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  • il y a 9 mois
Niveau du Smic, des taux d'intérêt, baisses d'impôts…. Les prévisions économiques prennent de plus en plus de place dans les arbitrages politiques. Or, ces prévisions sont parfois erronées ou remises en question. Alors, pourquoi reproche-t-on aux économistes de se tromper ? Explications en vidéo.

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Transcription
00:00Que ce soit en 2008, juste avant l'une des plus grosses crises financières du siècle,
00:04ou pour anticiper l'inflation en 2022,
00:07les économistes sont régulièrement à côté de la plaque.
00:10Il faut reconnaître que quasiment tous les économistes, tous les experts sont trompés.
00:15Deux économistes d'Harvard reconnaissent des erreurs dans leur modèle économique.
00:19Qu'est-ce que ça veut dire ? Que les chiffres mentent ou qu'on ne leur fait plus confiance ?
00:22Or, les prévisions économiques prennent de plus en plus de place dans les arbitrages politiques.
00:27Fiscalité, retraite, politique d'emploi ou sociale,
00:31les sujets sont divers et les conséquences peuvent être importantes.
00:35Alors, comment marchent les prévisions économiques ?
00:38Est-ce qu'on peut vraiment reprocher aux économistes de se tromper ?
00:42Et quels sont les impacts de leurs erreurs ?
00:46Pourquoi les économistes se trompent-ils quasiment tout le temps ?
00:51Dans cette vidéo, on ne va pas parler de tous les économistes,
00:54mais de ceux qui font de la prévision.
00:57La prévision s'est développée dès le début du XXe siècle,
01:00au moment où la macroéconomie se construit comme un champ scientifique à part entière.
01:05A l'époque, on cherchait surtout à prévoir les rendements agricoles,
01:09les cycles de croissance ou l'évolution des cours boursiers.
01:12C'est ce qu'on appelle des prévisions absolues,
01:15que continuent à faire aujourd'hui les banques centrales,
01:18le secteur privé, le ministère des Finances, etc.
01:21Mais désormais, c'est une autre sorte de prévision
01:23qui occupe beaucoup les universitaires et économistes publics.
01:26En fait, ce que ça veut dire, c'est essayer de se mettre d'accord sur
01:36« j'augmente le SMIC, que va-t-il se passer ? »
01:38« je baisse tel impôt, que va-t-il se passer ? »
01:40« j'augmente les taux d'intérêt, que va-t-il se passer ? »
01:42Béatrice Chérier est historienne de l'économie.
01:45Il faut aussi évaluer ce qui a déjà été fait.
01:47Par exemple, il y a des débats sur « le crédit impôt recherche a-t-il marché ? »
01:51En ce moment, les économistes travaillent, parce que c'est long,
01:54toujours à « on a supprimé l'ISF,
01:57est-ce que ça a fait revenir des grandes fortunes en France ? »
02:00« ou est-ce que ça n'a rien changé ? »
02:01Et si l'on reproche si souvent aux économistes de se tromper,
02:05c'est que ces prévisions jouent un rôle de plus en plus important
02:09dans les décisions publiques et politiques.
02:11Elles sont au cœur de l'État, au cœur de l'action publique,
02:13et on pourrait même dire aussi au cœur de la démocratie, de nos démocraties.
02:17Pierre Pénet est sociologue.
02:19Il travaille notamment sur la prévision économique.
02:21Il est devenu quasi impossible de faire campagne,
02:25on l'a bien vu, sans chiffrer,
02:26sans produire des scénarios, des projections à court ou à moyen terme.
02:31Et on peut se demander, de ce point de vue-là,
02:33si ces prévisions économiques ne finissent pas par surdéterminer
02:36nos choix politiques, puisqu'elles sont partout.
02:39Alors pour comprendre comment fonctionne cette industrie de la prévision,
02:43il faut plonger dans la fabrique des modèles de prévision.
02:46La prévision économique, techniquement, ça ressemble à ça.
02:50Des modèles mathématiques, fabriqués par des hommes et des femmes,
02:53ayant une formation économique généralement prestigieuse
02:56et un bagage assez poussé en statistiques.
02:59Un modèle, c'est un organisme très compliqué,
03:03basé sur une multitude de paramètres.
03:05Et l'enjeu, ce qui est même assez politique derrière,
03:09c'est la théorie qu'on utilise.
03:11Et pendant longtemps, les économistes n'étaient pas d'accord sur la théorie
03:14et donc sur les modèles pour faire des prévisions.
03:17Pour schématiser, les keynésiens emmenés par l'économiste Lawrence Klein
03:20privilégiaient des modèles comme ça.
03:22Des centaines d'équations pour modéliser toute l'économie
03:25de manière la plus exhaustive possible.
03:28Leur but, réguler les marchés avec des politiques économiques.
