00:00Et toujours pas d'accord donc ce vendredi 7 août sur la réouverture du détroit d'Hormuz.
00:05Bonjour Jilali Benchaman.
00:06Bonjour.
00:07Merci d'être avec nous, analyste géopolitique, directeur du CEO Stratégie et Conseil,
00:11avec nous ce matin pour en parler donc.
00:13Mais écoutez d'abord ce qu'a dit hier soir Donald Trump depuis la Maison Blanche.
00:18Je pense que nous faisons très bien.
00:20Je suis en train de faire des négociations, je pense que nous faisons bien.
00:25Ça pourrait être bien, oui.
00:26Ça pourrait être bientôt, Donald Trump qui évoque pour la plus de 40e, 43e fois un accord en vue.
00:34Mais pour l'instant, Jilali Benchaman, en réalité, rien de nouveau sous le soleil.
00:37On est toujours dans ces séquences de répétition et d'espérance de la réouverture du détroit d'Hormuz
00:43avec un conflit qui, par son impact économique, devient le centre de gravité d'une guerre
00:49qui au départ était focalisée sur le nucléaire.
00:52Et d'autant plus qu'effectivement, vous avez les marchés qui restent fébriles
00:56et qui sont de plus en plus dubitatifs.
00:58C'est-à-dire que la parole présidentielle, qui malheureusement ne permet pas de traduire la parole en actes,
01:06fait que les marchés restent suspicieux sur la réalité de cet accord,
01:09parce que vous avez cette complexité, avec toujours un accord qui se fait désirer.
01:14Les tractations entre Oman et l'Iran ont amené quelques espérances,
01:18puisque l'annonce des routes et des trajets qui pouvaient être empruntés mettait en perspective une possibilité.
01:26Mais de là à ce qu'il y ait la traduction officielle, tout en sachant qu'en plus,
01:29vous avez une temporalité restreinte, puisque si ouverture il y a,
01:33on parle encore d'une ouverture temporaire de 60 jours.
01:37Les marchés, effectivement, vous le disiez, qui hésitent,
01:40contrairement au scénario du début de la semaine,
01:43où il y avait plutôt un vent d'optimisme qui soufflait sur les marchés.
01:47On voit que cette nuit, les marchés asiatiques hésitent.
01:50On parlait aussi du baril de Brent, le pétrole, le baril de Brent qui est repassé au-dessus des 80
01:56dollars.
01:57Ça va certainement continuer en Europe, aux États-Unis, d'exercer des pressions sur les prix de l'énergie.
02:02Concernant les négociations en cours avec Oman,
02:05on a une carte que ceux qui nous suivent à la télévision vont pouvoir regarder.
02:10Quels sont les scénarios ? Quels sont les éléments qu'on a aujourd'hui dans cet accord
02:18qui se profile entre Téhéran et Oman ?
02:21En gros, pour résumer, on a deux corridors.
02:24Le corridor nord qui serait emprunté par le passage Iran
02:27et le corridor sud pour la sortie par Oman.
02:31Ce qui est important, c'est que cet accord encore serait un accord transitoire,
02:34puisqu'on parle d'une période de 60 jours pendant laquelle les deux parties belligérantes,
02:41à savoir Washington et Téhéran, repartent sur des discussions techniques concernant les autres sujets.
02:47Le souci de cet accord, c'est que les marchés sont toujours pris en étau
02:51face à une négociation qui se fait désirer.
02:53Et avec cette idée que n'importe quelle séquence peut remettre en cause cet accord.
03:00Mais la problématique majeure, c'est qu'aujourd'hui, vous n'avez pas de route alternative.
03:03Parce que durant ce conflit, on a souvent évoqué l'idée qu'il faut aller penser à d'autres manières
03:09de pouvoir évacuer le pétrole et l'énergie.
03:11Sauf que toute perspective mettra du temps.
03:15Donc dans les faits, aujourd'hui, les marchés restent prisonniers de la situation d'Hormuz.
03:18Et tant que Washington et Téhéran n'arrivent pas à aboutir à un accord suffisamment durable ou rassurant,
03:24on restera sur ces moments d'euphorie et finalement de déception.
