00:00Avec Manéli Mirkan, bonjour.
00:02Merci d'être avec nous ce matin, spécialiste des relations internationales et de l'Iran,
00:05cofondatrice de Dorna.
00:07Les outils progressent vers la ville de Mora qu'ils viennent de prendre
00:11et le détroit de Bab el-Mandeb.
00:13Est-ce que c'est en train de s'aggraver ?
00:15Est-ce que le conflit est en train de donner un point supplémentaire à l'Iran ?
00:19Oui, le conflit se régionalise encore davantage aujourd'hui.
00:22Les Iraniens, ça fait quelques mois qu'ils essayent d'ouvrir ce front.
00:26En tout cas, ils en ont parlé souvent.
00:30Ils n'avaient pas encore de marge de manœuvre sur les outils,
00:32ce qui était dans le cadre de l'accord qu'ils avaient passé avec les Américains,
00:38assez inactif.
00:39Et aujourd'hui, on le voit, ils s'activent et ils progressent.
00:45Je pense que cette progression avait été quelque part anticipée.
00:49En tout cas, la crainte était là,
00:51puisque les Saoudiens ont commencé cet été par passer des accords de défense
00:57très vastes avec la Turquie, avec le Pakistan,
00:59dans ces fameux accords de la Mecque,
01:01qu'ils essayent d'activer aujourd'hui pour en venir à bout des outils.
01:06Mais effectivement, ce nouveau front qui s'ouvre,
01:09c'est du pain béni pour les gardiens de la révolution
01:11qui veulent étendre leur zone de challenges,
01:16en tout cas la zone de confrontation économique.
01:19Qu'est-ce que ça dit justement sur le trafic commercial
01:22si le détroit de Bab el-Mandeb est aux mains des outils
01:25et que le détroit d'Hormuz est aux mains de l'Iran ?
01:27Alors, le détroit de Bab el-Mandeb est beaucoup plus impactant pour nous,
01:31Européens, et beaucoup plus impactant pour l'économie mondiale.
01:35Le détroit d'Hormuz est quelque part aujourd'hui dans une phase de gestion
01:41et de, j'allais dire, normalisation d'une nouvelle norme.
01:45Qu'est-ce que j'entends par là ?
01:46Évidemment qu'on n'est pas dans une zone tranquille,
01:49c'est une zone de guerre.
01:51En revanche, quand on regarde les chiffres
01:52qui d'ailleurs ne concordent pas selon les sources,
01:55on voit qu'en termes de flux pétrolier,
01:57le pétrole arrive à passer.
01:59Il y a des chiffres qui sont récemment sortis
02:01par les imageries satellites de chargement de pétrole
02:05qui confirment que 80% de ce qui passait avant
02:09passe aujourd'hui.
02:10Donc passe par Bab el-Mandeb ?
02:11Non, passe par le détroit d'Hormuz.
02:13Passe par Hormuz.
02:13Mais s'il n'y a plus Bab el-Mandeb,
02:15qu'est-ce que ça dit pour le commerce international ?
02:17S'il n'y a plus Bab el-Mandeb,
02:18c'est le rallongement de tous les trafics maritimes
02:24qui impactent énormément,
02:25non seulement le coût de transport,
02:29mais aussi, pareil,
02:33tout ce qui concerne les assurances,
02:35les assureurs qui peuvent intervenir.
02:38Donc l'impact, on l'a déjà vécu il y a deux ans.
02:41C'est plus long et plus coûteux.
02:42Plus long et plus coûteux pour tous les biens d'ailleurs,
02:46pas que l'économie, pas que l'énergie.
02:47Il s'agit de la durée du conflit.
02:49Parce que Donald Trump dit que ce conflit va s'arrêter
02:51après les élections du mid-terme.
02:54Et d'un autre côté, du côté du service secret américain,
02:57on comprend quand même que ça devrait durer
02:59même jusqu'à la fin du mandat de Donald Trump.
03:02La clé est justement dans le fait que Trump dise
03:04que ça va s'arrêter avec les mid-termes.
03:06Ça donne justement l'indication que ça ne va pas s'arrêter.
03:10Parce qu'il veut calmer les esprits avant les mid-termes
03:13et essayer d'amoindrir l'impact justement sur ces élections.