03:31A l'inverse, les néolibéraux et leur chef de file, Milton Friedman,
03:35privilégiaient des modèles avec peu d'équations
03:37parce qu'ils ne voulaient pas intervenir sur l'économie,
03:39seulement l'observer.
03:41Dans les années 90, un modèle,
03:43issu de la nouvelle synthèse néoclassique,
03:46on y reviendra,
03:47a fini par mettre d'accord les économistes mainstream.
03:51Jusqu'à ce qu'une crise
03:52vienne percuter les convictions.
03:57Cleveland, aux Etats-Unis.
03:59Ici, une maison sur deux est condamnée.
04:01Les propriétaires expulsés,
04:04victimes de la crise des subprimes.
04:05Ces prêts hypothécaires spéculatifs
04:08accordés à des ménages trop pauvres
04:10qui n'ont pas pu suivre la hausse des taux d'intérêt.
04:13La crise de 2008,
04:14c'est vraiment une crise de la prévision.
04:17Parce qu'effectivement,
04:18il y a cette thématique de la crise manquée
04:20qui s'est installée dans les esprits,
04:21qui reste dans les esprits.
04:23Cette idée que les économistes sont,
04:26disons, co-responsables de la crise
04:28parce qu'ils n'ont rien vu arriver,
04:30ils n'ont pas su anticiper.
04:31Et les conséquences sont énormes.
04:32Crac boursier,
04:33effondrement du marché immobilier,
04:35faillite de Lehman Brothers,
04:37sauvetage à grands frais de banques en Europe,
04:39récession.
04:41Alors pour comprendre pourquoi
04:42les grandes institutions économiques
04:43n'ont pas vu venir cette crise,
04:45revenons un instant sur la théorie.
04:48A l'époque,
04:49la nouvelle synthèse néoclassique
04:50repose sur deux piliers.
04:52Premièrement,
04:53les agents économiques agissent
04:54de manière rationnelle.
04:55Deuxièmement,
04:56ils ont toutes les informations
04:58à leur disposition pour agir.
04:59De cette théorie découlent des modèles
05:01de prévision,
05:02notamment celui de la banque centrale américaine
05:05qui a accordé peu de place
05:06aux paramètres financiers.
05:08Les prévisionnistes américains,
05:10à partir de 2005,
05:11ils voient qu'il y a un emballement
05:13en fait sur le marché immobilier.
05:14Mais ce qui s'est produit,
05:15c'est que ces données sont normalisées
05:17du point de vue du modèle,
05:19c'est-à-dire que l'augmentation
05:21des prix du marché immobilier
05:22sont interprétés comme le signe
05:25qu'il y a une disparition
05:27des terrains constructibles.
05:28Donc des facteurs réels.
05:30Et ces prix ne sont pas du tout
05:31rattachés à l'innovation financière,
05:34à la titrisation
05:35et au phénomène des subprimes.
05:37C'est le cœur du problème.
05:39Les dérives du secteur financier
05:41n'ont pas été prévues par les modèles.
05:43Et les institutions ne croyaient
05:45que certains modèles.
05:47L'économie universitaire
05:48n'est pas très douée
05:50à produire une grande diversité
05:51de modèles.
05:52Ce n'était pas le cas
05:53avant la crise de 2008.
05:54Et ce n'est toujours pas
05:55beaucoup le cas aujourd'hui.
05:57C'est-à-dire qu'il y a des modèles
05:58qui sont plus prestigieux,
06:00qui se publient mieux,
06:01qui sont à la mode
06:02et qui permettent de faire carrière.
06:05Avant la crise de 2008,
06:06ce n'était pas vraiment
06:07des modèles qui intégraient
06:08les crises financières
06:09qui étaient les plus prestigieux.
06:10Ce n'était pas ce qui intéressait
06:11le plus d'économistes.
06:12Cela a empêché la remontée d'alerte
06:13par d'autres économistes
06:15et par des financiers
06:16qui avaient vu les choses s'envenimer,
06:17comme ceux qui ont inspiré
06:19The Big Short.
06:24D'autres acteurs économiques
06:32seront par ailleurs mis en cause
06:34pour cette crise des subprimes.
06:35Notamment,
06:36certaines agences de notation
06:37accusaient d'avoir très bien noté
06:39ces produits financiers
06:40à l'origine de la crise
06:42qu'elles savaient toxique.
06:43Après 2008,
06:50les modèles sont réévalués
06:51pour mieux prendre en compte
06:52la finance.
06:53Mais la crise a fait ressortir
06:55des débats entre différents
06:56courants idéologiques.
06:57Et deux prix Nobel d'économie
06:59se disputent les raisons
07:00de cette incapacité
07:02à prédire la crise financière.
07:07Dans le New York Times Magazine,
07:09l'économiste keynésien
07:10Paul Krugman pose la question.
07:13Comment les économistes
07:15ont-ils pu se tromper à ce point ?
