00:00Notre invité ce matin c'est Thomas Cazenave, bonjour, vous êtes député ensemble pour la République de Gironde.
00:05Raphaël Le Gendre est à mes côtés, Patrick Martin a annoncé hier un grand meeting dans lequel les patrons allaient parler d'impôts,
00:13allaient parler de leur quotidien, de chef d'entreprise. Est-ce que si c'est organisé dans les prochains jours, vous allez y aller ?
00:19Non, d'abord je crois qu'il faut que le dialogue se passe.
00:23C'est le cas des rencontres qui sont organisées par le Premier ministre,
00:26avec toutes les forces vives, j'allais dire les partenaires sociaux, naturellement le MEDEF.
00:31Aujourd'hui, et je crois qu'il faut aller au bout de cette phase de discussion, de négociation,
00:36on ne va pas tous descendre dans la rue avec des pancartes.
00:39Mais vous comprenez que les patrons sont en colère, qu'ils ont l'impression qu'ils sont maltraités,
00:42on prend les entreprises comme des ennemis ?
00:44D'abord il y a quand même un gros problème sur la vision de qu'est-ce que c'est la fiscalité,
00:48à quoi servent les entreprises, qu'il faut créer de la richesse pour pouvoir ensuite la redistribuer.
00:52Et là on est parti tout feu tout flamme sur la taxe Zuckman,
00:56qui serait l'alpha et l'oméga de toutes les politiques publiques en France.
00:59Mais on ne nous a pas beaucoup entendu sur cette taxe Zuckman.
01:02Le bloc central est assez inaudible pour l'instant,
01:05vraiment c'est Gabriel Zuckman et le Parti Socialiste qui occupent toutes les ondes.
01:09Oui parce que je pense qu'on laisse beaucoup de place à celles et ceux qui la défendent.
01:12Je pense qu'on a tenu une ligne depuis le départ, c'est-à-dire oui il faut trouver un accord.
01:16On ne peut pas laisser le pays sans budget, sans accord.
01:19Je crois que moi je suis beaucoup sur le terrain à Bordeaux,
01:22les Françaises et les Français nous demandent de travailler ensemble.
01:26En revanche, nous on a quelques attachements,
01:29des lignes rouges, je vais dire, ce n'est pas vraiment des lignes rouges,
01:31mais on défend le travail, on défend la croissance, la création d'entreprises, la création d'emplois.
01:39Parce que si on n'a pas de croissance, on n'aura pas de quoi, y compris réduire nos déficits,
01:45financer notre modèle social.
01:46Et donc moi ce que je trouve dingue un peu dans la période, c'est qu'on ne parle que de la taxe Zuckman,
01:51comme si ça allait apporter des réponses à la baisse de la démographie,
01:55l'impact de l'intelligence artificielle, la faiblesse de la croissance et de la productivité.
02:00Mais pardon Thomas Cazenave, mais y compris chez vous, on parle de taxe Zuckman,
02:02on commence à dire oui, ok, on est prêt à l'accepter.
02:05Et ce matin, Marc Fénaud, alors ce n'est pas Renaissance et Modem,
02:08mais c'est quand même un allié historique du président de la République,
02:11plaide pour un impôt sur la fortune improductive.
02:15Un retour de l'ISF, c'est le dernier clou dans le cercueil du macronisme.
02:20Non, moi je pense qu'on va naturellement rentrer dans ce débat budgétaire.
02:24Un, je crois que si on appelle tout le monde à faire des efforts,
02:27et dans les propositions qui sont faites, il faut qu'on regarde les efforts qui sont demandés,
02:31y compris à celles et ceux qui le peuvent, et qui sont les plus riches.
02:35Et ce débat ne me choque pas.
02:37En revanche, nous, notre attention, ce sera un, on préserve le travail,
02:41c'est pour ça qu'on s'est opposé aux deux jours fériés par exemple,
02:44on a dit ça ne va pas dans la bonne direction,
02:46et deux, ne pas casser le moteur de l'investissement, de la croissance,
02:50on a quand même réussi à faire de ce pays un des pays les plus attractifs d'Europe ces dernières années,
02:56c'est pas pour casser ce moteur-là.
02:58Donc c'est quoi, c'est un ISF ?
02:59Non, moi je n'aime pas, j'allais dire, la fiscalité sur le stock,
03:03pardon d'être un peu technique.
03:04Référé sur le flux.
03:06La taxe du Hütte-Mann, on taxe une richesse qui est virtuelle,
03:10elle n'arrive pas encore sur le compte en banque.
