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  • il y a 13 heures
A la tête de réserves équivalentes à 11 milliards de barils, le pays connaît un véritable boom pétrolier depuis le démarrage de la production offshore dans le block de Stabroek en 2019. Une montée en puissance qui exacerbe les tensions géopolitiques.

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Transcription
00:00Au Guyana, dans ce pays de moins d'un million d'habitants,
00:02il s'est passé quelque chose d'économiquement spectaculaire.
00:06Pour s'en rendre compte, il faut regarder ce graphique, la croissance économique.
00:10À partir de 2019, elle explose.
00:12Elle atteint même plus de 63% en 2022.
00:16L'explication tient en deux mots, boum pétrolier.
00:19Depuis 2019, le Guyana est devenu producteur de pétrole
00:30après la découverte de grandes réserves.
00:32C'est quand même un potentiel vraiment massif.
00:35Dans le pays, les retombées du pétrole sont nombreuses.
00:38Des infrastructures, comme ce gigantesque pont, sortent de terre.
00:41Et pourtant, ce succès est encore loin de faire l'unanimité.
00:44Une partie de la population estime qu'elle n'a pas encore bénéficié de cette manne pétrolière.
00:52Et ce n'est pas tout.
00:53Le contrat entre le Guyana et les groupes pétroliers est régulièrement décrié.
00:57Beaucoup voudraient le renégocier.
00:59Malgré tout, voici comment le Guyana est devenu une nouvelle puissance pétrolière.
01:08Le Guyana, ou plus exactement la République coopérative du Guyana,
01:12c'est un pays qui se trouve ici, en Amérique du Sud,
01:15et qui compte trois voisins, le Venezuela, le Brésil et le Suriname.
01:20Mais ça, on y reviendra un peu plus tard.
01:22Le Guyana compte plus de 810 000 habitants, sa capitale est Georgetown.
01:27Pendant des décennies, le pays a fouillé ses sous-sols avec un espoir,
01:31dénicher des gisements de pétrole comme ceux de plusieurs de ses voisins,
01:34le Brésil, le Venezuela ou Trinité et Tobago.
01:38Benahouda Abdedahim est éditorialiste aux Echos,
01:40spécialiste des questions internationales et géopolitiques.
01:44Certains experts du secteur, notamment au Venezuela,
01:49pensent, et aux Etats-Unis, pensent que l'ancrage profond
01:54des grands groupes pétroliens américains au Venezuela voisin
01:57a permis d'anticiper la production offshore en mer du Guyana.
02:03Et tout bascule en 2015.
02:05Cette année-là, ExxonMobil, une major américaine du pétrole,
02:08fait une découverte gigantesque dans une zone appelée le bloc de Stabrock,
02:13située dans les eaux, à 200 km au large des côtes guyaniennes.
02:17Et sur les 37 puits explorés, 32 se révèlent fructueux,
02:21c'est inédit dans l'histoire moderne du pétrole.
02:24Au total, les réserves prouvées dans le bloc de Stabrock
02:27sont estimées à 11 milliards de barils.
02:30Grosso modo...
02:30C'est assez comparable à un pays comme l'Algérie ou le Brésil.
02:35Omaïoun Falakchahi est responsable de l'analyse pétrolière chez Kapler,
02:39une société spécialisée dans les données du secteur de l'énergie.
02:42Donc c'est quand même assez imposant.
02:45On est évidemment loin des grands pays tels que l'Arabie Saoudite,
02:48le Venezuela, l'Iran, etc.
02:49Mais encore une fois, c'est quand même un potentiel vraiment massif.
02:53Et surtout, rapporté à sa population,
02:56le Guyana est à la tête des deuxièmes plus grandes réserves de pétrole
02:59par habitant au monde.
03:01Juste derrière le Koweït.
03:03En théorie donc, la rente pétrolière est immense.
03:06Et en 2015, c'est évidemment à ça que pensent les autorités guyaniennes.
03:12Après la découverte de 2015,
03:15le Guyana démarre la production de pétrole le 20 décembre 2019,
03:19qui est officiellement décrété Journée Nationale du Pétrole.
03:22Les gisements du bloc de Stabrock sont alors gérés par un consortium
03:26regroupant trois entreprises.
03:28Les Américains ExxonMobil et S,
03:31depuis rachetés par Chevron,
03:32et le Chinois Sinuc.
03:34Le démarrage est progressif
03:35et au bout de quelques mois,
03:37120 000 barils de pétrole sont extraits chaque jour.
03:40Le rythme s'accélère et atteint les 900 000 barils par jour en 2025.
03:44Il est prévu qu'à la fin de l'année 2026,
03:46on passe le cap du million de barils par jour.
