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  • il y a 2 jours
Découvrez l’histoire bouleversante d’Amiral, un jeune homme adopté illégalement dans les années 2000 à la frontière entre le Guatemala et le Mexique. À travers ce témoignage sincère et profondément humain, il revient sur son enfance marquée par l’abandon, la souffrance identitaire, la violence émotionnelle et la quête de vérité. Derrière une adoption présentée comme légale se cachait en réalité un système de trafic d’enfants organisé, où corruption, manipulation et détresse familiale se mêlaient.

Dans cette interview, Amiral raconte son combat intérieur, ses années de souffrance en France, ses fugues, son passage en foyer et surtout son incroyable reconstruction personnelle. Après avoir grandi avec l’idée d’avoir été abandonné, il découvre des années plus tard que sa mère biologique ne l’a jamais oublié et qu’elle a toujours essayé de le retrouver. Une histoire forte sur l’adoption, la résilience, la santé mentale et la recherche de ses origines.

À travers son témoignage, Amiral souhaite aujourd’hui libérer la parole sur les dérives de l’adoption internationale et redonner espoir à toutes les personnes en quête de réponses sur leur passé. Une interview émouvante, inspirante et essentielle qui montre que malgré les blessures, il est possible de se reconstruire et de retrouver sa place.

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Personnes
Transcription
00:00Ma mère biologique est venue me chercher, mais on lui a dit non, vous avez signé un papier qui vous
00:03décharge de toute responsabilité envers votre fils.
00:06Et du coup, elle a dit je vais porter plainte. Et on lui a ri au nez, vous pouvez porter
00:10plainte, mais la police, elle est corrompue avec l'État.
00:12Puis là, je vois deux personnes de couleur blanche, donc une famille française, qui viennent me chercher à l'adoption
00:18de manière légale,
00:19en pensant que tout est en ordre, que moi j'ai été préparé.
00:22Je suis né du coup à la frontière mexicaine et guatémaltèque dans les années 2000.
00:27Et il faut savoir que dans les années 2000, il y avait un contexte politique et économique instable dans les
00:33pays latinos, en Amérique centrale ou en Amérique du Sud.
00:35Et le gouvernement, autant que la police, s'est complètement corrompu.
00:39L'État avait trois moyens de se faire de l'argent facile, les réseaux de prostitution, les réseaux de drogue
00:44et l'adoption.
00:46L'adoption, ça génère des millions et des millions de pesos, si on veut convertir l'euro par la monnaie
00:52dans laquelle j'ai été adopté, ou le quetzal.
00:54En fait, l'État fait de la propagande concernant l'adoption pour que les familles puissent donner leurs enfants à
01:01l'adoption.
01:02On joue beaucoup sur l'émotionnel des parents en disant que votre enfant, il aura un meilleur avenir.
01:07On joue sur la culpabilité un petit peu, qu'on ne leur offre pas un bon avenir s'ils restent
01:12dans le pays, etc.
01:12Et c'est vrai que cette propagande est vraiment basée sur l'émotionnel.
01:17Et ce qui s'est passé, c'est que lorsque les parents, bien évidemment, ne veulent pas confier leurs enfants
01:22à l'adoption,
01:22on engage des rabatteurs et des rabatteuses.
01:24Les rabatteurs et des rabatteuses, c'est des personnes qui se lient d'amitié avec la famille pour pouvoir influencer
01:28la famille sur la décision d'adoption.
01:30Et en fait, ce qui s'est passé, moi, pour ma famille, c'est que ma mère s'est liée
01:35d'amitié avec une certaine rabatteuse, mais elle ne le savait pas.
01:38Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que vu que ma maman, elle travaillait beaucoup, mon papa
01:42et ma maman sont vraiment des grands travailleurs,
01:45ils ne pouvaient pas s'occuper de moi.
01:46Du coup, ils m'ont confié à ma grand-mère.
01:47Mais il y a un moment donné, ma grand-mère était beaucoup trop âgée et trop fatiguée pour pouvoir s
01:51'occuper de moi.
01:51Donc du coup, cette dame-là a donné comme solution de me confier à une association.
01:55Et cette association-là, en fait, c'était comme une sorte de garderie pour enfants.
01:58Ma maman n'était pas du tout au courant que c'était en fait, en réalité, un centre d'adoption.
02:04Et ce qui se passe, c'est que ma maman, voulant bien faire, se dit dans sa tête, écoute, je
02:09vais lui confier à ce centre.
02:10Et au moins, comme ça, il s'amusera avec d'autres enfants, etc.
02:13Enfin voilà, c'est un peu le but.
02:14Au début, c'était des petites journées.
02:16Elle me déposait le matin, elle venait me chercher le soir, puis rebelote pendant, allez, je dirais, deux, trois mois.
02:22Étant donné que moi, je m'y plaisais bien, on m'a dit, écoute, ça sera par semaine.
02:26Donc en fait, ce qui était passé d'une journée, ça devenait comme une sorte d'internat en fait, à
02:30la semaine.
02:30Elle me déposait le lundi, puis elle venait me récupérer le vendredi soir.
