- il y a 6 semaines
Ce lundi 24 août, Sandra Gandoin a reçu Fabien Canu, directeur général de l'Insep, dans l'émission BFM Entreprise, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.
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00:01BFM Business présente
00:07BFM Entreprises, Leadership, la méthode
00:11Sandra Gondoin
00:13Bonjour à tous, bienvenue dans BFM Entreprises, consacrée comme tous les lundis au leadership.
00:19Une demi-heure avec un leader, un patron qui va vous expliquer comment il dirige son parcours, sa méthode, les
00:27clés de sa réussite,
00:28les épreuves qui l'ont forgé, quel meneur est-il ?
00:32BFM Entreprises, aujourd'hui, c'est avec Fabien Canut.
00:36BFM Entreprises, Leadership, la méthode, sur BFM Business.
00:41Bonjour Fabien Canut.
00:43Bonjour.
00:43Ravi de vous avoir, vous êtes directeur général de l'INSEP, l'Institut National du Sport, de l'Expertise et
00:51de la Performance.
00:52On va revenir évidemment sur ce que vous faites au quotidien pour la performance sportive française,
00:57mais avant cela, une question. Est-ce que vous êtes un leader né ?
01:04Bonne question. Je ne crois pas, en fait. Je pense que je me suis construit parce que je n'étais
01:11pas leader à l'école,
01:13je n'étais pas leader dans ma jeunesse. Dans le sport, je suis devenu, pas malgré moi, mais presque,
01:20par mes résultats sportifs, on devient quelque part un peu leader, mais je me suis construit.
01:24Je me suis beaucoup inspiré aussi de ce que je pouvais voir, mais non, je n'avais pas une âme
01:28de leader au départ.
01:29Ça s'est construit, exactement. On va rappeler d'où vous venez. Vous êtes ancien sportif de haut niveau.
01:34Votre sport, c'était le judo. Vous l'avez pratiqué pendant des années et des années.
01:38Ancien champion d'Europe, ancien champion du monde. Vous me corrigez évidemment, si je me trompe.
01:42Et vous avez vécu l'INSEP de l'intérieur comme sportif de haut niveau. Comment ça s'est passé, ce
01:48début de vie ?
01:50Ça a été difficile parce que j'arrivais de ma Normandie natale, de mon club sportif dans la ville d
01:56'Alençon,
01:57et passer de la ville d'Alençon, du niveau de ce club, à l'équipe de France, qui était déjà
02:01à l'époque une très belle équipe de France,
02:03avec des gens comme Thierry Rey, qui ont été champion olympique, Jean-Luc Rouget, des grands noms.
02:08Ça a été très difficile à tel point que je me suis demandé, au bout de quelques mois, si j
02:12'étais fait pour le sport de haut niveau,
02:14si j'étais bien à ma place. Je me suis accroché, j'ai persévéré, mais au début, je pensais vraiment
02:20que le sport de haut niveau n'était pas fait pour moi.
02:22C'est quoi derrière le déclencheur, justement ? Le fait d'arriver dans ce centre, de prendre cette décision,
02:29parce qu'on peut faire une carrière de sportif de haut niveau sans aller à l'INSEP dans cet institut
02:35de la performance.
02:35Comment ça arrive ? Mais qu'est-ce qui déclenche l'idée d'y aller ? C'est les autres
02:39?
02:40Vous avez été entraîné là-dedans ? Ou vous vous êtes dit, de toute façon, ça passe par là ?
02:45Ça passe par là. Alors, surtout pour des sports d'opposition, comme le judo, comme l'escrime,
02:49en fait, on a besoin d'être regroupés pour avoir les meilleurs. C'est ce qui fait progresser.
02:53Et puis, c'est la fédération française de judo qui, suite à un cheveu d'Europe cadet, où j'avais
02:56fait médaille de bronze,
02:57m'a demandé de venir à l'INSEP, en fait. C'est comme ça que ça se passe. C'est
03:01les fédérations qui sélectionnent.
03:02Donc, j'ai intégré une sève comme ça. Et puis après, oui, des moments difficiles.
03:07Et puis, c'est aussi l'environnement des leaders de l'équipe de France de l'époque qui m'ont
03:12dit
03:12« Mais si, si, toi, t'as du potentiel. T'as quelque chose à faire. »
03:14Bon, j'ai commencé à comprendre que ce serait long, mais que j'avais des capacités pour faire quelque chose.
