- il y a 13 heures
Samedi 7 mars 2026, retrouvez Anne-Charlotte Fredenucci (Présidente, Ametra) dans GÉNÉRATION IMPACT, une émission présentée par Julien Lescs.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:03Vous le disiez, 1978, création de cette entreprise, mais votre papa est un entrepreneur qui teste plein de choses avant
00:10de développer ce groupe-là, c'est bien ça ?
00:13Absolument, il a commencé sa carrière, ce qui nous faisait beaucoup rire quand on était adolescente, dans les joints.
00:19Il faisait des joints dans les aéroports, sur le Tarmac, vous savez, vous avez des joints qui doivent se dilater
00:25d'une manière très particulière.
00:27C'était son premier métier, ensuite il est passé à l'intérim, je pense qu'il y a peu de
00:30gens dans le groupe qui le savent d'ailleurs.
00:33Il a créé cette première société avec son beau-frère.
00:35Et ensuite, il a laissé cette entreprise à son beau-frère, il a revendu ses parts et il est parti
00:40dans l'intérim, où il a fait une deuxième partie de carrière dans les années 70.
00:45Et c'est comme ça qu'est né le groupe, parce qu'à la fin des années 70, la gauche
00:49qui se rapprochait du pouvoir disait que l'intérim c'était une forme d'esclavage
00:53et qu'ils allaient arrêter toute forme d'intérim, alors qu'ayant vécu dans un groupe qui avait cette activité
01:00d'intérim,
01:01je suis convaincue que c'était un tremplin vers l'emploi, mais nous n'ouvrons pas ce débat aujourd'hui,
01:04vous le ferez avec d'autres entrepreneurs encore présents dans l'intérim.
01:07Et donc, le groupe familial commence à se diversifier sur les métiers qu'il pratiquait dans l'intérim,
01:12mais de manière alternative, c'est-à-dire que nous placions des câbleurs dans l'aérospatiale
01:18et mon père a créé la première société du groupe de câblage, la première société industrielle du groupe qui faisait
01:22du câblage,
01:23ce qui est devenu Ametra Intégration, une société d'intégration électrique et électronique.
01:26Et puis nous placions des dessinateurs toujours à l'aérospatiale ou chez des clients similaires.
01:32Et de cette activité est née...
01:32C'était déjà de l'intérim avec de la forte valeur ajoutée intellectuelle ou technique ?
01:35Oui, mais c'était vraiment de l'intérim, c'est-à-dire qu'il n'y avait pas...
01:38C'est très différent du métier que nous exerçons aujourd'hui, puisqu'aujourd'hui, chez Ametra Engineering,
01:41nous avons des projeteurs, c'est-à-dire des techniciens et des ingénieurs en conception mécanique, électrique, électronique,
01:48calcul, soft, etc., de très haut niveau, mais ça n'a rien à voir avec l'intérim.
01:52On y reviendra tout à l'heure, nous sommes très engagés au forfait, nous sommes très engagés parfois jusqu'à
01:56la livraison du produit.
01:57Il y a un vrai management technique, il y a des vraies carrières qui sont proposées à nos ingénieurs.
02:01C'est donc quand même très différent de ce qu'on faisait dans les années 70.
02:05Donc lui, il développe cette entreprise dans les années 80.
02:09Vous, vous arrivez tout début 2000.
02:11Il se passe quoi avant, en fait, sur ces 20 premières années ?
02:15Que devient le groupe, en fait, si il se développe d'une certaine manière ?
02:17Alors, je vais vous répondre à côté en vous disant que pendant ces années 80,
02:21moi déjà, je ne jouais pas à la poupée.
02:22Je jouais avec des trains, des avions, des fusées.
02:25Voilà, je vais revenir au groupe après.
02:27Mais clairement, c'est bien parce que j'ai compris que c'était une partie de votre émission de savoir
02:35comment très jeune, finalement, on développe cette appétence pour reprendre une entreprise familiale.
02:40Moi, j'ai toujours été passionnée par l'objet technique.
02:42Vraiment, démonter mon vélo, remonter mon vélo, ouvrir les capots des voitures, comprendre où était la panne.