03:49Et ça représente environ une part de 1% de la production mondiale.
03:53Alors c'est pas énorme en termes de quantité, évidemment, 1%.
03:57Mais en revanche, le Guyana représente la plus forte croissance
04:00en termes de production au cours des 5-10 prochaines années.
04:04Si la production décolle,
04:05c'est parce que le pétrole guyanien est relativement peu cher à produire.
04:09Grâce à sa faible teneur en soufre,
04:11il est facile à raffiner
04:12et constitue sur le marché une bonne alternative au pétrole russe
04:16sanctionné par les Etats-Unis et l'Union européenne.
04:19Ce pétrole facile à vendre génère des revenus
04:22qui sont placés dans un fonds souverain,
04:24le NRF, le Fonds des ressources naturelles.
04:27C'est en puisant dedans
04:28que le gouvernement peut financer toutes sortes de programmes.
04:31Et ça se voit dans le budget de l'État.
04:34En 2019, lorsque la production pétrolière a commencé,
04:37il était d'environ 1,4 milliard de dollars américains.
04:40En 2025, il est près de 5 fois plus important
04:44avec 6,6 milliards de dollars américains.
04:47Le Guyana, pour l'instant,
04:49est dans une phase où il investit massivement
04:51dans les très grandes infrastructures publiques,
04:53c'est-à-dire les ponts, les autoroutes,
04:56les hôpitaux, les centres commerciaux.
05:00On assiste actuellement à des exploits d'ingénierie extraordinaires
05:03vers l'ouest du pays, vers le Suriname, des ponts.
05:07Et parmi ces ponts, il y a celui-ci,
05:09le plus emblématique depuis le boom pétrolier.
05:11L'ouvrage de plus d'un kilomètre et demi de long,
05:14ouvert en 2025, a été construit pour relier la capitale Georgetown
05:17à la rive ouest du fleuve d'Emerara
05:19et désengorger le trafic.
05:22Le gouvernement a également annoncé un pipeline de 200 kilomètres
05:26pour acheminer du gaz naturel depuis la mer
05:28jusqu'à une centrale électrique de 300 mégawatts.
05:32Le projet vise à faire baisser les prix de l'électricité dans le pays
05:34et à stimuler l'économie, car pour l'instant,
05:38tout le monde ne profite pas encore des retombées pétrolières.
05:41Le boom pétrolier a provoqué une forte inflation,
06:01en particulier sur les produits alimentaires,
06:03percutant les plus modestes.
06:045 ans après le début de la production pétrolière,
06:0758% des Guyaniens vivent sous le seuil de pauvreté,
06:10c'est-à-dire avec moins de 6,85 dollars par jour.
06:13Les critiques sont très importantes.
06:17Une partie de la population estime
06:19qu'elle n'a pas encore bénéficié de cette manne pétrolière
06:24en termes de services publics de base,
06:28en termes d'écoles, en termes d'emplois bien rémunérés.
06:31Le sentiment que ce pétrole est en train de créer
06:34ou d'approfondir, d'aggraver des inégalités
06:37est qu'en réalité, cette manne pétrolière
06:42profite ou bien aux infrastructures,
06:45ou bien à ceux qui peuvent se permettre d'aller dans un centre commercial
06:48ou dans un hôtel aux normes modernes,
06:52mais certainement pas à l'ensemble des Guyaniens
06:55en leur fournissant du travail qui soit en dehors
06:59de celui qu'il y a autour de cet écosystème des hydrocarbures.
07:03À cela s'ajoute une controverse.
07:05Le contrat signé en 2016 entre le Guyana et les compagnies pétrolières.
07:10Ce contrat, le voici.
07:12À la page 26 de ce document,
07:14on découvre comment s'opère le partage des revenus.
07:16Les compagnies pétrolières peuvent récupérer, chaque mois,
07:19jusqu'à 75% des revenus de la vente du pétrole
07:22afin de recouvrir leurs coûts liés à l'exploitation du pétrole.
07:2675% c'est un plafond.
07:28Et il fait débat pour une raison bien précise.
07:31C'est un niveau qui est très élevé, 75%,
07:33puisque normalement dans des contrats de ce type-là
07:37pour des réserves similaires,
07:39on est plutôt autour de 25-30%.
07:40En théorie, plus le temps passe,
07:42plus les investissements seront amortis
07:44et plus cette part de 75% devrait diminuer.
07:47En attendant, si le plafond de 75% est atteint,
07:50il reste 25% pour les profits.
07:52Ils sont alors partagés en deux.
07:55La moitié est pour les compagnies pétrolières.
