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Vendredi 2 juin 2023, SMART BOURSE reçoit Gilles Moëc (Chef économiste, Groupe Axa) et Romain Daubry (Membre de la cellule Infos d'Experts, Bourse Direct)
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00:26 Au sommaire de cette édition de la mi-journée, le bilan d'une semaine macro qui aura été intense avec des indicateurs qui vont permettre d'ailleurs aux banques centrales de cristalliser leurs prochaines décisions.
00:36 Que ce soit celle de la réserve fédérale américaine ou de la BCE qui tiendront leurs réunions respectives dans deux semaines maintenant.
00:43 Un bilan macro qui ne sera pas totalement complet puisque les investisseurs attendent encore le chiffre d'emploi, le rapport mensuel américain sur le marché du travail qui sera publié en début d'après-midi.
00:55 Même si on a eu déjà quelques indications pour la dynamique du marché de l'emploi et du marché du travail aux Etats-Unis au cours du mois de mai.
01:03 Si beaucoup espèrent un refroidissement du marché du travail américain, il faut sans doute constater que ce refroidissement est très modéré, très progressif, très graduel à ce stade.
01:14 Le chiffre sera publié à 14h30 en début d'après-midi.
01:17 Et puis l'autre fait marquant macro de la semaine, c'est cette marche à la baisse en matière d'inflation en zone euro qu'on a pu observer au mois de mai pour l'ensemble des pays de la zone et pour la zone euro évidemment.
01:29 Avec une baisse de quasiment 100 points de base pour l'inflation mesurée sur un an au mois de mai par rapport à la mesure du mois d'avril.
01:37 Nous reviendrons sur ces indicateurs statistiques macro en prévision des prochaines décisions de banque centrale avec Gilles Mouecque dans un instant, chef économiste du groupe AXA.
01:46 Et puis à l'issue du mois de mai, c'est l'occasion de faire un contrôle technique mensuel de la situation des marchés financiers au sens large.
01:55 Nous serons avec Romain Dobry en visioconférence également, membre de la cellule info d'experts de Bourse Direct le mois de mars qui aura été un mois de consolidation à plat pour les actions mondiales dans leur ensemble.
02:06 Avec des spécificités locales qui ont montré que le retracement a été un peu plus prononcé pour les indices actions en Europe et notamment pour le CAC 40 avec le détachement des dividendes au cours du mois de mai et le coup d'arrêt boursier du luxe.
02:21 Le CAC 40 a souffert un peu plus que les autres indices en Europe.
02:25 A l'inverse, on a vu des indices comme le Nasdaq américain ou le Nikkei japonais poursuivre leur envolée spectaculaire tout au long du mois de mai.
02:33 Contrôle technique des marchés donc à suivre également pendant cette demi-heure de SmartBourse.
02:38 Mais d'abord, le bilan macro de cette semaine dans la perspective des prochaines réunions de banque centrale qui se tiendront dans deux semaines.
02:54 Gilles Mouet qui est avec nous en visioconférence, chef économiste du groupe AXA.
02:57 Bonjour et bienvenue Gilles. Merci beaucoup d'être avec nous.
03:00 Vu le contexte dans lequel la BCE a célébré ses 25 ans, je me dis qu'il n'y avait peut-être pas de meilleur cadeau pour la banque centrale européenne que d'observer au mois de mai une vraie marche à la baisse en matière d'inflation, de désinflation avec une inflation globale sur un an qui est passé de 7 à 6 % en grosso modo.
03:18 6,1 % pour la marque du mois de mai. C'est forcément une tendance encourageante, très encourageante.
03:25 Comment est-ce que cette tendance va être analysée par la banque centrale européenne Gilles ?
03:29 Oui c'est une bonne nouvelle. C'est un très bon cadeau d'anniversaire pour la BCE, ça c'est très clair.
03:34 Surtout que cette marche à la baisse de l'inflation, elle ne se focalise pas sur des éléments exogènes, volatiles, énergie et alimentaires qui ont contribué au ralentissement de l'inflation générale.
03:46 Mais ce ralentissement s'applique aussi à l'inflation sous-jacente et on sait que la BCE est surtout concentrée là-dessus.
03:56 Donc c'est vraiment le bon cocktail sur cette sortie statistique.
04:03 J'ai l'impression quand même que la BCE voudra être absolument certaine qu'il s'agit d'une tendance, et pas d'un accident, sur l'inflation sous-jacente.
04:14 Parce qu'on a quand même eu des contributions extrêmement fortes à la décélération de l'inflation sous-jacente qui vient d'Allemagne,
04:21 où on sait qu'on risque de repartir à la hausse au mois de juin à cause des rabais,
04:27 enfin de la distribution dans le temps des rabais que le gouvernement allemand a consenti sur le prix du transport ferroviaire.