02:47Ça, ça m'amusait.
02:48Les Legos, ça m'amusait.
02:49Les poupées, en revanche, je voyais le machin et je le passais à ma sœur parce que je ne savais
02:53pas à quoi ça pouvait bien servir.
02:56Voilà.
02:56Et pendant ce temps-là, mon père disait, à qui il voulait bien l'entendre, j'ai deux filles, mais
03:00j'aurais bien aimé avoir un fils pour reprendre mes entreprises.
03:03Donc, à la fois, j'avais une passion pour la technique et en même temps, on ne m'a pas
03:06projetée du tout vers cette entreprise familiale.
03:09Pour revenir à ce que devient l'entreprise, en 2001, l'entreprise fait à peu près 15 millions de chiffre
03:14d'affaires.
03:15Et c'est une entreprise qui est très diversifiée.
03:17Il y a à la fois de l'intérim, un peu de câblage, mais très bas dans la chaîne de
03:21valeur.
03:21On se fait livrer les matières par les clients et puis on fait à façon.
03:25C'est presque de l'intérim déguisé.
03:27Dans les bureaux d'études, on fait ce qu'on appelle de la conception de détails, c'est-à-dire
03:30qu'on nous donne un concept qui est déjà très abouti et on le traduit en plan.
03:34Mais vous voyez qu'on n'est pas très en amont dans la réflexion de développement de R&D de
03:38nos clients.
03:40Et puis, on a également une activité, en plus de ces trois activités que je viens de décrire, on a
03:44une activité de monétique.
03:46C'est-à-dire qu'on distribue et on fait la maintenance de monnayeurs, c'est le cerveau des machines
03:50à Mars, c'est la partie intelligente dans la machine à Mars qui comprend que quand vous lui mettez une
03:54pièce, il faut sortir un Mars et qu'il calcule les stocks, etc.
03:57Donc, une entreprise très diversifiée, très peu tournée vers un cœur de métier réfléchi.
04:04Mais finalement, la logique de mon père qui est très, comment dirais-je, typique d'une logique de première génération,
04:11c'est j'y vais, je crée, je vais à gauche, à droite, en haut, en bas, je creuse, j
04:15'avance où je peux et puis on verra bien.
04:17Et puis on verra bien.
04:18Et alors donc, comment vous arrivez ?
04:21Alors, j'arrive après trois ans dans le conseil en stratégie, d'abord une école de commerce.
04:25J'ai fait l'ESSEC avec un passage à l'université de Sydney.
04:28Et puis, en sortant de l'ESSEC, je me dis, le conseil en stratégie, c'est sympa quand même.
04:33On voit beaucoup de choses, beaucoup de sujets différents, beaucoup d'industries différentes, beaucoup d'activités différentes.
04:38On travaille avec des gens qui sont très smarts, super.
04:40Donc, je rentre chez Bain.
04:42Et après trois ans de conseil en stratégie, mon père me dit, contre toute attente, puisque vous avez compris que
04:47je n'avais pas du tout été projetée dans le groupe familial jeune.
04:50Il me dit, écoute, on a 50 ans d'écart, je ne suis plus tout jeune, maintenant, il faut que
04:54tu te décides.
04:55Je ne savais pas que c'était un sujet à la base.
04:57Maintenant, il faut que tu te décides.
04:58Soit tu rentres dans le groupe, soit je vends.
05:00Et là, mon père me décrit, sachant que je suis une personne, enfin, je me décris comme une personne, comment
05:06dirais-je, sensible à mes obligations morales.
05:08Mon père me dit, si je vends, le groupe va se faire dépecer, les salariés vont être maltraités.
05:13Et puis, moi, je n'aurai pas de retraite parce que, de toute façon, je n'ai rien mis de
05:16côté.
05:17Et puis, tu vas voir les collaborateurs avec qui j'ai travaillé.
05:21Donc, un peu de culpabilité.
05:22Un petit peu, un petit peu quand même.
05:24Tu vas voir, ils vont être maltraités dans cette session.
05:27Donc, en fait, il me propose l'enfer pour les équipes du groupe et pour lui ou le fait que
05:35je rentre dans le groupe.