03:17Quand il qualifie cette guerre de broutille,
03:20c'est aussi une manière de minimiser en fait ce qu'est cette guerre
03:23parce qu'il va avoir le temps long.
03:26Et je pense que pour la première fois,
03:27les Américains admettent aussi, comme les Iraniens d'ailleurs,
03:30qu'ils vont devoir étaler cette guerre dans le temps.
03:34Donc créer une nouvelle réalité économique pour le monde
03:36et rallonger les confrontations dans le temps
03:40parce qu'ils ne vont pas pouvoir régler,
03:41ils se rendent bien compte,
03:43aucun des sujets qui sont les vrais sujets de l'Iran,
03:46le nucléaire, le balistique et l'hégémonie régionale,
03:49sur un temps court.
03:50Alors on voit bien que l'Iran là,
03:52semble prendre le dessus,
03:53en tout cas avec ses proxys, les outils.
03:57Pour autant, Donald Trump veut asphyxier l'économie iranienne
04:01et on voit que quelque part il y parvient quand même
04:03puisqu'il y a 60 à 80% d'inflation.
04:06Est-ce que ça, c'est une arme de négociation quand même ?
04:10Alors c'est effectivement le pari que prennent les Américains aujourd'hui.
04:14Les sanctions qui sont prises aujourd'hui ne sont pas nouvelles.
04:18L'Iran, ça fait 20 ans que c'est le pays le plus sanctionné au monde.
04:21En revanche, la mise en application de ces sanctions
04:24va bien au-delà de ce que les Américains faisaient jusque-là.
04:27Et ça, c'est une manière de mettre la pression,
04:31de pousser les Iraniens sur deux scénarios.
04:34Un scénario qui serait un scénario d'effondrement de l'économie
04:38et donc d'effondrement systémique qui toucherait potentiellement le régime.
04:42Ça, c'est dans le meilleur des cas.
04:44Dans l'autre cas, ce serait un scénario de les pousser à prendre une décision.
04:49Prendre une décision, ça veut dire quoi ?
04:50Ça veut dire revenir aux tables des négociations
04:52et concéder le minimum acceptable pour le monde pour finir cette guerre.
04:58Dans les deux cas, l'implication de ces sanctions économiques,
05:05de leur mise en application qui va très loin,
05:07qui touche tous les réseaux économiques, financiers
05:09qui étaient utilisés par l'Iran, qui étaient jusqu'à la admise.
05:13L'implication est vraiment pour le pays, pour le peuple iranien
05:18qui, effectivement, est sous tension, très grandissante.
05:22Et c'est à ça que se prépare aussi le régime.
05:25Il peut se révolter le peuple iranien, c'est ce qu'on attend tous ?
05:28Écoutez, c'est la question que tout le monde se pose
05:30parce qu'on est quand même après le massacre de janvier
05:34où le pays est sous traumatisme.
05:38En revanche, quand on regarde le nombre de manifestations,
05:41de protestations à petite échelle aujourd'hui,
05:44on est dans le même schéma que l'année dernière à la même époque
05:47qui a abouti à la fin de l'année à des manifestations d'envergure dans tout le pays.
05:52Parce que la répression continue ?
05:53La répression continue et le régime s'y est préparé encore plus que l'année dernière.
05:58Vous savez, ils se préparent chaque épisode.
06:02Ils ont l'apprentissage de l'épisode précédent.
06:04Cette année, ils ont augmenté les prix de l'essence
06:08en ayant préparé, encerclé par des milices,
06:12toutes les pompes à essence pour éviter tout mouvement
06:16ou début de mouvement de protestation.
06:18Et ça, c'est l'apprentissage de ce qu'ils ont vécu en 2019
06:21qui a donné 1500 morts en deux jours
06:23par rapport à l'augmentation du prix de l'essence.
06:25Une transition démocratique qui paraît bien utopiste en tout cas pour l'instant.
06:29Merci Mané Lumière-Can d'avoir été notre invitée ce matin.
06:32Spécialiste des relations internationales et de l'Iran,
06:34cofondatrice de Dorna.
06:36Une interview à retrouver en podcast et en replay
06:38sur l'application BFM Business.
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