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  • il y a 3 mois
Ce lundi 29 juin, Alexis Karklins-Marchay, directeur général d'Eight Advisory, était l'invité de Caroline Loyer dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils ont fait le point sur les économies du Golfe après quatre mois de guerre. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00L'économie du Golfe, on va voir ça avec Alexis Kerklin-Smarchet qui nous a rejoint.
00:04Bonjour Alexis.
00:04Bonjour Laure.
00:05Les économies du Golfe, 4 mois de conflits, reprise des frappes, arrêts, reprise.
00:09Là on a un arrêt des hostilités annoncé ce matin par les Etats-Unis,
00:13mais on a eu un week-end évidemment sous tension des pays du Golfe qui sont loin d'être sortis
00:17d'affaires.
00:18Et oui parce que le Golfe Persil, quand on parle des pays du Golfe, en fait on parle de 6
00:22pays,
00:23et ces 6 pays ça représente moins de 1% de la population mondiale,
00:27mais ça produit 20 à 25% du pétrole mondial.
00:30Et c'est une grosse part du gaz mondial également.
00:32On l'oublie, c'est aussi 40% des actifs sous gestion des fonds souverains.
00:36Si on rajoute à ça la pétrochimie, l'aluminium, les engrais, en fait c'est un pôle économique majeur.
00:41Évidemment un pôle qui souffre.
00:43La fermeture du détroit d'Hormuz en mars dernier a été qualifiée par le FMI
00:47de la plus grande perturbation du marché pétrolier mondial de l'histoire.
00:51L'Agence internationale de l'énergie en a rajouté en disant que c'était elle-même
00:54la plus grande rupture d'approvisionnement de l'histoire.
00:56Donc on est vraiment dans un moment important.
00:58On voit que ces six pays qui souffrent, souffrent justement de cette guerre bien sûr,
01:04de cette conjoncture.
01:06Le mémorandum qui a été signé à Versailles le 17 juin n'est pas encore une paix complète.
01:12Et on le voit, vous l'avez rappelé avec les frappes ce week-end.
01:14Clairement il y a des effets.
01:16Les pays souffrent.
01:17Souffrent des effets sur les revenus d'exportation de pétrole et de gaz, mais aussi plus largement
01:22de la réputation et de la situation géopolitique actuelle.
01:26Annalisa, justement comment ça se concrétise ces difficultés économiques ?
01:30Alors d'abord il y a des révisions à la baisse qui ont été faites sur la croissance attendue
01:33pour les six pays, que ce soit la Banque mondiale, le FMI.
01:37On était parti en début d'année pour une croissance de la zone autour de 4%.
01:40On sera probablement en moyenne autour de 1%.
01:43Mais en vérité, la guerre fait complètement voler en éclat l'image d'un golfe homogène.
01:49Concrètement vous avez deux types de pays.
01:50Dans les six pays du golfe proprement dit, vous avez deux types de pays.
01:52Vous avez ceux qui vont être en récession, Bahreïn, Koweït, Qatar.
01:57Et ceux qui seront en ralentissement fort, mais normalement en croissance,
02:01Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis et Oman.
02:04Pourquoi cette différence ?
02:05D'abord il y a l'effet d'étroit d'Hormuz, les pays n'ont pas d'alternative.
02:08Vous prenez Qatar, Koweït, Bahreïn, vous n'avez pas d'alternative.
02:11Vos exportations passent par le doutroi d'Hormuz.
02:13Et évidemment ce sont les trois pays qui sont les plus concernés.
02:16C'est un peu la situation inverse pour l'Arabie Saoudite
02:19qui elle a pu rerouter ses exportations de pétrole via la mer Rouge.
02:23Et même les Émirats Arabes Unis qui ont pu rerouter une partie
02:25de leurs exportations d'hydrocarbures via Fujera.
02:28Fujera c'est une ville qui donne sur la mer d'Omane,
02:30donc qui est après le doutroi d'Hormuz.
02:32Ça c'est le premier effet.
02:33Deuxième effet qui explique cette différenciation entre les pays dont on parle.
02:36La situation budgétaire, vous avez des pays qui ont des ressources financières importantes.
02:40Je pense par exemple au Qatar, qui certes souffre énormément
02:43de la fermeture du détroit d'Hormuz, mais qui a des ressources financières.
02:47A l'inverse, c'est un pays comme Bahreïn par exemple qui est très endetté.
02:49Ou même l'Arabie Saoudite, on le sait, qui a un niveau d'endettement fort.
02:53Et puis il y a quand même des statistiques qui sont assez impressionnantes,
02:55même si on n'a pas toujours une clarté complète.
02:58Vous avez aussi des modèles économiques qui sont plus diversifiés.
03:00Je pense par exemple à Dubaï, Dubaï dans les Émirats arabes unis.
03:04On parle d'un taux d'occupation hôtelier qui serait tombé autour de 10%.
03:12C'est un chiffre qui est contesté par les autorités.
03:14On était à 80% avant la guerre, on serait autour de 10%.
03:17Les estimations plus optimistes sont autour de 20-25% pour le deuxième trimestre 2026.
03:22Donc ça a des impacts colossaux.
03:23On sait aussi, pour le transport aérien, le nombre de vols sur Dubaï était réduit d'environ deux tiers au
03:31plus fort de la guerre.
03:32Le Qatar, donc Doha, c'est trois quarts.
03:35Donc on a vraiment des impacts qui sont multiples.
03:37Ça n'est pas que le pétrole ou le gaz.
