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  • il y a 9 mois
Une majorité de Français rêve de vivre dans une maison et d’en être propriétaire. Mais la perte de pouvoir d’achat immobilier et le coût écologique de ce modèle d’habitat mettent à mal cette aspiration.

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Transcription
00:00Si vous aviez le choix, vous préféreriez vivre ici, dans une maison avec jardin, ou là, dans un appartement.
00:07Si vous avez répondu maison, vous êtes comme la majorité des Français.
00:12Il y a ceux qui veulent que le garage soit proche du séjour,
00:16ceux qui aiment les coins cuisine, les coins terrasse.
00:19En 2023, 3 Français sur 4 voulaient vivre dans une maison.
00:23Cet idéal va de pair avec celui de devenir propriétaire.
00:28Bonjour !
00:29Bonjour !
00:30Mais aujourd'hui, ce rêve semble inaccessible.
00:35Mesuré en mètres carrés perdus, le pouvoir d'achat immobilier a baissé de 10% depuis début 2022.
00:41Depuis 30 ans, on n'a pas vu une crise aussi profonde, aussi importante.
00:45Cette crise touche durement le marché des maisons, déjà affecté par des problèmes plus structurels.
00:51La construction de logements neufs a un coût écologique.
00:54De plus en plus de lois contraignent la construction d'habitats individuels
00:58et les aides à l'accession pour les maisons sont restreintes.
01:01Dans ce contexte, peut-on encore espérer devenir propriétaire ?
01:05La maison avec jardin est-elle compatible avec les objectifs en matière d'écologie ?
01:11La maison est-elle encore un rêve accessible ?
01:20La France compte aujourd'hui plus de 20 millions de maisons individuelles sur un total de 37 millions de logements.
01:28L'attachement au pavillon est mesuré dès la première enquête sur le logement qui date de 1945.
01:33Ce n'est pas les Français ou la population française, c'est effectivement plutôt les familles avec enfants.
01:39Anne Lambert est sociologue à l'INED, ces recherches portent sur le logement.
01:44Cette orientation et ce rapprochement entre un modèle familial, le couple avec enfants en famille nucléaire,
01:50et un modèle d'habitat, la maison individuelle, c'est vraiment quelque chose qui s'est des deux côtés renforcé,
01:56consolidé et rencontré dans les années 60-70 en France.
02:00Avant, on vivait beaucoup plus de manière intergénérationnelle avec les grands-parents ou dans des habitats denses.
02:07Bonsoir !
02:08Bonsoir papa !
02:10C'est dans les années 60-70 que le modèle pavillonnaire se développe en France, nourri de l'imaginaire américain.
02:19On est en pleine croissance démographique, la classe moyenne se développe
02:23et les politiques du logement se mettent à soutenir la construction de maisons.
02:27Il faut aller vers ce que les Français souhaitent, c'est-à-dire la maison individuelle.
02:31Cette année, pour la première fois, le nombre de logements individuels construits en France
02:36dépassera le nombre de logements collectifs, je dis bien pour la première fois.
02:40Plusieurs mesures, comme le PEL ou encore les APL, sont mises en place pour aider les Français à acheter leur maison.
02:46L'accession à la propriété et le développement du modèle pavillonnaire s'adosse à l'essor du crédit,
02:53du crédit au ménage, du crédit immobilier au particulier.
02:56Avant la guerre, on devait attendre d'hériter de ses parents, d'une maison ou d'un terrain pour pouvoir acheter.
03:01La maison devient un bien de consommation, de grande consommation, au même titre que la voiture d'ailleurs.
03:10Les gouvernements successifs continuent de soutenir ce modèle jusqu'au début des années 2000.
03:15Mon ambition, ce serait de faire de la France un pays de propriétaires.
03:21Pour les Français, la maison est véritablement synonyme de propriété.
03:25D'ailleurs, 80% des propriétaires habitent une maison.
03:28Être propriétaire de sa maison, ça matérialise l'accès à des revenus stables du travail,
03:35c'est-à-dire à un emploi stable, un emploi bien rémunéré, etc., avec lequel on peut acheter sa maison.
03:42Mais aujourd'hui, la crise immobilière empêche de plus en plus de ménages de devenir propriétaires.
03:50En ce moment, l'immobilier subit plusieurs difficultés.
03:54Corinne Jolie est la PDG de particulier à particulier.
03:57La première, évidemment, c'est la hausse des taux de crédit qui a été très brutale.
