00:00Est-ce que je veux des enfants ? C'est une question que l'on se pose toutes et tous à un moment de notre vie.
00:07Et dans les faits, la réponse est de plus en plus non.
00:11En 10 ans, la France est passée de 830 000 à 720 000 naissances annuelles.
00:17En 2023, le décrochage est encore plus fort.
00:2040 000 naissances de moins sur les 9 premiers mois de l'année, soit une baisse de 7% par rapport à 2022.
00:27La baisse de la natalité dans notre pays, elle devrait tous en fait nous obséder.
00:31Alors que la France faisait jusqu'à présent figure d'exception grâce à son taux de fécondité élevé,
00:37elle rejoint finalement la tendance qui touche tous les pays occidentaux.
00:42Si le recul de la natalité se confirme, il pourrait entraîner des secousses importantes sur le plan économique et social.
00:50Alors a-t-on raison de s'alarmer ? Quelles solutions existent pour pallier le manque de naissances ?
00:57La baisse de la natalité est-elle vraiment un problème ?
01:03Pour évaluer la situation démographique d'un pays,
01:06les démographes s'appuient sur l'indicateur conjoncturel de fécondité,
01:10ou plus simplement le taux de fécondité.
01:14Il faut qu'ils s'établissent à 2,07 enfants par femme pour assurer le renouvellement des générations.
01:20En dessous de ce chiffre, la population décroît sur le long terme.
01:24Alors cet indicateur, il a été très haut entre le milieu des années 2000 et le milieu des années 2010,
01:29à 2 enfants par femme environ, et il ne cesse de diminuer depuis.
01:33Il s'établissait à 1,8 enfants par femme en 2022.
01:38Sylvie Leminez travaille à l'INSEE, l'institut qui produit toutes les statistiques sur l'évolution de la société française.
01:44Et compte tenu de l'évolution des naissances qu'on constate en 2023 avec une forte baisse,
01:50il pourrait se situer aux alentours de 1,7 enfants par femme en 2023.
01:56La baisse des naissances alimente une tendance démographique plus large, le vieillissement de la population.
02:03Le vieillissement, il s'explique par deux facteurs.
02:05À la fois l'allongement de l'espérance de vie, de génération en génération, on vit de plus en plus vieux.
02:11Il y a aussi toutes les générations nombreuses qui sont nées pendant la période du baby-boom,
02:16qui vieillissent et qui atteignent désormais l'âge de 75 ans et plus.
02:20Et moins il y a de naissances, plus le vieillissement de la population augmente.
02:25En matière économique, ce cocktail est explosif.
02:28Pour la croissance d'abord, pour une raison simple,
02:32ça entraîne une baisse de la population en âge de travailler.
02:35C'est le carburant d'une économie, la démographie.
02:37Et en termes de finances publiques,
02:39cela risque de mettre une pression très forte sur l'équilibre des comptes sociaux
02:43parce que c'est après 60 ans qu'on reçoit le plus de prestations sociales.
02:47En 2019, une personne de 70 ans touchait en moyenne 28 000 euros de prestations sociales
02:53contre seulement 3 700 euros pour une personne de 20 ans.
02:58A long terme, la soutenabilité du système français est en jeu.
03:04On a un système de protection sociale qui marche à la démographie.
03:07On a un système par répartition qui fait que ce sont les actifs d'aujourd'hui
03:11qui payent pour les actifs d'hier.
03:13Maxime Zbailly est économiste.
03:14Il a écrit un essai sur le grand vieillissement.
03:16Les actifs d'hier étaient très nombreux et il y avait très peu de retraités.
03:20Aujourd'hui, c'est l'inverse.
03:21On a de moins en moins d'actifs pour toujours plus de retraités.
03:23Et donc ça pose des grosses questions déjà de soutenabilité
03:26et des questions aussi d'équité entre les générations,
03:29savoir qui c'est qui paye la facture de ce vieillissement.
03:32Est-ce que ce sont que les générations d'actifs d'aujourd'hui
03:34ou est-ce que c'est aussi les générations d'actifs d'hier ?
03:36Selon lui, la France est en plein déni démographique.
03:39Les réponses politiques ne sont pas à la hauteur.
03:42D'autres chercheurs sont plus optimistes que lui.
03:44En 2022, une étude de France Stratégie arrivait à la conclusion
03:49que la pression que fait peser le vieillissement sur les finances sociales
03:52n'est que légèrement supérieure à celle à laquelle il a fallu faire face ces 20 dernières années.
03:59L'étude soulignait aussi que cette pression induite par le vieillissement de la population
04:04devrait être moins violente en France que chez nombre de nos voisins.
04:08Pour autant, il est utile de regarder les politiques mises en place par nos voisins européens
04:13parce qu'elles montrent les enjeux derrière la chute de la natalité.
04:20Ce qu'il est important de comprendre, c'est que le principal défi pour l'économie d'un pays,
04:25c'est le maintien du taux d'actifs dans la population générale.
04:29Or, il existe des moyens d'augmenter la population active sans passer par la natalité.
04:35Le plus simple, d'un point de vue économique,
04:37C'est l'immigration, c'est-à-dire que si vous avez de moins en moins d'actifs
04:40pour financer toujours plus d'inactifs, il faut aller chercher des bras et des cerveaux à l'étranger.
