00:00L'économie du Golfe, on va voir ça avec Alexis Kerklin-Smarchet qui nous a rejoint.
00:04Bonjour Alexis.
00:04Bonjour Laure.
00:05Les économies du Golfe, 4 mois de conflits, reprise des frappes, arrêts, reprise.
00:09Là on a un arrêt des hostilités annoncé ce matin par les Etats-Unis,
00:13mais on a eu un week-end évidemment sous tension des pays du Golfe qui sont loin d'être sortis
00:17d'affaires.
00:18Et oui parce que le Golfe Persil, quand on parle des pays du Golfe, en fait on parle de 6
00:22pays,
00:23et ces 6 pays ça représente moins de 1% de la population mondiale,
00:27mais ça produit 20 à 25% du pétrole mondial.
00:30Et c'est une grosse part du gaz mondial également.
00:32On l'oublie, c'est aussi 40% des actifs sous gestion des fonds souverains.
00:36Si on rajoute à ça la pétrochimie, l'aluminium, les engrais, en fait c'est un pôle économique majeur.
00:41Évidemment un pôle qui souffre.
00:43La fermeture du détroit d'Hormuz en mars dernier a été qualifiée par le FMI
00:47de la plus grande perturbation du marché pétrolier mondial de l'histoire.
00:51L'Agence internationale de l'énergie en a rajouté en disant que c'était elle-même
00:54la plus grande rupture d'approvisionnement de l'histoire.
00:56Donc on est vraiment dans un moment important.
00:58On voit que ces six pays qui souffrent, souffrent justement de cette guerre bien sûr,
01:04de cette conjoncture.
01:06Le mémorandum qui a été signé à Versailles le 17 juin n'est pas encore une paix complète.
01:12Et on le voit, vous l'avez rappelé avec les frappes ce week-end.
01:14Clairement il y a des effets.
01:16Les pays souffrent.
01:17Souffrent des effets sur les revenus d'exportation de pétrole et de gaz, mais aussi plus largement
01:22de la réputation et de la situation géopolitique actuelle.
01:26Annalisa, justement comment ça se concrétise ces difficultés économiques ?
01:30Alors d'abord il y a des révisions à la baisse qui ont été faites sur la croissance attendue
01:33pour les six pays, que ce soit la Banque mondiale, le FMI.
01:37On était parti en début d'année pour une croissance de la zone autour de 4%.
01:40On sera probablement en moyenne autour de 1%.
01:43Mais en vérité, la guerre fait complètement voler en éclat l'image d'un golfe homogène.
01:49Concrètement vous avez deux types de pays.
01:50Dans les six pays du golfe proprement dit, vous avez deux types de pays.
01:52Vous avez ceux qui vont être en récession, Bahreïn, Koweït, Qatar.
01:57Et ceux qui seront en ralentissement fort, mais normalement en croissance,
02:01Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis et Oman.
02:04Pourquoi cette différence ?
02:05D'abord il y a l'effet d'étroit d'Hormuz, les pays n'ont pas d'alternative.
02:08Vous prenez Qatar, Koweït, Bahreïn, vous n'avez pas d'alternative.
02:11Vos exportations passent par le doutroi d'Hormuz.
02:13Et évidemment ce sont les trois pays qui sont les plus concernés.
02:16C'est un peu la situation inverse pour l'Arabie Saoudite
02:19qui elle a pu rerouter ses exportations de pétrole via la mer Rouge.
02:23Et même les Émirats Arabes Unis qui ont pu rerouter une partie
02:25de leurs exportations d'hydrocarbures via Fujera.
02:28Fujera c'est une ville qui donne sur la mer d'Omane,
02:30donc qui est après le doutroi d'Hormuz.
02:32Ça c'est le premier effet.
02:33Deuxième effet qui explique cette différenciation entre les pays dont on parle.
02:36La situation budgétaire, vous avez des pays qui ont des ressources financières importantes.
02:40Je pense par exemple au Qatar, qui certes souffre énormément
02:43de la fermeture du détroit d'Hormuz, mais qui a des ressources financières.
02:47A l'inverse, c'est un pays comme Bahreïn par exemple qui est très endetté.
02:49Ou même l'Arabie Saoudite, on le sait, qui a un niveau d'endettement fort.
02:53Et puis il y a quand même des statistiques qui sont assez impressionnantes,
02:55même si on n'a pas toujours une clarté complète.
02:58Vous avez aussi des modèles économiques qui sont plus diversifiés.
03:00Je pense par exemple à Dubaï, Dubaï dans les Émirats arabes unis.
03:04On parle d'un taux d'occupation hôtelier qui serait tombé autour de 10%.
03:12C'est un chiffre qui est contesté par les autorités.
03:14On était à 80% avant la guerre, on serait autour de 10%.
03:17Les estimations plus optimistes sont autour de 20-25% pour le deuxième trimestre 2026.
03:22Donc ça a des impacts colossaux.
03:23On sait aussi, pour le transport aérien, le nombre de vols sur Dubaï était réduit d'environ deux tiers au
03:31plus fort de la guerre.
03:32Le Qatar, donc Doha, c'est trois quarts.
03:35Donc on a vraiment des impacts qui sont multiples.
03:37Ça n'est pas que le pétrole ou le gaz.
03:40Ceux qui sont sur place ont le sentiment d'être dans un pays en solde en fait,
03:44avec des discounts absolument partout, notamment dans les hôtels qui tentent d'ouvrir l'après-midi,
03:49d'aller chercher une clientèle locale.
