00:00Invité ce matin, c'est Sébastien Abyss, directeur du Club des Métères, chercheur associé à l'IRIS.
00:04Bonjour Sébastien, vous avez écrit un nouveau livre sur le cochon.
00:07Tout est enfin bon dans le cochon, on va y venir dans un instant.
00:10Mais je sais que ça fait des années que vous travaillez sur le Ouigovi,
00:12que vous réfléchissez aux impacts que ça a de ne plus manger sur l'ensemble de la chaîne alimentaire,
00:18mais aussi sur les comportements de chacun.
00:19Et on a cette information aujourd'hui, il va y avoir un remboursement à partir de l'été,
00:24alors pas en intégralité du Ouigovi, et puis le prix va baisser.
00:27Qu'est-ce que ça va changer pour vous ? C'est quoi votre première réflexion quand vous entendez ça
00:32?
00:32Oui, bonjour Laure. En effet, les coupes fins, c'est vraiment une disruption qu'il faut surveiller de très près
00:37sur le marché mondial de l'agroalimentaire.
00:40En fait, ça a explosé il y a 3-4 ans aux États-Unis notamment.
00:44Donc c'est des traitements médicaux pour personnes souffrant d'obésité.
00:50Et donc c'est un protocole médical au départ.
00:53Mais c'est vrai qu'il y a eu un emballement sur le marché nord-américain,
00:56parce que beaucoup de personnes ont vu que ces solutions permettaient de perdre rapidement du poids.
01:01C'est très efficace.
01:02C'est très efficace.
01:03Et donc vous déconsommez aussi en parallèle.
01:07On voit qu'en France, ces solutions, que ce soit Osempic Végovi ou Mounjarro Z-Bound,
01:14les solutions les plus connues, ça coûte cher.
01:19La boîte d'injection mensuelle, c'est 300 euros par mois aujourd'hui en France.
01:23Ce n'est pas remboursé.
01:24Et en effet, la sécurité sociale va porter à 65% un remboursement
01:28pour les personnes souffrant d'obésité massive ou d'obésité avec de la comorbidité.
01:34Donc c'est une évolution.
01:35Et il faut quand même souligner à quel point, pour les personnes obèses,
01:39c'est vu comme une véritable solution.
01:41Et en revanche, l'utilisation par des personnes qui n'ont pas de prescription médicale,
01:47on est dans un autre registre.
01:50Il y a encore beaucoup d'inconnus.
01:51Il y a des travaux et des études qui sont menés pour regarder les effets.
01:55Mais force est de constater, aux États-Unis, depuis deux ans,
01:59vous avez une diminution de consommation de certains produits très transformés, très sucrés.
02:03Et donc, il y a des conséquences sur certaines dépenses alimentaires globales,
02:07sur certaines gammes de produits.
02:08Mais il y a aussi des conséquences, par exemple, sur le marché du textile.
02:11Les vêtements de très grande taille, par exemple,
02:13aujourd'hui, les stocks sont désinvendus.
02:15Donc on voit déjà concrètement l'impact de ces médicaments sur d'autres activités.
02:21Oui, sur d'autres activités, ça cascade.
02:23Et en fait, encore une fois, on a un vrai sujet de surpoids et d'obésité dans le monde.
02:28Aujourd'hui, on estime que près de 2 milliards d'individus dans le monde
02:33sont concernés par le surpoids et l'obésité.
02:35C'est un problème qui est aujourd'hui supérieur à la faim dans le monde.
02:39Donc ce problème est un sujet planétaire.
02:43La Chine est de plus en plus concernée.
02:45La Chine prépare son propre générique
02:46pour avoir des solutions pharmaceutiques
02:49qui soient en concurrence avec les solutions proposées
02:53par le laboratoire danois Novo Nordisk, côté européen.
02:57Et puis le laboratoire états-unien leader en la matière,
03:00qui est Lilili, qui est notamment le fournisseur de Mounjarro, Zemba.
03:04Mais ceux qui, aujourd'hui, ont les moyens de se l'acheter sans être remboursés,
03:08qui parfois sont la même clientèle que celles qui allaient au restaurant,
03:12là, ça va poser des difficultés.
03:13Enfin, moi, je le vois à l'œil nu.
03:15Beaucoup de gens en prennent aujourd'hui non remboursés
03:17et qui n'étaient pas en situation d'obésité.
03:19C'est devenu quelque chose qui se prend couramment, quand même.
03:22Absolument.
