00:00On termine cette édition avec l'éducation numérique, nous sommes nos données.
00:11Voilà ce qui est venu nous dire Carole Chartier-Djelaibia, bonjour.
00:14Merci beaucoup d'être avec nous.
00:15Vous êtes juriste, membre fondatrice et secrétaire générale du Cercle de la Donnée.
00:19Et donc au Cercle, vous lancez un groupe de travail autour de l'éducation à la donnée.
00:24Exactement.
00:24C'est vrai que ça fait un moment que l'idée nous tente dans la tête.
00:27En fait, au gré des études qu'on a pu faire, c'était une constante.
00:31Ça revenait à chaque fois.
00:32On manque d'éducation à la donnée.
00:34Donc on s'est dit, on y va, on lance ce nouveau groupe de travail parce qu'il y a un réel besoin.
00:39Vous avez des premiers constats ?
00:41Le premier constat, en fait, moi je dirais que quand on parle d'éducation à la donnée,
00:46on pense tout de suite à l'éducation des enfants.
00:49Mais ce serait un leurre de penser qu'il n'y a que les enfants qui ne sont pas assez éduqués,
00:53qui n'ont pas assez de connaissances.
00:54Et les adultes en manquent aussi cruellement.
00:56Et de toute façon, pour pouvoir éduquer nos enfants à la donnée,
00:59il faut aussi que nous, nous sachions de quoi ils leur tournent.
01:03Et le second constat, si on va encore un cran plus loin,
01:05c'est que la plupart d'entre nous, nous n'avons pas conscience, en fait,
01:09on ne se sent pas concernés la plupart du temps.
01:11Voilà.
01:12C'est peut-être quelque chose qui ne nous intéresse pas trop.
01:14C'est vrai, je pense qu'on a raté, à un moment on parlait de protection de la vie privée,
01:18on a raté quelque chose pour convaincre les gens.
01:20Parce que la réponse était tout de suite, mais de toute façon, moi je n'ai rien à cacher.
01:23Exactement.
01:24C'est vrai que c'est un peu, moi en réfléchissant, en creusant un peu la question,
01:27je trouve que c'est un petit peu le dénominateur commun et puis un petit peu la source de tous les mots.
01:32On n'a pas conscience du fait qu'on est constitué de nos données.
01:36Et pourtant, lorsqu'on est dans l'espace numérique surtout, on laisse des traces.
01:41Si on peut être tracé, déjà, ce n'est pas ce qu'on laisse des traces.
01:45Et on n'a pas conscience, en fait, qu'on a ce double numérique.
01:50Et que quand on va sur Internet et quand on laisse des traces, par exemple, par rapport à nos goûts,
01:56nos déplacements, nos interactions, tout ce qu'on peut faire sur Internet,
02:00en fait, ça forme comme un double numérique, un double de nous-mêmes,
02:04qui continue d'exister un peu indépendamment de nous-mêmes.
02:06Mais ça, on n'en a pas toujours conscience.
02:08Alors pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé de mettre en place des règles, un cadre,
02:15et notamment au niveau européen avec le règlement sur la protection des données personnelles,
02:19pour nous rendre davantage conscients de ce qu'on partage.
02:22Exactement. C'est vrai que le droit européen, on a cette chance-là, en fait,
02:25d'avoir un droit européen qui n'est pas un droit mercantile,
02:27qui n'envisage pas la donnée juste comme un bien marchand,
02:30mais vraiment comme le prolongement de nous-mêmes.
02:32C'est-à-dire qu'avec le droit européen et le RGPD notamment,
02:35l'individu est vraiment placé au cœur du dispositif.
02:39Et c'est lui qui est censé garder la maîtrise de ces données
02:42et être toujours capable de dire s'il veut divulguer ces données ou pas.
02:46Donc le droit va plutôt dans le sens de ce qu'on décrit.
02:51Dans le sens, normalement, de la maîtrise et de la prise de conscience,
02:55et pourtant il n'y a pas de prise de conscience.
02:57Comment est-ce que vous expliquez ça ?
02:58Moi, je pense que ça s'explique notamment par le fait que ce soit intangible,
03:01le fait que ce soit peu visible.
03:04Si je fais le parallèle avec le droit de la personnalité,
03:08là, je pense que ce qui est aussi un attribut du même genre,
03:11un attribut de la personnalité, tout comme nos données,
03:13là, je pense qu'on va se sentir plus facilement concerné,
03:16parce que c'est quelque chose de visible.
