- il y a 2 ans
"Confessions d’un caïd marseillais" est un document unique puisqu’il a été rédigé, de sa prison, par une des figures du trafic de stups à Marseille. Un témoignage glaçant et troublant qui permet de comprendre la guerre qui se joue dans la capitale phocéenne autour du trafic de drogue et qui a déjà fait 46 morts dans en 2023.
Maître Daniel Barrionuevo est l’avocat de celui qui se fait appeler Amin Kacem, algérien musulman qui a quitté son pays à 14 ans pour rejoindre illégalement la France et devenu caïd de la drogue. Daniel Barrionuevo a corédigé le livre de Kacem qui purge une peine de 6 ans de prison. Il explique sa démarche et le parcours de ce client qui se raconte sans reniement, sans excuses, sans repentance.
Cette plongée effarante au cœur des cités de Marseille et des trafics de stups nous fait découvrir la violence, l’appât du gain mais aussi nous offre des précisions incroyables. Le caïd marseillais explique "que la plupart des politiciens locaux doivent leur élection au business de la drogue". Il affirme qu’en juillet 2023, c’est lui qui a donné l’ordre de ne pas propager les émeutes dans les cités des quartiers nord pour ne pas nuire à ses trafics !
Amin Kacem a cette phrase qui en dit long sur la situation de certains quartiers français : "La drogue n’est pas un à côté de la cité, elles ne forment qu’un seul et même corps".
Un document exclusif autour d’un individu qui revendique (dans les colonnes du JDD) avoir choisi le crime pour l’oseille ! A regarder d’urgence !
Maître Daniel Barrionuevo est l’avocat de celui qui se fait appeler Amin Kacem, algérien musulman qui a quitté son pays à 14 ans pour rejoindre illégalement la France et devenu caïd de la drogue. Daniel Barrionuevo a corédigé le livre de Kacem qui purge une peine de 6 ans de prison. Il explique sa démarche et le parcours de ce client qui se raconte sans reniement, sans excuses, sans repentance.
Cette plongée effarante au cœur des cités de Marseille et des trafics de stups nous fait découvrir la violence, l’appât du gain mais aussi nous offre des précisions incroyables. Le caïd marseillais explique "que la plupart des politiciens locaux doivent leur élection au business de la drogue". Il affirme qu’en juillet 2023, c’est lui qui a donné l’ordre de ne pas propager les émeutes dans les cités des quartiers nord pour ne pas nuire à ses trafics !
Amin Kacem a cette phrase qui en dit long sur la situation de certains quartiers français : "La drogue n’est pas un à côté de la cité, elles ne forment qu’un seul et même corps".
Un document exclusif autour d’un individu qui revendique (dans les colonnes du JDD) avoir choisi le crime pour l’oseille ! A regarder d’urgence !
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00:00 Confession d'un caïd marseillais est un document unique puisqu'il a été rédigé de sa prison
00:10 par une des figures du trafic de stupéfiants à Marseille.
00:12 Un témoignage qui permet de comprendre la guerre qui se joue à Marseille
00:16 autour du trafic de drogues et qui a déjà fait 46 morts dans la capitale fosséenne en 2023.
00:23 Maître Daniel Barolio-Nuevo, vous êtes l'avocat de celui qui se fait appeler Amine Kassem,
00:29 et avant d'évoquer le parcours de ce caïd marseillais, je veux vous poser une question personnelle.
00:33 Pourquoi avoir accepté de co-écrire ce livre avec Amine Kassem ?
00:38 C'est une très bonne question que vous me posez là.
00:41 Et pour être honnête avec vous, dans un premier temps, j'ai hésité.
00:46 J'ai hésité parce que j'ai effectivement des règles et des principes de l'ontologique
00:49 que je me dois d'appliquer tous les jours.
00:51 Et lorsque j'ai prêté serment, il y avait une notion qui est très importante dans ma profession,
00:56 c'est l'indépendance.
00:57 Moi, je me suis toujours refusé d'entretenir une relation ne serait-ce qu'amicale avec mes clients.
01:02 Parce que je considère que pour bien faire son métier, je me dois de garder cette indépendance.
01:06 Et effectivement, co-écrire un ouvrage, c'est d'une certaine manière tisser des liens avec son co-auteur.
01:11 Et j'ai réfléchi, j'ai réfléchi à mon serment, et je me suis remémoré du coup mon serment.