03:51C'est l'illustration de ces effets qui vont bien au-delà des sujets pétroliers ou des sujets de gaz,
03:57montre vraiment que ce pôle économique, qui est un pôle assez central finalement,
04:00dans la tectonique des plaques de l'économie mondiale, ces pays souffrent.
04:05La perte de réputation, ça va vraiment être un sujet important.
04:07Parce que pendant finalement plus d'une décennie, on a vu le Golfe comme une zone,
04:13en tout cas certains pays, comme une zone d'investissement relativement sûre.
04:16Ça reste évidemment des puissances économiques relativement importantes.
04:19Mais on voit par exemple en Arabie Saoudite, avec la réduction de la voilure sur le fameux progénéum,
04:24vous savez ce projet de ville futuriste, on a vu beaucoup, c'est The Line, cette grande ville.
04:29Il ne reste plus grand-chose.
04:30Il n'est même pas construit en réalité.
04:31Dans le projet, oui.
04:33Bon, ça, réduction de la voilure.
04:35Clairement aussi, les Émirats arabes unis, ils ont beaucoup de ressources et ils se relèveront.
04:39Mais ça a été le pays dans la région qui a été le plus visé par les frappes iraniennes,
04:45que ce soit à Abu Dhabi, que ce soit à Dubaï, vocation de jouer ce rôle de hub technologique, économique,
04:50financier.
04:51Eh bien aujourd'hui, il y a beaucoup plus d'attentisme de la part des investisseurs.
04:55Mais est-ce qu'ils ont réussi dans le Golfe ?
04:57On le sait pour les journalistes qui sont sur place avec une difficulté quand même de remonter ce qui se
05:00passe.
05:00Interdiction de filmer le ciel, par exemple.
05:02Vous n'avez pas le droit de parler librement de ce qui se passe sur l'aspect sécuritaire.
05:06Parce que c'est fondamental d'avoir l'air d'une plateforme sécuritaire.
05:10On se rappelle à quel point les investisseurs aiment ce qui est prévisible et visible.
05:14Eh bien, les touristes, tout simplement.
05:15Quand vous voyez des images, et on sait que parfois il y a des prismes médiatiques,
05:18mais quand vous avez des images de frappes dans certaines zones,
05:21eh bien évidemment, ça ne vous encourage pas à y aller.
05:23En fait, ce que l'on dit, c'est que le Golfe reste une zone volatile,
05:27avec un potentiel de croissance très fort,
05:29avec des moyens financiers, encore une fois, qui sont bien présents,
05:33et qui vont se relever.
05:34Ça prendra probablement un peu de temps, entre 6 mois et 18 mois,
05:36selon l'estimation et selon les pays.
05:39Mais, de toute évidence, il y a une forme d'arrêt.
05:42On le dit, il y a des cycles.
05:43Et cette volatilité, elle se traduit tous les 6, 7, 8 ans.
05:46Nous-mêmes, nous intervenons pas mal dans le Golfe pour nos clients.
05:49Nos correspondants locaux nous disent, voilà, tous les 6, 7, 8 ans,
05:51on doit s'attendre à des moments de ralentissement, des moments de volatilité.
05:56Nous y sommes.
05:57Et puis, voilà, on va voir comment ça évolue.
06:00Il y a aussi la question de la défense, qu'il faut commencer à repenser,
06:03puisque le rôle des États-Unis a changé pendant cette guerre.
06:06Il y a de nouveaux axes qui se créent,
06:08notamment, je pense à l'Arabie Saoudite,
06:09qui se rapproche du Pakistan, de l'Égypte, de la Turquie.
06:12Tout ça a un coût, évidemment, sur l'économie.
06:14C'est vrai, les États-Unis ont été, finalement,
06:16la puissance dominante et fédératrice de la zone
06:19pendant plus d'une décennie,
06:21pendant presque deux décennies.
06:23Là, on voit que cette guerre produit des divergences de vues.
06:28On a, par exemple, les Émirats arabes unis qui ont quitté l'OPEP,
06:31qui ont quitté l'Organisation mondiale du pétrole.
06:32Donc, c'est quand même quelque chose d'assez fort,
06:35parce que, justement, des divergences de vues avec l'Arabie Saoudite,
06:38l'Arabie Saoudite souhaitant se désengager,
06:41alors, de façon relative, mais de sa relation avec les États-Unis,
06:46alors que les Émirats arabes unis restent plus proches des États-Unis,
06:49on le voit sur les sujets de défense.
06:50On a vu, par exemple, les Émirats arabes unis interagir avec l'Ukraine,
06:53apprendre à se défendre contre les drones.
06:55Probablement que pour un certain nombre d'Européens,
06:58c'est aussi une chance, justement, d'arriver à sortir
07:01de cette relation si forte avec les États-Unis,
07:04parce que les Européens ont des choses à dire en matière de défense,
07:07en matière d'aérospace.
07:08Ils n'ont pas attendu cette guerre,
07:10mais là, ça crée vraiment une forme d'opportunité,
07:12parce que les pays du Golfe, aujourd'hui,
07:14ont une forme de doute, en tout cas partielle,
07:16mais de doute vis-à-vis des États-Unis.
07:17Et donc, chance pour l'Europe, chance pour des pays comme la France.
07:20Merci beaucoup Alexis Clark-Klin.
07:22Ce marché est venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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