04:34 C'est très technique et c'est honnêtement ultra ennuyeux.
04:36 Mais tout ça pour dire qu'il est malheureusement possible que l'inflation sous-jacente reparte à la hausse au mois de juin, en tout cas en Allemagne.
04:44 Et ça, ça rend la BCE assez méfiante et assez nerveuse.
04:47 Et quelque part, on sait déjà ce qu'ils en pensent.
04:50 Parce qu'on a eu un discours de Christine Lagarde qui a eu lieu après la sortie des chiffres.
04:57 Et c'est un discours qui est quand même emprunt d'une très très grande prudence sur la réalité de la dénonciation,
05:02 avec cette idée que le fait de savoir si l'inflation sous-jacente est arrivée à son pic n'est pas encore certain.
05:09 C'est quand même un message assez clair de la part de la BCE,
05:12 assorti du maintien du message de politique monétaire qu'on avait déjà eu lors de la dernière réunion des conseils des gouverneurs,
05:19 à savoir que les conditions monétaires sont restrictives mais ne sont pas encore suffisamment restrictives.
05:23 Derrière, on a toujours des hausses de taux.
05:25 Mais c'est vrai que ça va dans le bon sens.
05:28 La vraie discussion en ce moment, en mon avis, ce n'est pas de savoir si la BCE va continuer à monter ses taux.
05:33 Je pense que c'est très largement vraisemblable.
05:37 La question c'est de savoir s'il s'arrête au mois de juillet ou s'il continue jusqu'au mois de septembre.
05:42 Et là, au moins, marginalement, on a plus de chances que ça s'arrête au mois de juillet
05:46 et qu'au mois de septembre, la BCE puisse véritablement démarrer sa pause.
05:52 Au-delà de l'inflation, qui reste évidemment la préoccupation première,
05:57 il y a un signal marquant sur le plan macro qui concerne l'Allemagne,
06:01 qui est très intéressant à observer.
06:03 C'est la révision assez massive de la première estimation du PIB,
06:07 qui s'est faite à la baisse, une fois n'est pas coutume.
06:10 On a toujours beaucoup d'une ampleur de révision dans la statistique allemande,
06:13 qui est déjà un sujet en soi, mais qu'on va laisser de côté.
06:16 Peut-être, Gilles, sur la Deutsche Qualität, qui n'englobe peut-être pas le domaine de la statistique.
06:21 Au-delà de ça, il y a ce phénomène de récession,
06:23 en tout cas de contraction de l'activité en Allemagne sur deux trimestres consécutifs.
06:28 Comment ça pèse dans la balance ? Est-ce que ça aide ?
06:32 Parce que c'est une récession qui semble assez particulière.
06:35 C'est une récession avec une économie qui reste au plein emploi,
06:38 ou en tout cas avec un taux d'emploi ou un taux de chômage
06:41 qui reste particulièrement bas en ce qui concerne le taux de chômage.
06:44 Je rentre à AST en Allemagne.
06:47 Et ce que je peux rapporter, c'est qu'il n'y a pas de conscience généralisée
06:52 du fait que l'Allemagne ait tombé en récession.
06:55 Assez peu de communication autour de ce point,
06:58 avec même des réactions qu'on pourrait juger peut-être assez caricaturales.
07:03 Dans beaucoup de pays, en tout cas en France ou sans doute au Royaume-Uni,
07:06 si on avait une récession, la première question qu'on se posera,
07:09 c'est ne faut-il pas ralentir le rythme de réduction des déficits ?
07:12 Et c'est l'inverse en Allemagne, où le débat se focalise sur
07:15 « Ah, il y a récession, donc les rentrées fiscales vont être plus basses,
07:18 donc il faut qu'on fasse un effort encore plus important
07:20 pour pouvoir tenir aux objectifs de déficit. »
07:22 C'est dire qu'on n'est pas du tout dans une phase de panique
07:25 sur le niveau de la demande agrégée en Allemagne.
07:28 Maintenant, ça fait partie quand même du débat,
07:31 et ça fait partie des éléments qui vont, à mon avis, aider les colons
07:34 à calmer un tout petit peu le jeu au sein de la BCE.
07:38 Parce qu'on en avait déjà parlé ensemble,
07:41 malheureusement c'est compliqué de réussir à faire l'inflation
07:45 sans passer par la case contraction du PIB,
07:47 sans passer par la case récession.
07:50 Et en Allemagne, en tout cas, on en a sans doute besoin,
07:53 et on a besoin d'une prise de conscience encore plus large que cela
07:56 de la part des partenaires sociaux qu'il y a récession
07:59 pour obtenir un ralentissement des salaires.
08:02 Parce que c'est ça la grande inconnue sur l'inflation en 2023.