01:19 Et je me suis demandé si finalement ma mission n'était pas d'accompagner mon client dans ce projet également,
01:25 puisque c'est un projet qui est dangereux sur le sens judiciaire,
01:29 puisque pénalement, on peut être poursuivi pour ses écrits.
01:32 Et je ne me suis pas senti d'abandonner mon client dans cette tâche,
01:35 puisqu'il aurait publié l'ouvrage avec ou sans moi.
01:38 Donc, mon travail était effectivement de vérifier ses écrits pour permettre à l'ouvrage de voir le jour.
01:44 Maître Barrio, est-ce que ces décisions n'aboutissent pas à défendre l'indéfendable ?
01:49 En écrivant avec un criminel, qui d'ailleurs n'est pas tendre avec les avocats,
01:52 il explique tous ses préjugés anti-avocats dans l'ouvrage, et même finit par dire de vous,
01:57 et là ça pose une question quand même de déontologie, il dit "mon conseil devient une sorte d'ami".
02:03 Alors, ça c'est son point de vue à lui.
02:05 Moi, ce n'est pas mon ami, et ça ne sera jamais mon ami, ça reste mon client.
02:09 Mais effectivement, déontologiquement, ça peut questionner.
02:12 Et c'est pour ça que cet ouvrage est inédit,
02:15 puisque, à ma connaissance en tout cas, je ne connais pas d'ouvrage qui a été édité
02:20 et co-écrit entre un avocat et son client, qui plus est, demeure à la tête d'un réseau.
02:26 Donc, c'est ce qui rend l'ouvrage aujourd'hui inédit.
02:29 Alors, je parlais, et vous parlez effectivement d'un document unique,
02:32 parce qu'on l'en parcourt aussi à grands traits, l'histoire d'une vie.
02:35 Alors, qui est Amin Kassem ?
02:37 Je le rappelle, c'est un nom d'emprunt.
02:39 Est-ce que si je dis, c'est un Algérien musulman qui quitte son pays à 14 ans,
02:42 situation irrégulière, j'ai tout dit ?
02:45 C'est un peu ça, effectivement c'est un nom d'emprunt.
02:47 Lui, il se définit un peu comme une sorte de Tony Montana des temps modernes, marseillais.
02:52 Il a quitté son pays à l'âge de 14 ans.
02:56 Il vivait dans une famille pratiquante, qui, de prime abord, était respectable.
03:03 Mais, effectivement, une fois la porte fermée le soir, le père était violent.
03:06 Moi, il y a des mots qui m'ont marqué dans cet ouvrage.
03:08 Quand il dit que le visage de sa mère se déformait de douleur sous les coups de son père,
03:14 c'est des mots qui m'ont marqué.
03:16 Donc ça, c'est pour vous expliquer un peu le point de départ.
03:18 Il a deux frères et une sœur, une sœur qui a été mariée de force,
03:22 et deux frères qui ont rejoint la France.
03:23 Donc à l'âge de 14 ans, il a pris, effectivement, un bateau
03:28 pour traverser la Méditerranée, comme beaucoup de migrants aujourd'hui,
03:31 et pour rejoindre Marseille, où il a gravi, petit à petit,
03:35 les échelons de cette pyramide du crime et du réseau.
03:39 Il a commencé comme guetteur, puis après il est devenu charbonneur.
03:44 Charbonneur, c'est la fonction qu'occupe un individu
03:50 qui va directement être au contact des clients pour vendre des stupéfiants.
03:54 Et on va lui proposer cette co-direction, j'ai envie de dire, à la tête du réseau,
04:00 puisque, à l'origine, la principale tête du réseau était incarcérée,
04:06 donc on lui a proposé cette co-direction.
04:08 Et malheureusement, c'est lui qui, à son tour, aujourd'hui, est en prison
04:11 et qui est fait face à ces mêmes difficultés.
04:14 Pourquoi fait-il le choix de la criminalité ?
04:16 Parce que vous soulevez, et le livre le soulève,
04:18 il y a bien évidemment une piste en indiquant que lui-même a baigné
04:23 dans son enfance dans la violence, la violence de son père,
04:26 qu'il frappe, qu'il le frappe, qu'il frappe sa mère, qu'il frappe son frère, sa sœur.
04:29 Mais quand on lui pose la question, il répond à la presse
04:32 "moi j'ai fait le choix du crime pour l'oseille".
