00:00La violence en politique peut prendre différentes formes,
00:03que ce soit sur le terrain ou sur Internet.
00:06Mon invitée peut en témoigner,
00:08ancienne présidente de la commission des affaires culturelles.
00:11Elle siège au sein du groupe Horizon, à l'Assemblée.
00:14Musique intrigante
00:16...
00:27Bonjour, Isabelle Roche.
00:29Bonjour, Clément.
00:30On ne s'y attend pas forcément,
00:32mais quand on s'engage en politique,
00:34on est exposé à différentes formes de violences.
00:37On pense souvent à la violence physique.
00:39En ce qui vous concerne, les faits se sont déroulés sur Internet.
00:43Pendant le Covid, c'était en mars 2021,
00:45vous avez été victime d'une vague de cyberharcèlement
00:48particulièrement intense.
00:50La police a fini par identifier et interpeller les responsables.
00:53Ils faisaient partie d'un petit groupe anti-vax.
00:56Voici leur image.
00:57Leur logo,
00:582V dans un cercle,
01:00les VV, comme ils se surnomment, seraient une centaine en France.
01:04Leur mode d'action favori est le cyberharcèlement.
01:07Ils inondent les pages Facebook de grands médias
01:10ou de personnalités publiques de messages de haine.
01:13Cette députée a ainsi reçu 600 insultes
01:15pour avoir promu les tests salivaires à l'école.
01:18Des arrestations ont eu lieu hier dans cinq départements.
01:22Six femmes et deux hommes interpellés,
01:25animateurs présumés du réseau,
01:27ils sont artisans, enseignants ou fonctionnaires.
01:30Ils risquent jusqu'à deux ans d'emprisonnement
01:32et 30 000 euros d'amende.
01:34Ces personnes ont été jugées et condamnées
01:36à des peines d'amende, à de la prison avec sursis.
01:39C'est un simple post de votre part sur Facebook
01:42qui a tout déclenché, c'est ça ?
01:44Oui, oui.
01:45Un jour, je suis dans ma cuisine
01:47et une notification, deux notifications,
01:49trois notifications, et là, on se rend compte que...
01:52Parce que je dis on, avec mon équipe, je les alerte,
01:55que c'est un déferlement, et ça ne s'arrête pas.
01:58Il réagissait à quoi, exactement ?
02:00Au fait que j'avais mis...
02:02J'avais fait un compte-rendu d'une visite dans une école
02:05où il y avait des tests salivaires pour les enfants.
02:08Donc, je faisais le compte-rendu...
02:10En fait, j'étais dans ce qu'on fait en politique,
02:13de rendre compte de son action,
02:14et là, ça s'est vraiment déchaîné.
02:17Alors, plus de 600 messages
02:20avec des phrases-types qui revenaient à chaque fois.
02:23On les voit s'afficher sur l'écran.
02:25Complice d'un crime contre l'humanité,
02:27collabo d'un système nazi, psychopathe pro-nazi.
02:30Vous vous étiez préparée à vivre cela en devenant députée ?
02:34Non, non, on ne se prépare jamais à la haine.
02:36Je pense que c'est... On ne s'engage pas pour ça.
02:39On s'engage pour le bien des citoyens,
02:41parce qu'on veut faire bouger les choses.
02:44On ne s'engage pas pour servir de punching ball
02:46et pour être le réceptacle de toute la haine possible
02:49et inimaginable.
02:50Vous l'avez vécu comment ?
02:52Pas bien.
02:53Mais à quel point ?
02:55Au point, pendant très longtemps,
02:56de ne pas vouloir fréquenter les réseaux.
02:59Donc, mon équipe me disant qu'il faut publier,
03:01il faut y aller,
03:03et moi, en étant extrêmement réticente par rapport à cela,
03:06sachant bien que c'est une minorité qui va réagir.
03:09Mais voilà, c'est vraiment pas agréable.
03:12J'ai lu, dans un article de presse,
03:14que vous aviez eu dix jours d'arrêt de travail,
03:17que le juge a évoqué un stress post-traumatique,
03:20des troubles du sommeil, c'est allé jusque-là ?
03:22Oui, tout à fait, parce qu'on se demande pourquoi.
03:25Quand ça va s'arrêter, il n'y a pas de prise.
03:27En fait, on ne peut pas dire stop, on peut...
03:30Ca déferle, et en fait, moi, j'ai voulu témoigner
03:34et j'ai voulu porter vraiment cette affaire
03:37sur le devant de la scène et aller jusqu'à la plainte,
03:40le procès, pour aussi mettre en évidence
03:43et aider ceux qui en sont victimes,
03:45parce que, malheureusement, je suis une parmi des centaines
03:49et des milliers de personnes qui sont victimes de cela,
03:52que ce soit des forces de l'ordre, des enseignants,
03:55des adolescents, en fait, il y a plusieurs centaines
03:58de milliers de personnes en France qui peuvent être victimes
04:01à un moment ou un autre, et c'est pas acceptable,
04:04c'est pas supportable, donc c'est pour ça que j'ai voulu
04:07vraiment faire en sorte que le procès aille à son terme,
04:10pour montrer aux victimes que c'est pas une fatalité,
04:15et qu'on doit réagir, et qu'aux agresseurs,
04:18on n'a pas le droit de le faire.