03:11En revanche, dire, est-ce qu'il y a une réflexion à voir sur la fiscalité du capital ?
03:16Le prélèvement forfaitaire unique, si les socialistes veulent avancer par ça.
03:20Donc une augmentation du taux de la flat tax, le prélèvement forfaitaire unique,
03:23effectivement, d'un point, deux points, peut-être trois, ne vous choquerez pas ?
03:27Moi, je n'y suis pas favorable.
03:29Je n'y suis pas favorable, mais il faut trouver des accords.
03:33Vous êtes favorable à quoi, du coup ?
03:34Je préfère qu'on s'oriente vers ce type de réponse,
03:37c'est-à-dire des dispositifs anti-optimisation,
03:40et on sait que ça existe.
03:43On sait aussi qu'on peut travailler sur la fiscalité du capital.
03:47Je préfère toutes ces réflexions-là à le retour d'une fiscalité sur le patrimoine professionnel.
03:55C'est quand même dingue, la proposition de Zuckmann.
03:57C'est ça le problème principal.
04:00On serait le premier pays à le faire, en Europe, et probablement dans le monde.
04:05Donc, réorientant le débat sur ce type de mesures,
04:08c'est normal que tout le monde soit appelé à faire des efforts, des contributions supplémentaires.
04:12Y compris les grandes entreprises, on parle de plus en plus d'un maintien,
04:15de la surtaxe d'impôts sur les sociétés.
04:17Une dizaine de milliards d'euros, ça n'est pas une paille, payée en 2025.
04:21Est-ce que vous seriez favorable à son maintien en 2026 ?
04:23Mais moi, je ne suis pas favorable aux augmentations d'impôts.
04:26Je trouve que la question des économies...
04:27Oui, mais il vous faut un accord.
04:28Mais je dis juste que dans le menu de tout ce qu'on nous propose,
04:32il faut revenir à des solutions qui ne cassent pas le moteur économique.
04:36Et je préfère, je le dis, fiscaliser un peu plus les revenus du capital,
04:41fiscaliser les bénéfices,
04:43plutôt que s'attaquer au patrimoine professionnel de celles et ceux
04:46qui créent des emplois, qui créent de la richesse dans notre pays.
04:50Est-ce que dans le socle commun, on parle encore de baisse des dépenses,
04:52où c'est un sujet qui n'existe plus ?
04:54Oui, oui et oui. Pourquoi ?
04:57Nous, on a toujours soutenu des propositions d'économie.
05:00Nous l'avons dit, nous continuons à le défendre.
05:03Il faut aussi que dans la discussion qui ait lieu avec toutes les formations politiques,
05:07on va faire entendre notre voix en disant
05:09qu'on ne peut pas passer de 44 milliards d'économies
05:14à 20 à 30 milliards de recettes fiscales supplémentaires.
05:19Quand j'entends parfois nos oppositions dire
05:21qu'on est un pays néolibéral qui s'inflige une cure d'austérité,
05:27on a le niveau de dépense publique le plus élevé d'Europe,
05:29le niveau de fiscalité le plus élevé d'Europe.
05:32Donc déjà, le point de départ n'est pas le bon.
05:34Et on a un problème de soutenabilité de notre modèle social.
05:37Je le disais, baisse des naissances,
05:39baisse de la productivité, faible croissance.
05:42Notre modèle social n'est plus financé.
05:43Et donc, il faut soutenir la croissance et parler d'économie.
05:48Vous avez été l'élève de Thomas Piketty à l'école d'économie de Paris,
05:52Thomas Cazenave.
05:54Thomas Piketty, qui dans une interview à Bloomberg,
05:55propose un mécanisme de taxation des grandes fortunes
05:59liées au nombre d'années vécues en France
06:02afin d'éviter l'évasion fiscale.
06:05Il propose quasiment de les enfermer s'ils veulent quitter la France.
06:07Des arrêter l'aéroport, oui.
06:08Des arrêter à l'aéroport.
06:10Un commentaire.
06:11Oui, c'est là où on vit dans un monde ouvert.
06:15Et heureusement qu'on vit dans un monde ouvert.
06:18On bénéficie de ce monde ouvert.
06:20Je pense que Thomas Piketty ne peut pas défendre ce type.
06:23Et on voit une forme de dérive complète sur la...
06:25Il fait de l'économie ou de la politique aujourd'hui, Thomas Piketty ?
