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  • il y a 1 an
Depuis que le transport ferroviaire s’ouvre à la concurrence, de nouveaux opérateurs marchent sur les plates-bandes de la SNCF, notamment sur les lignes à grande vitesse. Avec à terme, la promesse de billets de trains moins chers pour les usagers ? Rien n’est moins sûr.

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00:00Et si on partait à Lyon pour le week-end ?
00:0285 euros, 65 euros, et cette offre recommandée, la moins chère à 49 euros.
00:08Un trajet direct, opéré par une compagnie italienne.
00:15Depuis 2019, le transport ferroviaire français s'ouvre à la concurrence,
00:19et ça pourrait tout changer, avec des liaisons entre Paris et Milan, opérés par Trenitalia,
00:25ou encore vers Madrid ou Barcelone, au départ de Marseille et Lyon,
00:28grâce à la compagnie espagnole Renfé.
00:31Une offre qui augmente, une demande toujours plus forte pour le train, et pourtant...
00:35C'est trop cher. Voyager en train aujourd'hui, c'est un luxe.
00:38La concurrence, c'est souvent la promesse de prix qui baisse.
00:41Mais concernant le rail, c'est plus compliqué que ça.
00:49La concurrence peut-elle faire baisser les prix des billets de train ?
00:54Si certaines gares françaises ont pris l'accent italien ou espagnol,
00:58c'est parce que l'Union européenne a imposé l'ouverture à la concurrence à tous les pays membres
01:03afin de redynamiser le secteur ferroviaire.
01:06Depuis fin 2023, en France, toutes les lignes, qu'elles soient régionales ou à grande vitesse,
01:12sont ouvertes à la concurrence.
01:14Avec deux grandes différences de fonctionnement.
01:17Du côté des TER et des intercités, c'est la région, ou l'État,
01:20qui choisit la compagnie ferroviaire via un appel d'offres.
01:23Comme ce sont des lignes subventionnées, il y a peu de marge sur le prix,
01:27puisque l'usager ne paie que 25% du coût total du billet.
01:32Ici, l'ouverture à la concurrence, c'est davantage la promesse de trains plus fréquents.
01:37Du côté des lignes à grande vitesse, non subventionnées, la tarification est libre.
01:42C'est sur ces lignes que l'arrivée de nouvelles entreprises ferroviaires
01:45pourrait faire baisser les prix.
01:47Encore faut-il passer quelques obstacles.
01:49Les péages, c'est la redevance que payent les compagnies pour utiliser le réseau ferré.
01:57C'est l'essentiel des revenus de SNCF Réseau,
02:00la filiale de la SNCF chargée de la construction et de l'entretien de l'infrastructure.
02:06Ces péages représentent 15% du prix du billet pour les TER
02:10et entre 35 et 40% pour les TGV.
02:13Ils sont parmi les plus élevés d'Europe.
02:15Et ça, ça représente un vrai frein, une vraie barrière à l'entrée pour des nouveaux entrants.
02:21Solène Garcin-Berson est déléguée générale de l'Association française du rail
02:24qui rassemble les concurrents de la SNCF.
02:27La réduction des péages à grande vitesse, c'est une mesure effectivement prioritaire
02:32pour permettre à la concurrence de se développer sur ces marchés.
02:37C'est plutôt l'inverse qui se produit.
02:39En janvier 2024, les péages ont augmenté de 7,6% pour les TGV
02:43et la hausse va se poursuivre dans les prochaines années
02:46pour accélérer les travaux sur le réseau vieillissant.
02:50En France, certains postes d'aiguillage ont plus de 100 ans
02:53et le tiers sont des postes mécaniques très anciens, encore commandés à la main.
02:58Dans ce poste d'aiguillage, d'autres hommes veillent à votre sécurité.
03:02Ce sont les aiguilleurs.
03:03Ceux-là ont pour mission de diriger le train sur la bonne voie.
03:06Les concurrents, comme Trenitalia, ont obtenu une réduction du montant des péages
03:11pour leurs trois premières années d'exploitation,
03:13ce qui leur a permis de proposer des prix plus attractifs pour les usagers.
03:17Bonjour, Noreau.
03:20Baisser les prix des péages pour toutes les compagnies au niveau national,
03:23l'Italie l'a fait en 2015.