03:19C'est intéressant de vous entendre dire que vous n'êtes pas un leader né, mais qu'en même temps,
03:24vous avez choisi un sport,
03:25c'est individuel, le judo. C'est un sport de combattant, malgré tout. Il y a quand même des idées
03:31là-dedans où on se dit « Je veux faire ma place. »
03:34Oui, mais ce qu'apprend aussi beaucoup le sport de haut niveau, et notamment de combat, c'est que son
03:39principal adversaire, c'est soi-même, en fait.
03:42D'abord, on a souvent tendance, ça je l'ai appris, à se mettre des propres limites, psychologiquement, c'est
03:47-à-dire qu'on se met des propres barrières.
03:48Alors, sans vouloir, du jour au lendemain, casser le monde tout révolutionné, c'est qu'on n'a pas cette
03:53mentalité anglo-saxonne-américaine où tout est possible, quoi.
03:57Donc, il y avait cette dimension-là que j'ai beaucoup apprise, et puis c'est aussi l'environnement qui
04:03vous fait croire autour que c'est possible.
04:06Avant de devenir pour la première fois champion du monde, là où j'ai compris que je pouvais l'être,
04:11c'est quand autour de moi on disait « mais c'est ton tour, la prochaine fois c'est toi,
04:13quoi ».
04:14Donc voilà, ça c'est des choses, en tant que manager, que j'ai beaucoup apprises, c'est quelque part
04:20nos limites, rêvons.
04:21Ça n'est que du sport de haut niveau, en plus.
04:25Et c'est un environnement qui doit créer cette ambiance-là.
04:28Ça n'est que du sport de haut niveau, néanmoins, j'entends souvent dans les parcours d'anciens sportifs que
04:33ça forme pour la suite,
04:35que la vie professionnelle se dessine malgré tout dans ces années-là.
04:38Quand vous êtes à l'INSEP, en tant que sportif de haut niveau, est-ce qu'un jour, peut-être
04:42à la fin du parcours de sportif,
04:44vous vous êtes dit « j'y reviendrai, mais je reviendrai dans l'encadrement, voire je dirigerai cet institut ».
04:50Non, pas vraiment, parce que je me suis construit comme ma carrière, étape par étape.
04:56Je pense, je fais toujours ce qu'il fallait pour progresser, mais je ne me suis jamais fixé des échéances
05:03à long terme pour dire « un jour, je reviendrai un jour ».
05:05C'est aussi une question d'opportunités qui peuvent se proposer.
05:09Mais moi, ma fin de carrière, par exemple, j'ai une décision assez délicate à prendre,
05:13parce que le manque du privé souhaitait me recruter pour être dans une direction de ressources humaines,
05:18et la fédération de judo souhaitait me recruter pour rester dans le sport.
05:22Bon, choix délicat, parce que c'est le choix d'une vie quelque part,
05:25et j'ai décidé de rester dans le sport parce que travailler autour de sa passion, ça n'a pas
05:28de prix.
05:29Donc c'est une qualité de vie que je cherchais aussi.
05:31Mais voilà, une étape importante qui a été franchie.
05:33Après, je suis devenu responsable de ma préparation olympique pour le compte du ministère.
05:37Après, je suis inspecteur général.
05:39Le parcours, il se construit, mais je n'ai jamais eu un parcours tracé et une vision à long terme.
05:46Ça a été étape par étape.
05:48D'après vous, est-ce que tout le monde est fait pour diriger ?
05:52Non.
05:54Non.
05:56Mais il y en a aussi beaucoup qui pourraient l'être et qui doutent.
06:00En fait, là aussi, on se met des barrières inutilement.
06:03Non, il y a des gens qui n'aiment pas ça, parce qu'il faut assumer.
06:08Il y en a qui sont d'excellents numéro 2, d'excellents numéro 3,
06:11mais qui ne sont jamais de vrais leaders et qui sont très bien.
06:14L'essentiel, c'est de s'épanouir dans ce qu'on fait.
06:17Et l'âme de leader, alors oui, on peut la susciter.
06:21Ça m'est arrivé fréquemment, on peut dire, mais c'est toi, t'es capable d'eux.
06:24Là aussi, encore une fois, les propres limites qu'on peut se mettre, qui sont souvent stupides.
06:29Et ça s'apprend.
06:31Je ne pense pas que ce soit totalement inné.
06:34C'est un parcours qui fait qu'on apprend.
06:36Et nous, on le voit bien dans le sport chez les jeunes.
