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  • il y a 9 mois
Il y a quinze ans, l’Union européenne imposait des cures d’austérité sévères aux pays périphériques pour éviter la faillite. Aujourd’hui, ce sont les mauvais élèves d’hier qui tirent la croissance de l’Europe. Comment l’expliquer ? Réponses en vidéo.

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Transcription
00:00Je fais un road trip de Paris jusqu'à Thessalonique en Grèce.
00:04Je vais te montrer la ville la plus sous-cotée d'Espagne.
00:07Vous aussi, vous avez passé vos vacances au sud de l'Europe ?
00:10Sans le savoir, vous avez participé à un retournement de situation inédit
00:15dans l'histoire économique de l'Union Européenne.
00:18Il y a 15 ans, l'Europe imposait des cures d'austérité sévères aux pays du sud
00:22pour éviter la faillite.
00:24Va-t-on vers une nouvelle crise financière grave en Europe ?
00:27Hier, la Bourse de Paris a connu sa pire baisse depuis le début de l'année
00:30à cause des mauvaises nouvelles en provenance de Grèce.
00:34Aujourd'hui, ce sont les mauvais élèves d'hier qui tirent la croissance de l'Union Européenne.
00:39Hormis l'Italie, ils s'en sortent mieux que les frugaux pays du Nord
00:43et les deux plus grandes puissances européennes, l'Allemagne et la France.
00:48Alors comment les pays du sud de l'Europe ont-ils retrouvé une bonne santé économique ?
00:52Est-ce que ça va durer ?
00:53La revanche économique des pays du Club Med
00:59Il y a plusieurs raisons qui expliquent que les pays du sud de l'Europe
01:04réussissent mieux que le reste de la zone euro.
01:08La première a quelque chose à voir avec ça.
01:13Et ça ?
01:14Les économies des pays du Club Med, comme ils sont parfois surnommés,
01:20reposent sur le secteur des services et principalement le tourisme.
01:25Ils ont bénéficié à plein régime de la reprise post-Covid.
01:29En 2023, le Portugal a connu une saison touristique record.
01:34Et la Grèce a accueilli 32 700 000 touristes étrangers,
01:39soit un million et demi de plus qu'en 2019.
01:41Ce sont des économies qui sont moins affectées par les chocs qu'on connaît aujourd'hui.
01:45Le fait qu'ils reposent notamment sur les services.
01:48Aujourd'hui, c'est un secteur qui est beaucoup plus résistant que les secteurs manufacturiers.
01:52On voit que l'Allemagne a des difficultés de ce point de vue-là.
01:54Guillaume Derien est économiste, expert de la zone euro.
01:57Donc ils sont moins affectés à la fois par la crise énergétique
02:00et à la fois également par les problèmes de compétitivité que connaît notamment l'Allemagne.
02:05Parmi les pays du sud de l'Europe, un seul reste à l'écart de cette reprise, c'est l'Italie.
02:10Son modèle économique repose davantage sur l'industrie,
02:13qui est plus touchée par les crises actuelles.
02:15La deuxième raison de leur bonne santé économique,
02:23c'est que les pays du sud de l'Europe sont les premiers bénéficiaires du plan de relance européen,
02:29le Next Generation EU.
02:35Adopté en 2020, c'est un plan doté de 800 milliards d'euros en subventions et en prêts.
02:41Il doit servir à redynamiser, numériser et verdir les économies européennes.
02:46Les sommes ont été allouées sur la base du PIB, du taux de chômage des pays avant le Covid
02:50et de l'impact de la crise sanitaire, ce qui a beaucoup bénéficié à l'Europe du Sud.
02:55La Grèce, l'Espagne et le Portugal touchent des sommes importantes par rapport à leur richesse nationale.
03:03La particularité de ce plan de relance, c'est que les États doivent engager des réformes structurelles en échange des fonds.
03:09En fait, les études macroéconomiques ont été faites au moment où les plans de relance ont été adoptés.
03:15Il nous disait que l'impact n'est plus transformateur de prévenir de réformes.
03:20Eulalia Rubio est spécialiste des affaires économiques européennes.
03:23Si les États mettent en place toutes les réformes qu'on inclut dans leur plan de relance, ça peut avoir un impact très positif pour l'économie.
03:30C'est le cas par exemple en Espagne, où le gouvernement socialiste a mené une vaste réforme du marché du travail,
03:37qui a favorisé l'emploi stable et contribué à maintenir l'activité économique.
03:41Enfin, la troisième et dernière raison de ce rebond économique est plus structurelle.
03:47Également, il y a une, et si on prend un peu plus de recul, il y a des explications un peu plus liées au cycle économique.
03:54Un cycle économique, ça ressemble à ça.
03:57C'est la base des théories en économie.
03:59Et ça représente les fluctuations de l'activité économique, avec une alternance de phases d'expansion et de récession.
04:06Ce sont des pays qui, effectivement, ont souffert pendant de nombreuses années liées aux successions de crises, la crise de 2008, la crise de 2011.
04:13Et ces économies sont grosso modo sorties de récessions à partir de 2015-2016,
04:17donc ont commencé leur cycle économique plus tard que d'autres économies,
04:20telles que l'Allemagne ou la France, qui ont moins souffert des crises passées.
04:23Et pour comprendre pourquoi ils sont en pleine période de reprise, il faut revenir à l'origine de la crise économique.
04:32Des subprimes, cette crise.
04:34Des crédits immobiliers aux Etats-Unis.
04:36On pourrait craindre que celles-ci s'étendent, et notamment à l'Europe.
04:39Arrivée des Etats-Unis, la crise financière de 2008 touche particulièrement des pays dits périphériques,
04:45qui héritent d'un surnom peu flatteur, les PIGS.