04:34 Oui, c'est un choix. C'est lui qui l'écrit, c'est un choix.
04:37 Parce qu'il avait, comme je vous l'ai indiqué, deux frères.
04:39 Un frère qui arpente les marchés marseillais,
04:42 un autre frère qui, je crois, est livreur en région parisienne.
04:45 Ils ont tous eu, on va dire, le même noyau familial, la même violence,
04:47 ils ont tous connu ça.
04:48 Mais lui a choisi le crime parce qu'effectivement,
04:52 je vous renvoie ici aux chiffres, quand on regarde
04:55 le salaire mensuel moyen d'un Algérien qui est de 250 euros par mois
04:59 et qu'on voit qu'un jeune de 14 ans arrive dans une cité marseillaise
05:02 et touche 100 euros par jour pour guetter devant une cité,
05:07 effectivement lui, même si je ne le cautionne pas,
05:11 lui a accepté cette somme.
05:14 Ah mais je cautionne pas, parce que pour être son défenseur,
05:16 c'est quand même très difficile.
05:17 Si vous arrivez devant le juge en disant que ses parents étaient violents
05:20 et que lui dit de l'autre côté "ben non, c'est parce que c'est pour l'oseille et le fric",
05:24 c'est sûr que ce n'est pas très défendable.
05:25 Alors moi, je défends toutes les positions, c'est mon métier.
05:28 Je défends autant des auteurs que des victimes,
05:30 des caïds que des petites mains.
05:32 Donc ça fait partie de ma mission.
05:33 Mais effectivement, quand on cherche à plaider un dossier dans une juridiction,
05:36 on explique surtout le parcours de vie.
05:39 Et cet individu a eu un parcours de vie compliqué,
05:41 ça n'explique en rien le choix qu'il a fait.
05:43 J'insiste sur ces mots, il aurait pu...
05:45 Enfin, il ne se pose pas comme une victime de la société.
05:48 Il a fait le choix du crime et il assume aujourd'hui dans cet ouvrage inédit.
05:51 Vous avez parfaitement raison, parce que ce qui est profondément dérangeant
05:54 et passionnant dans ces confessions,
05:56 c'est qu'il n'y a pas de volonté de se justifier, pas même de s'excuser.
05:59 Il dit d'ailleurs que l'on ne compte pas sur moi pour jouer le repentant
06:02 et renier mon métier et mon rang.
06:05 Il assume tout, il assume tout.
06:06 Et c'est vrai, comme je l'ai dit, c'est ça qui en fait un ouvrage inédit,
06:09 puisqu'il assume tout dans cet ouvrage.
06:13 C'est un choix, c'est un choix comme vous l'avez évoqué.
06:16 Un choix, effectivement, dicté par l'argent, je le pense aussi, mais c'est un choix.
06:20 Alors, en dehors des sentiments qu'il évoque pour sa femme et son enfant,
06:23 tout le passage où, bien évidemment, il ne peut pas assister à l'accouchement de son enfant
06:27 puisqu'il est en prison.
06:29 Hormis cela, on a dans l'ouvrage...
06:33 Des descriptions d'une personnalité particulièrement froide.
06:35 La question que je me posais, c'était, est-ce qu'il est comme cela ?
06:42 Ou est-ce qu'il est dans le déni ?
06:44 Le déni parce qu'il est coupable d'une situation qui crée le trafic de drogue à Marseille
06:49 et qui a fait, non pas les victimes de la drogue,
06:52 mais les victimes de la vente de la drogue.
06:54 46 morts, comme je l'ai dit depuis le début de l'année.
06:56 Il semble ni coupable ni responsable,
06:57 alors qu'il continue de diriger son réseau en prison.
06:59 Il continue de le diriger.
07:00 Vous savez, je défends beaucoup de caïd.
07:03 J'ai accepté aussi cet ouvrage parce que c'est un personnage qui est atypique,
07:06 qui est intriguant, qui est glaçant.
07:09 Quand on lit les lignes qu'il a rédigées,
07:12 on s'aperçoit effectivement qu'il ne regrette rien.
07:14 Son seul remord, c'est qu'il n'a pas pu assister à la naissance de son fils.
07:20 Il ne voulait pas de fille, il voulait un garçon.
07:22 Comme il le dit, Dieu lui a offert cette chance.