06:38On les apprend aussi à devenir leurs propres leaders, à être leurs propres acteurs de leur projet.
06:43Rien que ça, déjà.
06:44Ne pas être dépendant.
06:45Éviter la dépendance.
06:47Ce n'est pas l'entraîneur qui fait le champion.
06:49Le bon sportif, le grand champion, il saura apprendre ce qu'il faut.
06:52C'est une éponge.
06:53Il saura apprendre ce qu'il faut chez l'entraîneur, chez le médecin.
06:56Il va construire son parcours.
06:58À un moment donné, dans la vie, il faut se prendre en charge.
07:01Et c'est quelque part déjà une manière de se manager soi-même.
07:04Après, on peut manager les autres.
07:05C'est une autre étape, mais c'est une culture à entreprendre.
07:09Vous avez raconté le fait que vous avez choisi de rester dans le judo, finalement, toute votre carrière,
07:14plutôt que d'aller en entreprise, dans le monde du privé, découvrir toute autre chose.
07:18Et finalement, presque repartir de zéro.
07:20Parce que là, on entre dans un nouveau monde.
07:23Est-ce que vous pensez que tout ce que vous aviez vécu juste là, jusqu'au début de votre âge
07:27adulte,
07:28allait vous servir pour la suite ?
07:30Est-ce que vous aviez déjà, qui naissaient, des idées de
07:33« je veux faire prendre à mon secteur, à mon sport, telle direction » ?
07:38C'était déjà dans la tête ?
07:42Des idées pour l'avenir ?
07:43Oui, oui, oui.
07:44Oui, parce que de toute façon, on construit les choses avec une vision, on construit les choses avec un cap.
07:51C'est ce qu'apprend le sport.
07:52Il y a une échéance sportive.
07:54Qu'est-ce qu'on met sur la table pour progresser, pour améliorer ?
07:57Donc ça, c'est vraiment ce que m'a appris le sport.
08:02De la manière aussi qu'on manage toute une équipe.
08:04C'est-à-dire que du médecin au kiné, au préparateur physique, tout le monde doit être dans le même
08:08bateau.
08:08Donc ces ingrédients-là, c'est comme ça que ça marche, mais dans tous les domaines, pas que dans le
08:13sport.
08:13C'est vrai que dans le sport, on n'a pas trop le choix, sinon ça ne marche pas.
08:16Mais ça, oui, c'est ce que j'ai pu apprendre par le sport et ce que j'ai toujours
08:20cherché à faire dans mes différentes responsabilités.
08:23Fédération de judo ou même maintenant l'INSEP, il y avait le cap des Jeux Olympiques à Paris, par exemple.
08:27Bon, Olympique et Paralympique.
08:29Eh bien voilà, j'avais fixé un certain nombre de choses pour dire, on y va comme ça, on nous
08:34attend là-dessus, je compte sur vous.
08:37Alors c'était facile, quand on a une téléchéance qui fait rêver, dans un projet d'entreprise, souvent, ça prend
08:43du temps.
08:43Là, le compte à rebours était lancé, on a gagné avec les Jeux à Paris, en interne, notre fonctionnement,
08:49et des années, des années de management.
08:52Parce que c'est aussi savoir utiliser un événement pour ça.
08:55Un événement qui serve effectivement de motivation à tout le monde, à toutes les équipes.
09:00Pour autant, de l'intérieur, est-ce que vous parliez tout à l'heure que le fait que le judo,
09:05c'était d'abord un combat contre soi-même ?
09:07Est-ce que les règles qu'on s'impose en tant que sportif de haut niveau, on les impose aussi
09:11à ceux avec qui on travaille tout au long de sa carrière ?
09:13En tout cas, cette exigence ?
09:17Oui, alors peut-être pas toujours d'une même intensité, parce que...
09:20Mais oui, il y a des règles, il y a des principes de vie en groupe, des principes de comportement,
09:27des principes de respect des choses.
09:29En fait, le management, c'est que de l'humain.
09:31C'est que de l'humain, et c'est ce qu'apprend aussi le sport.
09:36D'être dans la vérité, d'être honnête.
09:40Un bon manager, c'est avant tout des qualités humaines.
09:44Un grand manager, s'il n'y a pas l'humain, ça ne passera pas.
09:47C'est-à-dire qu'à un moment donné, il faut se faire aimer, il faut se faire adorer.
09:52Et c'est comme ça qu'on embarque les gens.