04:49Elle entraîne une forte récession et une augmentation de la dette publique,
04:53du fait de l'effondrement des rentrées fiscales, de la hausse des dépenses de l'État et du soutien au secteur bancaire.
05:00La crise financière devient crise des dettes souveraines.
05:02La dette publique de certains pays de la zone euro explose, créant des inquiétudes sur leur capacité à la rembourser.
05:10C'est en Grèce que le mouvement commence fin 2009.
05:13Mais la crise de la dette est contagieuse.
05:15Après la Grèce, Espagne, Portugal, Irlande et ce soir Chypre voient leurs notes dégradées par les puissantes agences de notation.
05:22Ce sont elles qui évaluent la capacité des Etats à rembourser leurs dettes.
05:26Quatre pays se voient contraints de demander l'assistance de la Troïka, l'Alliance de la Commission européenne, du FMI et de la Banque centrale européenne
05:35pour éviter la banqueroute en échange de plans d'austérité draconien.
05:40Pendant cette période, l'Allemagne, en tant que première puissance européenne, impose ses conditions.
05:46Ce qui laisse un sentiment d'humiliation durable aux pays du sud de l'Europe.
05:50Aujourd'hui, la cure d'austérité semble avoir porté ses fruits.
05:57Et les réformes lancées pour consolider les finances publiques payent.
06:01C'est d'ailleurs l'autre volet de la bonne santé économique des pays du sud.
06:04En plus de générer de la croissance, ils sont parvenus à rétablir leurs finances publiques.
06:09Au Portugal, notamment, on est parti d'une situation de déficit public importante.
06:14Aujourd'hui, ils enregistrent vraiment un excédent important.
06:16Depuis le début de l'année 2023, la prime de risque demandée par les investisseurs
06:22pour prêter à ces États dits périphériques s'est fortement réduite.
06:26Donc c'est une économie qui aujourd'hui se place en meilleure position budgétaire
06:29notamment que la France et que d'autres pays du nord de l'Europe.
06:33D'où cette idée de revanche des pays du Club Med.
06:36Mais la reprise va-t-elle durer ?
06:40Prenons par exemple la Grèce.
06:41En 2023, le PIB grec était toujours 9% en dessous de celui de 2008.
06:48Cette reprise cache en fait une économie à deux vitesses
06:50qui ne profite pas à tout le monde.
06:53Le salaire annuel moyen grec est toujours inférieur de 25% à celui de 2008
06:58et un quart de la population, soit 2 700 000 personnes,
07:03est exposé au risque de pauvreté, un chiffre stable depuis 2010.
07:06En fait, des faiblesses structurelles continuent à menacer les économies du sud de l'Europe.
07:17Leurs modèles basés sur le tourisme restent fragiles
07:20et les gains de productivité sont faibles dans ce type de métier.
07:23Ils sont confrontés à un vieillissement accéléré
07:26et ont la plus forte proportion de la population de l'Union européenne
07:30qui n'est pas allée à l'université.
07:32Difficile donc d'évaluer la croissance à long terme des pays.
07:35Mais Guillaume Derien reste optimiste.
07:37On voit quand même qu'il y a des changements en profondeur qui se manifestent.
07:42Le taux d'investissement repart relativement à la hausse dans ces pays.
07:45Il y a toute une émergence de nouvelles types d'économies
07:48donc moins centrées vers les secteurs traditionnels
07:50tels que la construction,
07:52mais plus vers les secteurs de nouvelles technologies,
07:54de la numérisation, de l'information, de la communication.
07:56Ce sont des secteurs qui génèrent beaucoup d'emplois dans ces pays aujourd'hui.
07:59Est-ce que ça va permettre de générer de la croissance passée 2024 vers 2025-2026 ?
08:04Je pense que c'est encore un peu trop tôt pour le dire,
08:07mais les fondements pour une croissance plus soutenable
08:10se mettent petit à petit en place dans ces économies.
08:15Cet optimisme quant au succès économique des pays du Sud
08:18n'est pas vraiment partagé au sein de l'Union européenne.
08:21Alors que ces États ont assaini leurs finances publiques
08:24et affichent un bon taux de croissance,
08:26les habitudes ont la vie dure.
08:28Et les rapports de force n'évoluent pas beaucoup.
08:31Cela se vérifie sur le plan de relance dont on vous parlait plus tôt.
08:35Même si les pays du Sud sont les premiers
08:37à faire les réformes nécessaires pour recevoir les fonds,
08:39ce qu'on voit, c'est que les pays du Nord,
08:41ils ont encore, disons, ils attendent encore voir l'impact de cette plan de relance.
08:47Et en fait, ils ne sont pas 100% convaincus
08:49que ça va avoir un très gros impact
08:52et que ça va être très transformatif pour ces économies.
08:56Et donc tant qu'on ne leur montre pas
08:58que vraiment, eux, ils ont bien utilisé cet argent,
09:01surtout l'Espagne et l'Italie,
09:02je pense qu'ils ne vont pas les blancher, entre guillemets.
09:04Donc ils continueront à être les économies du Sud
09:07qui parfois respirent l'argent,
09:09qui ne savent pas bien dépenser.
09:10Il y a un autre pays qui inquiète les tenants
09:12de la rigueur budgétaire, c'est la France.
09:15En 2023, le déficit public a dérapé à 5,5% du PIB.
09:21Bien loin du seuil de 3% fixé par les règles européennes.
09:25Résultat, c'est à son tour de se retrouver parmi
09:28les mauvais élèves de l'Union.
09:32Si cette vidéo vous a plu,
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