqu'à ce qu'il soit dépensé dans son entièreté, si besoin,
02:48et après, partager les gains entre les parties, puisque c'est comme ça que le financeur récupère,
02:52non seulement sa mise, mais également un rendement, et qu'il permet aux investisseurs d'être attirés, en tout cas intéressés, au fonctionnement de l'acteur.
03:01C'est des stratégies. J'imagine que les horizons de temps sont très variables d'un contentieux à l'autre.
03:06Totalement.
03:07Oui, c'est ça.
03:08Totalement. Alors, là-dessus, justement, c'est là où tout l'intérêt d'un portefeuille existe.
03:13C'est-à-dire, aujourd'hui, nous, les fonds qu'on lève, le dernier fonds qui a été levé est un fonds de 110 millions d'euros,
03:18qui, dans notre industrie, reste un fonds de, je dirais, mid-cap,
03:21les plus gros acteurs étant des acteurs qui gèrent plusieurs milliards, mais il n'y en a que quelques-uns.
03:25Donc, on se considère comme un peu mid-cap, voilà.
03:29Des fonds de 110 millions, aujourd'hui, qu'est-ce que ça représente ?
03:31Ça représente à peu près 50 contentieux différents, analysés et financés.
03:35Et avant ça, il faut savoir qu'il y a un filtre d'à peu près 1 sur 10 qui passe le cut, comme on dirait.
03:41Qui passe vos critères.
03:42Exactement, donc on reçoit beaucoup de contentieux, on en regarde beaucoup,
03:46et après, on décide, avec notre comité d'investissement, lesquels...
03:49Oui, mais l'idée, c'est d'avoir un portefeuille assez diversifié, c'est ça, d'une certaine manière, le plus possible.
03:54Le plus possible, ça va permettre de mélanger les contentieux en fonction des juridictions.
03:59Européenne, nous, c'est un gros point de focus.
04:01On veut vraiment investir beaucoup en Europe continentale,
04:03mais également, il y a des très beaux contentieux, bien entendu, en Angleterre, aux États-Unis et partout dans le monde.
04:08Ensuite, effectivement, la durée.
04:10Est-ce qu'on arrive en cours de route ?
04:11Est-ce qu'on arrive au tout début, le contentieux est juste une idée,
04:13et il faut vraiment partir de zéro et tout construire ensemble avec les plaignants et leurs équipes d'avocats ?
04:19Ou est-ce qu'on arrive à la toute fin ?
04:21Il faut aller exécuter, on a une belle décision, mais il faut encore faire le dernier pas,
04:25et là, encore, un financeur peut avoir son rôle à jouer.
04:28Quels sont les contentieux qui vous intéressent ?
04:29Comment vous avez analysé cet univers ?
04:33Quels sont les critères que vous vous êtes fixés ?
04:35Et quels sont les dossiers que vous aimez bien ?
04:38Et à l'inverse, les dossiers que vous excluez peut-être de votre univers d'investissement ?
04:42Très bonne question.
04:42Alors, effectivement, historiquement, on s'était concentré, comme tout le monde, sur le monde anglo-saxon.
04:47Donc, des contentieux américains, anglais, surtout des contentieux qu'on appelle, nous, B2B,
04:51deux sociétés qui s'opposent sur un contrat ou un accord.
04:54Voilà, elles ne sont pas d'accord, elles vont aux contentieux.
04:56Maintenant, ce qu'on voit, et ce qu'on a beaucoup vu avec notre troisième millésime,
04:59c'est que déjà, on peut s'intéresser à l'Europe, il est près de 80% investi en Europe continentale.
05:04Et en Europe continentale, qu'est-ce qu'on voit ?
05:06On voit des actions indemnitaires, donc ça, c'est une catégorie assez large,
05:10dans laquelle on met notamment toutes ces procédures qui font suite à une décision d'une autorité nationale ou européenne,
05:16par exemple, un cartel, donc une entente sur les prix ou un abus de position dominante,
05:23de la part de certaines sociétés, condamnées par une autorité de la concurrence.
05:27Derrière, grâce à une directive européenne, qui est la directive dommage,
05:30vous pouvez, en tant que société lésée, ou personne lésée d'ailleurs, obtenir des dommagements.
05:35Un exemple très concret, en Espagne, par exemple, le cartel du lait.
05:39Là, c'est les sociétés acheteuses de lait qui ont été condamnées pour une entente sur les prix
05:43et un partage du marché par l'autorité de la concurrence espagnole.
05:47Derrière, l'amende, qui était de plus de 80 millions d'euros, ne vient pas indemniser les producteurs laitiers.