03:28Plusieurs médias qui affirment d'ailleurs que ce projet
03:31inclurait le paiement d'un droit de passage pour les navires.
03:35Et ça, Donald Trump, lui, ne veut pas en entendre parler.
03:37Petite nuance, on parle surtout de frais de service.
03:40Un peu à l'exemple de ce qui se passe au détroit de Malacca,
03:44entre Singapour, Malaisie et Indonésie.
03:47Avec cette idée, entre guillemets, d'avoir des pays qui vont payer
03:52un passage sécurisé, une sorte aussi de redevance sur la protection de l'environnement, etc.
03:58Les États-Unis n'en veulent pas, certes, mais aujourd'hui...
04:02Mais ça ne serait pas, vous pensez, une taxe déguisée quand même pour remplir les caisses de Téhéran ?
04:06On est dans le cadre d'une sémantique, mais il faut savoir aussi que cette répartition des frais
04:10se ferait également avec Oman.
04:13Donc derrière, on n'est pas simplement sur la question iranienne,
04:17mais dans l'absolu, on pense en tout cas que de toute façon,
04:21cette situation d'Hormuz ne sera jamais plus comme avant
04:25parce que les Iraniens, d'un point de vue stratégique, n'y renonceront pas
04:27et que derrière cette maîtrise signifie aussi architecture financière.
04:32Le souci pour Washington, c'est que soit on négocie et on fait des concessions,
04:37soit on essaie d'user de la force, mais la force, avec un résultat qui restera
04:42de toute manière ce qu'il est, c'est-à-dire incertain,
04:44pourrait provoquer des conséquences économiques importantes.
04:47Donc l'arbitrage, quoi qu'il arrive, est complexe.
04:50En tout cas, voilà, vous le disiez, conséquences économiques importantes,
04:52boucroute d'incertitude toujours, une situation qui continue de pénaliser
04:57les pétro-monarchies du Golfe.
04:59Peut-être pour terminer avec cette information,
05:01le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman,
05:03qui réunit aujourd'hui à Jeddah les dirigeants turcs et pakistanais
05:08pour sceller, avec un accord de défense,
05:10leur rapprochement opéré sur fond de guerre au Moyen-Orient.
05:13On voit que ça se joue aussi sur le plan militaire.
05:16En ce moment, on parlait dans ces pays du Golfe.
05:21Militaire, certes, mais aussi diplomatique,
05:22parce que ce qui est intéressant, parce qu'on est tous focalisés
05:25sur la négociation entre Washington et Téhéran,
05:27c'est qu'au bout d'un moment, si les négociations n'avancent pas suffisamment,
05:31comme vous le voyez, vous avez aujourd'hui des traxtations
05:33avec des puissances, on va dire, extra-régionales,
05:36c'est-à-dire pas membres du Golfe Cooperation Council,
05:40mais qui vont de plus en plus s'ingérer.
05:42Pourquoi ? Parce qu'à un moment ou à un autre,
05:44un accord finira par s'imposer parce que les États du Golfe
05:46ne peuvent pas rester dans cette situation d'incertitude.
05:49C'est leur modèle aujourd'hui économique,
05:51c'est la stabilité sécuritaire qui est en cause.
05:54Donc, si à un moment ou à un autre, Washington n'y arrive pas,
05:57Washington risque de se retrouver concurrencé
05:59avec une diplomatie des États du Golfe
06:01qui va reprendre la main face à un blocage
06:03qui, à un moment ou à un autre, devient d'autant plus problématique
06:05pour la région et pour le monde qu'on n'aboutit pas à une solution.
06:09Et ce que l'on retient, c'est qu'on n'a toujours pas d'accord
06:11en cette fin de semaine, alors qu'il était à nouveau promis
06:13par Donald Trump en milieu de semaine.
06:15Merci beaucoup pour cet éclairage avec nous ce matin,
06:17Djilali Benchabane.
06:18Merci à vous.
06:18Analyste géopolitique, directeur du CO Stratégie et Conseil.
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