05:36Et alors, vous, il se passe quoi dans la tête à ce moment-là ?
05:38Alors, par obligation morale, je me dis, je vais faire un tour du groupe.
05:41Ce n'est pas du tout là qu'on m'a projeté.
05:42On ne m'a jamais expliqué que c'était là qu'il fallait que j'aille.
05:44Je vais aller voir quand même, au moins par curiosité.
05:48Et là, je suis tombée amoureuse.
05:50Il n'y a que des vélos à démonter, quoi.
05:52Là, pardon, il n'y a que des vélos à remonter.
05:55Voilà, c'est ça.
05:56Ils sont tous en train de faire des Legos.
05:57Alors, ce n'est pas exactement des Legos.
05:59Mais effectivement, je découvre un univers passionnant et un univers de passionnés.
06:04C'est-à-dire que je suis tombée doublement amoureuse.
06:06En fait, je suis tombée amoureuse de ce qu'on fabriquait, de ce qu'on concevait dans le groupe.
06:09Je suis tombée amoureuse des projets techniques.
06:11Mais j'ai rencontré des équipes qui étaient aussi extrêmement attachantes parce qu'elles vivaient leurs projets techniques au quotidien.
06:20Elles étaient vraiment engagées.
06:21Elles étaient vraiment motivées.
06:23Et puis, il y avait une loyauté vis-à-vis de mon père, une loyauté les uns envers les autres.
06:27Bref, j'ai trouvé une équipe extrêmement attachante.
06:30Donc, je suis rentrée à la maison.
06:31J'ai réfléchi deux secondes et j'ai dit oui.
06:34Génial.
06:35C'est marrant, les académiques, ils font beaucoup d'études pour savoir,
06:38en tout cas, pour essayer de comprendre quels sont les déclencheurs qui font que la génération d'après décide de
06:43rejoindre l'entreprise familiale.
06:45Pas comme actionnaire, mais vraiment comme exécutif dans l'entreprise.
06:49Et ils en ont trouvé trois.
06:51Le premier, c'est le devoir envers la famille.
06:54Le deuxième, c'est le désir de leadership.
06:56Et le troisième, c'est un facteur identitaire qui est souvent lié plutôt à un inconscient collectif de la génération
07:02en place.
07:02Aujourd'hui, c'est plutôt les sujets d'impact ou la capacité à changer le monde.
07:06À la génération de mes parents, c'était plutôt l'envie de sécuriser les choses.
07:11Après les deux guerres mondiales, on cherchait de la sécurité.
07:13Et donc, on venait sécuriser l'aventure familiale d'une certaine manière.
07:16Et donc, c'est intéressant parce que finalement, vous arrivez avec un bout de devoir envers la famille,
07:20mais vous avez quand même ce désir de leadership et vous tombez amoureux.
07:23C'est comme si vous rentriez finalement dans un magasin de jouets, c'est ça ?
07:28Ce n'était pas aussi ludique que ça.
07:30Plus que désir de leadership, je dirais vraiment passion.
07:33C'est-à-dire que j'ai réalisé que le métier du groupe Ametra,
07:36c'était le métier que j'avais envie de faire depuis toujours,
07:38mais je ne me l'étais pas complètement avouée
07:40parce qu'on ne m'avait pas forcément non plus laissé me l'avouer à moi-même.
07:45Donc, vous rentrez en 2001 et en 2009, vous prenez la présidence, c'est ça ?
07:50Alors, c'est quoi le chemin pour arriver à la présidence finalement assez rapidement ?
07:56Alors d'abord, puisque encore une fois, on est là pour partager des histoires de famille
08:00et je le dis avec tout l'amour que je portais à mon père qui nous a quittés il y
08:04a cinq ans,
08:04je me suis fait arnaquer en 2001 parce que mon père m'avait dit
08:08« Viens, tu vas reprendre le groupe » et j'étais à peine assise à mon bureau
08:10qui m'a dit « Tu fais un bon bras droit, je vais rester un petit peu plus en fait
08:13».