05:51Il faut mener une procédure.
05:53Et nous, c'est une de ces procédures-là que l'on finance, en regroupant plus de 700 producteurs laitiers
05:57qui vont, devant les tribunaux espagnols, chercher à obtenir le dommage subi.
06:01Il y a d'autres catégories ou segments de marchés de comptes en suit qui vous intéressent ?
06:06Totalement. Alors nous, il y a plusieurs segments.
06:09Si on suit un peu cette même ligne des autorités condamnes, et nous, on suit.
06:13Il y a notamment tout le domaine de la RGPD, de la protection des données.
06:17Là, il y a plusieurs sujets.
06:18Il y a le fait de ne pas respecter la RGPD, donc d'utiliser nos données sans nous informer,
06:23sans respecter les lois européennes.
06:25Il y a également tous les sujets de data breach suite à des cyberattaques ou autres.
06:29Les fuites de données.
06:30Les fuites de données, exactement, pardon.
06:31Où les sociétés doivent informer non seulement leurs utilisateurs sur qui est parti ou a disparu,
06:36et quelles mesures elles prennent.
06:38Et là, vous avez des gros contentieux qui regroupent du coup plus des consommateurs
06:42que des sociétés, et du coup, qui doivent se regrouper dans des associations ou dans des formats.
06:47C'est très intéressant parce que plus on regarde l'Europe, plus il y a des formats différents.
06:51Ce n'est pas la même chose de mener un contentieux de masse aux Pays-Bas qu'un contentieux de masse en Allemagne.
06:55Et on verra ce que donne la France, puisque la France est un peu dans une autre dynamique
06:58concernant le contentieux de masse.
06:59Est-ce qu'il y a des contentieux, des profils de dossiers que vous excluez d'office,
07:05je ne sais pas, en raison de l'activité des entreprises, du secteur, etc.,
07:09ou de la difficulté peut-être du contentieux, tout simplement ?
07:12Alors, nos derniers fonds, et le fonds qu'on va lancer actuellement, il est article 8 SFDR.
07:16Donc, il y a déjà certaines exclusions, effectivement, qu'on se fixe pour des typologies de boîtes,
07:22bien entendu des pays, parce qu'on est une société de gestion régulée par l'AMF,
07:27et après, certains domaines.
07:29On est toujours côté plaignant à date.
07:31On n'a pas encore percé le mystère du financement côté défendeur.
07:34Mais ça existe !
07:35C'est possible, mais ce n'est pas encore fait.
07:37Et après, effectivement, en termes de typologie, il y a forcément une préférence,
07:42aussi des spécialités, en fonction de ce qui a bien marché pour nous par le passé
07:45et ce qui a moins bien marché pour nous par le passé,
07:47il y a des typologies de dossiers très binaires,
07:50par exemple, des dossiers où, vraiment, vous devez être convaincu par la stratégie
07:54et vous ne le saurez qu'à la toute fin.
07:56Ça, en termes d'analyse d'investissement et de mesure du risque,
07:59c'est très difficile, c'est très compliqué.
08:01Alors, vous pouvez être très bien rémunéré pour ce risque,
08:03mais est-ce que ça vaut le coup ?
08:04Un exemple, par exemple, c'est la propriété intellectuelle aux États-Unis.
08:07C'est des dossiers sur le papier très attirants,
08:09beaucoup de frais à financer et des royalties,
08:11donc des montants à récupérer en dommages et intérêts énormes.
08:13Mais c'est quelque chose.
08:14Mais c'est un peu califiqué et c'est vraiment un monde de spécialistes.
08:18Et justement, là, comment on accède à l'expertise
08:21quand on est une société comme Ivo Capital Partners,
08:23qui travaille beaucoup sur la dette émergente.
08:25Moi, c'est comme ça que je connais Ivo Capital Partners,
08:27qui a cette niche d'expertise également.
08:31Comment vous accédez à l'expertise qui vous permet de sélectionner les dossiers ?
08:34Alors, j'imagine que vous avez peut-être des connaissances
08:36ou une formation juridique, Paul, je ne sais pas.
08:38Mais est-ce qu'il y a des partenaires ?
08:39Est-ce que vous travaillez aussi avec des gens de l'extérieur
08:41pour acquérir cette expertise sur les dossiers que vous analysez, que vous sourcez ?
08:46Alors, historiquement, effectivement, l'idée est venue de l'extérieur.
08:50C'est des avocats américains à l'époque qui avaient présenté aux associés d'Ivo
08:53leur premier cas à financer.
