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  • il y a 9 mois
Chaque 1er février, c’est la même histoire : l’Etat et les sociétés d’autoroute se renvoient la balle de la responsabilité de l’augmentation des tarifs. La raison est simple : les péages et les profits qu’ils génèrent sont une profonde source de discorde entre l’Etat et les sociétés d’autoroutes : une brouille qui a presque 20 ans. Alors comment savoir qui dit vrai, et où va l’argent des automobilistes ?  Combien coûte réellement le réseau autoroutier ? Les réponses dans notre vidéo.

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Transcription
00:00Vous avez remarqué ?
00:02Chaque année, le prix des péages augmente au 1er février.
00:06Et chaque année, c'est la même histoire.
00:08Je veux le dire parce qu'il y a beaucoup de fake news,
00:10l'année prochaine, il y aura une hausse qui sera limitée.
00:11Si Vinci vous dit « nous, on augmente de 5% », vous l'en empêcherez.
00:15Vous en avez les moyens.
00:16Les péages et les profits qu'ils génèrent sont une profonde source de discorde
00:20entre l'État et les sociétés d'autoroutes.
00:22Une brouille qui a presque 20 ans.
00:25Alors comment savoir qui dit vrai ?
00:27Et où va l'argent des automobilistes ?
00:29Combien coûte réellement le réseau autoroutier ?
00:33Pourquoi le prix des péages augmente chaque année ?
00:40Difficile à croire, mais les autoroutes n'ont pas toujours été payantes.
00:45Le chemin de la Côte d'Azur s'est raccourci par l'ouverture, dans sa totalité,
00:49de l'autoroute Estérel-Côte d'Azur, qui est la première autoroute française à péage.
00:53La loi du 18 avril 1955, qui fixe leur statut, est pourtant claire.
00:59L'usage des autoroutes est en principe gratuit.
01:03Alors que s'est-il passé ?
01:05Au début des années 60, les tronçons payants se multiplient.
01:10Voilà donc maintenant comment les choses se passent.
01:12Normalement, une voiture arrive ici, l'automobiliste n'a pas besoin de descendre de sa voiture,
01:18il a sa glace baissée et il jette dans ce panier des pièces.
01:22Ces péages, censés être provisoires, vont durer.
01:27L'État ne peut tout simplement pas faire autrement.
01:30Il veut développer le réseau autoroutier français et ce sont des dépenses colossales.
01:35Construire un kilomètre d'autoroutes coûte en moyenne environ 6 millions d'euros.
01:39La loi de 1955 crée des sociétés d'économies mixtes, dont la majorité du capital appartient au pouvoir public.
01:48Ce sont elles qui vont réaliser les premières autoroutes françaises.
01:53Ce système est très efficace.
01:54Le réseau autoroutier passe de 1000 kilomètres en 1970 à plus de 12 000 kilomètres aujourd'hui.
02:01Pour financer la construction et l'entretien des autoroutes,
02:08le choix du péage a le mérite de ne pas faire payer les Français qui n'ont pas de voiture
02:12ou qui n'utilisent pas le réseau, et inversement, d'inclure les étrangers qui circulent en France.
02:21Prenons par exemple un trajet Paris-Lyon, 39,20 euros pour 463 kilomètres.
02:27Derrière ce prix, voilà ce qui se cache.
02:29Un peu plus de 14 euros vont directement à l'État, en impôts et en taxes.
02:358,60 euros sont dédiés aux infrastructures du réseau autoroutier,
02:40construction ou modernisation des tronçons.
02:434,70 euros servent réellement à l'exploitation du réseau,
02:46l'entretien des machines de péage, les services que vous retrouvez sur les aires de repos
02:50et le salaire des employés.
02:52Un peu moins de 12 euros vont au remboursement de la dette et des investisseurs.
02:56Ce sont les fameux dividendes des sociétés d'autoroutes.
02:59On va en reparler.
03:00Alors pourquoi ça augmente ?
03:03La hausse du prix du péage suit une formule liée au taux d'inflation.
03:08L'augmentation se calcule à hauteur de 70% de l'inflation, hors prix du tabac,
03:13par rapport au mois d'octobre précédent.