09:54Ça, le sport l'apprend.
09:55Un bon entraîneur, c'est simple.
09:57C'est qu'il a cette capacité à ne pas laisser indifférent, il y a toute une dimension humaine.
10:05En tout cas, moi, c'est ce que j'ai beaucoup appris par le sport, et ce que j'ai
10:09toujours cherché à faire.
10:10Même parfois dans une situation difficile, il faut dire la vérité.
10:13C'est l'homme qui est jugé, plus que le manager.
10:16Et pour agir à une situation difficile, même parfois des années après,
10:19gens m'ont dit, tu avais raison, on n'était pas prêt à accepter quand tu l'as décidé,
10:24mais tu avais tort, tu avais raison, et maintenant on te le dit.
10:28Bon, voilà, c'est le plus beau retour par manager,
10:34c'est quand les équipes reconnaissent l'individu, l'homme, ce qui a pu être fait.
10:38Oui, et vous avez été soumis à plein d'épreuves, on l'a dit, vous êtes à la tête de
10:43l'INSEP depuis 2021.
10:44Et il y a eu, effectivement, sept Olympiades, sept préparations, des JO 2024 en France,
10:50avec le succès qu'on connaît, justement, derrière.
10:52On est vraiment, nous, Français, très aptes à dire que c'était absolument extraordinaire,
10:57absolument unique, une vraie réussite.
11:00Bon, les quatre ans, les trois ans de préparation,
11:04quelle a été votre patte à vous dans ce succès, avec un peu de recul aujourd'hui ?
11:10Nous, le succès, parce que l'INSEP, c'est 50% des médailles d'équipes de France,
11:14à peu près, qui s'entraînent régulièrement, ou qui viennent de temps en temps.
11:20On a sincèrement, et d'abord, c'est ce qu'on dit tous les sportifs,
11:24contribué, j'allais dire, jusqu'au bout.
11:26Quand je dis jusqu'au bout, c'est qu'il y a eu différentes phases.
11:29D'abord, des phases de travaux, de rénovation, de créer cet esprit olympique,
11:33un peu comme un village, des anneaux olympiques partout.
11:36Donc ça, ça a été un des enjeux, d'embarquer tout le personnel aussi,
11:42de la secrétaire au cuisinier, et dans cet état d'esprit-là,
11:49d'associer la femme olympique qui est passée.
11:52On a fait monter en puissance, on a fait découvrir le sport de niveau
11:55à des gens qui travaillaient dans l'administration,
11:58parce qu'on les a impliqués dans le suivi des équipes,
12:00donc on les a formés, on a essayé de chercher à embarquer tout le monde.
12:03Et puis, il y a une étape très importante, c'est les deux mois qu'on précédait,
12:06on était vraiment en mode camp de base, totalement fermé,
12:10dans le bois de Vincennes, dans un écrin de verdure,
12:12pour que les équipes de France se préparent en toute sérilité,
12:15parce qu'un des enjeux, c'était la pression forte en France,
12:19médiatique, mais pas que, familiale, environnement, etc.
12:22Et on avait vraiment fait en sorte de créer un endroit
12:25où on puisse se préparer sereinement et, quelque part,
12:29un peu, entre guillemets, se détendre.
12:31Ça, c'était une belle réussite, ce fameux camp de base.
12:34Et d'ailleurs, à Télence 5, on nous demande de le refaire
12:36pour les prochaines échéances.
12:38Mais voilà, je pense que sincèrement, on a été à l'heure au rendez-vous.
12:44Et vous avez réussi à les mettre en condition,
12:46des conditions que vous-même vous aviez vécues en tant que sportif
12:49de haut niveau à l'époque.
12:50Vous saviez de quoi avaient besoin les sportifs ?
12:52Oui, c'est vrai que moi et mes équipes,
12:54je ne suis pas tout seul, mais oui, ces moments-là,
12:58je les ai vécues sportivement, en tant qu'athlète,
13:01mais aussi en tant que responsable de la fédération de judo,
13:04j'ai préparation olympique, il y a tout un vécu.
13:08Il y a des choses qu'on ressent, il y a des regards qui ne trompent pas,
13:10qui expriment beaucoup de choses.
13:12Et moi, qui me permettent parfois de dire,
13:15de voir si ça va, ça ne va pas.
13:17Je n'ai pas une boussole non plus, mais quand même.
13:21Et donc, on a vite compris ce dont il y avait besoin.
