Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 semaine
Arthur Portier, consultant chez Argus Media, était l'invité d'Erwan Morice dans Good Morning Business, ce mercredi 5 août. Ils sont revenus sur les conséquences des fortes chaleurs et des températures élevées sur les récoltes, ainsi que sur les stratégies d'adaptation mises en place par les agriculteurs pour faire face à ces conditions climatiques, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Ce matin, nous parlons des conséquences du climat et notamment des fortes chaleurs de cet été sur les récoltes.
00:04Avec vous, Arthur Portier, bonjour.
00:06Bonjour.
00:06Merci d'être avec nous, consultant chez Argus Media, principal fournisseur d'informations sur les marchés mondiaux de l'énergie
00:11et des matières premières.
00:12Alors, Arthur, nous avons vécu en France le mois de juillet le plus chaud depuis le début des relevés météorologiques.
00:19Est-ce qu'on évalue déjà ou est-ce qu'on peut anticiper l'évaluation des conséquences sur nos récoltes
00:24?
00:24Alors, sur les récoltes, ce n'est pas véritablement le mois de juillet, en tout cas sur les cultures d
00:28'automne,
00:28à savoir le blé principalement, l'orge ou le colza, que nous avons récolté cette année de manière très précoce,
00:34en raison du déficit hydrique et de la canicule qui a accéléré le cycle de production.
00:39Mais on a une baisse de la production de blé tendre en France, estimée à moins 7, moins 8%,
00:43en raison du déficit hydrique marqué et des fortes températures que nous avons eus principalement sur les mois de mai
00:49et juin.
00:49De toute façon, depuis ces dernières années, les agriculteurs s'habituent à récolter de plus en plus tôt.
00:54Dans la vigne, c'est la même chose.
00:56Enfin, il y a vraiment une tendance, là, très claire.
00:59Alors, on voit tout à fait, il y a une tendance à des récoltes qui sont relativement précoces.
01:03Là, ce qu'il faut tout de même souligner, c'est qu'au-delà de cette précocité,
01:06on a un cycle qui a été tellement accéléré qu'il y a eu une perte derrière du rendement.
01:10Et si c'est le cas à l'heure actuelle pour les cultures qui ont été semées à l'automne
01:14dernier,
01:15pour les cultures de printemps, là, la catastrophe est assurée.
01:18Je pense notamment au maïs, je pense notamment au tournesol,
01:20mais les betteraves seront aussi concernées,
01:22puisque nous les avons semées au printemps et il y a eu très peu d'eau depuis.
01:26Donc, nous allons les récolter dans plusieurs semaines.
01:28Et la catastrophe s'annonce vraiment importante pour le marché du maïs, notamment.
01:32On parle de quelle baisse de volume ?
01:33Alors, sur la partie maïs, on produit aux alentours des 12-13 millions de tonnes habituellement en France.
01:37Il faut savoir que pour ce produit-là, on a la double peine,
01:40puisque nous avons une baisse des surfaces de l'ordre de 19% cette année,
01:44la résultante notamment de ce qui s'est passé au conflit au Moyen-Orient,
01:48qui a entraîné une hausse du prix des engrais.
01:50Donc, les agriculteurs ont délaissé un petit peu le maïs face à la flambée des coûts de production
01:54et s'ajoute à cette baisse des surfaces une baisse assurée du rendement,
01:57ce qui fait que la production pourrait passer sous les 7 millions de tonnes
02:00et c'est les plus bas niveaux depuis au moins 50 ans.
02:02Sur les prix, justement, où est-ce qu'on en est ?
02:04Et est-ce que la situation est tenable pour nos agriculteurs ?
02:08Alors, la situation est intenable sur bon nombre de produits,
02:10puisqu'il y a eu une hausse des charges particulièrement marquée déjà l'an passé
02:14avec une hausse du prix des engrais,
02:15qui s'est accélérée suite notamment au conflit au Moyen-Orient,
02:18puisque le détroit d'Ormouz laisse passer notamment 30% de l'urée au niveau mondial,
02:22donc ça a eu un impact significatif sur les prix.
02:24Et cette flambée des prix des engrais sera principalement pour la récolte 2027,
02:29donc les emblavements, les semis que nous allons devoir réaliser là dans les prochaines semaines.
02:33La météo fait que les semis de colza seront perturbés sur le mois d'août
02:36et les semis de blé sur la période notamment de septembre-octobre
02:39pourraient être aussi perturbés, soit par la météo s'il ne pleut pas d'ici là,
02:43mais également face à des coûts de production qui sont supérieurs à l'heure actuelle au prix de vente
02:48et donc la situation est intenable.
02:49Ormouz, on en parlait dans cette édition parce que du côté de Washington,
02:54on dit que les négociations avancent, qu'il pourrait y avoir un accord aujourd'hui,
02:58même si pour l'instant en fait on n'a pas davantage d'informations
03:02et de manière de garantir tout cela.
03:05Ça plus le climat, ça fait peser quand même beaucoup d'incertitudes encore pour les mois,
03:10peut-être même l'année à venir.
03:12Oui tout à fait, les incertitudes sont très nombreuses,
03:14alors on l'a évoqué sur le climat, on l'a sur Ormouz principalement
03:18pour le prix des engrais mais aussi sur le prix des énergies,
03:20ça a été rappelé précédemment, les déclarations de Donald Trump
03:23ou du secrétaire Besent font évidemment évoluer les cours de l'or noir
03:27et donc in fine ont un impact sur les matières premières agricoles,
03:30on l'a vu hier.
03:30Ça fait baisser le pétrole mais ça fait monter...