07:27 Et malheureusement, il a raté cet événement important
07:30 puisqu'il était en détention et qu'on lui a refusé de sortir
07:35 pour assister à cette naissance.
07:37 Puisque si jamais il était sorti,
07:38 effectivement, on aurait dû boucler sûrement une aile de l'hôpital.
07:40 Donc, c'était hors de question pour la justice
07:43 de le laisser sortir et d'assister à cet événement important.
07:47 Et effectivement, il ne regrette rien aujourd'hui.
07:49 Il ne regrette rien, il ne laisse rien de côté.
07:50 Il vous a choisi, il explique, il vous a choisi sur ses critères propres.
07:55 Et en vous faisant suivre, faire suivre son avocat.
07:58 Ça, je l'ai appris.
08:00 Je ne le savais pas, je n'avais pas cette information
08:03 quand j'ai commencé, on va dire, ce projet avec mon client
08:05 puisqu'il m'a remis petit à petit des bouts qu'il avait griffonnés sur des feuilles.
08:09 Mon travail, c'était effectivement de tout réunir et de tout vérifier.
08:13 Mais je ne savais pas qu'il m'avait fait suivre, effectivement,
08:16 lorsqu'il m'avait mandaté.
08:18 Il m'a fait passer un certain nombre d'épreuves
08:20 pour pouvoir assurer sa défense, que j'ignorais d'ailleurs,
08:23 puisque j'ai défendu autant des gaiteurs, des passeurs aussi de drogue
08:29 qui faisaient partie de son réseau, qu'une victime.
08:32 D'accord ? Donc j'étais aussi de l'autre côté lorsqu'il m'a sélectionné, on va dire.
08:36 Mais ça, j'ignorais en tout cas qu'il m'avait fait suivre.
08:38 Et en toute transparence avec vous,
08:40 s'il m'avait annoncé la couleur dès le début, déontologiquement déjà,
08:44 je pense que j'aurais potentiellement même refusé de le défendre
08:47 puisque je ne cautionne pas qu'on fasse suivre aujourd'hui un avocat
08:50 pour s'assurer, on va dire, de son intégrité.
08:53 Est-ce que vous pouvez vous assurer de votre sécurité aujourd'hui ?
08:55 Écoutez, moi j'ai prêté serment avec les risques que cela comporte,
09:00 notamment au niveau de la matière,
09:01 puisque j'effectue donc diverses missions en matière pénale,
09:05 mais ça fait partie malheureusement du métier.
09:08 Heureusement, nous sommes aujourd'hui en France.
09:11 Heureusement, j'ai une liberté d'expression également.
09:14 Et pour l'instant, je n'ai pas eu de difficultés avec mes clients qui me respectent.
09:19 Tout au long du livre, il y a une revendication d'ailleurs,
09:22 celle de ne pas être français.
09:24 Ça, c'est une revendication.
09:25 Il fait le choix de rester en situation irrégulière ?
09:27 Alors, il ne fait pas vraiment le choix,
09:29 puisque ça fait partie également des missions.
09:32 Lui, effectivement, il est arrivé dans l'illégalité
09:33 puisqu'il n'avait pas de papiers à 14 ans.
09:36 Et après, très vite, il est parti dans les stupéfiants.
09:39 Enfin, on l'a sélectionné.
09:40 Il a choisi les stupéfiants, mais on l'a aussi sélectionné
09:42 parce qu'on ne prend pas tout le monde quand on est dans un réseau pour guetter.
09:45 Il faut avoir une certaine confiance en ces jeunes qui arrivent,
09:48 à qui on va confier une mission délicate
09:51 que de surveiller l'entrée de la cité.
09:55 Voilà ce que je peux vous dire.
09:57 – Il insiste aussi beaucoup sur le fait qu'il est musulman et croyant,
10:01 et c'est bien évidemment très respectable,
10:02 mais il insiste beaucoup sur ce dernier point.
10:05 Et il insiste aussi sur le fait qu'il y a des accommodements possibles
10:09 entre son métier et sa foi.
10:11 – Là, vous me parlez de religion.
10:13 Alors, il faut savoir que…
10:14 – Il en parle beaucoup dans l'ouvrage, c'est pour ça que je vous en parle.
10:15 – Tout à fait, mais il faut savoir que les caïds ne sont pas tous musulmans.
10:19 Moi, je défends des corses, je défends des gitans aussi, des catholiques.