13:25Et puis, on a aussi associé les équipes de France,
13:27des athlètes, des entraîneurs, pour dire,
13:29mais vous avez besoin de quoi dans ce moment-là ?
13:32On a vraiment fait le travail sur mesure,
13:34vraiment le travail sur mesure.
13:35– Quelles sont vos plus grandes qualités,
13:37celles qui font la différence, dans ce contexte de direction d'hommes ?
13:41– C'est toujours compliqué de s'auto-évaluer.
13:48La dimension humaine, la confiance que j'accorde aux gens.
13:53Ce n'empêche pas d'être toujours derrière,
13:55parce que, paradoxalement,
13:57les gens demandent de plus en plus d'avoir de l'autonomie,
13:59de s'épanouir, tout en étant proche, pas loin,
14:02parce que, pour se sentir suivi, épaulé, accompagné,
14:07et je pense que j'ai toujours su d'abord bien m'entourer.
14:12Première chose, je réfléchis en même temps que je parle là,
14:15mais trouver les bonnes personnes,
14:17qui correspondent au profil,
14:18qui correspondent aussi à ma manière de voir les choses.
14:20Alors, sans être totalement tous dans le même aligné,
14:24il va falloir avoir quelques désaccords,
14:26mais, un, oui, parce que, bien sûr,
14:30l'INSEP, c'est 315 personnes,
14:33et c'était pareil, la Fédération de judo,
14:35donc, bien s'entourer, être proche,
14:38moi, mon bureau est toujours ouvert,
14:39toujours, toujours, toujours,
14:42et je vais sur le terrain sportif,
14:44je vais dans les bureaux,
14:46voilà, c'est un...
14:46Et puis, surtout, un cap, une vision,
14:49qu'il faut rappeler de temps en temps,
14:50parce que les gens ont besoin d'être sécurisés,
14:54de savoir où ils vont,
14:55où on veut les embarquer,
14:56pourquoi, comment, ça prend...
14:58Management a beaucoup évolué, je vois,
15:00passer beaucoup, beaucoup de temps à expliquer les choses,
15:02beaucoup.
15:02Et les gens ont besoin de ça, de savoir.
15:04Les gens ont besoin de savoir,
15:06donner du sens,
15:07et de plus en plus,
15:08dans ce monde un peu, voilà,
15:10oui, un peu parfois troublé,
15:12puis moi, je veux que je sois une chose,
15:14c'est qu'ils soient heureux dans leur travail,
15:16c'est...
15:16et s'ils sont heureux, tout va bien,
15:19ils s'épanouissent et ils donnent le meilleur d'eux-mêmes.
15:20C'est la clé pour que l'organisation fonctionne.
15:22Oui.
15:23Vos défauts,
15:24ceux sur lesquels il a fallu travailler.
15:28C'est une bonne question.
15:33Mes défauts, mes défauts, mes défauts...
15:40Peut-être parfois pas assez anticiper
15:42une difficulté qui peut arriver.
15:46De la laisser un peu traîner.
15:47De vouloir faire trop confiance aux gens.
15:51On a souvent le défaut de ses qualités.
15:54Peut-être de ne pas réagir à temps.
15:56Même si parfois, je le sens à des choses, en fait.
15:58Mais je fais tellement confiance,
15:59je dis bon,
16:00allez, ça peut se résoudre soit moi,
16:02je laisse faire.
16:03Et puis,
16:04ben non,
16:05si j'étais intervenu un peu plus tôt,
16:07oui, c'est...
16:10Je pense que...
16:11En tout cas, j'ai des défauts-là,
16:13je le sais et j'essaie de corriger.
16:15Votre rôle modèle,
16:16est-ce qu'il y a quelqu'un
16:16qui vous a guidé,
16:18qui vous a servi de modèle
16:20dans votre carrière ?
16:23Oui, il y en a probablement
16:24un,
16:25il y a des tas de modèles,
16:26à chaque fois,
16:27sur les...
16:29les personnalités.
16:30Alors, c'est très lié au monde du sport,
16:32mais...
16:33ce qu'a pu faire Tony Estanguet,
16:35par exemple,
16:35avec la manière dont il a géré
16:37cet événement si complexe,
16:39Jean Todd,
16:40qui est un grand patron
16:42de l'écurie Ferrari.
16:45Même dans le privé,
16:46des grands patrons,
16:48je ne connais pas quotidiennement,
16:50mais que je rencontre de temps en temps,
16:51le PDG de L'Oréal,
16:53qui est un émus,
16:54qui était...