03:25Une baisse de 38% qui a engendré une forte croissance du trafic ferroviaire.
03:30D'après Trenitalia, l'offre a doublé
03:32et le prix des billets a pu être réduit sur ces lignes de 30 à 40%.
03:37Baisser les prix, c'est bien.
03:39Mais encore faut-il s'entendre sur combien doit coûter un billet de train.
03:45La SNCF pratique une technique d'optimisation des prix baptisés « yield management »
03:50ou encore « tarification dynamique ».
03:53D'abord sont vendues les places à petit prix, 20 euros.
03:55Sur ce train, 50 places.
03:57Le prix va augmenter dès que les places seront vendues.
04:00Il va passer à 40 euros pour les 100 places suivantes
04:02et ainsi de suite jusqu'à ce que le train soit rempli.
04:05Et s'il ne se remplit pas, la SNCF a date de son offre.
04:09Une variation mal perçue côté usager.
04:11Mais pourtant, d'après la SNCF,
04:1389% des billets sont en fait vendus moins chers que si les prix étaient fixes.
04:18Ce système en place depuis les années 90
04:20a encore été renforcé en 2024 par le déploiement d'un nouveau logiciel.
04:26Il y aura toujours plus de tarifs différents sur un même trajet
04:28à bord du même train pour remplir davantage de sièges.
04:32On finira bien par entrer.
04:36D'un point de vue économique,
04:38l'ouverture à la concurrence devrait faire baisser les prix.
04:40Car s'il y a plus de trains sur les rails,
04:43le train de la SNCF devrait logiquement être moins rempli qu'avant.
04:47Et donc, l'algorithme devrait faire baisser les prix.
04:50Sauf qu'avec plus d'offres,
04:52la demande devrait également augmenter elle aussi.
04:55Mais pour mettre des trains concurrents sur les rails,
04:58encore faut-il avoir des trains.
05:03L'italien Trenitalia et l'espagnol Renfe
05:06sont les premiers à s'être positionnés en concurrent de la SNCF.
05:10Et c'est tout sauf un hasard.
05:13Les deux compagnies circulaient déjà sur le territoire français
05:16avec leurs propres trains,
05:17dans le cadre de partenariats avec la SNCF
05:19pour des trajets internationaux.
05:21Une chance pour eux,
05:22car pour pouvoir faire circuler un train en France,
05:25il faut qu'il soit adapté aux normes françaises.
05:28Et posséder un train comme ça, c'est rare et c'est cher.
05:31Rare, car même la SNCF manque de trains.
05:35En 10 ans, la compagnie a perdu plus de 100 rames,
05:37qui ont été envoyés à la casse
05:39alors que le TGV traversait une crise de rentabilité
05:42au milieu des années 2010.
05:44Et si on regarde les chiffres de fréquentation du TGV à l'époque,
05:46ça stagne, voire ça baisse un petit peu.
05:48Patricia Pérennes est économiste,
05:50spécialiste du transport ferroviaire.
05:52Il y a des documents publics de l'époque de SNCF Voyageurs
05:55qui disent que le contexte économique
05:56fait que le TGV, c'est plus ce que c'était,
05:58ça ne sera plus aussi rentable qu'avant,
06:00on va réduire la voilure là-dessus.
06:01Résultat, moins de TGV ont été commandés à l'époque,
06:04et c'est ça qui explique que les trains sont bondés aujourd'hui.
06:08Donc en fait, tout le monde s'est trompé dans les calculs,
06:09la SNCF Voyageurs, Bercy, le transport,
06:12et tous les économistes et tous les experts dont je fais partie,
06:14on était incapables de dire que ça allait augmenter.
06:17Le manque de rames est rendu encore plus visible
06:19par le fait que des TGV sont partis circuler à l'étranger
06:23quand la SNCF s'est implantée sur le marché espagnol.
06:26Et que les premiers exemplaires du TGV M,
06:29le TGV du futur, dont la SNCF a commandé 115 rames,
06:32n'arriveront qu'en 2025.
06:35Ça fait combien de temps ?
06:36Trop longtemps !
06:37Ce manque de train ne concerne pas que la SNCF.