08:56Ils ont trouvé la structure très intéressante,
08:58le retour sur investissement également très intéressant
09:00et la diversification très intéressante.
09:03Aujourd'hui, cela paye puisqu'on en est à notre troisième millésime déployé à 100%
09:07et on va prochainement lancer le quatrième.
09:10Après, effectivement, une fois qu'on a dit ça, il faut continuer à le faire.
09:13Donc, en interne, on est une équipe avec principalement des profils juridiques.
09:17On a également des personnes qui viennent du monde de l'évaluation de préjudice
09:20parce qu'il faut savoir évaluer le préjudice
09:22et aussi challenger, remettre en question les méthodologies qu'on nous présente
09:26pour arriver au chiffre qui nous paraît le plus réaliste.
09:29On s'aide forcément de l'extérieur, c'est-à-dire pour chaque cas,
09:32on fait une due diligence, donc une analyse très poussée
09:35avec des cabinets d'avocats externes qui vont nous aider
09:37puisqu'on n'a pas le savoir pur et on ne peut pas dire
09:40qu'on est aussi bon en RGPD aux Pays-Bas qu'en droit de la concurrence en Espagne,
09:45mais pourtant, on fait les deux.
09:46Et mis tout ça bout à bout, en plus de l'expérience acquise,
09:50on arrive à constituer des beaux portefeuilles aujourd'hui.
09:52En termes de classe d'actifs, justement,
09:53à qui s'adresse ce genre de fonds ?
09:56Qui sont les clients de ces millésimes chez Ivo Capital Partners ?
10:00Et à quoi ça sert dans un portefeuille global ?
10:03On évoque le sujet de la décorrélation.
10:05C'est vraiment pour ça que les clients viennent chercher ce genre de stratégie, Paul ?
10:09Totalement.
10:09Pour nous, les principaux critères, c'est effectivement
10:12cette décorrélation au marché et même décorrélation au sein même du portefeuille
10:16puisque même entre eux, les contentieux peuvent être dans des mêmes juridictions
10:20et finalement, ont tous des vies totalement différentes et des enjeux totalement différents
10:25et d'ailleurs, souvent, des défendeurs également très différents.
10:27Donc, une décorrélation assez incroyable, de mon avis.
10:31Après, une asymétrie aussi très intéressante
10:33puisque pour une classe d'actifs non cotée,
10:35avoir ce manque de lien entre combien vous financez
10:39et sur quoi vous êtes exposé,
10:41des dommages et intérêts qui n'ont rien à voir avec le montant financé,
10:44ce n'est pas parce que vous avez un plus gros budget
10:45que vous avez des plus gros dommages et intérêts,
10:47ce n'est pas forcément lié.
10:48Et nous, on récupère un pourcentage en général de ces dommages et intérêts.
10:51Donc là, cette asymétrie-là, c'est le deuxième gros argument.
10:54Et après, chez IVO, nous, depuis le début,
10:56c'est l'utilisation de l'assurance.
10:57C'est un marché où les assureurs ont toujours été intéressés.
11:00Ils regardent, ils couvrent beaucoup de ces risques-là,
11:03les risques juridiques, ces choses de tous les jours.
11:05Et en plus, ils acceptent de couvrir une forme de risque également chez nous,
11:08ce qui permet de donner une certaine visibilité à l'investisseur
11:11et ce qui a permis d'ailleurs chez IVO de continuer à lever de l'argent
11:14auprès d'une clientèle qui a évolué.
11:16Initialement, très familial office et un peu instite.
11:20Dans le monde anglo-saxon, c'est plutôt très instite et un peu familial office.
11:24Et maintenant, on ouvre encore plus grâce notamment au format disponible,
11:28SLP notamment française,
11:30qui s'ouvre aux investisseurs avertis qui peuvent y accéder.
11:33Et on voit du coup un appétit grandissant chez les multi-families office
11:37et aussi les conseillers en gestion de patrimoine qui créent des poches de non-cotés
11:40et qui veulent finalement loger quelque chose de plus à côté,
11:44une fois qu'ils ont fait le private equity, la private dette et autres.
11:47On est très content d'être dans la poche autre et on pense qu'effectivement,
11:50dans un portefeuille, ça a toute sa logique et ça ne peut que donner des bonnes surprises pour les investisseurs.
11:55Merci beaucoup Paul.
11:56Merci de nous éclairer sur cette classe d'actifs à part,
12:00Litigation Finance ou le financement de contentieux.
12:02Paul De Servigny, gérant Litigation Finance chez Ivo Capital Partners,
12:05était l'invité de ce dernier quart d'heure de Smart Bourse ce soir.
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