04:01Début 2022, on était à 1,5% de taux d'intérêt.
04:04Aujourd'hui, on est plutôt à 4,5%.
04:06Du coup, les acheteurs ont perdu 25 à 30% de leur capacité d'emprunt.
04:11Donc évidemment, c'est beaucoup plus difficile aujourd'hui de boucler un budget pour acheter.
04:15La hausse des taux d'intérêt est la conséquence de l'emballement des cours des matières premières et de la guerre en Ukraine.
04:21Pour juguler l'inflation, la Banque Centrale Européenne a remonté ses taux directeurs,
04:26c'est-à-dire les taux auxquels elle prête de l'argent aux banques commerciales.
04:30Les banques ont répercuté ces augmentations sur les particuliers.
04:33Concrètement, ça veut dire qu'avec un remboursement de 1300 euros par mois sur 20 ans,
04:46un ménage peut aujourd'hui acquérir une maison de 107 m2 à Saint-Etienne,
04:5170 m2 à Strasbourg ou 36 m2 à Nice.
04:55Il faut savoir qu'en plus, les prix de l'immobilier, pendant ce temps,
04:59n'ont pas du tout suffisamment baissé pour couvrir la perte de capacité d'emprunt.
05:03En moyenne, sur toute la France, ce ménage perd 38 m2 par rapport à 2019.
05:10Plusieurs aides à l'achat sont disponibles pour les ménages,
05:13mais leur périmètre est de plus en plus restreint à l'habitat collectif.
05:16Il y a des dispositifs qui sont supprimés, comme le dispositif Pinel par exemple.
05:21Donc il y a des dispositifs qui sont supprimés et il n'y a pas grand-chose qui est créé.
05:24On a souvent reproché à l'immobilier d'être sous perfusion
05:26et que ça contribue à la hausse des prix.
05:28Donc l'idée est d'arrêter, on va dire, de mettre autant d'argent là-dedans.
05:33Maintenant, il y a aussi des orientations.
05:36Je pense notamment à la réforme du PTZ qui a eu lieu.
05:39Le PTZ, ou prêt à taux zéro, c'est un crédit gratuit
05:42qui a été mis en place en 1995 pour aider les ménages à devenir propriétaires.
05:48Il est octroyé en fonction de plusieurs critères,
05:50les revenus, le type de logement et le lieu d'habitation.
05:55Or, depuis le 1er janvier 2024,
05:57le PTZ est recentré sur les appartements neufs en zone tendue,
06:01c'est-à-dire là où l'on manque de logement.
06:04Dans les zones non tendues,
06:05il est réservé à l'achat de logements anciens sous condition de rénovation.
06:09Autrement dit, le PTZ ne peut plus être obtenu pour faire construire sa maison,
06:13alors que jusqu'à présent,
06:1450% des PTZ ont été octroyés pour la construction d'une maison neuve.
06:19Ça signifie aussi une vraie volonté de couper court aux aspirations de maisons,
06:25de pavillons individuels.
06:27Depuis 2017 et l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée,
06:30les pouvoirs publics soutiennent l'habitat collectif aux dépens du pavillon.
06:34En 2021, la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon,
06:41avait créé la polémique en déclarant
06:43« Le modèle à l'ancienne du pavillon avec jardin dont on peut faire le tour
06:47n'est plus soutenable et nous mène à une impasse. »
06:50L'ancienne ministre, a beau être revenu sur ses propos,
06:53il résume bien l'orientation du gouvernement en matière de logement.
06:57« Les pouvoirs publics mènent depuis quelques années une fronde
06:59contre la maison individuelle,
07:01offre de la maison le réceptacle de tous les maux. »
07:05Damien Hérang est le président de la Fédération française
07:08des constructeurs de maisons individuelles.
07:10« Ça a commencé par exemple avec l'épisode des gilets jaunes,
07:13où on a expliqué que les gilets jaunes,
07:15c'était en fait des gens qui étaient malheureux chez eux,
07:18dans leurs maisons, qui avaient acheté des maisons
07:22qui n'avaient plus de valeur, etc.
07:23En fait, la thématique des gilets jaunes,
07:25c'était un problème de pouvoir d'achat. »
07:27La crise des gilets jaunes a effectivement mis sur le devant de la scène
07:30les difficultés rencontrées par certains des habitants
07:32de zones pavillonnaires excentrées,
07:35obligés de prendre leur voiture à la moindre occasion.
