00:00 Le rôle d'un parent, c'est aussi, et peut-être avant tout même, d'être heureux lui-même.
00:04 C'est le mot "cracie" qui définit qu'à un moment donné, le pouvoir appartient de manière totale, complète ou partielle,
00:16 mais en tout cas de manière intense, à quelqu'un.
00:18 La baby-cracie, c'est le pouvoir aux enfants.
00:20 Et lorsqu'on donne le pouvoir, et qu'on donne une puissance démesurée à ce pouvoir,
00:23 qu'on donne toute l'autorité à l'enfant,
00:25 on obtient ces formes nouvelles de fonctionnement de la société que constituent les baby-cracies.
00:31 Les baby-cracies, c'est l'idée que l'enfant est au centre de tout.
00:33 Il faut sacrifier tout pour lui.
00:35 Ça veut dire par exemple, sur le plan des émotions,
00:37 les émotions de l'enfant sont toutes puissantes.
00:40 Or, un enfant va devoir très vite apprendre que ceux qui l'entourent ont aussi des émotions.
00:44 Une des façons de contrôler les effets négatifs d'une baby-cracie,
00:47 c'est de démontrer à l'enfant, très rapidement dans son développement,
00:50 qu'il n'est pas le maître absolu de tout.
00:53 La pédagogie positive, par exemple, a fait le creuset de ces baby-cracies.
00:57 Alors, ce n'est pas du tout quelque chose qui, a priori, doit être critiqué.
01:00 Le fait de mettre l'enfant au centre des apprentissages,
01:02 de le mettre au centre du principe éducatif,
01:04 tout ça, c'est évidemment très positif.
01:06 Le problème, c'est que le centre ne doit pas oublier que chacun est à ce centre,
01:11 et que ceux dont les enfants ont besoin, ce sont des parents qui ne sont pas oublieux d'eux-mêmes,
01:15 qui sont capables eux-mêmes, aussi, de définir leurs priorités,
01:18 ce qui leur est important pour vivre.
01:20 [Musique]
01:23 Surtout quand on se définit comme définition du bonheur,
01:26 quelque chose qui serait de l'ordre de la joie continue,
01:29 de la satisfaction permanente ou du contentement constant.
01:31 Ce qui est important de voir avec l'enfant, c'est que l'idée du bonheur,
01:34 eh bien, ça suppose quelque chose d'un peu plus élaboré,
01:36 qui est une forme de sérénité.
01:38 Ça va, oui, ça va bien, tout va bien.
01:40 Le fameux 7/10 sur le curseur du bonheur est plus productif
01:44 que le 9/10 ou le 10/10 continu.
01:46 Il faut un bonheur atténué, c'est-à-dire celui qui correspond à ce bonheur serein.
01:50 Dans la baby-cracy, on a eu tendance à considérer
01:53 qu'il fallait toujours que l'enfant soit intensément heureux.
01:56 Et donc, ça supposait une forme de sacrifice permanent d'un parent
01:59 qui en arrivait à étouffer pour son enfant,
02:00 le fameux "j'ai tout fait pour toi, j'ai tout fait pour toi, j'ai tout fait,
02:03 et donc je ne respirais plus".
02:04 Ça, c'est terriblement dangereux en éducation.
02:06 [Musique]
02:09 En ne s'oubliant pas, dans l'éducation,
02:11 c'est-à-dire que le rôle d'un parent, c'est aussi,
02:13 et peut-être avant tout même, d'être heureux lui-même.
02:15 Il faut savoir que quand le parent montre à son enfant
02:18 l'image d'un bonheur assumé, il donne à son enfant l'envie de grandir.
02:21 Et pour sortir de la baby-cracy,
02:23 il faut faire comme on le fait dans toutes les démocraties,
02:25 c'est-à-dire répartir le pouvoir, la puissance et l'autorité
02:28 à l'intérieur de la famille, de façon par exemple
02:30 à ce que chacun se vive comme égal par rapport aux émotions qu'il ressent.
02:34 [Musique]
02:37 [SILENCE]
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