00:00Ce matin, nous parlons des conséquences du climat et notamment des fortes chaleurs de cet été sur les récoltes.
00:04Avec vous, Arthur Portier, bonjour.
00:06Bonjour.
00:06Merci d'être avec nous, consultant chez Argus Media, principal fournisseur d'informations sur les marchés mondiaux de l'énergie
00:11et des matières premières.
00:12Alors, Arthur, nous avons vécu en France le mois de juillet le plus chaud depuis le début des relevés météorologiques.
00:19Est-ce qu'on évalue déjà ou est-ce qu'on peut anticiper l'évaluation des conséquences sur nos récoltes
00:24?
00:24Alors, sur les récoltes, ce n'est pas véritablement le mois de juillet, en tout cas sur les cultures d
00:28'automne,
00:28à savoir le blé principalement, l'orge ou le colza, que nous avons récolté cette année de manière très précoce,
00:34en raison du déficit hydrique et de la canicule qui a accéléré le cycle de production.
00:39Mais on a une baisse de la production de blé tendre en France, estimée à moins 7, moins 8%,
00:43en raison du déficit hydrique marqué et des fortes températures que nous avons eus principalement sur les mois de mai
00:49et juin.
00:49De toute façon, depuis ces dernières années, les agriculteurs s'habituent à récolter de plus en plus tôt.
00:54Dans la vigne, c'est la même chose.
00:56Enfin, il y a vraiment une tendance, là, très claire.
00:59Alors, on voit tout à fait, il y a une tendance à des récoltes qui sont relativement précoces.
01:03Là, ce qu'il faut tout de même souligner, c'est qu'au-delà de cette précocité,
01:06on a un cycle qui a été tellement accéléré qu'il y a eu une perte derrière du rendement.
01:10Et si c'est le cas à l'heure actuelle pour les cultures qui ont été semées à l'automne
01:14dernier,
01:15pour les cultures de printemps, là, la catastrophe est assurée.
01:18Je pense notamment au maïs, je pense notamment au tournesol,
01:20mais les betteraves seront aussi concernées,
01:22puisque nous les avons semées au printemps et il y a eu très peu d'eau depuis.
01:26Donc, nous allons les récolter dans plusieurs semaines.
01:28Et la catastrophe s'annonce vraiment importante pour le marché du maïs, notamment.
01:32On parle de quelle baisse de volume ?
01:33Alors, sur la partie maïs, on produit aux alentours des 12-13 millions de tonnes habituellement en France.
01:37Il faut savoir que pour ce produit-là, on a la double peine,
01:40puisque nous avons une baisse des surfaces de l'ordre de 19% cette année,
01:44la résultante notamment de ce qui s'est passé au conflit au Moyen-Orient,
01:48qui a entraîné une hausse du prix des engrais.
01:50Donc, les agriculteurs ont délaissé un petit peu le maïs face à la flambée des coûts de production
01:54et s'ajoute à cette baisse des surfaces une baisse assurée du rendement,
01:57ce qui fait que la production pourrait passer sous les 7 millions de tonnes
02:00et c'est les plus bas niveaux depuis au moins 50 ans.
02:02Sur les prix, justement, où est-ce qu'on en est ?
02:04Et est-ce que la situation est tenable pour nos agriculteurs ?
02:08Alors, la situation est intenable sur bon nombre de produits,
02:10puisqu'il y a eu une hausse des charges particulièrement marquée déjà l'an passé
02:14avec une hausse du prix des engrais,
02:15qui s'est accélérée suite notamment au conflit au Moyen-Orient,
02:18puisque le détroit d'Ormouz laisse passer notamment 30% de l'urée au niveau mondial,
02:22donc ça a eu un impact significatif sur les prix.
02:24Et cette flambée des prix des engrais sera principalement pour la récolte 2027,
02:29donc les emblavements, les semis que nous allons devoir réaliser là dans les prochaines semaines.
02:33La météo fait que les semis de colza seront perturbés sur le mois d'août
02:36et les semis de blé sur la période notamment de septembre-octobre
02:39pourraient être aussi perturbés, soit par la météo s'il ne pleut pas d'ici là,
02:43mais également face à des coûts de production qui sont supérieurs à l'heure actuelle au prix de vente
02:48et donc la situation est intenable.
02:49Ormouz, on en parlait dans cette édition parce que du côté de Washington,
02:54on dit que les négociations avancent, qu'il pourrait y avoir un accord aujourd'hui,
02:58même si pour l'instant en fait on n'a pas davantage d'informations
03:02et de manière de garantir tout cela.
03:05Ça plus le climat, ça fait peser quand même beaucoup d'incertitudes encore pour les mois,
03:10peut-être même l'année à venir.
03:12Oui tout à fait, les incertitudes sont très nombreuses,
03:14alors on l'a évoqué sur le climat, on l'a sur Ormouz principalement
03:18pour le prix des engrais mais aussi sur le prix des énergies,
03:20ça a été rappelé précédemment, les déclarations de Donald Trump
03:23ou du secrétaire Besent font évidemment évoluer les cours de l'or noir
03:27et donc in fine ont un impact sur les matières premières agricoles,
03:30on l'a vu hier.
03:30Ça fait baisser le pétrole mais ça fait monter...