04:19Pendant votre premier mandat, la violence a aussi
04:22d'autres formes, contre votre permanence,
04:25qui a été ciblée par des agriculteurs,
04:27par des opposants à la réforme de retraite,
04:29par un inconnu qui a jeté une pierre
04:32contre la vitrine de votre permanence.
04:34C'est cette pierre-là qui a déclenché
04:36quand même beaucoup de choses,
04:38parce qu'en fait, c'est un acte, a priori, gratuit.
04:41On sait que c'est quelqu'un qui vient en train
04:43donc on a remonté les caméras de vidéosurveillance,
04:47qui jette la pierre et qui repart.
04:49Et c'est très désagréable,
04:51et surtout angoissant par rapport aux équipes.
04:54Là, c'est pas que moi qui suis visée,
04:56c'est ma permanence et les gens qui travaillent avec moi.
04:59Ca vous a posé des problèmes très concrets,
05:01car vous n'aviez plus de compagnie d'assurance,
05:04vous avez dû changer de permanence.
05:06J'ai lu que dans votre nouvelle permanence,
05:09vous n'en donniez pas l'adresse publiquement.
05:11Oui, tout à fait. C'est pas mentionné.
05:13Vous êtes obligée de vous cacher ?
05:15C'est pas mentionné sur Internet.
05:17Il y a le numéro de téléphone, l'adresse,
05:19les gens prennent, nous envoient des emails,
05:22on rappelle, à ce moment-là, on communique l'adresse,
05:25on donne le rendez-vous, il n'y a aucun problème par rapport à cela,
05:29mais je souhaite protéger mes équipes
05:31de toute agression.
05:33Quand on se revendique députée de terrain, comme vous,
05:36c'est quand même problématique.
05:38Moi, je suis sur le terrain, moi,
05:40mais je ne souhaite pas exposer mes équipes.
05:42C'est une protection vis-à-vis des gens qui travaillent avec moi.
05:46Ils n'ont pas à subir, ils ne travaillent pas pour moi,
05:49pour être exposés à de la violence.
05:51On va remonter aux sources de votre engagement,
05:54le déclic, si l'on peut dire, pour vous.
05:56Il date de 1997, vous décidez de rejoindre le Parti socialiste.
06:00Pourquoi ? Qu'est-ce qui a déclenché ça ?
06:02Ma fille.
06:03J'ai ma fille dans les bras, elle a neuf mois,
06:06et j'écoute la radio,
06:08et j'ai envie de dire, comme d'habitude,
06:11je râle.
06:12Je me dis que j'ai ce bébé dans les bras,
06:14il faut que j'arrête de râler, que je m'engage.
06:17C'est vraiment ça qui déclenche
06:20ma volonté d'engagement en politique.
06:22À ce moment-là, je me dirige vers le Parti socialiste,
06:25qui, à cette époque-là,
06:27correspond le mieux au moment de ma vie,
06:30où j'en suis, je suis une profondément centriste,
06:33mais en 97, il me semble que Lionel Jospin
06:37répond en grande partie à mes aspirations.
06:40C'est ça qui vous fait aller vers la gauche
06:42plutôt que vers un parti du centre ?
06:45Les partis centristes...
06:46Il n'y a pas vraiment de parti centriste
06:49qui me semble correspondre, au moment où j'en suis,
06:52de ma vie à cela.
06:54En 2001, vous êtes devenue
06:56conseillère municipale d'opposition à Thionville,
06:59puis adjointe au maire en 2008,
07:01ensuite, vous avez été élue conseillère générale,
07:04et puis en 2014, surprise, vous quittez le PS
07:06et vous rejoignez l'UDI,
07:08parti centriste. Pourquoi ?
07:09Parce qu'en fait, je suis au Conseil général depuis 2008,
07:13je suis aussi adjointe au maire.
07:15Je peux faire des choses en tant qu'adjointe au maire,
07:19mais les relations sont un peu compliquées.
07:21La politique qui est menée au Conseil départemental de La Moselle,
07:25ça me va bien, je m'y retrouve.
07:28Et c'est vrai qu'en 2014,
07:30je décide de franchir le pas et je dis à Patrick Veyten
07:34que je souhaite rejoindre sa majorité,
07:36parce que je travaille avec lui, je trouve que ce qui est fait est bien.
07:40C'est le président du parti en Moselle,
07:42le président de l'UDI,
07:44donc voilà comment j'entre à l'UDI en 2014.
07:48En 2017, vous quittez l'UDI pour rejoindre En Marche.
07:52Par la suite, vous avez suivi Edouard Philippe
07:54quand il a créé Horizon.
07:56Certains vous reprochent de changer de parti
07:59en fonction de vos intérêts, d'avoir un opportunisme politique.
08:02Vous leur répondez quoi ?
08:04Je ne sais pas qui sont ces certains.
08:06Vos adversaires localement ?
08:07Oui, mais pas les électeurs.