08:05 Est-ce qu'on ne va pas se prendre une espèce de deuxième vague inflationniste
08:10 qui cette fois-ci serait liée aux coûts salariaux ?
08:13 Et les négociations salariales en Allemagne ont été quand même
08:15 extraordinairement généreuses.
08:17 Et si l'on va vers une prise de conscience, pour être clair,
08:20 de la part des syndicats allemands, qu'il est temps de revenir
08:24 à leur ancienne approche qui est d'abord on sécurise les jobs
08:27 et ensuite on discute des salaires,
08:30 on peut avoir un vrai souci sur l'inflation.
08:33 Et peut-être que cette prise de conscience va venir là
08:36 dans les quelques semaines, dans les quelques mois qui viennent.
08:38 Parce que c'est vrai que le taux de chômage au sens du BIT,
08:41 qui est celui qu'on regarde tous en tant qu'analyste,
08:43 parce que c'est entre guillemets la vraie bonne mesure du chômage.
08:46 Selon cet indicateur-là, il ne se passe toujours rien en Allemagne.
08:49 Selon l'indicateur national, en revanche, il y a déjà augmentation du chômage.
08:55 Et lorsqu'on regarde les statistiques, par exemple, des offres d'emploi
08:58 qui ne sont pas remplies, qui est un grand indicateur
09:01 du degré de tension sur le marché du travail,
09:03 les choses commencent à se normaliser.
09:04 Donc on n'est peut-être pas très loin du moment où on va pouvoir
09:07 faire atterrir en douceur les négociations salariales allemandes.
09:11 On en a sans doute besoin pour sécuriser la normalisation de l'inflation sous-jacente.
09:15 Mais il faut imaginer effectivement qu'à un moment, d'une certaine manière,
09:18 les courbes vont se croiser, que le rattrapage des salaires,
09:23 qui a un temps de retard évidemment sur la hausse des prix,
09:26 sur l'inflation, va quand même jouer à plein,
09:29 au moment où on pourrait observer quand même une détente des prix,
09:33 et notamment des prix à la consommation, de la consommation finale,
09:36 de la consommation même peut-être la plus fréquente
09:39 qui concerne le domaine alimentaire dont on parle beaucoup.
09:43 Ce moment-là, c'est un moment qui doit intervenir un peu plus loin devant nous
09:46 au cours de 2023, Gilles ?
09:48 Oui, c'est effectivement ça. C'est une espèce de vitesse relative
09:51 entre d'une part les éléments qu'on pourrait appeler exogènes
09:56 de l'inflation énergie, alimentaire, et d'une certaine mesure,
10:01 prix des produits facturés qui sont très dépendants des cours énergétiques
10:04 et l'état de l'économie mondiale, de l'état de normalisation
10:10 de l'industrie après la pandémie. Et là, on a plutôt des bonnes nouvelles,
10:14 on les a vues aux Etats-Unis d'abord, on les voit aujourd'hui en Europe.
10:17 Et de l'autre côté, le risque d'avoir toujours une inflation,
10:20 les forces domestiques d'inflation, qui elles, jouent dans l'autre sens,
10:25 et il faut qu'à un moment, ces forces domestiques se ralentissent également,
10:33 parce que sinon ce qui va arriver, c'est une espèce de résistance à la baisse
10:37 de l'inflation sous-jacente. On arrivera sans doute à passer sans trop de problèmes
10:42 à une inflation sous-jacente entre 3 et 4, mais pour aller vraiment vers 2,
10:46 qui est l'objectif de la BCE, il faut obtenir cette modération salariale.
10:52 On en a quelques, tout début de commencement de soupçons que l'on y ait,
10:57 mais ça reste encore très très ténu.
10:59 Et ça veut dire qu'il y a un risque, et c'est un risque auquel beaucoup adhèrent
11:04 aujourd'hui, semble-t-il, dans le marché, que l'inflation endogène en zone euro
11:08 soit beaucoup plus persistante dans le temps que ce qu'on a pu observer,
11:12 ce qu'on est en train d'observer côté américain, sur l'ensemble du cycle américain
11:16 de désinflation, on peut imaginer que le cycle européen de désinflation sera plus long ?
11:21 Oui, c'est possible, et ça peut nous mettre dans une position assez compliquée
11:26 en termes de politique monétaire et de divergence des politiques monétaires
11:29 des deux côtés de l'Atlantique, et ça, ça peut être lié, il faut être prudent,
11:34 mais je pense que ça peut être lié à nos structures, à nos institutions
11:37 de négociations salariales. Aux Etats-Unis, maintenant, la plupart des grands secteurs
11:42 d'économie sont totalement désénégalisés, et les négociations salariales sont
11:46 en fait totalement atomisées, totalement individualisées.