07:57L'autre, pour le Guyana, soit 12,5% seulement,
08:00auquel s'ajoutent également 2% de royalties.
08:03Le niveau de royalties,
08:05qui est en fait un paiement fait avant même la production,
08:09qui est seulement de 2%,
08:10alors que ce niveau peut en général plutôt être autour de 15-20%,
08:14donc 2% des revenus qui vont directement au gouvernement.
08:18Mais ce n'est pas tout.
08:20Une autre clause du contrat est souvent pointée du doigt.
08:22Comme toute entreprise,
08:23les 3 groupes pétroliers au Guyana
08:25doivent payer l'impôt sur les sociétés
08:27pour leurs activités sur place.
08:29Mais le contrat prévoit que le gouvernement guyanien lui-même
08:32paye ses impôts à leur place.
08:34Le contrat signé pour le bloc Stabrock,
08:37donc pour le consortium mené par Exxon,
08:40est effectivement extrêmement avantageux
08:42pour les sociétés étrangères,
08:44donc pour Exxon, Chevron et Sinox.
08:46La raison pour laquelle ce contrat est très avantageux,
08:49elle est en fait assez classique dans le secteur du pétrole,
08:52puisque dans le secteur pétrolier,
08:55les contrats signés avec les sociétés étrangères en général
08:58sont en fonction de l'attractivité géologique du pays.
09:01Donc lorsque cette attractivité n'est pas prouvée,
09:03comme c'était le cas au Guyana lorsque ce contrat a été signé,
09:06le Guyana a pris le choix d'offrir des contrats
09:09extrêmement avantageux pour les investisseurs étrangers,
09:12afin d'attirer le capital et surtout d'attirer les entreprises
09:16qui sont vraiment performantes dans le secteur.
09:18Les nouveaux groupes pétroliers qui arrivent au Guyana
09:21ne bénéficient donc pas des mêmes avantages.
09:23Reste que le contrat avec le consortium dirigé par ExxonMobil
09:26revient souvent dans le débat politique,
09:29et pas seulement au Guyana.
09:30Si l'ancien président du Venezuela, Nicolas Maduro,
09:54critique ExxonMobil et le Guyana,
09:56c'est à cause d'une région, l'Esequibo.
09:58Le Venezuela, pays frontalier, réclame la souveraineté de ce territoire.
10:02L'affaire n'est pas nouvelle, elle remonte au XIXe siècle.
10:06Mais si le Guyana est aujourd'hui propriétaire du bloc de Stabrock,
10:09où se trouve le pétrole,
10:11c'est parce qu'il se situe dans le prolongement maritime
10:13de la région de l'Esequibo.
10:15En 2023, le Venezuela a organisé un référendum
10:18sur l'intégration de ce territoire
10:20et y a octroyé des licences pétrolières.
10:23Des troupes militaires ont même été déployées à la frontière,
10:26y compris par le Brésil.
10:28Dans ce conflit, il semblerait que le Guyana ait trouvé un allié,
10:32les Etats-Unis.
10:42Ce soutien américain n'est pas désintéressé,
10:48car depuis son décollage pétrolier,
10:50le Guyana se retrouve au cœur d'une bataille d'influence
10:52entre les Etats-Unis et la Chine.
10:55Le gouvernement américain voit d'un mauvais œil
10:58la présence du groupe chinois Sinuk
10:59au sein du consortium pétrolier au Guyana.
11:02Mais il y a encore plus grave aux yeux des Américains,
11:04c'est que l'ensemble des grands appels d'offres
11:07d'infrastructures, ou presque, au Guyana,
11:12sont remportés par des groupes publics chinois.
11:15Notamment un CRCC qui est sous sanction du Trésor américain
11:20parce que considéré comme étant contrôlé par l'appareil militaire chinois.
11:26Donc les Américains se disent
11:28on va les contester chacune des constructions importantes
11:32effectuées par un groupe chinois.
11:36Les Guyaniens ont compris cette exaspération américaine
11:40qui pourrait dégénérer.
11:42Le gouvernement guyanien veut donc accueillir à bras ouverts
11:45les investisseurs américains, et pas seulement.
11:48La France a ouvert une ambassade dans le pays en 2025,
11:51et la même année, le français Total Energy a obtenu un permis d'exploration,
11:57c'est-à-dire pour chercher du nouveau pétrole.
11:59Si les autorités du Guyana accueillent encore des groupes pétroliers,
12:03c'est parce qu'ils veulent produire toujours plus.
12:05Son objectif est d'atteindre les 1,7 millions de barils de pétrole par jour
12:10d'ici à 2030.
12:12C'est près de deux fois plus qu'en 2025.
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12:22car ça nous aide.
12:23A très vite !

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