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  • il y a 10 mois
Peugeot, Gitane, Mercier… Il fut un temps où la France régnait sur l’industrie du vélo. Puis le pays s’est rêvé « sans usines », et a vendu tout ce qu’il avait à l’Asie. Aujourd’hui, l’heure de la revanche a sonné, et la filière rêve de reconquête. Est-ce envisageable, alors que sur 20 vélos vendus en France, seulement 3 sont encore produits chez nous ? Notre enquête en vidéo.

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Transcription
00:00Pas de doute, ça, c'est un vélo.
00:02Et ça, c'est ce qu'il reste d'un vélo quand on a retiré toutes les pièces fabriquées quasi exclusivement en Asie.
00:10Aujourd'hui, sur 20 vélos vendus en France, seulement 3 sont produits ou assemblés en France.
00:16Mais ça n'a pas toujours été le cas.
00:181,1 million de bicyclettes sont fabriquées en France chaque année.
00:21Près de la moitié de la production est exportée.
00:23Alors que s'est-il passé ?
00:30Pourquoi ne fabrique-t-on plus de vélos en France ?
00:33Et peut-on relocaliser cette production ?
00:36Prêt pour le départ ?
00:38Jusque dans les années 80, la France est l'un des leaders mondiaux de la production de vélos.
00:43Il y avait des très très belles marques.
00:45On pense à Gitane, il y avait même Lejeune, il y avait Mercier.
00:48Il y avait toutes les belles marques du vélo qui étaient en France.
00:51Patrick Guinard est le président de l'APIC, une association qui encourage l'usage du vélo.
00:56Il y a quelque chose qui est arrivé en France, c'est les grandes surfaces.
00:58Ils sont arrivés avec de gros moyens, avec l'idée de casser les prix.
01:03Et ces gens-là se sont lancés aussi dans le vélo.
01:05Pour les grandes surfaces, un vélo chinois, c'est aujourd'hui la garantie d'un bon rapport qualité-prix,
01:10la possibilité de vendre deux fois moins cher que chez Gitane.
01:13Le consommateur, lui, préfère souvent pédaler au moindre coût.
01:17Les industriels français, quand ils ont vu ça, ils ont dit
01:20« La seule solution pour nous, c'est d'aller voir les Asiatiques. »
01:26On s'est tiré une balle dans le pied et donc on a amené tous nos brevets,
01:31on a amené tout notre savoir-faire ailleurs.
01:33Si on a perdu notre savoir-faire, c'est que dans les années 80 et 90,
01:38des unités de production entières partent en Asie.
01:41Le mouvement est général dans l'industrie.
01:44La France choisit de se positionner uniquement sur les étapes en amont
01:48et en aval de la production et se rêve sans usine.
01:51« Une entreprise sans usine, c'est le dernier rêve de Serge Turuc, le PDG d'Alcatel.
01:55Il se donne 18 mois pour revendre à des sous-traitants français ou étrangers
01:59la majorité des sites de production de son groupe. »
02:02En Asie, des géants se constituent, comme le japonais Shimano.
02:06Le groupe est encore aujourd'hui quasiment le seul à fabriquer certaines pièces,
02:10comme les disques de freins ou les dérailleurs.
02:13À la fin des années 80, on se met à importer plus de vélos qu'on en produit.
02:17L'Union européenne réagit en 1993 en instaurant des taxes anti-dumping
02:23dirigées contre les vélos fabriqués en Chine.
02:26Elles sont ensuite élargies à d'autres pays par lesquels transitent les vélos chinois.
02:31En augmentant le prix des vélos asiatiques,
02:34ces taxes vont aussi permettre à un pays européen
02:37de se lancer dans ce marché et de doubler tous les autres.
02:40« 800 employés, 6 lignes de montage,
02:48un vélo produit toutes les 45 secondes.
02:53Nous sommes dans la plus grande usine d'assemblage de bicyclettes d'Europe. »
02:57La région d'Agueda, au centre du Portugal,
03:00était autrefois spécialisée en production de céramique.
03:04Mais c'est bel et bien fini.
03:05Au milieu des années 90, le pays est en difficulté
03:08et fait le pari de miser sur le vélo.
03:10La vallée du vélo portugaise sort de terre grâce à deux atouts.
03:14Le faible coût du travail,
03:16le SMIC qui est deux fois moins élevé qu'en France,
03:18et les subventions européennes.
03:20Le géant français Decathlon va s'engouffrer dans la brèche
03:24et impulser le développement de la plus grande usine d'assemblage d'Europe,
03:28RTE Bikes.
03:30En quelques années, le pays devient le premier producteur européen.
03:333 millions de vélos sont sortis de ses usines en 2021.
03:3690% de sa production est exportée,
03:39plus de la moitié est fabriquée pour Decathlon.
03:44« Magique ! »
03:45« Non, non, Decathlon ! »
03:47Bref, largement de quoi inspirer la France,
03:49qui s'est donnée comme objectif d'assembler
03:512 millions de vélos par an en 2030.
03:53Mais pour cela, il va falloir relever plusieurs défis.
03:56D'abord, il faut s'entendre sur les termes.
04:03Un vélo, c'est un assemblage de centaines de pièces très diverses.