04:45C'est ce que fait par exemple l'Allemagne, le Canada ou les États-Unis
04:47qui ont pris conscience de leur décroissance démographique
04:50et qui du coup ont une politique migratoire très forte.
04:53L'Allemagne, la première puissance économique européenne
04:56s'attend à recevoir cette année 800 000 demandes d'asile.
05:00Dans un pays vieillissant où les pénuries de main-d'oeuvre font les gros titres de l'actualité,
05:04l'arrivée de ces migrants est considérée comme une chance.
05:07Mais cet atout économique se heurte souvent à des réticences d'ordre politique.
05:12Depuis la montée de l'extrême droite,
05:14l'Allemagne cherche d'autres solutions pour absorber le choc démographique.
05:19Parmi les options mises sur la table,
05:21baisser le niveau des pensions de retraite,
05:23introduire un système de retraite complémentaire par capitalisation
05:27et même miser sur l'intelligence artificielle et l'automatisation
05:31pour compenser le manque de main-d'oeuvre.
05:36En Italie, où le nombre de naissances annuelles a chuté de 30% en 10 ans,
05:41le gouvernement d'extrême droite a choisi une autre direction.
05:441,24, c'est le nombre moyen d'enfants par femme.
05:52Par comparaison en France, il est de 1,84,
05:55une situation inédite en Italie du jamais vu depuis 150 ans.
05:59Le pays vieillit très rapidement,
06:01à tel point que sa pyramide des âges s'est inversée.
06:04Résultat, l'Italie pourrait perdre 20% de sa population d'ici 2070.
06:09Le gouvernement de Giorgia Meloni,
06:14qui a fait de la natalité et de la famille sa priorité absolue,
06:18tente de faire repartir les naissances à la hausse,
06:20notamment par des incitations financières.
06:23Depuis le 1er juillet,
06:24toutes les familles en Italie reçoivent une prime,
06:27250 euros par mois et par enfant jusqu'à ses 21 ans.
06:31Cette allocation sera-t-elle en mesure à elle seule de renverser la donne ?
06:35Probablement pas.
06:36En réalité, c'est très compliqué
06:38de faire remonter le taux de natalité d'un pays.
06:41Une politique familiale généreuse
06:42ne suffit pas à avoir un taux de fécondité dynamique.
06:49Dans des pays comme ceux de l'Union européenne,
06:52une chose semble assez décisive,
06:54c'est de ne pas mettre les femmes devant le choix,
06:56soit avoir un enfant, soit avoir une carrière.
06:58Hélène Périvier travaille à l'Observatoire français
07:00des conjonctures économiques.
07:02Elle dirige aussi le programme d'études de genre de Sciences Po.
07:05Et ce qu'elle explique est essentiel.
07:07Les pays dans lesquels la politique familiale
07:09s'est plus réorientée vers des politiques d'articulation
07:12vie familiale, vie professionnelle,
07:14avec des investissements, par exemple,
07:16dans l'accueil public ou l'accueil du jeune enfant,
07:19avec des congés parentaux,
07:21sont les pays dans lesquels on a plutôt cette association
07:24à la fois d'un taux de fécondité plutôt élevé
07:27et en même temps des taux de participation au marché du travail des femmes
07:30qui sont plus élevés qu'ailleurs.
07:31Et si plus de femmes travaillent, cela contribue à maintenir le taux d'actifs
07:35et donc à financer le vieillissement de la population.
07:39Autrement dit, c'est important de permettre aux mères d'élever leurs enfants
07:43sans renoncer à leur carrière ni à leur indépendance économique.
07:47D'autant plus que procréer n'a plus rien d'une obligation.
07:52Quand on cherche les raisons qui poussent à avoir un enfant,
08:08une chose est sûre, on ne sait pas.
08:10Aucune étude ne permet de démêler les différents facteurs impliqués
08:14dans la baisse durable des naissances.
08:17Si cette baisse de la natalité est le reflet d'un désir des gens d'avoir moins d'enfants,
08:21bon, c'est ce qu'il y a.
08:23Si en revanche c'est une crainte sur l'avenir, un report
08:26ou une renonciation à avoir un enfant
08:29parce qu'on estime qu'on n'a pas les conditions économiques et sociales
08:32pour avoir cet enfant, là il y a un problème.
08:34C'est là que peuvent intervenir les politiques familiales
08:37et plus largement les politiques publiques.
08:40Le véritable enjeu, c'est de permettre à chacun d'avoir la famille qu'il souhaite.
08:44Et pour cela, plusieurs aspects comptent.
08:46L'accès aux services publics, le taux de participation des femmes au marché du travail,
08:51la lutte contre les inégalités, mais aussi, de manière plus pragmatique, le logement.
08:57Parce que quand vous regardez sur les 20 dernières années,
08:59le pouvoir d'achat immobilier a été divisé par deux.
09:02Et donc quand vous n'avez plus accès à la chambre supplémentaire pour faire un bébé,
09:06en fait vous êtes souvent mené à devoir faire une croix sur vos projets familiaux.
09:09En résumé, aucun gouvernement ne peut contrôler la natalité d'un pays.
09:13Mais débloquer les freins qui empêchent ces citoyens de devenir parents
09:17et trouver d'autres moyens d'augmenter la population active,
09:21c'est sans doute le principal défi de cette nouvelle ère démographique.
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