03:15Les sociétés concessionnaires d'autoroutes, qui gèrent le réseau,
03:18ont ensuite le droit d'intégrer dans la hausse tarifaire une partie de leurs investissements
03:23pour la construction et la modernisation du réseau.
03:26Il y a un dernier élément à prendre en compte, c'est l'âge des autoroutes.
03:30Sur les tronçons anciens déjà rentabilisés,
03:33la hausse est souvent moins forte que sur les autoroutes les plus récentes.
03:37Dans tous les cas, l'augmentation des péages est inscrite dans les contrats de concession
03:41et aucun scénario n'est prévu concernant une baisse de tarif.
03:46« Ah bon ? »
03:49« Contrairement à ce qu'on pense, le premier gagnant des concessions autoroutières, c'est l'État.
03:55Ce n'est pas tant les sociétés privées. »
03:57Pierre Chasserey est le délégué général de 40 millions d'automobilistes.
04:01« Et pourtant, l'État a réussi un petit tour de passe-passe à la Harry Potter,
04:06c'est de faire en sorte de donner la sensation que c'est la société qui est très méchante
04:12et qui augmente chaque année.
04:14Et l'État se donne le beau rôle en annonçant quelques jours avant
04:17qu'il a réussi à contenir les hausses des tarifs des péages au 1er février. »
04:23Ce que vient de dire Pierre Chasserey résume le profond désaccord
04:25entre l'État et les sociétés concessionnaires.
04:32Au début des années 2000, la France est dans le rouge.
04:35La dette publique explose.
04:36L'État a besoin d'argent et vite.
04:39« Week-end chargé sur les autoroutes.
04:41Les péages ont tourné à plein régime toute la journée.
04:44Une manne pour l'État actionnaire des trois principales sociétés d'autoroutes.
04:47Mais le gouvernement a besoin d'argent,
04:49alors il vend les ASF, la SANEF et les autoroutes Paris-Rhin-Rhône. »
04:54La concession d'une partie des autoroutes en 2006
04:57rapporte à l'État 16 milliards et demi d'euros.
05:00Les trois quarts du réseau sont alors répartis entre trois groupes.
05:06« Charge à eux de construire, d'entretenir et d'exploiter les autoroutes, en résumé de les gérer.
05:12En échange, ils touchent les revenus des péages. »
05:16Les autoroutes sont concédées et donc pas cédées.
05:19C'est très important de le comprendre.
05:21L'État reste propriétaire et il gagne de l'argent en louant son réseau.
05:27Mais dès la fin des années 2000, la question se pose de savoir si l'État a correctement évalué son patrimoine
05:33avant de le concéder.
05:35« On peut considérer que l'État s'est fait avoir, et d'ailleurs de manière continuelle,
05:39puisque dès le début de ce processus, l'État a déjà eu un manque à gagner de 6 milliards d'euros. »
05:47« La rentabilité des sociétés concessionnaires. »
05:50« Les investisseurs ont payé 22 milliards d'euros et l'État a perçu 16 milliards d'euros de profit.
05:56Dans cette opération, il y a donc 6 milliards d'euros qui ont été captés par des investisseurs,
06:02je dirais des investisseurs un peu opportunistes sur les marchés boursiers.
06:05On peut ajouter que cet investissement dans les sociétés d'autoroutes était peu risqué,
06:10puisqu'en réalité, 96% du réseau était déjà bâti,
06:13ce qui montre qu'en fait, on avait déjà beaucoup de retours sur ces actifs
06:16et que les investisseurs savaient où ils mettaient les pieds quand ils investissaient dans ces sociétés. »
06:22Le prix d'achat, c'est une chose, mais le désaccord ne s'arrête pas là.
06:28Les sociétés d'autoroutes et les pouvoirs publics s'affrontent aussi sur la question de la rentabilité.
06:33L'enjeu principal, l'existence de sur-profits.
06:36En 2020, un rapport du Sénat chiffra 78 milliards d'euros les dividendes
06:41générés par les sociétés d'autoroutes sur la période 2006-2036.
06:47À compter de 2024, tous les dividendes perçus par les sociétés actionnaires des sociétés d'autoroutes
06:52seront assimilables à du sur-profit par rapport à la rentabilité cible de 8%.
06:57On a une infrastructure qui donne lieu au paiement de péage et donc par des usagers,
07:02il est donc important que les profits restent mesurés.