16:54Voilà,
16:55on apprend beaucoup de ces gens-là,
16:56en fait,
16:57et qui sont souvent
16:58d'une grande simplicité,
16:59qui vont à l'essentiel,
17:00des belles mécaniques,
17:01qui vont très bien dans la tête,
17:03mais on...
17:04des gens qui ont fait intervenir
17:05parfois aussi dans nos séminaires,
17:06à l'INSEB,
17:07les grands patrons d'entreprises,
17:09et ce que souvent on dit
17:10que le sport apporte à l'entreprise,
17:11mais l'inverse,
17:12c'est aussi vrai,
17:13c'est que nous,
17:14en termes de méthode,
17:15on est parfois un peu empirique encore.
17:17Or,
17:18il y a des entreprises
17:18où vraiment,
17:19il y a des belles réflexions
17:19qui se sont conduites.
17:21Donc voilà,
17:21je m'inspire un petit peu
17:22de tout le monde.
17:23On va passer à la suite.
17:29Fabien Cagnon,
17:30on vous a demandé
17:30de venir avec une photo
17:31de vous
17:32dans le cadre
17:33de votre entreprise,
17:34de votre activité,
17:36et vous avez choisi celle-ci.
17:37On va la voir apparaître
17:38à l'écran.
17:40Pourquoi vous avez choisi
17:41cette photo ?
17:42On l'a décrit déjà ?
17:43C'était quand ?
17:44C'était où ?
17:44Alors ça,
17:45c'est un des grands moments
17:47de ces jeux.
17:48En fait,
17:49ce que vous voyez là
17:49à l'écran,
17:50ce sont des équipes de France
17:52et là,
17:53c'est de natation,
17:54si je ne me trompe pas,
17:55artistique,
17:56quittant l'INSEP
17:57pour rejoindre
17:58le village olympique.
18:00Là,
18:01c'est un moment fort.
18:01Pourquoi ?
18:02parce que ça y est,
18:03c'est la fin
18:04de la préparation.
18:05On passe
18:06à l'étape suivante
18:07qui est d'aller au village
18:08et c'était une manière
18:10de mettre en scène
18:13avec tout un comité
18:15de départ,
18:15si je puis dire,
18:16avec une cinquantaine
18:16de personnes,
18:17du personnel
18:18qui était là
18:19en musique
18:20avec les drapeaux
18:21bleu, blanc, rouge,
18:22la marseillaise
18:24parce que symboliquement,
18:25c'est pour dire
18:26on est derrière vous,
18:28vous êtes bien préparés
18:30et on vous accompagne
18:31même si vous partez.
18:32Il y avait eu
18:33beaucoup de larmes,
18:34beaucoup d'émotions,
18:34sportifs qui pleuraient
18:35de ce moment-là
18:36et qui nous remerciaient
18:37parce que,
18:38encore une fois,
18:39le sport de haut niveau,
18:40c'est de l'humain,
18:40beaucoup,
18:41beaucoup,
18:41beaucoup d'humains
18:42et qu'on manifeste
18:44à ce moment-là
18:45un soutien
18:45parce que l'angoisse arrive là,
18:47ça y est,
18:47on va au village olympique,
18:49c'est beau un village olympique
18:50mais il y a la compétition derrière
18:52et souvent,
18:53on y arrive un peu tendu,
18:54un peu inquiet.
18:55Donc,
18:55c'était une manière
18:56de soutenir,
18:57de savoir qu'on était bien présents
18:58et ça a été extrêmement apprécié.
19:01Alors,
19:01il y a eu beaucoup de départs,
19:03il y a eu une cinquantaine,
19:03on faisait ça
19:05avec les Jeux paralympiques
19:06presque tous les jours,
19:07même plusieurs fois par jour
19:08mais un bon moment
19:10et même nous,
19:11on était assez émus
19:12parce que,
19:12oui,
19:13ça a signifié
19:14beaucoup de choses.
19:14C'est intéressant,
19:15c'est une photo
19:17sur laquelle vous êtes entourés,
19:18entourés de plein de sportifs,
19:20ça montre à quel point
19:21ce travail que vous faites,
19:22cette direction
19:24des athlètes
19:25vers la performance,
19:26vers le résultat,
19:27vers la médaille,
19:28ça se fait ensemble,
19:29c'est ce que vous avez dit
19:30tout à l'heure,
19:31ce n'est pas un métier individuel finalement,
19:33même cette direction-là.