08:14Mais je crois que c'était d'une grande sagesse parce qu'en 2001, j'avais 25 ans,
08:17je n'étais pas prête à reprendre les rênes.
08:19Donc en fait, pendant huit ans, j'ai été ce qu'on appellerait aujourd'hui
08:22« Chief Transformation Officer ».
08:24Je donnerais un exemple, quand j'ai rejoint le groupe,
08:27on faisait une quinzaine de millions de chiffres d'affaires, comme je le disais tout à l'heure,
08:31et on avait à la holding à peu près le même nombre de comptables que ce qu'on a aujourd
08:35'hui.
08:36Et on avait un PC.
08:37En revanche, il y avait tous des calculatrices sur leur bureau
08:40et puis beaucoup de papiers sur leur bureau.
08:42Et moi, j'ai dit en arrivant, je pensais être accueilli comme le Messie,
08:45on va acheter un PC pour chacun des comptables à la holding,
08:48on va installer un réseau, on va se brancher avec des VPN.
08:52Ils m'ont dit « Oh là là, mais qu'est-ce que c'est que ces mots compliqués ?
08:54On n'y comprend rien, nous, on est des gens du papier, qu'est-ce que vous me racontez ?
08:57»
08:57Donc il y a eu une double transformation, en fait, une transformation technologique,
09:03mais une transformation des comportements, des habitudes qu'il a fallu amener.
09:08Et c'est là où peut-être je peux entrer en relation avec ce que vous disiez tout à l
09:13'heure
09:13sur le fait que la nouvelle génération arrive avec ce qu'on lui projette
09:16comme étant les qualités de sa nouvelle génération.
09:18Moi, je sortais de trois ans de conseil en stratégie
09:20et j'étais d'une génération plus techno que celle qui existait en moyenne dans le groupe.
09:25Donc j'ai amené de la techno.
09:26J'ai dû moi-même faire des baies de brassage.
09:29Je ne suis pas informaticienne IT à la base,
09:30mais à la holding, j'ai brassé mon réseau, j'ai programmé mes routeurs.
09:35J'ai dû apprendre puisqu'en fait, pour convaincre de l'élément de transformation,
09:39il fallait mettre soi-même les mains dans le cambouis.
09:42On a mis en place les premiers ERP, on a mis en place les premiers logiciels de paye.
09:47Enfin, tous ces éléments qui, en 2001, pouvaient sembler des évidences
09:50mais qui n'étaient pas encore dans le groupe,
09:52je les ai apportés avec l'équipe qui était en place
09:54et qui, en partie, était grandement convaincue du besoin de changement
09:58et, en partie, a eu besoin d'un petit coup de pouce.
10:01Donc c'est globalement ce que j'ai fait entre 2001 et 2009
10:03avec un deuxième sujet qui était la stratégie
10:06puisque c'est de là que je venais.
10:08C'était mon début de carrière.
10:09Et donc j'ai commencé à convaincre mon père
10:12qu'il nous fallait un recentrage stratégique.
10:14On s'est séparés de notre activité monétique.
10:16L'activité intérim qui était très chère à mon père,
10:18on a attendu encore un petit peu pour s'en séparer.
10:21Mais moi, mon idée, c'était très clairement de se recentrer sur l'industrie
10:26puisque je voyais bien que dans la partie usine
10:28et dans la partie bureau d'études, on avait les mêmes clients,
10:31on travaillait parfois sur les mêmes projets.
10:33Et donc je voyais bien qu'il y avait possibilité de faire un bridge
10:36entre ces deux activités et de créer une seule activité.
10:39Et là, votre père, il vous suit quand vous arrivez ?
10:41Parce qu'on comprend, vous sortez de cabinet de Strat,
10:43donc j'imagine que vous avez les réflexes.
10:47Comment ça se passe ?
10:49Non, pas du tout.
10:51À un moment, j'avais l'impression que je passais mes journées
10:57à mener des combats et puis qu'il suffisait d'un coup de fil
11:00d'un manager à mon père pour qu'on mette tout à zéro
11:03et qu'on reparte de zéro.
11:05Mon père a été la première personne qu'il a fallu convaincre, bien sûr.