03:22Il y a une banalisation presque qui s'installe.
03:26Il faut avoir des moyens économiques non négligeables.
03:28Et les motivations ne sont pas toujours les mêmes.
03:29C'est-à-dire, il peut y avoir une motivation de perte de poids.
03:31Il peut y avoir des motivations de gens
03:33qui n'ont pas forcément des problèmes de surpoids ou d'obésité,
03:36mais qui veulent perdre du poids pour des raisons esthétiques, etc.
03:40Et ça pose aussi plein de questions sur le rapport à l'image
03:43et ce culte de l'image aujourd'hui, notamment sur les réseaux sociaux.
03:46Mais vous avez aussi des motivations, parfois,
03:48qui consistent à déconsommer sur le plan alimentaire
03:51pour faire du bien à la planète.
03:53Parce que l'alimentation aurait évidemment un bilan environnemental.
03:56On utilise des ressources, etc.
03:58Et donc, déconsommer par l'alimentaire,
03:59c'est finalement aussi contribuer un peu aux transitions écologiques.
04:03Alors évidemment, on se sert la ceinture sur le plan alimentaire.
04:05Ça pose quand même une question sociétale,
04:07puisque l'alimentation, c'est notre rapport aux autres au quotidien.
04:11C'est un rite universel.
04:13Et c'est vrai que si demain, on n'a plus de temps sociaux
04:15pour manger les uns avec les autres,
04:17et qu'on pourra prendre des pilules simplement
04:19pour continuer à avoir nos activités,
04:20on rentre quand même dans un modèle civilisationnel
04:23qui doit nous interroger.
04:24Parce que pour l'instant, c'est des piqûres, mais...
04:26Les pilules arrivent.
04:41Les pilules arrivent.
04:42Vous, c'est quoi votre analyse du marché ?
04:44Moi, j'ai souhaité traiter un peu le sujet de l'animal.
04:47On parle beaucoup de bien-être animal ces dernières années en Europe.
04:50Et en fait, on fait des choses.
04:51Il y a des transitions qui sont effectuées.
04:53Et il faut pouvoir le constater.
04:56Il faut constater par ailleurs que la consommation de viande
04:58dans le monde augmente considérablement.
05:01La recherche de protéines est une tendance lourde.
05:05Et donc, la viande de porc, par exemple,
05:06la consommation mondiale a tout de même été multipliée par 4 en 50 ans,
05:10avec notamment en Asie, mais de plus en plus aussi en Amérique latine,
05:14en Afrique, etc.
05:15C'est stable au niveau européen.
05:17Stable aussi parce que démographiquement,
05:19on n'est plus en grande croissance ces dernières années.
05:21Mais c'est la protéine la moins chère.
05:23Et en fait, au-delà de ça, ce qui est intéressant avec le cochon,
05:26c'est que cette expression que tout le monde connaît,
05:27expression populaire, tout est bon dans le cochon,
05:29est une véritable réalité aujourd'hui industrielle et économique.
05:33C'est-à-dire que tout est récupéré dans le cochon.
05:35Absolument toutes les parties du cochon,
05:37avec parfois des consommations alimentaires différentes.
05:40selon les pays.
05:41Mais surtout, il y a des coproduits.
05:43On va utiliser des morceaux du cochon pour faire de l'énergie,
05:47pour aller chercher des solutions médicales dans le domaine de la santé.
05:50On va même aujourd'hui être capable d'utiliser le lisier du cochon,
05:53c'est-à-dire les déchets du cochon, pour faire des fertilisants.
05:56Il y a un petit sujet géopolitique des engrais actuellement dans le monde.
06:00Donc, faire des fertilisants verts, écologiques,
06:03circuit court, en fait, le cochon apporte des solutions.
06:05Et donc, c'est vrai que cet animal incarne finalement nos transitions aussi écologiques
06:10et de performances de bien-être animal, avec encore des besoins alimentaires.
06:15Il nous reste quelques secondes.
06:16Qu'est-ce qu'on utilise dans le cochon pour faire de l'énergie ?
06:18On va pouvoir utiliser certaines parties du cochon,
06:21parfois même la carcasse, etc.
06:23Mais on va utiliser le lisier, les déchets du cochon,
06:26qui peuvent aussi rentrer dans la méthanisation et faire du biogaz.
06:29Merci beaucoup Sébastien Abyss, ça s'appelle
06:31Tout est enfin bon dans le cochon, c'est chez Armand Colin.
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