19:35Oui,
19:35tout à fait,
19:36le message était fort
19:37parce que,
19:38dans les gens
19:39qui étaient là
19:40pour ce départ,
19:42oui,
19:42entre la secrétaire,
19:43l'agent comptable,
19:44le cuisinier,
19:45l'entraîneur,
19:45le responsable médical,
19:47il y avait tous les corps de métier
19:50qui étaient présents
19:51et effectivement,
19:52c'était un témoignage
19:52pour dire
19:53« on est là même encore
19:55à ce moment-là,
19:56vous pouvez compter sur nous,
19:58on est derrière vous,
19:59ça va réussir »
20:00parce qu'on le voit,
20:01même s'il y a un peu
20:01de tension chez les athlètes,
20:03sa souris nous l'aider,
20:04c'était de les détendre
20:06à ce moment-là,
20:06d'essayer de les détendre
20:08en tout cas.
20:12Ça symbolise
20:12l'état d'esprit
20:13qu'on a voulu mettre
20:13dans la préparation
20:14durant ces trois années.
20:16Jusqu'au bout,
20:17jusqu'au départ,
20:19il faut qu'on rate rien
20:20et que tout a été pensé
20:22pour symboliquement
20:23faire passer des messages
20:24au bon moment.
20:25Allez,
20:26on va passer à la suite,
20:26vous regardez toujours
20:27le leadership
20:28selon Fabien Canut.
20:30BFM Entreprises,
20:32leadership,
20:33la méthode.
20:34C'est quoi votre plus belle réussite,
20:36Fabien Canut ?
20:39Oh là là,
20:42celle des Jeux de Paris,
20:44bien évidemment,
20:48parce que oui,
20:49ça s'est bien passé,
20:50parce que c'était
20:50un projet d'envergure quand même.
20:52On a passé trois ans,
20:54j'allais dire,
20:55de dingue,
20:55d'une grosse intensité
20:58en termes de travail.
20:59Il y a eu des travaux,
21:00il a fallu faire
21:01des gros travaux
21:01de rénovation.
21:04Au passage,
21:04on a eu à gérer
21:05une crise sanitaire
21:06avec 300 sportifs
21:07qui se retrouvaient malades
21:09à un an et demi
21:10des Jeux,
21:10un problème lié
21:12extérieur à l'INSEP,
21:13mais un problème d'eau potable
21:15qui ne l'était plus.
21:16Tout ça s'est réglé.
21:18Sincèrement,
21:19les nuits étaient courtes
21:20et ça a été très,
21:21très, très intensif.
21:24Mais oui,
21:25quel bonheur
21:25parce qu'au bout du compte,
21:26ça a marché.
21:28Oui,
21:28c'est pour moi,
21:30dans ma vie professionnelle,
21:31ma plus belle réussite.
21:32C'est les montagnes russes,
21:33évidemment,
21:34ce genre de vie,
21:35ce genre de métier.
21:36L'échec qui vous a finalement
21:38le plus servi pour la suite,
21:40qui s'est transformé
21:41en rebond,
21:42en succès.
21:44En tant que manager,
21:46l'échec,
21:47c'était quand j'étais
21:48à la Fédération française
21:49du judo,
21:49autorité technique nationale,
21:51sur une grosse compétition
21:52qui était le jeu d'Athènes,
21:56où on rate les jeux,
21:58ça arrive au jeu français
21:58avec une seule médaille.
22:00Et quelques temps avant,
22:01j'avais été voir
22:02l'équipe de France
22:02en préparation
22:03et je ne sentais pas
22:06bien les choses.
22:08Je m'interrogeais beaucoup.
22:09Et en fait,
22:10mon erreur,
22:11c'est que j'avais pris
22:12un peu de distance
22:12avec l'équipe de France
22:14pour préparer
22:15ma succession.
22:16Donc,
22:17un successeur désigné
22:18pour lequel j'avais
22:20déjà donné un peu
22:20les clés du camion
22:21de la préparation
22:22des équipes de France.
22:23Alors,
22:23je ne dis pas
22:23que j'aurais réussi
22:25si j'avais pris
22:25les choses plus tôt.
22:26Mais là,
22:27j'ai réagi trop tard.
22:28En fait,
22:29ce n'est pas 15 jours
22:29avant
22:31qu'on peut changer.
22:33il y avait quand même
22:34un petit malaise
22:35de doute
22:35et on ne pouvait pas
22:36le transformer comme ça.