11:08Mais il a fini par me suivre.
11:09Mais ça a été tout un processus, tout un processus d'apprentissage
11:12et un processus très riche.
11:14Encore une fois, je le dis avec tout l'amour que je portais à mon père,
11:17on n'a pas toujours été d'accord, mais ça a été vraiment des années merveilleuses.
11:22Je pense que ça a été des années, surtout après 2009,
11:25quand j'ai vraiment pris les rênes, ça a été des années
11:27où j'ai lu dans les yeux de mon père la fierté, la reconnaissance
11:33de là où j'avais emmené le groupe, de ce que j'étais devenue.
11:36Et franchement, ça, c'était extrêmement satisfaisant.
11:40Le flambeau, il se passe quand ou comment ?
11:432009.
11:442009, vous vous souvenez de la crise des subprimes ?
11:47On était tous les deux nés à cette époque-là, professionnellement.
11:49Voilà, donc on s'en souvient bien.
11:51La crise des subprimes, 2008, ça se traduit dans le monde réel autour de 2009.
11:56Moi, je viens d'accoucher de mon troisième.
11:58On a dit qu'on parlerait un peu de famille tout à l'heure.
12:01Mais je viens d'accoucher de mon troisième fils.
12:03J'en ai quatre aujourd'hui.
12:04Mon troisième qui a un mois et que je suis en train d'allaiter.
12:06Et mon père arrive à la maison et me dit, écoute, dans les usines, c'est la catastrophe.
12:10On est en train de perdre 35% de notre carnet de commandes sur l'année.
12:13Je crois qu'on ne va pas y arriver.
12:15Je crois que la seule bonne façon de faire, c'est de déposer le bilan.
12:18Parce que là, on a encore un peu d'argent.
12:20Donc, on peut payer nos collaborateurs.
12:21On peut rembourser nos clients pour les projets qu'on n'aura pas terminés, etc.
12:25Je crois qu'il faut qu'on jette l'éponge.
12:28Et moi, j'avais mon fils, là, comme ça, dans les bras.
12:30Vous imaginez la scène ?
12:31Je lui ai dit, mais pas question !
12:33Pas question !
12:33Ça fait huit ans que j'attends ça.
12:34Ça fait huit ans que je te demande les rênes.
12:36C'est pour ça que tu m'as fait venir.
12:37Donne-moi le contrôle et tu vas voir.
12:38Moi, je sais comment la redresser, cette entreprise.
12:41Comme il venait de m'avouer qu'il ne savait pas faire, il s'est dit, perdu pour perdu, autant
12:45y aller.
12:46Et c'est comme ça que j'ai pris le contrôle de la partie Ametra-intégration,
12:50la partie qui s'appelait Enjouélectronique à l'époque.
12:53Alors, de moins 35%, on est passé à moins 25%.
12:56Mais bon, cette année-là, on est passé de 12 à 9 millions de chiffre d'affaires.
13:03Je vais y arriver.
13:04Et pour 9 millions de chiffre d'affaires, on a fait 1,2 million de pertes.
13:07Donc, dans l'industrie où on a des gros frais fixes, c'est quand même une situation difficile.
13:13On a dû passer par un plan social.
13:15Je me souviens du jour où j'ai signé chacun des 28 courriers de licenciement.
13:18Ça a été le jour le plus difficile de ma carrière.
13:21Je me souviens du jour où je suis allée voir le tribunal de commerce d'Angers
13:24pour dire qu'on a besoin de la protection de la procédure de sauvegarde.
13:26Ça a été une période très difficile, cette année 2009.
13:31Mais en 2010, quand on était déjà à l'équilibre,
13:33et en 2011, quand on avait fait la meilleure année de l'existence du groupe Ametra,
13:38là, plus personne n'a appelé mon père le soir pour savoir s'il fallait changer d'avis sur les
13:41décisions que j'avais prises.
13:42Donc, finalement, cette crise a permis d'accélérer le passage de première à deuxième génération.
13:47Vous recevez beaucoup d'entrepreneurs ici.