07:06Ici, on peut considérer que les sociétés d'autoroutes parviendront à atteindre une rentabilité de 11% environ
07:12en ce qui concerne les réseaux ASF et AP2R, SANEF étant lui plutôt à l'équilibre.
07:18Et ces rentabilités peuvent être considérées comme des sur-rentabilités.
07:22Auditionné devant l'Assemblée nationale en mars 2023, le ministre de l'économie Bruno Le Maire reconnaît que
07:28« Nous nous sommes trompés et nous avons sous-évalué l'avantage financier que pouvait en tirer la société concessionnaire. »
07:38De leur côté, les sociétés d'autoroutes mettent en avant la particularité de leur modèle économique
07:43qui implique beaucoup de dépenses au début des concessions, puis une période de transition
07:48et enfin davantage de revenus pour la société à mesure que l'on se rapproche de la fin de la concession.
07:54« Je le dis ici, une société commerciale classique ne pourrait pas survivre à une telle trajectoire économique
08:01en étant en déficit pendant une vingtaine d'années. »
08:05Elle rappelle aussi que leur rentabilité globale ne pourra être évaluée qu'à la fin de la concession.
08:11« Il faut reprendre un petit peu de hauteur par rapport à un débat.
08:14Il faut se dire, bon, il y a une société qui donne 40% de ce qu'elle gagne à l'État.
08:18Qui fait gagner énormément d'argent à l'État.
08:20Et dans ce côté bon gestionnaire, ils sont tellement bons gestionnaires
08:23qu'ils ont réussi à prendre des profits pour eux.
08:25Ah oui, mais c'est une entreprise.
08:26Si demain je monte une entreprise, je veux gagner de l'argent.
08:29Sinon, c'est la clé sous la porte. »
08:33Si le débat se tend, c'est qu'entre 2031 et 2036,
08:37les sept principales concessions, soit plus de 90% du réseau concédé,
08:42vont arriver à leur terme.
08:43C'est donc maintenant que les sociétés d'autoroutes vont pouvoir maximiser leurs profits,
08:48les dividendes versés à leurs actionnaires,
08:51car elles ne lanceront plus d'investissements de long terme
08:54et auront moins de dettes à rembourser.
08:57« Aujourd'hui, les dividendes représentent environ 30% des recettes.
09:00Et dans le futur, les dividendes devraient représenter 50% des recettes. »
09:04En 2023, une nouvelle taxe sur les infrastructures de transport de longue distance est décrétée,
09:09officiellement, au nom du climat.
09:12Objectif pour le gouvernement, arriver à mettre la main sur une partie de ses revenus
09:16avant la fin des concessions.
09:19Elle doit rapporter 600 millions d'euros par an dès 2024.
09:23Pour les sociétés d'autoroutes, c'est inévitable.
09:26Une nouvelle taxe conduirait à une hausse des tarifs des péages.
09:30Réponse de l'État.
09:30« Les compagnies concessions d'autoroutes ne seront pas autorisées
09:34à répercuter les augmentations de taxes sur les prix des péages.
09:40C'est aussi simple que cela. »
09:41Malgré cette déclaration, les prix des péages pourraient encore augmenter dans les prochaines années.
09:50Car l'avenir nécessitera de nouveaux investissements.
09:54Les enjeux de demain ne sont pas les mêmes que ceux d'il y a 60 ans.
09:57Le think-tank TDIE a élaboré plusieurs scénarios pour envisager l'après.
10:05Le premier fera plaisir aux automobilistes.
10:07C'est celui de la fin des péages et de la gratuité des autoroutes.
10:12Ce serait un choix politique fort, un argument électoral aussi.
10:16Mais attention, cette gratuité serait sans doute compensée par l'impôt.
10:19Dans un autre scénario, les concessions seraient prolongées
10:23et les prix des péages seraient maintenus, voire augmentés,
10:27afin de participer aux investissements nécessaires à la décarbonation du réseau.
10:33On pense notamment à l'électrification des autoroutes.
10:36C'est aujourd'hui l'hypothèse la plus probable.
10:40Quel que soit le scénario qui s'imposera, il aura un coût.
10:43L'État a donc un défi supplémentaire,
10:46choisir qui financera la décarbonation des autoroutes.
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