07:37« On a une maison à jardin, mais l'école est loin,
07:41le boulot est loin, la médecine n'y a la plus.
07:44Moi, on a vraiment une crise identitaire forte. »
07:47En plus d'être dépendants de leurs voitures,
07:50les habitants de pavillons doivent faire face à une accumulation de dépenses.
07:53« Ces salaires des classes moyennes ont tendance à stagner,
07:57alors que parallèlement, le coût de l'habitat pavillonnaire,
08:01les frais secondaires, les frais annexes, eux, augmentent.
08:04En particulier, effectivement, le chauffage
08:06et une déperdition souvent énergétique très forte dans les pavillons,
08:09notamment quand ils ont été construits dans les années 60-70,
08:12qui sont mal isolés. »
08:13Et au-delà du coût de l'énergie qui pèse sur les ménages,
08:16la vie en pavillon a un coût environnemental.
08:23Construire des maisons et des routes pour les relier,
08:25c'est occuper des espaces naturels ou agricoles.
08:29Sur l'ensemble des terres artificialisées en France entre 2009 et 2019,
08:3468% ont été utilisées pour l'habitat.
08:37Pour protéger les sols, la loi Climat et Résilience fixe comme objectif
08:42zéro artificialisation nette d'ici 2050.
08:47Chaque espace artificialisé devra être compensé par un espace équivalent rendu à la nature.
08:55Bien que voté récemment, beaucoup d'élus locaux appliquent déjà la ZAN,
09:00et ça a des conséquences pour les constructeurs de maisons.
09:02« Il y a déjà, depuis quelques mois maintenant, des zones du territoire
09:06qui étaient constructibles, qui sont passées non constructibles,
09:09et avec une raréflexion du fincier qui est déjà en marche. »
09:13Et le prix des terrains disponibles est élevé.
09:15En 2022, le prix d'achat moyen des terrains a augmenté de 5,5%
09:19par rapport à l'année précédente,
09:21ce qui participe à la hausse globale du coût des maisons neuves
09:25et pèse donc sur les ventes des constructeurs.
09:27La crise du logement neuf touche les maisons et les appartements.
09:35Elle est d'une telle ampleur que la Fédération française du bâtiment
09:38prévoit que 150 000 emplois seront supprimés d'ici 2025.
09:44Cette crise est due aux facteurs que nous avons évoqués,
09:47la baisse du pouvoir d'achat des ménages,
09:49le recentrage du prêt à taux zéro et la raréfaction du foncier.
09:52Une autre des difficultés rencontrées par le neuf,
09:56c'est la hausse des coûts de construction,
09:58qui est de l'ordre de 20% à cause de l'inflation
10:00et de l'entrée en vigueur d'une réglementation environnementale contraignante.
10:06« Alors la RE 2020, en matière de maison individuelle,
10:08elle a amené un surcoût qui est de l'ordre de 8 à 10%.
10:11Donc c'est vrai que dans la période d'inflation des coûts de construction
10:15qu'on a connus, il y a eu une couche supplémentaire
10:17qui est une dizaine de pourcents. »
10:19La RE 2020, entrée en application le 1er janvier 2022,
10:24fixe des objectifs de sobriété énergétique.
10:27Certains matériaux, comme le bois ou le liège,
10:31sont préférés au béton ou à l'acier.
10:33Et les nouvelles constructions sont tenues d'être mieux isolées
10:36pour faire face aux canicules.
10:39En 2023, 373 100 logements ont été autorisés à la construction.
10:45C'est un quart de moins que l'année précédente.
10:47C'est en deçà des besoins en logements neufs,
10:51qui sont estimés à 500 000 par an par les constructeurs.
10:55« C'est très compliqué de chiffrer les besoins de logements
10:57parce qu'en fait on n'a pas besoin de logements n'importe où sur le territoire.
11:00Le problème c'est où les gens veulent habiter.
11:03C'est-à-dire qu'en fait, si tout le monde retournait vivre en Auvergne-Limousin,
11:07il n'y aurait pas besoin de construire beaucoup de logements
11:09parce qu'il y a des logements vides là-bas. »
11:11On estime qu'il y a en France 3 millions de logements vacants.
11:14Neuf ou anciens, individuels ou collectifs,
11:17la crise du logement ouvre la voie à un autre chantier colossal,
11:22celui de l'aménagement du territoire.
11:23Sous-titrage Société Radio-Canada
11:36Sous-titrage Société Radio-Canada
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