03:32Alors non, ça fait baisser le pétrole et ça fait principalement également baisser
03:35les matières premières agricoles puisqu'elles vont de pair
03:37et par exemple on peut avoir pour répondre à cette crise énergétique
03:41et la hausse des prix du pétrole,
03:42certains états notamment au Brésil et aux Etats-Unis
03:44qui accélèrent la production d'éthanol
03:47et donc pour faire la production d'éthanol on utilise principalement le maïs
03:50donc plus de demandes par rapport à l'offre
03:53et ça engendre une hausse des prix.
03:54Et on a aussi sur le théâtre géopolitique ce qui se passe actuellement en mer Noire
03:59qui est évidemment à souligner de près pour les opérateurs du marché
04:02tout simplement parce que la Russie et l'Ukraine c'est 27% par exemple
04:06des exportations de blé au niveau mondial.
04:07Lorsque vous bloquez les exportations de l'Ukraine et les exportations de la Russie
04:11naturellement ça crée un contexte d'incertitude extrêmement élevé pour les mois à venir.
04:15Si on revient un instant sur la question du climat avec vous Arthur Portier
04:18on voit que ces épisodes de sécheresse sont appelés à se répéter.
04:21Comment est-ce qu'on s'adapte dans ce contexte ?
04:24Les agriculteurs se sont toujours adaptés dans le sens où on régit évidemment
04:27on nous donne souvent des leçons mais il ne faut pas oublier
04:29qu'on régit des conditions pédoclimatiques.
04:31Donc on a le sol et le climat, on ne peut pas produire tout partout et tout le temps.
04:34Là où il va falloir faire attention c'est d'avoir justement une certaine régularité
04:37désormais sur nos productions parce qu'on le voit
04:39les chocs et les à-coups de production sont de plus en plus importants.
04:42Je parle au niveau européen mais aussi au niveau mondial.
04:44On parle d'un super El Nino potentiellement en Australie
04:47qui aura des conséquences aussi significatives sur la production.
04:50Donc l'adaptation elle se fait sur toute la chaîne.
04:52Elle se fait évidemment en premier lieu sur les agriculteurs
04:55mais il y a également toute la chaîne et notamment la science qui peut nous aider
04:58avec des entreprises qui sont pionnières en la matière en France.
05:02Du Limagrin ou Florimond-des-Prés sont des sociétés dans les semences
05:05où la recherche est extrêmement importante et sur laquelle ils investissent beaucoup.
05:08Parce qu'on a parlé récemment avec la décision du Sénat
05:11du retour de certains ou de l'arrivée même de certains pesticides
05:14pour certaines cultures.
05:16On est plutôt aujourd'hui dans des solutions d'urgence
05:19que dans des solutions d'innovation qui seront peut-être plus long terme.
05:22Tout à fait, tout simplement parce qu'aujourd'hui on utilise beaucoup le terme urgence.
05:26On a des aides débloquées, des aides d'urgence.
05:28Mais en fait si on fait aujourd'hui un parallèle avec ce qui se passe depuis plusieurs mois,
05:32le terme urgence on l'utilise de plus en plus fréquemment.
05:35Donc il n'y a plus rien d'urgent.
05:36L'urgence est devenue normale.
05:37Tout à fait, l'urgence est devenue normale.
05:38On a des aides d'urgence, etc.
05:40Il faut construire un plan et une vision qui soient beaucoup plus durables.
05:43Moi aujourd'hui je n'attends pas à ce que l'on m'aide par exemple
05:45sur des plans d'urgence pour le GNR ou pour les engrais
05:48si précédemment on a taxé davantage que d'autres pays européens
05:52ou d'autres pays mondiaux sur ces sujets-là.
05:54Donc il est évidemment de bon ton et intérêt
05:56de construire une politique et une vision relativement durable sur le sujet.
06:00Alors les récoltes et l'agriculture française en difficulté,
06:02à l'inverse, est-ce qu'on a des régions du monde
06:04où on a de bons crus cette année, là en 2026 ?
06:07Alors la Russie par exemple a fait en termes de culture
06:10notamment des blés d'hiver, les blés de printemps un petit peu difficiles
06:13mais les blés d'hiver vont faire une production aux alentours des 90 millions de tonnes
06:16donc c'est relativement correct.
06:17Les Etats-Unis font une récolte catastrophique
06:20également une baisse des surfaces assez drastique
06:22et là où on a une montée en puissance mais qui se vérifie
06:24c'est principalement sur la partie argentine et Brésil
06:28où on a un développement agricole très fort
06:30tout simplement parce qu'ils ont aussi utilisé la crise énergétique
06:34comme vecteur de soutien pour l'agriculture
06:36et donc ils vont plein boom actuellement
06:38notamment dans la production de maïs et de soja
06:40pour l'industrie du biodiesel et de l'éthanol.
06:42Mais donc est-ce que la France va nécessairement devenir
06:44plus dépendante d'importations agricoles
06:46et typiquement de ces pays ?
06:48C'est tout à fait ce que l'on est en train de pointer du doigt à l'heure actuelle
06:51on a encore une souveraineté alimentaire sur certains produits
06:54qu'il faut construire
06:55on est encore exportateur, il faut le rappeler
06:57notamment sur le blé
06:58on est encore une grande puissance agricole
06:59mais une puissance agricole ça ne se décrète pas, ça se construit
07:02et force est de constater qu'à l'heure actuelle
07:04on construit de moins en moins cette puissance
07:06que l'on veut opérer dans les prochaines années.
07:07Merci beaucoup pour ces explications et ces éclairages
07:10avec nous Arthur Portier ce matin
07:11consultant chez Argus Média
Commentaires

Recommandations