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  • il y a 6 semaines
Ce mardi 25 août, retrouvez le replay de la tribune éco sur BFM Business

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Transcription
00:00Good morning business, la Tribune Éco.
00:04La Tribune Éco, c'est avec vous Eric Eyer. Bonjour et bienvenue.
00:07Vous venez de l'OFCE. Les taux montent, mais est-ce vraiment eux qui vont décider du budget 2027 ?
00:13Alors oui et non, en fait. Oui, parce qu'effectivement, lorsque les taux d'intérêt augmentent
00:18et aujourd'hui on a des taux qu'on n'avait jamais observé depuis 2008,
00:22ça va faire forcément augmenter les charges d'intérêt.
00:24Donc rappelons un peu les chiffres, un point de hausse de taux d'intérêt.
00:27Ça fait 3 milliards d'euros supplémentaires dès la première année et 30 milliards au bout de 10 ans.
00:33Donc là aujourd'hui, on est sur un quart de point.
00:35Donc on est au moins pour 700 millions supplémentaires en 2027.
00:40Et rappelons que c'est de la dépense publique très particulière, les charges d'intérêt.
00:43Parce que vous voyez, dans un projet de loi de finances, vous pouvez réduire un certain nombre de dépenses publiques,
00:48mais pas les charges d'intérêt. Elles sont obligatoires.
00:50Donc ça va rendre plus difficile la réduction des déficits en 2027.
00:54Mais, et c'est là tout le paradoxe, c'est que globalement, ces charges d'intérêt
01:00ne vont pas changer les engagements de la France vis-à-vis de la Commission européenne en termes d'efforts.
01:06Et donc ça, c'est un paradoxe.
01:07Alors avant d'en venir à ce paradoxe, pourquoi les taux remontent-ils ?
01:11Alors pour trois raisons. Il y a deux raisons au niveau mondial et une spécifique à la France.
01:17Au niveau mondial, la première raison, c'est qu'il y a un besoin de financement qui est accru partout
01:23dans le monde.
01:23À la fois pour les États. Donc les États, aujourd'hui, essayent de financer un peu plus la défense,
01:29la souveraineté numérique, la souveraineté industrielle, la transition écologique.
01:33Le meilleur exemple, c'est l'Allemagne.
01:35L'État allemand était un peu le modèle en termes de maîtrise de la dépense publique.
01:40Et là, ils font un énorme plan de relance.
01:42Mille milliards au cours des dix prochaines années.
01:44500 dans la défense, 500 dans les infrastructures.
01:46Mais il n'y a pas que les États qui s'endettent, il y a aussi les entreprises et notamment
01:50ces géants du numérique
01:51qui lèvent des dizaines de milliards dans la course à l'intelligence artificielle.
01:57Donc un énorme besoin, c'est la première raison.
01:59Et la deuxième raison, c'est que finalement, l'argent devient de plus en plus rare.
02:03Et ça, c'est les banques centrales qui sont en train de durcir leur politique monétaire.
02:07Alors à la fois en augmentant les taux à court terme, qui ont une petite diffusion sur les taux à
02:12long terme,
02:12mais aussi parce qu'elles vont réduire leur bilan, parce qu'elles avaient effectivement très fortement
02:18augmenté leur bilan au cours de la crise et donc avaient acheté de la dette publique.
02:22Et là, elles sont en train de vendre.
02:23Et donc, il y a d'un côté un gros besoin de financement, mais moins de capitaux qui circulent.
02:28Ça fait augmenter les taux d'intérêt.
02:29Et la troisième raison, elle est plus spécifique à la France, c'est que globalement, il y a une instabilité
02:33politique
02:34et donc une difficulté aujourd'hui pour voter un budget.
02:37Et donc, les investisseurs le font payer par une prime de risque.
02:40Et donc, c'est le spread, c'est l'écart par rapport à l'Allemagne,
02:43qui tournait aux alentours de 0,5 points supplémentaires avant la dissolution,
02:47qui maintenant, depuis la dissolution, depuis 2024, ça tourne entre 0,8 et 1 point supplémentaire.
02:54Est-ce que ça signifie que la France entre dans ce qu'on appelle une crise de la dette ?
02:58Non, ce n'est pas une crise de la dette.
03:00Il y a un spread de 0,8, 0,9 ou même 1, ce n'est pas cela des spreads
03:04de crise.
03:05Rappelons les derniers épisodes de crise de la dette.
03:08Alors, vous avez en 2022 le moment listreuse au Royaume-Uni,
03:13et là, en l'espace de 20 jours, les taux d'intérêt britanniques avaient augmenté de 1 point,
03:17et le spread avait dépassé les 2 points.
03:19Allez, il y avait une petite tension, la Banque centrale britannique avait été obligée d'intervenir.
03:23Et pendant la crise de la dette européenne, rappelons les chiffres,
03:27alors on ne parle pas de la Grèce qui était montée à 35% de taux d'intérêt,
03:31mais vous voyez, l'Italie avait dépassé les 6,5, l'Espagne, les 7,5 de taux,
03:35avec des spreads qui étaient à plus de 5.
03:37Et donc, vous voyez, là, c'est à ce moment-là où on se tend,
03:40ce n'est pas à 0,8 ou un point de spread.
03:42Oui, alors concrètement, quel sera l'impact de cette hausse des taux sur le prochain budget ?
03:45Donc, comme on l'a dit, la réduction des déficits va être beaucoup plus compliquée,
03:49et même, on peut le dire aujourd'hui,
03:51l'engagement d'être en dessous des 3% en 2029,
03:55il va falloir l'oublier.
03:56Mais vous voyez, l'engagement le plus important du gouvernement,
04:00en termes budgétaires,
04:02c'est les efforts qu'il va falloir réaliser au cours des prochaines années.
04:06Et là, il y a une réforme du pacte de stabiliser en 2024
04:09qui est très importante à rappeler.
04:11Maintenant, la vraie boussole pour la Commission européenne,
04:14c'est la maîtrise de la trajectoire d'un nouvel indicateur
04:17qui s'appelle la dépense primaire nette, la DPN.
04:20Et cette DPN, c'est donc la dépense publique primaire,
04:24c'est-à-dire hors charge d'intérêt.
04:25Et donc, même si les charges d'intérêt augmentent,
04:29le DPN n'augmente pas.
04:31Et donc, il va falloir maîtriser cette DPN.
04:33Et l'effort, vous voyez, est déjà connu,
04:36quel que soit le taux d'intérêt.
04:38L'effort qu'il va falloir réaliser au cours des prochaines années
04:40va tourner entre 20 et 25 milliards d'euros.
04:44Et donc, finalement, pour le budget 2027,
04:47la hausse des taux d'intérêt n'a aucune incidence en termes d'engagement.
04:50Il va falloir faire ces 25 milliards.
04:51Et donc, la vraie question, c'est comment on se répartit les 25 milliards
04:55au sein de la population pour ne pas trop casser la croissance économique ?
04:59Voilà, ça, ça va être la grande question
05:00et des arbitrages difficiles à mener en l'absence de majorité.
05:05Merci à vous, Éric Ayer, directeur du département analyse et prévision
05:08à l'OFCE, d'avoir été avec nous.
05:11Et on vous retrouvera d'ailleurs chaque mardi dans la matinale de l'écho.

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