08:09Donc, pas les personnes que je rencontre sur le terrain,
08:12pas ceux qui me connaissent,
08:14pas ceux qui connaissent mes convictions.
08:16Et alors, justement, vos convictions,
08:18quelles sont-elles ?
08:20Quel est le moteur de votre engagement,
08:22ce qui vous motive depuis le début,
08:24qui n'a pas bougé malgré vos changements de parti ?
08:27C'est les partis qui ont souvent changé,
08:29qui n'ont pas répondu aux engagements que j'avais.
08:33Quand j'écoute Edouard Philippe,
08:35je suis totalement en phase avec sa ligne et ce qu'il dit.
08:40C'est vraiment un engagement au service des citoyens,
08:44au service de tous les concitoyens,
08:46et que le projet d'émancipation,
08:50qui est normalement le moteur de l'engagement
08:52de chacun et chacune,
08:54puisse réellement être mis en oeuvre
08:56par un projet politique.
08:58Et c'est quand on ne répond pas à ses aspirations,
09:02quand on fait croire aux citoyens
09:04que tout va s'améliorer d'un coup de baguette magique,
09:07que ça, pour moi, c'est pas supportable.
09:09On se doit d'un devoir de vérité et de réalisme.
09:12À l'Assemblée, de 2022 à 2024,
09:15vous avez présidé la Commission des affaires culturelles.
09:19C'est une commission assez vaste,
09:20ça couvrait la culture, les médias, la jeunesse,
09:23l'éducation, le sport...
09:24C'est un élément supérieur.
09:26Qu'est-ce que cette expérience vous a apporté
09:29dans votre vie de députée ?
09:31De très belles rencontres,
09:33et surtout, moi,
09:35est-ce que ça m'a amenée,
09:38enfin, pas qu'à moi, mais démontré,
09:40c'est cette capacité d'aller chercher
09:42les points de consensus chez les uns et les autres.
09:45Si vous avez regardé comment ça s'est passé
09:48entre 2022 et 2024,
09:50énormément de projets ou de propositions de loi
09:53sont passés,
09:54certains à l'unanimité,
09:56d'autres avec une large majorité.
09:58Donc, en fait, on va dire que j'ai encore plus développé
10:01cette culture du consensus
10:03que j'ai depuis toujours et qui m'anime en politique.
10:06Ce qui fait peut-être aussi qu'à certains moments,
10:09je suis toujours fidèle à des convictions,
10:13mais que je peux changer de parti.
10:16On va conclure l'émission avec notre petit quiz.
10:19Pour commencer, on va changer un petit peu
10:22ce qu'on fait d'habitude.
10:23J'ai vu que vous souhaitiez réécrire la Constitution
10:26en écriture inclusive.
10:28J'ai lu ça. On vous propose d'essayer de le faire
10:30à voix haute avec le début de l'article 8
10:33qui va apparaître à l'écran.
10:35Je vous propose de lire en écriture inclusive.
10:37-"Le président ou la présidente de la République
10:40nomme le Premier ou la Première ministre,
10:43il ou elle met fin à ses fonctions sur la présentation
10:46par celui-ci ou celle-ci de la démission du gouvernement."
10:49Il n'y a pas de yel ?
10:50Non.
10:52Je pense que l'écriture inclusive
10:55souffre d'une mauvaise presse
10:58parce que, généralement,
10:59on voit immédiatement le point médian.
11:02L'écriture inclusive, ça veut dire mettre les femmes
11:05dans l'espace public.
11:06Ca peut prendre différentes formes.
11:08C'est pour ça que quand je dis...
11:11L'écriture inclusive n'est pas le point médian.
11:14-"Avoir été coach, visiteuse médicale
11:17ou prospectrice téléphonique ?"
11:19Alors, oui, j'ai surtout fait de la formation
11:22pour les personnes qui faisaient de la prospection,
11:25qui travaillent sur les centres d'appel
11:28et notamment sur les services après-vente.
11:30C'est beaucoup de rencontres humaines
11:33et de comprendre, de vivre,
11:35parce que, pour différentes raisons,
11:38le quotidien d'un grand nombre de citoyens.
11:41-"Quand je vois un viaduc."
11:44Je rêve.
11:45C'est...
11:46C'est pour moi...
11:47C'est étonnant, ça, pour qui ne vous connaît pas.
11:50Vous rêviez de construire des viaducs
11:52quand vous étiez plus jeune ?
11:54Oui, et moi, le viaduc de Garabit
11:57est tout simplement extraordinaire,
11:59construit par...
12:01Oui, je sais, c'est pas forcément quelque chose
12:03qu'on voit spontanément,
12:05mais moi, je rêvais d'être architecte,
12:07mais poncer-chausser et de chausser des bottes et un casque
12:10pour être sur des chantiers et construire des grands ouvrages,
12:14et notamment des ponts.
12:15Peut-être que, finalement, la politique répond en grande partie
12:19à cette aspiration de construire des ponts
12:21entre les femmes et les hommes.
12:23Ce sera le mot de la fin.
12:24Merci, Isabelle Roche, d'être venu dans La Politique et moi.
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