03:40Ceux qui sont sur place ont le sentiment d'être dans un pays en solde en fait,
03:44avec des discounts absolument partout, notamment dans les hôtels qui tentent d'ouvrir l'après-midi,
03:49d'aller chercher une clientèle locale.
03:51C'est l'illustration de ces effets qui vont bien au-delà des sujets pétroliers ou des sujets de gaz,
03:57montre vraiment que ce pôle économique, qui est un pôle assez central finalement,
04:00dans la tectonique des plaques de l'économie mondiale, ces pays souffrent.
04:05La perte de réputation, ça va vraiment être un sujet important.
04:07Parce que pendant finalement plus d'une décennie, on a vu le Golfe comme une zone,
04:13en tout cas certains pays, comme une zone d'investissement relativement sûre.
04:16Ça reste évidemment des puissances économiques relativement importantes.
04:19Mais on voit par exemple en Arabie Saoudite, avec la réduction de la voilure sur le fameux progénéum,
04:24vous savez ce projet de ville futuriste, on a vu beaucoup, c'est The Line, cette grande ville.
04:29Il ne reste plus grand-chose.
04:30Il n'est même pas construit en réalité.
04:31Dans le projet, oui.
04:33Bon, ça, réduction de la voilure.
04:35Clairement aussi, les Émirats arabes unis, ils ont beaucoup de ressources et ils se relèveront.
04:39Mais ça a été le pays dans la région qui a été le plus visé par les frappes iraniennes,
04:45que ce soit à Abu Dhabi, que ce soit à Dubaï, vocation de jouer ce rôle de hub technologique, économique,
04:50financier.
04:51Eh bien aujourd'hui, il y a beaucoup plus d'attentisme de la part des investisseurs.
04:55Mais est-ce qu'ils ont réussi dans le Golfe ?
04:57On le sait pour les journalistes qui sont sur place avec une difficulté quand même de remonter ce qui se
05:00passe.
05:00Interdiction de filmer le ciel, par exemple.
05:02Vous n'avez pas le droit de parler librement de ce qui se passe sur l'aspect sécuritaire.
05:06Parce que c'est fondamental d'avoir l'air d'une plateforme sécuritaire.
05:10On se rappelle à quel point les investisseurs aiment ce qui est prévisible et visible.
05:14Eh bien, les touristes, tout simplement.
05:15Quand vous voyez des images, et on sait que parfois il y a des prismes médiatiques,
05:18mais quand vous avez des images de frappes dans certaines zones,
05:21eh bien évidemment, ça ne vous encourage pas à y aller.
05:23En fait, ce que l'on dit, c'est que le Golfe reste une zone volatile,
05:27avec un potentiel de croissance très fort,
05:29avec des moyens financiers, encore une fois, qui sont bien présents,
05:33et qui vont se relever.
05:34Ça prendra probablement un peu de temps, entre 6 mois et 18 mois,
05:36selon l'estimation et selon les pays.
05:39Mais, de toute évidence, il y a une forme d'arrêt.
05:42On le dit, il y a des cycles.
05:43Et cette volatilité, elle se traduit tous les 6, 7, 8 ans.
05:46Nous-mêmes, nous intervenons pas mal dans le Golfe pour nos clients.
05:49Nos correspondants locaux nous disent, voilà, tous les 6, 7, 8 ans,
05:51on doit s'attendre à des moments de ralentissement, des moments de volatilité.
05:56Nous y sommes.
05:57Et puis, voilà, on va voir comment ça évolue.
06:00Il y a aussi la question de la défense, qu'il faut commencer à repenser,
06:03puisque le rôle des États-Unis a changé pendant cette guerre.
06:06Il y a de nouveaux axes qui se créent,
06:08notamment, je pense à l'Arabie Saoudite,
06:09qui se rapproche du Pakistan, de l'Égypte, de la Turquie.
06:12Tout ça a un coût, évidemment, sur l'économie.
06:14C'est vrai, les États-Unis ont été, finalement,
06:16la puissance dominante et fédératrice de la zone
06:19pendant plus d'une décennie,
06:21pendant presque deux décennies.
06:23Là, on voit que cette guerre produit des divergences de vues.
06:28On a, par exemple, les Émirats arabes unis qui ont quitté l'OPEP,
06:31qui ont quitté l'Organisation mondiale du pétrole.
06:32Donc, c'est quand même quelque chose d'assez fort,
06:35parce que, justement, des divergences de vues avec l'Arabie Saoudite,
06:38l'Arabie Saoudite souhaitant se désengager,
06:41alors, de façon relative, mais de sa relation avec les États-Unis,
06:46alors que les Émirats arabes unis restent plus proches des États-Unis,
06:49on le voit sur les sujets de défense.
06:50On a vu, par exemple, les Émirats arabes unis interagir avec l'Ukraine,
06:53apprendre à se défendre contre les drones.
06:55Probablement que pour un certain nombre d'Européens,
06:58c'est aussi une chance, justement, d'arriver à sortir
07:01de cette relation si forte avec les États-Unis,
07:04parce que les Européens ont des choses à dire en matière de défense,
07:07en matière d'aérospace.
07:08Ils n'ont pas attendu cette guerre,
07:10mais là, ça crée vraiment une forme d'opportunité,
07:12parce que les pays du Golfe, aujourd'hui,
07:14ont une forme de doute, en tout cas partielle,
07:16mais de doute vis-à-vis des États-Unis.
07:17Et donc, chance pour l'Europe, chance pour des pays comme la France.
07:20Merci beaucoup Alexis Clark-Klin.
07:22Ce marché est venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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