11:49 Et il y a accélération des salaires lorsque, tout simplement, les salariés
11:53 peuvent très facilement changer de job et vont voir leur patron,
11:56 et leur expliquent, voilà, soit vous m'augmentez de X, soit je pars.
12:00 C'est comme ça que ça marche, et c'est comme ça qu'on a eu en fait
12:02 la très forte accélération des salaires aux Etats-Unis depuis à peu près 18 mois.
12:07 Mais il n'y a pas de système de rattrapage, entre guillemets, très puissant,
12:12 pour protéger collectivement les salariés américains contre une inflation persistante.
12:20 Le salaire minimum n'est pas indexé de manière automatique sur les prix.
12:23 Encore une fois, il y a très peu de négociations collectives au sens où on les a en Europe.
12:28 Donc ça peut s'arrêter assez vite aux USA. C'est-à-dire qu'à partir du moment
12:31 où le pouvoir de négociation individuel des salariés diminue,
12:36 les salaires vont avoir tendance à ralentir assez bêtement.
12:39 En Europe, ce n'est pas comme ça que ça marche. En Europe, il faut en fait
12:43 que les partenaires sociaux prennent conscience du fait que leur pouvoir
12:48 de négociation a changé avant d'obtenir un impact sur les négociations salariales
12:54 qui ont souvent une durée de vie assez longue. Si on regarde la plupart
12:58 des accords salariaux allemands, ils portent sur la totalité de l'année 2023,
13:03 souvent sur 2024 et dans certains cas même sur le début de 2025.
13:06 Donc c'est très difficile de renverser la vapeur une fois que dans le système
13:11 ces augmentations salariales assez généreuses ont été ancrées.
13:15 Et ça, c'est très vrai dans les pays de tradition de cogestion qu'on a en Allemagne,
13:20 qu'on a aussi aux Pays-Bas. En Belgique, c'est encore pire,
13:23 c'est une déclenchation automatique insuffisante sur les salaires.
13:25 Dans d'autres pays, par exemple la France, les négociations collectives
13:29 ne sont plus aussi fortes, aussi puissantes qu'elles en étaient.
13:33 Mais en Allemagne, ça joue vraiment un rôle énorme.
13:35 Côté américain, Gilles, pour finir, est-ce qu'on regarde toute la série
13:40 de données économiques qu'on a pu avoir ces derniers jours, ces dernières semaines
13:44 qui vont être l'input de la prochaine décision ?
13:47 Est-ce que la Fed, le 14 juin prochain, sera confortable avec le niveau
13:51 de restriction monétaire qui a déjà été infligé ?
13:54 Je pense que oui, mais ce n'est pas si clair que ça.
13:58 La Fed a fait un pari, entre guillemets, en préannonçant,
14:04 en tout cas en laissant la porte ouverte à une pause au mois de juin.
14:09 Mais c'est vrai que les données ont été assez disparates.
14:12 On a eu quelques indicateurs qui signalaient toujours une très forte résistance de l'économie.
14:17 On a eu l'indicateur ADP, par exemple, hier.
14:20 Attention, il ne faudrait pas que les chiffres qu'on va avoir aujourd'hui
14:28 sur le marché du travail américain soient trop flamboyants,
14:33 parce que sinon, ça va être quand même compliqué d'obtenir cette pause.
14:36 Donc oui, j'y crois encore, c'est mon baseline, mais attention quand même.
14:40 Le marché lui a pris le pari, ou en tout cas il a tenté d'imaginer
14:44 que cette pause n'est pas équivalente à la fin des hausses de taux
14:47 et qu'un petit ajustement final pourrait être encore nécessaire.
14:52 Soit dans 15 jours, soit il y a un meeting en juillet,
14:56 également le 26 juillet pour la réserve fédérale américaine.
14:58 Merci beaucoup Gilles, merci pour cet éclairage macro
15:01 qui vient conclure quasiment cette semaine.
15:03 Je vous rappelle qu'on a encore un chiffre important,
15:05 le rapport mensuel sur le marché du travail américain
15:07 qui sera publié en début d'après-midi.
15:09 Nous y reviendrons bien sûr ce soir à 17h en direct dans Smartbourses.
15:12 Gilles Mouec, chef économiste du groupe AXA,
15:14 qui était avec nous en visioconférence.
15:16 Venons-en désormais aux enjeux de marché à l'issue du mois de mai
15:31 qui aura été un mois intéressant à observer.
15:34 Contrôle technique mensuel avec Romain Dobry,
15:36 avec nous en visioconférence, membre de la salle d'info d'experts de Bourses Direct.
15:39 Bonjour et bienvenue Romain.