04:07Pour être porteur de la mention « fabriquée en France »,
04:10un produit manufacturé doit tirer une part significative de sa valeur
04:14d'une ou plusieurs étapes de fabrication localisées en France
04:17et y avoir subi sa dernière transformation substantielle.
04:22Du coup, quand on parle de « made in France » pour les vélos,
04:25ce sont plutôt des vélos assemblés en France.
04:28« C'est français ! »
04:32« C'est vrai ? »
04:33La première étape pour relocaliser la filière,
04:36c'est donc d'être capable d'assembler les vélos.
04:39Ensuite, c'est de savoir, techniquement,
04:41refabriquer certaines pièces,
04:43tout en essayant de trouver un équilibre économique.
04:45Si vous réalisez un cadre en France,
04:48une usine, elle va faire aujourd'hui 10 000, 100 000 cadres,
04:52ce qui est très peu par rapport à ce que va faire une usine en Asie.
04:55Et donc, forcément, le prix unitaire va être beaucoup plus important
04:58que ce qu'on aura en Asie.
05:00Anaïs Voigilis est chercheuse associée à l'IAE de Poitiers.
05:04Ses recherches portent sur les enjeux de la réindustrialisation.
05:08Sur l'étape d'assemblage, par exemple,
05:09on a une part main-d'œuvre qui va être importante,
05:14qui va créer un différentiel de prix avec l'Asie.
05:18En Chine, en 2023,
05:20le salaire minimum tourne autour de 326 euros,
05:23contre 1747 euros bruts en France.
05:27Et après, vous avez les différentiels de normes et de fiscalité,
05:30mais vous avez aussi la capacité à réaliser ces économies d'échelle.
05:33Si on empile tout,
05:36on se retrouve avec des différentiels de prix
05:38qui peuvent parfois passer du simple double trip.
05:42À défaut d'être compétitif sur le prix,
05:45les nouveaux fabricants français essayent de se démarquer autrement.
05:51L'espoir de la filière vélo en France,
05:54c'est lui, le vélo électrique.
05:56Depuis plusieurs années, il tire le marché
05:58et représente désormais plus de la moitié de la production nationale.
06:03Paradoxalement, son prix de vente plus élevé
06:05est son meilleur atout pour la France,
06:07car la différence de prix avec un vélo asiatique
06:10est moins importante que sur un vélo mécanique.
06:13Surtout, il bénéficie d'aide à l'achat.
06:17Dans cette grande surface de sport,
06:19le directeur du magasin a le sourire.
06:21Pour lui, donner 200 euros à chaque habitant du Grand Est
06:24qui achète un vélo électrique,
06:26c'est très bon pour les affaires.
06:28Le marché de l'électrique attire également des acteurs
06:30qu'on n'avait pas forcément vu venir,
06:32comme les groupes automobiles.
06:33Cette diversification leur permet de promouvoir la mobilité propre
06:38auprès de leurs cibles privilégiées,
06:40les jeunes et les citadins.
06:43En échange, ils apportent à des jeunes marques
06:45de la main d'œuvre formée
06:47et des savoir-faire utiles à la fabrication de pièces
06:50comme les batteries, les moteurs
06:51ou encore les boîtes de vitesse.
06:54Pour autant, il reste du chemin à parcourir
06:56pour réussir ce pari de réindustrialisation.
06:58Un des enjeux sera de relocaliser la production de cadres,
07:02l'une des pièces maîtresses du vélo
07:04que seuls certains artisans sont encore en mesure de fabriquer.
07:08La start-up Moustache a sorti en septembre 2023
07:12un vélo électrique dont le cadre est made in France.
07:15Le prix est très haut de gamme,
07:18autour de 6 000 euros,
07:19soit le double d'un modèle standard de la marque.
07:22L'autre frein, c'est l'éparpillement des industriels du vélo
07:26qui vont devoir travailler davantage ensemble,
07:28voire se regrouper,
07:29pour développer la filière industrielle.
07:32C'est un enjeu national
07:33à l'heure où la France veut se réindustrialiser.
07:36Pour la réindustrialisation, aujourd'hui,
07:38si tout le monde en parle,
07:39il n'y a pas forcément de vision consensuelle
07:41sur ce qu'on veut construire collectivement
07:44en termes d'industrie.
07:45Je pense que nous sommes nos premiers ennemis,
07:48c'est-à-dire que si nous n'arrivons pas
07:50à travailler ensemble, à coopérer,
07:52à privilégier aussi parfois le territoire
07:55dans les stratégies d'achat,
07:57aussi bien chez le consommateur
07:58que dans la commande publique,
07:59que dans les stratégies d'achat des entreprises,
08:02on n'arrivera pas à avoir
08:03une réindustrialisation pérenne.
08:05Et ça, ça vaut pour tous les secteurs,
08:07pas seulement le secteur du vélo.
08:08Enfin, pour l'avenir du vélo français,
08:11il faut bien comprendre
08:11que tout ne s'arrête pas à la sortie de l'usine.
08:14Produire des vélos, c'est une chose,
08:16mais l'enjeu est aussi de bâtir toute une économie.
08:20On estime aujourd'hui que cette filière économique
08:22pourrait représenter 100 000 emplois en 2050,
08:25des emplois qui, eux, ne seraient pas délocalisables.
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