22:38Là,
22:38je me suis dit
22:39l'erreur,
22:39c'est d'avoir justement
22:40de l'effet
22:41trop confiance trop tôt.
22:42Ça rejoint un peu
22:43ce que je disais tout à l'heure.
22:46Et je me suis dit
22:47mais non,
22:47plus jamais ça.
22:49Encore une fois,
22:49je ne dis pas
22:50qu'on aurait réussi
22:50mais oui,
22:51ça m'a servi de leçon
22:52pour dire
22:54encore une fois,
22:55la confiance,
22:57la délégation
22:58nécessite quand même
22:59de toujours regarder,
23:00contrôler,
23:01être là.
23:01Et là,
23:02j'ai pêché
23:03par un manque
23:04de vigilance
23:05et d'accompagnement
23:06de ma part.
23:06Pour finir,
23:07il nous reste
23:07un petit peu
23:08plus d'une minute.
23:09C'est quoi la suite ?
23:10On sait que vous avez
23:11été reconduit
23:11à la tête de l'INSEP
23:13en 2025.
23:15La suite,
23:16ça va être
23:17le même type de parcours,
23:18le même type de difficultés,
23:19le même type d'émotions
23:21évidemment
23:21et vous avez replongé
23:22tout de suite.
23:23Ça va ressembler à quoi
23:24jusqu'au prochain JO ?
23:26Alors,
23:27c'est une bonne question
23:28que moi,
23:29je me suis posée
23:29au lendemain
23:30des Jeux de Paris
23:31parce que je me suis dit
23:32qu'avec ce qu'on a vécu
23:33ces années exceptionnelles,
23:35la suite,
23:36comment je vais avoir ?
23:37Même si au fond de moi-même,
23:38je n'ai pas la réponse,
23:39mais je voulais me prendre
23:40le temps de la poser.
23:41Et puis,
23:42il y a eu ce qu'on appelle
23:43ce blues post-jeu.
23:44C'est-à-dire que
23:45les équipes ont tellement donné
23:46qu'il y a eu quelques mois,
23:47cinq, six mois
23:47où vraiment,
23:48on a ressenti
23:49une grosse fatigue interne.
23:51Et puis,
23:52après,
23:53à mon avis,
23:53il faut bien repartir.
23:54Ce qui m'a motivé aussi,
23:56c'est d'aller au bout
23:56d'un projet,
23:58il y a encore des choses
23:59à faire sur l'INSEP,
24:01notamment en termes
24:01d'immobilier,
24:02de travaux,
24:03de développement durable.
24:05Et puis,
24:05les Jeux de 2030,
24:07les Jeux d'hiver,
24:08qui est quelque part
24:09de robuste.
24:10Alors,
24:10même si on n'a pas de neige
24:11à l'INSEP,
24:12même si on a quand même
24:13néanmoins tout un suivi
24:14auprès des équipes
24:15de France de ski
24:16qui sont en train
24:16de s'installer,
24:17des équipes aussi
24:19des sports de glace,
24:20de hockey sur glace.
24:21Donc,
24:22on est beaucoup impliqués
24:23et on va l'être encore plus
24:24pour les Jeux de 2030.
24:25Ce qui a été une manière
24:26aussi de se relancer.
24:30Ce ne sera pas
24:31la même nature
24:32que pour Paris.
24:34Mais bon,
24:35voilà,
24:36un autre projet
24:36qui se pointe.
24:38Il y a à la fois
24:39le projet de la structuration
24:40de l'INSEP en soi
24:41et à la fois
24:41ce projet sportif.
24:43Et sincèrement,
24:44c'est ce qui m'a décidé
24:45à repartir.
24:46Une autre aventure,
24:47ça ne s'arrête jamais.
24:48Merci beaucoup,
24:48Fabien Canu.
24:49C'était le leadership,
24:51selon Fabien Canu,
24:51directeur général
24:52de l'INSEP.
24:53Merci d'être venu
24:54dans cette émission.
24:56Si vous voulez connaître
24:57la méthode des leaders,
24:59l'émission est disponible
24:59en replay,
25:00en podcast
25:01et sur tous nos réseaux sociaux,
25:02bien sûr.
25:03Et c'est tous les lundis
25:04à 12h30
25:05sur BFM Business.
25:07Très belle journée.
25:09BFM Entreprises.
25:10Leadership.
25:11La méthode.
25:12Sur BFM Business.