15:41 Le mois de mai effectivement qui aura été une sorte de respiration,
15:45 je le disais quand on regarde des indices action globale, action mondiale,
15:49 c'est plutôt une consolidation à plat d'à peine quelques pourcents.
15:53 On va rentrer un peu dans les spécificités locales du mois de mai,
15:57 du retracement qu'on a pu observer de part et d'autre en Europe et aux Etats-Unis notamment.
16:02 Romain, la question c'est, est-ce que c'est une respiration certes légitime
16:07 qui permet de renforcer ou de consolider les tendances qu'on observait auparavant dans le marché
16:13 ou est-ce qu'il y a un risque d'un début de construction, d'un schéma de retournement baissier
16:19 peut-être un peu plus prononcé que ce qu'on a pu observer jusqu'à présent ?
16:22 C'est possible, effectivement.
16:25 Ce n'est pas ce qu'on en lit dans l'immédiat.
16:27 Ça semble plutôt une pause légitime après un mouvement important de la force dans le marché,
16:33 des récovries importantes et on y voit toujours.
16:36 C'est vraiment quand on regarde dans le détail, parce que c'est la suite qui le dira bien sûr,
16:39 mais quand on regarde dans le détail, toujours de l'intérêt, de l'activité sur des valeurs.
16:43 Il y a une pause évidemment parce que les valeurs du luxe avaient énormément performé,
16:47 si on regarde l'indice parisien par exemple, mais il y a des relais qui sont pris.
16:51 On a vu le Nasdaq partir de façon un peu solitaire, un peu puissante ces dernières semaines,
16:56 alors que les indices européens consolident depuis maintenant la mi-avril.
16:59 Mais on voit des titres qui trouvent du relais de l'intérêt.
17:02 On avait Dassault Systèmes qui était un peu pénalisé, qui est intéressant à nouveau.
17:06 Capgemini sur des annonces de renforcement de partenariats avec Google dans l'intelligence artificielle,
17:13 le thème du moment.
17:14 Puis on a beaucoup d'activités sur des petits et moyennes capitalisations,
17:17 toujours dans le même domaine.
17:18 Il y a de très belles valeurs comme Calray par exemple,
17:21 qui bénéficie de cet engouement aussi du moment.
17:23 Et puis on peut même le travailler sous forme de paniers de valeurs.
17:25 Donc il y a manifestement des choses qui restent solides dans un marché qui a besoin de souffler,
17:29 et c'est plutôt sain et légitime.
17:31 En revanche, on a de gros, gros plafonds de verre au-dessus de la tête sur la plupart des grands indices,
17:36 où on y arrive en tout cas.
17:38 Et les drivers pourraient manquer dans les jours qui viennent,
17:41 puisqu'on n'a pas, à part vous le rappeliez, les chiffres mensuels de l'emploi des États-Unis cet après-midi,
17:46 on n'aura pas beaucoup d'éléments dans les 15 prochains jours avant les réunions des banques centrales.
17:50 Donc à court terme, pas énormément de drivers.
17:52 Et puis la saison s'y prête aussi. On sait que mai et juin sont généralement des mois relativement faibles.
17:57 Ça s'est confirmé en Europe.
18:00 Ça a été moins le cas aux États-Unis, où c'est resté solide, mais une petite pause paraît légitime.
18:05 On n'a pas d'alerte. On va constater quand même qu'il y a un peu plus d'optimisme,
18:09 ce qui est aussi légitime compte tenu du mouvement qu'on a connu.
18:12 C'est souvent comme ça que ça se passe.
18:13 On parle de pessimisme, voire de peur, pour aller construire vers l'optimisme.
18:18 Et si on regarde sur les marchés dérivés et du côté de l'intérêt, c'est assez moyen et sans réelle force sur les indices européens.
18:27 On a du soutien clairement depuis plusieurs semaines maintenant sur les indices européens du côté des marchés dérivés.
18:32 Et pas de complaisance, même si on se laisse un peu plus aller du côté des couvertures depuis quelque temps.
18:38 Mais le moindre signe, le moindre repli est un rappel à l'ordre pour les opérateurs qui se couvrent à nouveau.
18:43 Quelques graphiques pour illustrer cette idée de plafond de verre.
18:47 D'ailleurs, un graphique avec un peu de recul sur l'Eurostock 50 avec une unité de temps un peu longue,
18:52 celle du trimestre qui permet de dézoomer un petit peu la situation.
18:57 Et c'est vrai que le graphique est très clair de ce point de vue là.
19:00 On voit très bien le plafond de verre sous lequel se trouve l'indice européen de la zone euro, des 50 grandes valeurs de la zone euro.
19:09 Effectivement, 4400 points sur l'Eurostock, c'est un graphique trimestriel.
19:13 Donc chaque bougie représente un trimestre.
19:15 C'est très très large, mais il faut le faire parfois pour comprendre les enjeux.