07:17Pour lui,
07:18l'ensemble de la profession
07:19s'est égaré
07:20car les économistes
07:21ont confondu
07:22leur beau modèle mathématique
07:23avec la réalité.
07:25A l'inverse,
07:26Robert Lucas,
07:26défenseur de la théorie néoclassique,
07:29rejette ses critiques.
07:30Il estime, lui,
07:31que les modèles
07:32ne peuvent pas prévoir
07:33une chute brutale
07:34de la valeur des actifs financiers.
07:36Ces débats idéologiques
07:37ont pu abîmer,
07:38malgré eux,
07:39l'image des prévisionnistes.
07:43Dix ans après la crise,
07:45en France,
07:45des économistes universitaires
07:47à tendance plutôt libérale
07:48constatent une méfiance
07:50du public
07:50envers leur profession.
07:52Ils expliquent
07:52que certaines questions économiques
07:55sont aujourd'hui
07:55relativement consensuelles,
07:57d'autres non.
07:57Si vous avez suivi le débat
07:59par exemple sur le SMIC,
08:00il y a des économistes
08:01qui vont vous dire
08:02que ça va être terrible
08:02pour certaines entreprises
08:03et du coup,
08:04si vous augmentez le SMIC,
08:05ça va faire diminuer l'emploi.
08:06Et d'autres économistes
08:07vous disent
08:07que ça va donner
08:10du pouvoir d'achat aux gens
08:11donc ils vont consommer
08:12et que ça va améliorer
08:13les carrières de commande
08:14de nos entreprises.
08:15Les économistes
08:16ne sont pas d'accord
08:16sur les effets respectifs
08:17de ces deux mécanismes
08:19mais ils sont d'accord
08:20que ces deux mécanismes existent.
08:21Qu'on ne soit pas tout à fait d'accord
08:22sur le contenu
08:24mais qu'on travaille
08:24sur les mêmes modèles,
08:25ça veut dire qu'on a une conversation
08:27qui est possible.
08:28Et ça,
08:28ce n'est pas forcément visible
08:30par le grand public
08:31car quand il s'agit de prévision,
08:33les erreurs
08:33qui sont reprochées aux économistes
08:35sont parfois simplement dues
08:36à une mauvaise compréhension
08:38de leur métier.
08:39Ce qu'essayent de faire
08:40les économistes
08:40et beaucoup le disent
08:41c'est qu'on n'est pas là
08:41pour prévoir.
08:43On est là pour pointer du doigt
08:44quand il y a des déséquilibres.
08:46Par exemple,
08:46ça va être impossible de dire
08:48il va y avoir
08:49une crise de la dette
08:50en France
08:51en juin 2025.
08:53Par contre,
08:54sachant qu'il peut y avoir
08:56une crise de la dette
08:57en France
08:57dans ces prochaines années,
08:59le rôle des économistes
09:00c'est de créer
09:00une boîte à outils
09:01qui va permettre
09:02de comprendre
09:03ce qui se passe
09:04quand ça se passe
09:04et de comprendre
09:05quoi faire dans l'urgence
09:06pour essayer
09:07d'atténuer ces effets-là.
09:08C'est aussi leur rôle
09:09lorsque surviennent des crises
09:10hors de leur radar
09:11comme le Covid
09:12dont les conséquences
09:13sur l'économie
09:14ont été importantes.
09:15Et cet aspect
09:16de leur métier
09:16ne va pas se simplifier.
09:18Faire de la prévision
09:19de la prévision conditionnelle,
09:21c'est comprendre
09:22comment le système économique
09:23a évolué
09:24et extrapoler
09:25à partir de là.
09:27Plus vous êtes dans un monde
09:28où il y a
09:28une incertitude radicale,
09:29plus il y a des choses
09:30nouvelles qui se passent,
09:31de nouvelles technologies,
09:32quelles sont les conséquences
09:33de l'intelligence artificielle,
09:35etc.
09:35Crise climatique,
09:36c'est des choses
09:37qu'on n'a pas connues
09:38par définition au XXe siècle
09:39qui sont en train
09:40de se passer.
09:41Plus c'est compliqué
09:43d'essayer de prévoir
09:44en extrapolant
09:45ce qui a pu se passer
09:45par le passé.
09:46Il faut donc s'attendre
09:47à ce que les prévisionnistes
09:49continuent de se tromper.
09:50Certains estiment
09:51pouvoir améliorer
09:52les modèles existants
09:53pour faire moins d'erreurs,
09:54tandis que d'autres
09:55pensent qu'il faut
09:56plus de modèles
09:56pour faire face
09:57à plus d'incertitudes.
09:59Une chose est sûre,
10:00la prévision n'est pas
10:01une science exacte,
10:03mais ce n'est pas une raison
10:04pour s'en passer.
10:16Sous-titrage Société Radio-Canada
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