06:27Thomas Piketty, quand je l'entends,
06:29je ne vois plus le professeur d'économie parfois.
06:31Il est dans un combat de nature politique.
06:33C'est vrai, il a le droit d'avoir des convictions politiques.
06:35Mais je trouve qu'on mélange un peu les gens.
06:37Je n'ai pas lu ses travaux d'économiste sur les mécanismes d'arrêt à la frontière des grands patrons et son impact économique.
06:45Donc là, on sort complètement de l'économie au profit de la politique.
06:49Et je regrette un peu en ce moment le mélange des genres.
06:51Dans votre négociation avec le Parti Socialiste au sens large,
06:54il semble que l'assurance chômage et la réforme potentielle passent à la trappe.
06:57Ça tenait à cœur à Gabriel Attal.
06:59Est-ce qu'il faut conserver une future réforme ?
07:02Est-ce qu'il faut que les gens travaillent plus ?
07:03Qu'est-ce qu'on doit faire sur ce point ?
07:05On a besoin collectivement de travailler plus.
07:08Je le disais, notre modèle social aujourd'hui, il n'est plus financé.
07:11Donc tout ce qui contribue à ce qu'on soit plus nombreux à travailler,
07:15que ce soit les seniors, les plus jeunes,
07:18on a fait beaucoup de progrès avec la réforme de l'apprentissage.
07:21Tout doit être fait pour encourager le maximum de personnes à travailler.
07:25À la fin...
07:25On va réduire les aides dans l'apprentissage dans le prochain budget a priori.
07:28Je sais, mais c'est quand même une grande avancée.
07:30C'est une grande avancée de ces dernières années.
07:32Le problème, c'est qu'à la fin, si on dit qu'il n'y aura pas d'année blanche,
07:36il n'y aura pas de réformation en chômage,
07:38il faut abolir la réforme des retraites,
07:41on enfoncerait le pays littéralement dans une dérive profonde de nos finances publiques.
07:46Donc nous, on doit aussi tenir bon sur la nécessité de faire des économies
07:50et qu'elles soient au programme de ce prochain budget.
07:53C'est ce que pense le Premier ministre aussi.
07:55On ne l'entend pas beaucoup.
07:55On a des mesures symboles, comme la suppression des budgets de communication de l'État.
07:59C'est normal qu'on ne l'entende pas beaucoup.
08:03Et je pense qu'il est en train de gagner un peu la partie
08:05sur le dialogue qu'il noue avec les forces politiques et syndicales.
08:09Il les reçoit, il y a de nombreux échanges,
08:12tout ça pour aboutir à une proposition,
08:14je l'espère qu'il mettra sur la table dans les prochains jours.
08:16Mais il vaut mieux le faire comme ça qu'à micro ouvert, si vous voulez.
08:19Donc moi, ça ne m'inquiète pas qu'on n'entende pas beaucoup le Premier ministre.
08:22Par contre, j'attends de lui qu'il trouve cette voie de passage
08:24pour donner de la stabilité au pays,
08:26parce que moi, sur le terrain, tout le monde me dit
08:28« Entendez-vous, entendez-vous ! »
08:30Pour donner un peu de visibilité jusqu'en 2027,
08:33ce n'est pas à nous de résoudre les problèmes qui sont les vôtres.
08:36Et votre problème, c'est de trouver des majorités à l'Assemblée.
08:39Et est-ce qu'on vous demande de revenir sur la réforme des retraites ?
08:41On ne m'en parle jamais.
08:44Jamais ?
08:44Je veux dire, je suis par ailleurs en campagne
08:46pour une échéance municipale à Bordeaux,
08:48donc je suis quand même beaucoup sur le terrain.
08:50Personne ne me parle des retraites.
08:52Personne ne me parle des retraites.
08:53On me dit, en effet, il faut que tout le monde contribue.
08:56Il faut que les plus riches contribuent.
08:58Alors, on peut rentrer dans le détail de la Taxi-Man,
09:00ce que je fais, on disait d'autres solutions,
09:02mais on ne me parle jamais de la réforme des retraites.
09:04Et on me dit surtout, surtout, sortez-nous de l'instabilité.
09:07On veut du calme.
09:09Et c'est votre problème.
09:10Trouvez les voies d'un accord à l'Assemblée.
09:12Merci beaucoup Thomas Cazenard.
09:13Vous êtes venu ce matin dans la matinale de l'économie.
09:15Merci.
09:16Merci.
09:17Merci.
Commentaires