19:19 On a buté dessus en début d'année et puis c'est un niveau sous lequel on consolide depuis maintenant plusieurs jours.
19:27 On a entamé la consolidation mi-avril sur l'indice européen.
19:31 C'est un niveau sur lequel on avait buté en 2021 déjà sur l'Eurostock.
19:35 Et puis en 2007-2008, niveau de retournement au moment de la crise des subprimes.
19:40 Alors on pourrait l'étendre un tout petit peu ce niveau, mais on voit que le marché l'a bien observé.
19:44 Donc c'était juste pour recadrer les choses et voir quels enjeux et après quel parcours aussi sont à venir.
19:52 Qu'est-ce qu'on peut dire de la situation spécifique du CAC 40 ?
19:56 On a beaucoup parlé de cet indice depuis l'automne dernier parce que ça a été un indice.
20:00 L'Europe a été une zone leader, l'Europe boursière.
20:03 Et dans l'Europe boursière, le CAC 40 a été un leader incontesté pendant des mois et même plusieurs trimestres maintenant.
20:12 Et c'est vrai qu'on a le sentiment qu'au mois de mai, tout ce qui a fait la force du CAC 40 auparavant s'est un peu retourné contre nous.
20:19 Rien de dramatique, mais c'est vrai que c'est l'indice en Europe, l'indice majeur en Europe, qui a peut-être souffert le plus au cours du mois de mai.
20:27 Effectivement, on a des performances intéressantes mensuelles.
20:31 Le CAC 40, alors cash, donc dividende réintégré, c'est 5,24 de baisse.
20:36 C'est un peu moins effectivement si on regarde l'indice dividende réintégré cette fois-ci.
20:41 Donc le CAC 40 PX1 global return est celui-là et c'est 3,80 de baisse.
20:46 Alors que pendant ce temps-là, le S&P a progressé de 0,25 et le Nasdaq, lui, de 7,61.
20:52 On peut aussi dire un mot du Nikkei qui est toujours très fort et qui a progressé de 6,86% pendant la période.
20:57 Sur l'indice CAC 40 cash, ce qu'on voit, c'est qu'on avait tenté de déborder 7385 points, on avait identifié ce niveau.
21:04 Et donc une poursuite haussière et la duplication du trading range 6830, 7385.
21:10 On a cette fausse sortie en validation et retour brutal en dessous avec cette baisse au mois de mai marquée.
21:15 Mais déjà de la résilience au-delà d'un niveau d'alerte de moyen terme vraiment important,
21:20 7082 points sur l'indice CAC 40 cash et on le préserve.
21:24 Donc dans le trading range 6830, 7385, on est pour l'instant du bon côté de la barrière.
21:30 Est-ce qu'on peut consolider un peu plus ? Pourquoi pas et aller chercher 6830.
21:34 C'est possible compte tenu des petits signes de faiblesse qu'on a eus et des légères pressions baissières
21:38 qu'on a connues sur les indices européens.
21:41 On n'a pas eu de pression baissière sur les indices européens et c'est bien les indices américains qu'il faut continuer à regarder.
21:46 On n'a pas de signe de faiblesse de ce côté-là. Donc on repousse peut-être cette sortie par le haut.
21:50 On reste quand même relativement solide et on voit les enjeux, donc 6830, 7385.
21:56 Avec un niveau un temps enfoncé cette fois-ci, c'est 6830 si on les retournait.
22:00 J'espère qu'il y aura des forces d'intérêt sur ces niveaux-là.
22:05 On sait qu'il y a encore de la liquidité et que tous les opérateurs n'étaient pas rentrés dans ce gros rallye
22:10 qu'on a connu depuis le mois d'octobre dernier.
22:12 Donc c'est un scénario probable compte tenu de la faible pression baissière qu'on connaît.
22:16 C'est possible qu'on construise des choses un peu plus solides si on retrace un peu mieux.
22:20 Si on zoom sur le futur CAC avec une vue quotidienne, Romain,
22:27 qui permet d'ailleurs d'intégrer le rebond qu'on a depuis deux jours et qui est encore en vie,
22:32 en cours au moment où on se parle sur ces deux premières séances du mois de juin,
22:36 qu'est-ce que ça nous dit des enjeux techniques de court terme pour le CAC ?
22:40 Il y a des signes de solidité.
22:42 Et là, si on regarde à court terme, on avait eu de la pression baissière les séances des 30 et 31 mai.
22:46 6 à 7% sur l'eurostox et sur le futur CAC 40.
22:50 C'est important, c'est à noter.
22:53 En revanche, ce n'était pas le cas sur les marchés américains.
22:55 Et ce qu'on a constaté, c'est qu'au cours du rebond du 1er juin sur l'eurostox,
22:59 on a détruit les trois quarts de cette position ouverte dans la baisse.
