00:01BFM Bourse, l'écho du monde.
00:04Et pendant ce temps, tiens, aux Etats-Unis, on va parler des taux français, on vous rassure quand même dans
00:07un instant,
00:07mais aux Etats-Unis, on a eu un indicateur aujourd'hui, l'indice ISM des services.
00:11Ah, pour une fois, un peu sous les attentes.
00:13Florian Yelpau est avec nous. Bonjour Florian.
00:15Pour l'ombarot du IBM, quel message envoie cet ISM des services américains aujourd'hui ?
00:20Que la croissance américaine reste très solide, que dans l'ensemble, à la fois le côté manufacturier va bien,
00:25on l'a découvert la semaine passée, mais qu'en plus de ça, l'industrie des services,
00:28vous le savez, qui représente la majorité des emplois aux Etats-Unis, ça se passe plutôt bien.
00:33Et en plus de ça, on a le redressement de la petite faiblesse qu'on avait dans le service,
00:37qui était l'indicateur de l'emploi.
00:39C'est une enquête qui contient des sous-indicateurs, et parmi eux, un indicateur de l'emploi.
00:43Il est sous la barre des 50, qui justement est plutôt un territoire, disons, de ralentissement.
00:49On vient à nouveau de refranchir la barre des 50, donc on a plutôt une accélération du momentum
00:53sur le marché de l'emploi aux Etats-Unis, même dans les services,
00:56encore une fois, l'exception américaine continue de faire parler d'elle.
01:01La situation reste quand même très tendue du côté des taux,
01:04du côté des taux obligataires, notamment en Europe.
01:07Alors, tout part des Etats-Unis, on le sait, la mécanique prend sa source là,
01:11mais ça a des conséquences fâcheuses sur l'Europe.
01:13Il y a du risque politique.
01:15Alors, en France, on en parle beaucoup, mais également en Espagne,
01:18un petit peu en Italie aussi, dont les performances déçoivent ces derniers mois.
01:21Est-ce que vous pensez qu'au-delà des interrogations qu'on peut avoir,
01:26il y a quand même un petit aspect spéculatif ?
01:30Alors, ça, c'est ce qu'on peut penser au vu de l'ampleur des mouvements,
01:34et notamment sur la dette française.
01:38Simplement, si on prend le pur cas des Etats-Unis,
01:41les taux longs se sont mis à progresser au cours du mois de septembre,
01:46coude à coude, avec la remontée des anticipations,
01:48des hausses de taux de la Banque centrale.
01:50C'est-à-dire que c'est l'anticipation d'une remontée des taux
01:53de la Réserve fédérale américaine qui a guidé la partie longue de la courbe.
01:57C'est l'anti-conundrum de Greenspan,
01:59c'est-à-dire que les taux longs sont très sensibles aux taux courts.
02:02Spéculation, probablement pas,
02:03juste un mécanisme d'anticipation finalement assez classique.
02:07Côté français, la situation est un petit peu différente, vous le savez,
02:10il y a un aspect budgétaire qui commence à peser sur le moral des investisseurs.
02:14Et donc, on voit des investisseurs, notamment étrangers,
02:17commencer à sortir en partie de la dette française,
02:20pourquoi ? Parce qu'il y a un risque budgétaire,
02:22parce qu'il y a un effet, vous savez, de prophétie autoréalisatrice,
02:25le fait que les taux montent, alourdit le poids de la dette
02:29puisqu'on va devoir payer les intérêts avec de la nouvelle dette.
02:32Donc, il y a un mécanisme auto-entretenu
02:35qui commence un petit peu à effrayer les investisseurs.
02:37Pour autant, les taux qu'on récupère sur cette dette sont assez élevés aujourd'hui,
02:41néanmoins pour retenir une partie d'entre eux.
02:43– Oui, mais justement, ceux qui choisissent de bouder la France
02:45ne prennent-ils pas un risque avec ces taux proches de 5% ?
02:49Poursuivre une stratégie de « je boude la France », ça coûte de plus en plus cher,
02:52il faut parvenir à l'assumer, c'est de plus en plus dur à assumer, j'imagine,
02:54passer à côté d'un 5% sur les rendements français.
02:57– Alors, pour un investisseur institutionnel,
03:00la France représente 25% d'un indice classique obligataire européen.
03:05Donc, c'est vraiment un poids lourd.
03:06Et aujourd'hui, qui vient avec un portage, avec des taux d'intérêt
03:10qui sont assez élevés, qui sont légèrement en dessous de 5%.
03:13Juste pour comparaison, le CAC 40 sur les 20 dernières années,
03:17c'est 6,5% de performances par année.