03:32Alors non, ça fait baisser le pétrole et ça fait principalement également baisser
03:35les matières premières agricoles puisqu'elles vont de pair
03:37et par exemple on peut avoir pour répondre à cette crise énergétique
03:41et la hausse des prix du pétrole,
03:42certains états notamment au Brésil et aux Etats-Unis
03:44qui accélèrent la production d'éthanol
03:47et donc pour faire la production d'éthanol on utilise principalement le maïs
03:50donc plus de demandes par rapport à l'offre
03:53et ça engendre une hausse des prix.
03:54Et on a aussi sur le théâtre géopolitique ce qui se passe actuellement en mer Noire
03:59qui est évidemment à souligner de près pour les opérateurs du marché
04:02tout simplement parce que la Russie et l'Ukraine c'est 27% par exemple
04:06des exportations de blé au niveau mondial.
04:07Lorsque vous bloquez les exportations de l'Ukraine et les exportations de la Russie
04:11naturellement ça crée un contexte d'incertitude extrêmement élevé pour les mois à venir.
04:15Si on revient un instant sur la question du climat avec vous Arthur Portier
04:18on voit que ces épisodes de sécheresse sont appelés à se répéter.
04:21Comment est-ce qu'on s'adapte dans ce contexte ?
04:24Les agriculteurs se sont toujours adaptés dans le sens où on régit évidemment
04:27on nous donne souvent des leçons mais il ne faut pas oublier
04:29qu'on régit des conditions pédoclimatiques.
04:31Donc on a le sol et le climat, on ne peut pas produire tout partout et tout le temps.
04:34Là où il va falloir faire attention c'est d'avoir justement une certaine régularité
04:37désormais sur nos productions parce qu'on le voit
04:39les chocs et les à-coups de production sont de plus en plus importants.
04:42Je parle au niveau européen mais aussi au niveau mondial.
04:44On parle d'un super El Nino potentiellement en Australie
04:47qui aura des conséquences aussi significatives sur la production.
04:50Donc l'adaptation elle se fait sur toute la chaîne.
04:52Elle se fait évidemment en premier lieu sur les agriculteurs
04:55mais il y a également toute la chaîne et notamment la science qui peut nous aider
04:58avec des entreprises qui sont pionnières en la matière en France.
05:02Du Limagrin ou Florimond-des-Prés sont des sociétés dans les semences
05:05où la recherche est extrêmement importante et sur laquelle ils investissent beaucoup.
05:08Parce qu'on a parlé récemment avec la décision du Sénat
05:11du retour de certains ou de l'arrivée même de certains pesticides
05:14pour certaines cultures.
05:16On est plutôt aujourd'hui dans des solutions d'urgence
05:19que dans des solutions d'innovation qui seront peut-être plus long terme.
05:22Tout à fait, tout simplement parce qu'aujourd'hui on utilise beaucoup le terme urgence.
05:26On a des aides débloquées, des aides d'urgence.
05:28Mais en fait si on fait aujourd'hui un parallèle avec ce qui se passe depuis plusieurs mois,
05:32le terme urgence on l'utilise de plus en plus fréquemment.
05:35Donc il n'y a plus rien d'urgent.
05:36L'urgence est devenue normale.
05:37Tout à fait, l'urgence est devenue normale.
05:38On a des aides d'urgence, etc.
05:40Il faut construire un plan et une vision qui soient beaucoup plus durables.
05:43Moi aujourd'hui je n'attends pas à ce que l'on m'aide par exemple
05:45sur des plans d'urgence pour le GNR ou pour les engrais
05:48si précédemment on a taxé davantage que d'autres pays européens
05:52ou d'autres pays mondiaux sur ces sujets-là.
05:54Donc il est évidemment de bon ton et intérêt
05:56de construire une politique et une vision relativement durable sur le sujet.
06:00Alors les récoltes et l'agriculture française en difficulté,
06:02à l'inverse, est-ce qu'on a des régions du monde
06:04où on a de bons crus cette année, là en 2026 ?
06:07Alors la Russie par exemple a fait en termes de culture
06:10notamment des blés d'hiver, les blés de printemps un petit peu difficiles
06:13mais les blés d'hiver vont faire une production aux alentours des 90 millions de tonnes
06:16donc c'est relativement correct.
06:17Les Etats-Unis font une récolte catastrophique
06:20également une baisse des surfaces assez drastique
06:22et là où on a une montée en puissance mais qui se vérifie
06:24c'est principalement sur la partie argentine et Brésil
06:28où on a un développement agricole très fort
06:30tout simplement parce qu'ils ont aussi utilisé la crise énergétique
06:34comme vecteur de soutien pour l'agriculture
06:36et donc ils vont plein boom actuellement
06:38notamment dans la production de maïs et de soja
06:40pour l'industrie du biodiesel et de l'éthanol.
06:42Mais donc est-ce que la France va nécessairement devenir
06:44plus dépendante d'importations agricoles
06:46et typiquement de ces pays ?
06:48C'est tout à fait ce que l'on est en train de pointer du doigt à l'heure actuelle
06:51on a encore une souveraineté alimentaire sur certains produits
06:54qu'il faut construire
06:55on est encore exportateur, il faut le rappeler
06:57notamment sur le blé
06:58on est encore une grande puissance agricole
06:59mais une puissance agricole ça ne se décrète pas, ça se construit
07:02et force est de constater qu'à l'heure actuelle
07:04on construit de moins en moins cette puissance
07:06que l'on veut opérer dans les prochaines années.
07:07Merci beaucoup pour ces explications et ces éclairages
07:10avec nous Arthur Portier ce matin
07:11consultant chez Argus Média
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