23:03 Sur le CAC 40, c'était moins flagrant.
23:05 Ce qu'on constate, c'est qu'on est déjà aux alentours de 7232 au moment où on se parle.
23:09 Donc quand je vous ai envoyé le graphique, c'est un peu moins.
23:12 Manifestement, on est en train d'invalider cette possible structure de retournement baissière
23:16 et de repasser au-dessus de 7232 ou en tout cas de le tenir.
23:20 Ce serait la réactivation haussière.
23:22 Maintenant, compte tenu du coup d'arrêt qu'on a connu sur les grands indices européens,
23:26 notamment le gap baissier du 24 mai dernier qu'on a eu sur l'eurostox,
23:32 sur le DAX aussi assez important et sur le CAC 40 cash,
23:35 sous les 7385 dont on parlait sur le CAC 40 cash,
23:39 on a quand même un coup d'arrêt sur les indices européens.
23:41 On ne voit pas très bien comment on repartirait fortement à la hausse,
23:43 sauf éléments impromptus qui viendraient rompre le rythme des marchés.
23:51 Pour l'instant, le mouvement de baisse plus marqué,
23:53 ça a l'air d'être canalisé au-delà de l'ère de moyen terme situé à 7074.
23:57 La réactivation haussière à court terme, pourquoi pas, déborder 7287,
24:02 aller chercher 7372, 435 au mieux.
24:05 Mais on ne voit pas de réactivation haussière forte compte tenu de la structure
24:08 et du coup d'arrêt qu'on a connu, encore une fois,
24:10 sauf éléments qui viendraient changer l'harmonie actuelle des marchés.
24:15 Côté américain, force est de constater que l'enseignement,
24:19 un des enseignements principaux du mois de mai pour le S&P 500,
24:23 c'est que l'indice large américain est en train de franchir le niveau des 4200 points,
24:27 qui était un niveau très regardé par l'ensemble des opérateurs de marché.
24:32 On l'a beaucoup regardé, on en a parlé énormément ensemble.
24:35 C'était le gap baissier éboudomadaire du 22 août dernier,
24:40 ouvert après le Jackson Hole.
24:43 C'était, on le savait, un plafond de verre aussi,
24:45 un élément important à déborder.
24:47 Après plusieurs séances qu'on arrive à se réinstaller au-dessus,
24:50 on est allé le chercher avec du volume en plus, en rose, sur le S&P.
24:54 Reste qu'on a, au-delà de 4218,70, qui était le pied de ce gap,
25:00 4273. Et 4273, si vous regardez cette résistance,
25:04 c'est le niveau de support, enfin le niveau de résistance maintenant majeur,
25:07 mais le niveau de support majeur qu'on a travaillé à l'époque,
25:10 entre juin 2021 et avril 2022, avant que l'indice S&P ne se retourne à la baisse.
25:16 Il va falloir, après le rallye qu'on a connu, trouver des drivers pour aller déborder ce niveau-là.
25:20 Le marché est capable de continuer, de poursuivre sur son air,
25:23 comme on le dit, de continuer avec son élan,
25:25 mais il va peut-être falloir des drivers forts pour déborder ce niveau-là.
25:28 Donc, pas de figure de retournement sur le S&P,
25:30 pas de signaux de faiblesse du tout, de l'intérêt à acheteurs,
25:33 mais des gros, gros niveaux à déborder.
25:35 Et donc, ce niveau de 4218, 4273, qui, s'il l'était, en revanche,
25:40 ouvre la voie à une accélération complémentaire assez importante.
25:42 Encore une fois, pas d'alerte, mais peut-être une pause possible
25:45 pour ceux qui viendraient.
25:46 Bon, que dire alors du Nasdaq ?
25:48 Romain Lacat a connu une fin de mois de mai.
25:50 Les deux dernières semaines du mois de mai pour le Nasdaq ont été quand même spectaculaires,
25:54 avec bien sûr la fusée NVIDIA, on en a beaucoup parlé.
25:58 Est-ce que ça nous donne une construction solide quand même
26:00 pour l'ensemble de l'indice Nasdaq 100 que vous suivez, notamment, Romain ?
26:06 Oui, c'est une construction solide.
26:07 Elle est partie de loin avec ce fameux double bottom
26:09 qu'on avait largement évoqué au-delà de 10690,
26:12 ce franchissement de 12 165.
26:15 Et la cible idéale du mouvement, c'était 13 720.
26:17 C'est pour ça que j'indiquais cible 3,
26:19 parce qu'on avait 12 865, 13 720, 14 715,
26:23 c'est un peu la cerise sur le gâteau.
