00:00Notre invité c'est Sébastien Abyss, le directeur du club de METER, chercheur associé à l'IRIS.
00:04Bonjour Sébastien, on a eu des chiffres après la canicule sur la manière dont ça a atteint les cultures qui
00:10font assez froid dans le dos.
00:12Moins 30% de récolte pour le maïs, moins 60% pour le houblon, moins 20% pour les arboriculteurs.
00:18Alors si on va sur les fruits rouges, on est carrément à 80% de l'activité qui pourrait être
00:22perdue à cause de l'enchaînement des canicules.
00:24L'impact bien sûr également sur les animaux. Quand vous regardez là cette nouvelle canicule qui arrive, qu'est-ce
00:30que vous vous dites ?
00:31On est cuit au sens littéral du terme, c'est-à-dire que les cultures sont quasiment brûlées par le
00:37niveau de chaleur ?
00:38C'est sûr que l'année 2026 en France, sur le plan agricole et climatique, est particulière.
00:44On a eu beaucoup d'eau dans certaines régions cet hiver.
00:47On a eu parfois très peu de pluie au printemps, un premier pic de chaleur fin mai, souvenez-vous.
00:55Et puis en effet, cette forte canicule fin juin qui revient là fortement.
01:00Donc évidemment pour l'ensemble de l'agriculture et de l'élevage français, ce sont des mises à l'épreuve
01:05supplémentaires,
01:07au-delà de problématiques par ailleurs de compétitivité.
01:10Et c'est vrai que ça impose à la France deux réflexions en fait majeures.
01:14La première, c'est accélérer sur l'adaptation sur ces changements climatiques.
01:18Ces adaptations, c'est des changements de culture, c'est des équipements plus performants,
01:24des chaînes du froid plus résistantes, parce que les chaînes du froid vont être de plus en plus stratégiques pour
01:29protéger les cultures.
01:30Des ventilations évidemment dans les bâtiments d'élevage qui doivent être encore plus optimisés
01:35et en capacité de tenir quand il fait très chaud, parce qu'en fait c'est ça aussi quand la
01:40canicule est dure.
01:41C'est l'ensemble du vivant qui a du mal à supporter.
01:44Et puis il y a un deuxième point qui est important, c'est que la France va devoir aussi,
01:49comme beaucoup de pays dans le monde, constater que produire avec constance en fait c'est extrêmement complexe.
01:55Et c'est vrai que ces dernières années on avait une petite musique qui montait,
01:59quand on parlait production, certains comprenaient qu'il fallait en fait faire toujours plus,
02:03et c'était le toujours plus.
02:04Mais c'est pas ça la production.
02:05La production sur un sujet aussi stratégique que l'agriculture et in fine la sécurité alimentaire de chacun,
02:11c'est que produire est difficile, et que produire est une chance,
02:14et que produire avec constance devient une véritable équation redoutable
02:19avec ces climats complexes et ces aléas par ailleurs économiques et géopolitiques.
02:23Vous avez parlé de compétitivité, alors cette année c'est la France qui souffre en particulier des fortes chaleurs,
02:28mais en général c'est toute la planète qui a ce genre de problème.
02:31Quels sont les pays, les zones plus exposées à ce changement climatique ?
02:35Alors en effet, c'est vrai que si on fait un pas de côté, encore une fois, relativisons un peu,
02:39parce que sur la planète vous avez des pays dont l'aridité est devenue absolument structurelle.
02:44Nous avons en plus une année 2026 Super El Niño,
02:47donc phénomène météorologique qui fait que les cultures vont être impactées,
02:52notamment en Amérique latine, Asie centrale, Inde, inquiétude sur l'Inde, etc.
02:59On a des sécheresses aux Etats-Unis qui sont non négligeables,
03:03et certaines cultures céréalières sont en souffrance.
03:05Donc on a une année qui ne s'annonce pas très bien,
03:09et on a encore une fois un équilibre général où on produit ce que l'on consomme.
03:15On n'a pas énormément de marge.
03:17Et c'est vrai qu'on avait vu des prix agricoles très nerveux,
03:21avec le Covid, avec la guerre en Ukraine.
03:23Là on a des prix qui sont plutôt stables depuis quelques mois,
03:28qui ne s'emballent pas malgré Hormuz, malgré plein d'incertitudes géopolitiques,
03:33comme si en fait la fixation des prix agricoles s'habituait à une nervosité, à des chocs.
03:38En revanche, ce que l'on ne sait pas faire, c'est stabiliser les prix
03:42quand il y a des risques de pénurie et de volume.
03:44Et donc tout le monde à nouveau là est en train de prier pour qu'il n'y ait pas
03:47de casse productive
03:49et des déséquilibres de marchés internationaux par rapport aux besoins.
03:53Et encore une fois, j'insiste, la grande crainte qui se propage aujourd'hui,
03:57c'est de ne plus savoir produire avec constance.