10:24 Lui, effectivement, dans cet ouvrage, il fait référence à la foi,
10:26 la foi qu'il a connue dès son plus jeune âge,
10:30 puisque son père était l'imam de son village.
10:33 Donc, il a une vision très carrée et structurée de sa foi à lui,
10:39 que je ne cautionne pas et que je ne partage pas, bien évidemment,
10:41 mais c'est son point de vue et c'est sa vision de la religion
10:45 qu'il partage dans cet ouvrage.
10:47 Et puis, il y a un moment, deux petits moments intrigants,
10:51 parce qu'il refuse de le repentir, il refuse toute victimisation,
10:57 si j'ose dire, et à ce coup, j'ai un comble, il dit…
11:02 Dans un moment incroyable où, en fait, c'est un caïd marseillais qui est arrêté,
11:07 il dit au moins le procureur, s'il me parle mal, c'est qu'il est raciste.
11:10 Le policier, s'il m'a arrêté, c'est que c'est le contrôle au faciès.
11:13 Et je me suis dit, ça, c'est le gamin de 14 ans qui parle,
11:16 mais pas celui de 35, 40, 45, je ne sais pas quel âge a-t-il enchanté.
11:21 C'est un aspect très particulier de sa personnalité,
11:23 effectivement, j'ai eu l'occasion de le rencontrer,
11:26 mais il m'a entendu plusieurs fois pour assurer sa défense notamment.
11:29 Et c'est un personnage qui est glaçant et il ne se pose pas en tant que victime.
11:33 Et c'est vrai que dans deux passages dans l'ouvrage,
11:35 on a l'impression que son côté peut-être un peu enfant revient
11:39 et c'est ça qui est un peu surprenant.
11:41 Donc je m'interroge aussi si au niveau psychologique,
11:44 son discours est tout à fait cohérent,
11:49 mais c'est vrai que ça ressort dans l'ouvrage.
11:51 – Alors il y a un discours très cohérent, c'est le discours politique
11:53 ou entrepreneurial, on va voir les deux termes.
11:56 En juillet de 1823, pendant les émeutes,
11:59 notre client indique que les quartiers nord,
12:00 les quartiers dont il est, entre guillemets, un des parrains des temps modernes,
12:04 ces quartiers sont restés calmes.
12:06 Et il explique tout de gros que cette absence de violence, c'est sa décision.
12:10 C'est-à-dire la décision des caïds de la drogue.
12:14 Pas des politiques, pas d'Emmanuel Macron, pas du préfet,
12:18 mais c'est lui qui décide, Amin Kassem,
12:21 qu'il n'y aura pas d'émeutes dans les cités,
12:23 tout en autorisant les émeutes dans le centre-ville.
12:26 – Tout à fait, il faut savoir que le trafic de drogue,
12:27 c'est à peu près 2,7 milliards d'euros de chiffre
12:30 et dans la cité que dirige M. Amin Kassem,
12:35 c'est à peu près 2 millions d'euros par an,
12:37 ce qui fait à peu près 80 000 euros par mois de chiffre.
12:40 Il faut bien comprendre que si jamais des troubles surviennent dans ces cités,
12:45 c'est tout le commerce qui est affecté,
12:47 vous avez des consommateurs qui ne viennent plus et un chiffre qui baisse.
12:51 Donc bien évidemment, l'intérêt de ces caïds, c'est de délocaliser les troubles
12:56 et justement, ils utilisent leur pouvoir pour interrompre,
13:01 on va dire, les troubles dans les cités et inviter les jeunes plutôt
13:04 à aller vers l'extérieur pour justement manifester leur mécontentement.
13:07 Et ça a été le cas, notamment lors des dernières émeutes,
13:10 puisque si on regarde l'actualité,
13:11 vous n'avez pas vraiment de voitures qui ont brûlé,
13:13 en tout cas dans les quartiers marseillais,
13:14 ça s'est fié en périphérie des quartiers, sur le Vieux-Port,
13:18 vous avez des incidents, mais jamais au cœur même des cités.
13:21 Et pour répondre à votre question sur les services publics,
13:24 pardon, sur les pouvoirs publics, effectivement,
13:26 c'est un trafic qui se fait aujourd'hui aux yeux et à la vue de tous,
13:30 y compris des autorités.