03:20Là, on vous propose de sécuriser sur les 10 prochaines années
03:23un peu moins de 5%.
03:26C'est un placement patrimonial qui est attractif, évidemment,
03:30pour autant que le budget soit maîtrisé.
03:33Je rappelle juste que le déficit français,
03:35en comparaison du déficit américain,
03:37le déficit français pour cette année est attendu à moins 3%
03:40quand le déficit américain est bien au-delà de ces moins 3%.
03:44Donc, attention à la lecture de la comparaison, en tout cas,
03:48États-Unis-France.
03:49– Et alors, il y a le rôle des grands fonds japonais
03:51qui commencent à rapatrier leur capitaux vers le Japon,
03:53un fonds Chokyoit, Sumitomo Mitsui,
03:56n'a pas seulement réduit son exposition,
03:57il dit carrément l'avoir liquidé.
03:59Sauf qu'on ne sait pas de combien était réellement son exposition.
04:01Du coup, est-ce que ça représente beaucoup d'argent ?
04:03Est-ce que les Japonais représentent beaucoup,
04:04sont si importants que cela pour la trajectoire de la dette française ?
04:08– Alors, on n'a aucune idée, en fait.
04:10Contrairement à la dette américaine,
04:11où on a une traçabilité assez claire de qui détient quoi,
04:13ou en tout cas des ordres de grandeur,
04:15tout ce qu'on sait globalement, d'après le Sénat,
04:17c'est que les détenteurs étrangers de dette française
04:20représentent environ 56% de cette dette,
04:23mais la moitié de ces 56% à peu près sont situées en zone euro.
04:27Donc on reste néanmoins à l'intérieur de l'ombrelle euro.
04:31Ces détenteurs japonais qui ont vendu leur dette française,
04:34c'est un cas isolé parmi peut-être d'autres,
04:37mais c'est très difficile à détecter, à mesurer.
04:40Tout ce qu'on sait aujourd'hui, c'est qu'on a un asset manager,
04:42pas une banque, mais un asset manager japonais,
04:45qui a liquidé ses positions pour, le contexte est important,
04:49pour les rééchelonner sur de la dette allemande,
04:52certes, donc moins risquée, mais aussi avec un intérêt plus faible,
04:56et de la dette japonaise, parce que n'oublions pas que pour les Japonais,
04:59ils ont connu une longue période à des taux très très faibles.
05:02Aujourd'hui, ils ont des taux longs qui restent très comparables,
05:05très attractifs en comparaison des taux européens et sans risque de change.
05:08Le 30 ans japonais, par exemple, est sur un nouveau record absolu,
05:11aujourd'hui à 4,24 pour la toute première fois.
05:14Dernière question, on voit que l'euro est affecté aussi,
05:16sur les plus bas de 15 mois, l'euro face au dollar.
05:18Est-ce que vous voyez un début de risque de transmission ?
05:20Enfin, pourquoi pas, justement, des déclencheurs apparaître
05:23pour une action de la BCE, histoire de calmer tout ça.
05:25On voit que l'euro, donc, est à son tour impacté sous le dollar 13.
05:29Alors, très très important, parce que qu'est-ce qui peut déclencher,
05:32justement, ce fameux TPI, l'outil créé en 2022 par la Banque Centrale Européenne,
05:36pour maîtriser la fragmentation,
05:37c'est-à-dire le fait qu'il y ait un émetteur qui ait des taux
05:39qui se mettent à grimper de façon disproportionnée.
05:41Aujourd'hui, ce qui s'est passé en septembre,
05:43c'est que le dollar a globalement progressé de 3,6%
05:47et l'euro a baissé de 3,8%.
05:51Donc, on n'est pas du tout dans une période où on peut se dire
05:55le problème c'est l'euro, les investisseurs perdent confiance dans l'euro,
05:59ce n'est pas le cas, les perspectives de croissance en zone euro,
06:01elles ne font que s'améliorer.
06:03Par contre, on a repricé, on a réanticipé la trajectoire des taux
06:09de la Réserve fédérale américaine et c'est ça qui a tiré les taux réels
06:12à long terme et qui a fait monter le dollar globalement sur la période.
06:16Ces mouvements-là, ils ont un moment, ils ont une naissance
06:18et ils ont également une mort très naturellement
06:20parce que les taux ne montent pas jusqu'au ciel
06:23et ce différentiel de taux US-Europe explique une grande partie
06:27de la détérioration du niveau de l'euro.
06:30C'est clair comme de l'eau de roche et c'est Florian Hielpo
06:32qui nous a accompagné depuis l'Aubarodier IM.
06:34Merci beaucoup Florian de nous avoir accompagné.