13:49Beaucoup doivent vous partager à quel point c'est difficile d'affirmer son leadership
13:54quand on a une génération d'après qui est toujours présente.
13:56De fabriquer son prénom.
13:57Moi, je n'ai pas eu cette difficulté-là.
14:00Une fois que le redressement a été fait, on m'avait tellement dit que j'allais prendre le mur.
14:03On m'avait tellement dit que ce n'était pas possible de redresser l'entreprise.
14:06Une fois que ça a été fait, je n'avais plus qu'à dérouler le plan que j'avais dans
14:09la tête depuis un certain nombre d'années.
14:11Génial.
14:12Bon, du coup, après, ça déroule.
14:14Le développement jusqu'à aujourd'hui.
14:16Vous voulez nous en dire deux mots ?
14:18Notamment le recentrage récent, le deuxième recentrage.
14:21Je ne sais pas si c'est le deuxième recentrage, mais en tout cas...
14:23C'est effectivement le deuxième recentrage, mais on peut parler de la période de développement qui est venue avant.
14:29Ces premières années où j'avais les rênes du groupe, avec ce plan social, cette procédure de sauvegarde,
14:34m'ont appris une chose.
14:35Plus jamais.
14:36Je ne veux plus jamais me retrouver face à un collaborateur à qui j'ai dit qu'on allait lui
14:41verser un salaire à la fin du mois
14:43et être obligé de lui dire que l'entreprise nécessite qu'on fasse un plan social.
14:48Plus jamais.
14:49Donc, dans notre ADN, il y a de la robustesse, de la pérennité.
14:52Et ça, ça veut dire ne pas dépendre d'un secteur d'activité, ne pas dépendre d'un client,
14:56ne pas dépendre d'un cycle économique en particulier.
15:03Mais surtout, j'ai compris que cette robustesse, elle se créerait si on remontait dans la chaîne de valeur.
15:09Je vous disais tout à l'heure, dans nos bureaux d'études, on faisait du dessin de détail.
15:13On n'était pas très en amont dans les développements et dans nos usines.
15:17Nos clients arrivaient avec ce qu'on appelle un panier garni dans nos métiers, c'est-à-dire avec des
15:20composants.
15:21On ne faisait pas, nous, les approvisionnements, les achats.
15:24Bref, des deux côtés, il n'y avait pas énormément de valeur ajoutée.
15:26Et en plus, il n'y avait pas de pont entre ces deux activités de conception et de fabrication.
15:31Parce qu'il nous manquait des briques métiers, en fait.
15:33Dans nos bureaux d'études, on était exclusivement tourné vers la mécanique.
15:36Dans nos usines, on faisait de l'intégration électrique et électronique.
15:38Donc, dans les bureaux d'études, on a embauché des ingénieurs en électricité et en électronique.
15:42Dans nos usines, on a dit à nos clients, maintenant, on souhaite gérer les approvisionnements, les achats.
15:47On va devenir un intégrateur et nos deux sociétés vont se rapprocher.
15:50Et on va pouvoir vous livrer des activités qu'on appelle « build to spec ».
15:55C'est-à-dire, l'ensemble de la chaîne, on part de votre expression de besoin, on vous fait le
15:58développement, on vous fait les achats, les appro, on intègre le produit et on vous livre le tout.
16:02Y compris dans des géographies à bas coût, des géographies où nos clients ont besoin de ce qu'on appelle
16:08les marchés de compensation.
16:09On en reparlera peut-être.
16:10C'est-à-dire que nous avons développé l'implantation tunisienne qui était très légère en 2009.
16:15Et nous avons créé une usine en Inde qui a, pendant six ans, livré des clients qui avaient besoin de
16:21montrer à leurs propres clients, à savoir le gouvernement indien, qu'ils fabriquaient sur le sol indien.
16:29Donc voilà cette croissance.
16:30On est passé de, en 2009, 20 millions à à peu près 65 millions de chiffres d'affaires en septembre
16:362025.
16:37Bravo ! Alors ça nous fait le lien sur comment vous dirigez maintenant ce groupe et on rentre dans la
16:46deuxième partie de cette émission qui s'appelle Les Trois Cercles.
Commentaires