03:59L'inconstance, l'imprévisibilité du niveau de récolte,
04:02ce n'est pas bon évidemment pour les producteurs et leur rémunération,
04:05il ne faut jamais le perdre de vue,
04:06mais in fine, ce n'est pas bon pour l'ensemble de la chaîne.
04:08Incertitude du tissu industriel, incertitude pour nos consommateurs,
04:12incertitude des distributeurs qui ne savent pas si finalement les approvisionnements vont pouvoir se faire.
04:17Il n'y a pas que la question du prix, il n'y a pas que la question des qualités,
04:20il y a même tout simplement la question...
04:21Oui, mais ce que je comprends Sébastien, c'est que le prix ne reflète pas les risques de la production,
04:27ce qui est quand même un problème ça.
04:29Insuffisamment, beaucoup d'analystes de marché se demandent même
04:32si on ne va pas avoir des corrections dans les prochains mois,
04:35justement entre climat et géopolitique qui ne s'améliorent pas.
04:38Donc vigilance là-dessus, parce que l'inflation alimentaire à l'échelle mondiale,
04:42elle reste quand même extrêmement vigoureuse.
04:44Mais en Europe, en France, on pourrait avoir des prix qui, par nécessité,
04:48montraient dans les prochains mois.
04:49Et puis nous avons toutes les conséquences aussi d'Hormuz,
04:53c'est-à-dire les engrais qui ont augmenté,
04:54des agriculteurs qui en ont acheté moins,
04:56qui ont parfois utilisé moins d'engrais.
04:57Puis qui ont rebaissé, parce que les prix des engrais ont rebaissé ensuite.
05:00Oui, mais du coup, on a des calendriers agricoles
05:02qu'il faut remettre par rapport à des calendriers économiques
05:05et de marchés qui sont beaucoup plus court-termistes.
05:07Les calendriers agricoles, ils sont plus long-termistes.
05:09Il y a des inquiétudes qu'il ne faut pas sous-estimer.
05:11Si on revient un instant sur la France,
05:13on a une viticulture qui ne se porte pas bien,
05:16qui est pourtant une locomotive aussi...
05:18Avec une demande qui baisse.
05:19Avec l'agriculture agricole, agroalimentaire française,
05:21il y a une demande et une consommation en vin qui baissent.
05:24Et puis un deuxième produit clé de l'agriculture française
05:26qui souffre aussi de la canicule, qui est le blé.
05:29On est en train de moissonner en ce moment.
05:31Cette canicule d'un côté, il y a un coup de froid économique de l'autre
05:34parce que la plupart des exploitations céréalières françaises aujourd'hui
05:37ont des revenus négatifs depuis 3-4 ans.
05:40C'est intenable, parce que les coûts de production
05:42dépassent le prix payé aujourd'hui sur le blé.
05:46Et cette canicule a évidemment complexifié la moisson.
05:49On a anticipé des choses.
05:50On a eu aussi des incendies parce qu'évidemment,
05:52tout ça est compliqué dans les périodes.
05:54Et n'oublions pas le sujet de l'eau.
05:56Parce qu'en fait, la France découvre aussi,
05:59comme le reste de la planète,
06:01qu'en fait, stocker de l'eau l'hiver,
06:02quand il en tombe beaucoup,
06:03pour pouvoir avoir de l'eau disponibilité,
06:06en fait, c'est le début de la souveraineté alimentaire
06:08de l'année prochaine pour chaque citoyen consommateur.
06:11On a beaucoup de débats sur le stockage de l'eau en France.
06:13Ça devient une hérésie stratégique.
06:15Il faut stocker de l'eau.
06:16Et comment vous expliquez qu'on a ce débat
06:18sur le stockage de l'eau aujourd'hui ?
06:19Parce qu'on est encore un pays riche
06:21et on a le ventre plein en France
06:22et que les consommateurs n'ont pas compris
06:23que la sécurité alimentaire,
06:25ça se cultive en permanence,
06:26et la sécurité alimentaire,
06:28elle doit s'adapter à des contextes changeants.
06:30Le climat nous impose de plus en plus
06:32d'être extrêmement vigilants
06:34sur évidemment l'équation agriculture-environnement
06:36et écologie.
06:37Mais les changements climatiques
06:39et ces épisodes de sécheresse
06:40qui vont s'intensifier
06:41nous imposent d'accélérer
06:43sur le stockage de l'eau
06:44pendant les périodes hivernales.
06:45Il n'y a plus beaucoup cet hiver en France.
06:47Si on avait stocké davantage,
06:48on aurait un peu moins de soucis d'irrigation cet été.
06:51Merci beaucoup Sébastien.
06:52Un bisous devenue ce matin
06:52dans la matinale de l'économie.
06:53Merci.
06:53Merci.
06:53Merci.
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