13:31 Moi, je me refuse aujourd'hui de croire
13:34 que l'État n'est pas au courant de ce qui se passe
13:36 et je pense que quand on regarde les chiffres aussi,
13:38 vous avez à peu près, je pense, 25% de la population marseillaise
13:42 qui vit du trafic de stupéfiants.
13:44 Je ne vous parle que de la partie visible,
13:45 puisque le trafic de stupéfiants ruisselle sur toute la société.
13:51 Vous avez des chiffres qu'on n'a pas,
13:52 qui ne sont pas statistiquement établis,
13:55 mais le trafic de stupéfiants est aujourd'hui important
13:58 et les autorités, aujourd'hui, laissent faire.
14:00 – Vous dites d'ailleurs que la plupart des politiciens locaux
14:02 doivent leur élection à "mon business".
14:05 – Tout à fait.
14:05 – Vous utilisez le terme "business".
14:07 C'est pour ça que je vais parler d'entrepreneuriat,
14:08 parce qu'on va voir que cette notion de business, il y tient.
14:11 – Oui, c'est un aspect auquel il est attaché,
14:15 comme il le dit dans l'ouvrage en question.
14:17 C'est très intéressant d'ailleurs, vous pourrez le constater.
14:20 Il reprend les modèles de la grande distribution au niveau de son réseau,
14:25 donc au niveau de la communication, du packaging notamment, des stupéfiants.
14:29 – Il explique à un moment donné qu'il y a des barrettes de cannabis,
14:32 mais maintenant il est dans un packaging, dans un enveloppe aux couleurs de l'OM.
14:38 – Tout à fait, tout est fait pour attirer les jeunes et les convaincre de consommer.
14:43 Donc on s'inspire des grands modèles occidentaux,
14:46 on va dire au niveau des grands groupes, pour justement vendre des stupéfiants.
14:50 Et c'est ça justement qui en fait, on va dire, un cahier de redoutable aujourd'hui.
14:53 – Oui, le commerce des stupéfiants.
14:54 – Puisqu'il a réussi à s'adapter, notamment aussi à travers différents moyens,
14:57 technologiques aussi, c'est ce qu'on n'avait pas justement
14:59 dans les anciens parrains du milieu marseillais.
15:02 C'est un cahier qui a su faire avec son époque
15:04 et qui utilise aujourd'hui des moyens nouveaux.
15:06 Il utilise de la crypto-monnaie pour faire notamment des transferts
15:11 au niveau des stupéfiants, puisque quand on n'a pas d'argent liquide,
15:14 c'est difficile de caractériser notamment une infraction pénale.
15:17 Donc il utilise les nouveaux moyens pour son business.
15:21 – Cahier 2.0.
15:22 – Tout à fait, on peut dire ça.
15:23 – Et d'ailleurs, cahier 2.0 qui dit
15:25 "le commerce des stupéfiants n'est pas un business équitable".
15:28 – Oui, c'est ce qu'il confirme.
15:30 – Mais cette phrase-là, elle en dit long,
15:33 elle en dit long aussi sur peut-être l'aspect scandaleux
15:35 que ça peut représenter pour nos téléspectateurs,
15:37 mais il y a encore mieux.
15:39 Il dit "la drogue n'est pas un à-côté de la cité,
15:43 elle ne forme qu'un seul et même corps".
15:45 Ça veut donc dire qu'aujourd'hui, il lit intrinsèquement
15:49 ces trafics de drogue avec les conséquences que ça,
15:52 on les connaît, sur la population, avec la vie des cités.
15:57 Pour lui, la cité fait un avec le trafic de stupéfiants,
16:03 et aujourd'hui, si jamais vous voulez éradiquer le trafic,
16:07 il va falloir trouver une solution sérieuse
16:08 puisqu'elle, comme je vous l'ai évoqué,
16:09 à peu près 25% de la population marseillaise
16:12 est rattachée, liée au trafic de stupéfiants,
16:14 sans compter tous ces petits commerces qui se développent à côté,
16:16 pour blanchir…
16:18 – Mais Maître, vous comprenez bien que soit il maintient prisonniers
16:20 des populations qui sont dans les cités,
16:22 soit il finit par dire que l'ensemble de ces populations
16:25 sont conscients, complices.
16:29 Vous voyez la responsabilité qu'il prend ?
16:31 – Je comprends, je comprends, après c'est son point de vue à lui.