26:25 On s'en approche, ça reste un très gros niveau,
26:27 c'est le pendant du niveau qu'on observait sur le S&P à 4 273.
26:31 Donc, pareil, il va falloir des éléments pour le construire.
26:34 Reste qu'on s'inquiétait du manque de participation de valeur sur le Nasdaq.
26:40 On observait que la hausse s'était construite avec 5 valeurs principalement.
26:46 Il y en a d'autres qui arrivent manifestement,
26:48 et maintenant, on les tend à 7, etc.
26:50 Et donc, c'est-à-dire que ce qu'on pouvait déplorer comme manque de participation,
26:54 ce que nous on voyait comme un signal de force potentielle,
26:56 est en train de se mettre en place.
26:57 Ça peut consolider sur les indices, mais il y a de belles histoires en dehors.
27:00 Et c'est ce qu'on constate aussi sur les valeurs,
27:02 et encore des signaux de faiblesse dans les small limit caps.
27:05 Il se passe pas mal de choses, on en a cité une ou deux.
27:07 On voulait parler de Carbios, qui fait l'objet d'annonce,
27:10 une biotechnologie qui fait l'objet d'annonce en ce moment.
27:13 Et il y en a d'autres aussi sur les indices européens,
27:15 donc toujours de la force, et donc des niveaux cibles en approche,
27:18 mais pas de figure de retournement, pas de signaux de faiblesse.
27:20 Alors, on surveillera cette bougie, la dernière bougie hebdomadaire du Nasdaq,
27:24 qui pourrait être ce qu'on appelle un pendu.
27:26 Mais encore une fois, une bougie seule ne fait pas un retournement de tendance.
27:28 Et puis, on a toujours de la force et des réactions solides sur les indices américains.
27:32 Il faut qu'on termine rapidement, Romain.
27:34 Un mot du VIX, effectivement, là aussi, c'est une petite nouvelle,
27:38 puisqu'on voit le VIX passer sous le niveau de 16, là, depuis quelques heures.
27:42 Oui, et qui est repassé, installé cette fois, sous 18,36.
27:46 Et donc, entre 15,40 et 18,36, on est dans la zone d'optimisme.
27:50 Mais comme vous le voyez, on est dans le bas de la zone d'optimisme.
27:53 On devient franchement optimiste, si on devait donner cette gradation.
27:57 Elle fonctionne bien, on observe ce graphique et ces niveaux depuis longtemps ensemble.
28:00 Donc, on n'est pas en complaisance, on s'en approche.
28:03 Donc, on peut être un peu plus vigilant.
28:05 Encore une fois, comme disait Templeton, les marchés boursiers meurent dans la complaisance ou l'euphorie.
28:10 Les hausses se terminent comme ça. On n'y est pas encore, donc il y a encore peut-être un peu de place.
28:14 Et puis, un mot pour finir de l'euro/dollar, effectivement, là aussi, ça a été un mouvement marquant tout au long du mois de mai.
28:19 Le rebond, la remontée du dollar contre toute devise et face à l'euro/dollar, notamment.
28:25 Qu'est-ce que ça nous dit de la tendance qu'on observait auparavant, Romain ?
28:28 C'est un niveau charnière, encore une fois, sur l'euro/dollar.
28:32 On voit cet oblique baissier qu'on a observé plusieurs fois ensemble, baissier depuis 2008.
28:37 On avait tenté de la déborder, on était repassé en dessous.
28:39 On a été contre 1,104, formé un mouvement de baisse pour l'instant technique.
28:45 Et on arbondit sur cet oblique à nouveau.
28:47 Et on s'installe au-delà pour l'instant toujours et au-delà de 1,0720.
28:51 Donc, un petit mouvement technique important, un short qu'on a donc débouclé.
28:56 Ça reste haussier sur l'euro.
28:58 Ça reste un peu baissier sur le dollar, dont en plus qu'il a connu hier sa pire séance depuis le mois de mars, le dollar à la baisse.
29:04 Peut-être une fin de cette consolidation de l'euro et peut-être la fin de la hausse ponctuelle sur le dollar.
29:11 À surveiller, on est sur des niveaux charnières.
29:13 Effectivement, peut-être un peu moins d'aversion au risque également avec le relèvement du plafond de la dette
29:19 qui est désormais acté par le Congrès américain,
29:21 qui a pu peut-être créer un peu d'aversion au risque au cours des dernières séances et des dernières semaines.
29:26 Merci beaucoup Romain. Romain Debris avec nous une fois par mois au moins pour ce contrôle technique mensuel des marchés.
29:32 Membre de la CIU.info, d'expert de Bourse Direct.
29:34 Voilà pour cette édition de la mi-journée de Smart Bourse.
29:37 On se retrouve à 17h en direct sur Bismarck.
29:39 [Musique]
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