03:17Si on détourne notre image, on va être plus à même de garder,
03:24de conserver la maîtrise que d'autres données,
03:28comme par exemple nos déplacements.
03:29Je sais que finalement, nos données GPS sont quelque chose d'extrêmement sensible,
03:34et pourtant, on ne va pas y mettre la même attention qu'à notre image.
03:38Oui. Et donc ça veut dire quoi ?
03:40Ça veut dire qu'il faut modifier les règles ?
03:43Il faudrait trouver peut-être un moyen de rendre ça tangible.
03:45Alors là, on n'a pas encore réfléchi,
03:48mais c'est vrai que si on fait le parallèle avec notre compte en banque,
03:50par exemple, l'argent aujourd'hui est quand même quelque chose d'assez intangible,
03:53et pourtant, on voit sur notre compte en banque combien on possède,
03:57ce qui n'est pas forcément le cas.
03:59Il faudrait peut-être avoir un compte en banque de nos données,
04:01mais c'est vrai qu'aujourd'hui, on a tendance à dire,
04:05sur Internet, il y a beaucoup de gratuité,
04:07et on dit, quand c'est gratuit, c'est nous les produits,
04:10et il faudrait peut-être trouver un moyen de matérialiser aussi
04:12ce qu'on met à disposition ou non.
04:14Pascal, quelles sont les conséquences ?
04:17Les conséquences, finalement, c'est que,
04:19comme je n'ai pas conscience que j'ai cette espèce de double numérique,
04:22je ne vais pas le protéger.
04:23Déjà, je n'ai pas conscience de la valeur des données
04:25que je mets à disposition,
04:27donc celles que je possède déjà, celles dont je me dépossède,
04:30et puis, finalement, en n'ayant pas cette conscience,
04:35on n'est pas à même, déjà, de protéger de nos données,
04:37ni de les défendre.
04:38Et on le voit, par exemple, dans le cas des classes action,
04:41j'étais venue l'évoquer ici même,
04:43en fait, il y a très peu d'engouement pour des actions de groupe
04:45pour défendre les données personnelles,
04:47parce que les gens ne se sentent malheureusement pas concernés.
04:50Ah oui, ça, ça m'avait vraiment frappée
04:51quand vous étiez venue en parler.
04:53Peut-être que, aussi, plutôt que de dire,
04:56ce sont des données que vous devez protéger,
04:58et on nous répond, j'ai rien à cacher,
04:59de dire qu'effectivement, il y a un risque de manipulation
05:01de ces données.
05:03Et là, c'est une manipulation aussi des idées,
05:05des opinions, qu'on constate aujourd'hui
05:08à travers les réseaux sociaux, notamment.
05:10Tout à fait.
05:10Mais là, c'est pareil.
05:11Je pense qu'on manque aussi, quand même,
05:13de culture à ce niveau-là.
05:15Et est-ce qu'on a les bons outils pour se protéger ?
05:19Aussi, c'est ça qui n'est pas forcément évident, non plus.
05:21Je pense que ce n'est pas forcément évident.
05:22On le voit même aujourd'hui,
05:23avec l'interdiction des réseaux sociaux,
05:25au moins de 15 ans,
05:26on a tous conscience du problème,
05:28mais est-ce qu'on va avoir vraiment les outils
05:30pour être capables de mettre ça en œuvre
05:32d'une façon qui protège, effectivement,
05:35la vie privée ?
05:37Il y a quand même matière à débat.
05:38C'est-à-dire que l'interdiction,
05:39est-ce que c'est une protection ?
05:40Non, c'est plutôt un avis de faiblesse, a priori.
05:42C'est qu'on n'a pas réussi.
05:43Exactement, on n'a pas réussi.
05:44On n'a pas su aller, pour le moment en tout cas,
05:47au cœur du problème.
05:48Et donc, tout ça, vous allez l'étudier
05:50au sein du Cercle de la Donnée.
05:51Je compte sur vous pour nous faire part
05:53de vos conclusions.
05:54Avec grand plaisir.
05:56Merci beaucoup, Carole Chartier-Dilabia.
05:58Je rappelle, vous êtes juriste, membre fondatrice
06:00et secrétaire générale du Cercle de la Donnée.
06:02Merci à vous tous de nous suivre.
06:04C'était Smartech, votre émission sur le numérique
06:06et ses enjeux.
06:08Je vous donne rendez-vous jeudi prochain.
06:09On sera en direct à 10h45
06:11pour commenter toute l'actualité tech.
06:13A très bientôt.
06:14Sous-titrage Société Radio-Canada
06:23Sous-titrage Société Radio-Canada
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