06:41Pour les compagnies qui voudraient se lancer,
06:43l'entrée sur ce marché est rude.
06:45Il faut environ 10 ans entre la commande
06:47et la livraison d'une rame.
06:49Et le matériel roule en ferroviaire coûte cher.
06:51Environ 30 millions d'euros la rame.
06:54Quant au marché d'occasion, il est inexistant.
06:56S'il est difficile pour les concurrents de la SNCF
07:00de se faire une place sur le marché français,
07:03les effets de leur arrivée sont déjà en partie visibles.
07:06C'est ce qu'a observé l'Autorité de régulation des transports,
07:10qui estime qu'en 2022,
07:11depuis l'arrivée de Trenitalia sur le Paris-Lyon,
07:14la baisse des prix a été de plus de 10% sur cette ligne-là.
07:18Mais cette baisse ne bénéficie qu'aux usagers de cette ligne.
07:21Il faut mesurer que l'ouverture à la concurrence présente un risque,
07:28le risque de surinvestir les lignes qui sont très fréquentées
07:33et très intéressantes pour les opérateurs.
07:36Chloé Chevron est directrice Infrastructure et Mobilité
07:39chez Aegis, un cabinet de conseil.
07:41Et bien sûr, le risque de sous-investir
07:44sur les lignes qui seraient jugées moins intéressantes.
07:48Et donc laisserait la charge de ces lignes-là
07:51aux seules collectivités publiques ou à l'État ou aux régions.
07:56Pour la SNCF, cette concurrence pourrait faire baisser la rentabilité du TGV.
08:01Le TGV, c'est la vache à lait de la SNCF.
08:04C'est surtout grâce à lui que SNCF Voyageurs dégage des bénéfices.
08:07Il y a des lignes TGV qui ne sont pas rentables,
08:10qui perdent de l'argent, mais elles sont compensées par d'autres.
08:12Les autres, si vous baissez la rentabilité,
08:13à un moment donné, il va falloir éponger les pertes qui sont faites par ailleurs.
08:17S'il y a moins d'argent sur le Paris-Lyon,
08:18soit vous augmentez les tarifs sur ces dessertes-là,
08:21mais ça, j'ai du mal à y croire, politiquement.
08:24Soit vous arrêtez de desservir les situations pas rentables
08:26et vous concentrez vos trains sur des trains rentables en France.
08:29Ou bien, regardez l'Espagne,
08:31vous envoyez vos trains français en Espagne,
08:33là où il y a de la rentabilité.
08:35Pour s'y retrouver financièrement,
08:37la SNCF pourrait être tentée de réduire
08:39le nombre d'allers-retours quotidien,
08:41ou encore de demander aux collectivités locales
08:44une participation financière pour maintenir le passage des TGV.
08:48En tout cas, pour l'usager,
08:50rien qui aille dans le sens d'une baisse des prix.
08:52Je pense que ces dernières années,
08:56les nouveaux opérateurs ont pu pratiquer
08:58des prix d'appel plutôt bas,
09:00mais qu'ils sont dans leurs deux premières années d'exploitation.
09:04Et selon moi, on est vraiment dans une politique commerciale,
09:07un peu comme ce qui a été fait par les compagnies low-cost d'aviation.
09:13Et à un moment donné,
09:14on devra revenir au vrai prix du marché
09:17et au vrai prix que ça leur coûte.
09:19En résumé, l'ouverture à la concurrence des trains à grande vitesse
09:24fait bien baisser les prix,
09:26mais uniquement sur les lignes concernées et de manière temporaire.
09:30Une fois passée une période de conquête commerciale,
09:33les tarifs des billets pourraient repartir à la hausse.
09:37La concurrence comporte aussi un risque,
09:39pénalisez les trajets moins rentables.
09:42Pour le moment, il est trop tôt pour savoir ce qui va se passer.
09:46Chez nos voisins européens,
09:47il a parfois fallu plus de 20 ans
09:49pour installer totalement la concurrence
09:51dans le paysage ferroviaire.
09:53En France, la prochaine surprise
09:55pourrait venir du côté du Paris-Londres
09:57avec l'Espagnol Evoline
09:58qui s'est donné la mission
10:00de concurrencer Eurostar sur son propre terrain.
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