16:34 Je tiens à le souligner, moi je ne suis qu'avocat,
16:35 je me rapporte à ses écritures,
16:36 mais lui ce qu'il soutient c'est qu'il aide ces populations,
16:40 qu'il se substitue à l'État et que l'État laisse faire,
16:43 on va dire, pour acheter cette paix sociale aujourd'hui.
16:48 Donc ça c'est son point de vue qu'il soutient.
16:50 – C'est parfaitement clair, parce que moi la phrase qui m'a le plus choqué,
16:52 personnellement, c'est quand il dit
16:53 "les cités ne sont pas gangrénées par le trafic, elles sont sauvées par lui".
16:57 – Oui, ce sont tes termes.
16:58 – C'est le KCM sauveur.
16:59 – Il se définit, voilà, il a une opinion un peu hot de lui
17:04 et de son rôle dans la cité.
17:07 Moi je ne suis pas là pour me prononcer, pour savoir s'il a raison ou pas,
17:11 moi je suis juste ici pour, comment dire,
17:14 vérifier qu'il ne porte pas atteinte à ses intérêts en écrivant l'ouvrage,
17:18 mais effectivement il a une vision très particulière de sa fonction.
17:23 Il se considère, j'ai envie de dire, un peu comme un chef d'État au niveau local
17:27 et ça c'est ce qui ressort de l'ouvrage, effectivement.
17:29 Il prend des décisions, il se substitue aux autorités, aux pouvoirs publics.
17:33 – Et la suite des événements, elle est aussi assez effrayante
17:38 parce qu'il explique, et il nous explique donc qu'il est caïd,
17:42 qu'il est en prison pour 6 ans, donc pour quelques années encore,
17:47 s'il se tient bien pour moins de 6 ans peut-être,
17:51 et qu'il continue à être le caïd en prison.
17:56 Donc on est convaincu, la société est convaincue
17:59 que malgré ses années de prison, quand il sortira de prison,
18:02 il reprendra sa place.
18:04 – Tout à fait, il va reprendre sa place.
18:06 – C'est déjà l'échec de l'ensemble du dispositif,
18:09 c'est-à-dire qu'en fait il est dans un interlude,
18:12 si vous me permettez cette expression,
18:15 dans lequel le business se poursuit et il reprendra sa place
18:19 et retrouvera cette liberté, c'est-à-dire la capacité
18:22 de retrouver son épouse, son fils et de vivre sa vie.
18:27 – Malheureusement, effectivement, vous avez des prisons
18:29 qui sont aujourd'hui de véritables passoires,
18:30 vous pouvez faire rentrer et sortir n'importe quoi,
18:32 la communication aujourd'hui entre la prison et l'extérieur n'est pas bloquée,
18:36 donc ça permet effectivement de poursuivre le caïda en prison.
18:41 La difficulté qu'il va avoir, c'est la même qu'a eu son prédécesseur,
18:45 on peut diriger un trafic à distance,
18:48 mais rien ne remplace la présence physique sur le terrain.
18:51 Donc c'est une des craintes qu'il a aujourd'hui,
18:54 c'est de ne pas pouvoir maintenir ce respect essentiel
18:57 à l'extérieur des murs de la prison pour garder les rênes du réseau.
19:03 – "Confession d'un caïd marseillais", c'est chez Max Milot,
19:07 c'est en vente sur la boutique tvl.fr, c'est un document unique,
19:12 moi je n'ai effectivement jamais rencontré de telles confessions co-écrites
19:18 ou surveillées aussi par son avocat Daniel Barrionevo,
19:25 c'est donc un document que je vous invite à lire
19:28 et qui apprend énormément à la fois sur une histoire d'une vie,
19:31 sur un comportement, sur un homme qui n'est pas non plus sans ambiguïté,
19:39 qui peut déposer l'armure pour sa famille, pour sa foi,
19:42 à quelques instants seulement, mais très précis et très rapide,
19:46 et puis sur aussi les liens entre les cités et la drogue,
19:50 les cités et les politiques, la drogue et les politiques,
19:53 la drogue et les pouvoirs publics,
19:54 et bien là il y a des révélations, disons-le clairement,
19:57 ou des éclaircissements pour ceux qui bien évidemment
19:59 se dotaient de ce tel comportement.
20:01 Merci, bon retour à Marseille.
20:02 – Merci bien.
20:04 [Générique de fin]
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