02:33Ça s'est fait progressivement en fait.
02:35J'ai des très bons souvenirs, parce que je me rappelle de ce centre où il y avait d'autres
02:39enfants, où je m'amusais.
02:41Voilà, c'était bon enfant.
02:42Je me sentais pas mal.
02:43En fait, le but, c'est que l'enfant puisse aussi indirectement influencer la décision du parent.
02:48En se disant, continue de m'y emmener, j'aime trop, ça me fait trop plaisir d'y aller.
02:52Et le parent, il veut le bien-être de son enfant, donc il se dit, pourquoi pas ?
02:56Et en fait, ce qui s'est passé, c'est qu'un jour, on a demandé à ma mère de
02:58nous prendre en photo pour constituer un dossier, pour que je sois référencé dans les dossiers de cette association.
03:05Chose que ma mère a faite, on a pris des photos, etc.
03:08Et puis ma mère après a signé des papiers.
03:09Puis vous savez, c'est un peu comme à la banque.
03:11Lorsqu'on signe des papiers, on lit pas forcément tout, on lit pas les petites lignes.
03:15On fait confiance et on signe.
03:17Et en fait, il y avait une petite phrase dans ces papiers-là qui stipulait qu'elle se déchargeait en
03:20fait de moi.
03:21Et se décharger de moi, ça voulait dire m'abandonner, mais choses qu'elle ne voulait pas.
03:25Et ce qui se passe, c'est que ma mère, un jour, elle m'a déposé le lundi, lorsqu'elle
03:29est venue me rechercher le vendredi, en sachant qu'elle avait pris les photos et l'avait signé avant.
03:33Comme tous les vendredis, elle m'a dit, je viens de chercher vendredi, je t'oublie pas.
03:36Et le vendredi, j'attendais au portail, comme tous les vendredis, qu'elle vient me chercher.
03:41Puis là, je la vois pas arriver.
03:43On me disait qu'elle allait revenir le lendemain.
03:45Le lendemain, ce qui se passe, c'est que la voyant pas arriver, je commence un petit peu à m
03:51'inquiéter, mais pas plus que ça.
03:53Puis là, je vois deux personnes de couleur blanche, donc une famille française, qui viennent me chercher à l'adoption,
03:59de manière légale, bien évidemment, en pensant que tout est en ordre, que moi j'ai été préparé.
04:03Et ce qui se passe, c'est que clairement, je me suis sentie arrachée de ma famille biologique.
04:09J'attendais son retour et elle n'est pas venue.
04:11Et justement, c'est de là peut-être qu'a commencé à monter ma souffrance et la haine que j
04:16'avais envers mes parents adoptifs.
04:17Mais de son côté, ce qui se passe, c'est que ma mère biologique est venue me chercher, mais on
04:21lui a dit non, vous ne pouvez pas.
04:22Vous avez signé un papier qui vous décharge de toute responsabilité envers votre fils.
04:26Et du coup, elle a dit, je vais porter plainte.
04:28Et on lui a ri au nez, on lui a dit clairement que, ben non, vous pouvez porter plainte, mais
04:33la police, elle est corrompue avec l'État.
04:35Donc en soi, dans les pays comme ça, tu peux aller porter plainte, c'est des histoires de famille, ça
04:39se règle entre vous.
04:40Et ils veulent juste empocher leur billet, c'est tout.
04:42Après, de ce que je me souviens, on va dans une chambre.
04:44Moi, j'étais au centre et ma maman adoptive était à droite et mon papa adoptif était à gauche.
04:51Et je sentais qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas.
04:53Mais quand on est petit, on n'a pas les mots.
04:55Lorsque j'arrive en France, au début, je me dis que c'est temporaire que je vais sûrement revenir, en
05:00fait.
05:00Au fur et à mesure des années qui passaient, j'ai senti que je n'avais pas ma place.
05:05Et moi, j'étais une personne qui extériorisait beaucoup cette souffrance.
05:09Mais je l'extériorisais de la mauvaise manière.
05:11Je l'extériorisais par la violence verbale, la violence physique.
05:15Je me faisais du mal à moi, je faisais du mal à mon entourage, indirectement.
05:18Et j'avais des soucis de relationnel, notamment à l'école, au collège.
05:21Je n'ai jamais eu beaucoup d'amis.
05:22L'enfant adopté traverse une crise identitaire.
05:25C'est une telle violence.
05:27Mais pourquoi j'ai été adopté ?
05:28J'ai été abandonné.
05:29Mais on n'aime pas la blessure du rejet, la blessure de l'abandon, l'amour de soi qui en
05:33prend un coup, la perte de confiance, l'estime de soi-même, je dirais.
05:37Et tout ça, ça crée un cocktail mortel, en fait.
05:39On n'a pas des réponses à ces questions.
05:41On est dans l'instabilité complète.
05:43Et je n'avais plus de repères.
05:44Et mes parents adoptifs ont essayé de tout faire pour m'aider.
05:47Mais ce n'est pas que je ne voulais pas, c'est que je n'y arrivais pas.
05:50Plus les années passaient, plus cette souffrance grandissait, elle grandissait, elle grandissait, elle grandissait.
05:54C'était devenu toxique, les relations anxiogènes, on ne se parlait plus.
06:00Il n'y avait plus d'amour.
06:01Je crois même qu'à un moment donné, je ne les aimais plus.
06:04Ou alors, je les aimais, mais je ne les aimais pas de la manière qu'ils voulaient que je les
06:10aime.
06:10J'avais l'impression de les décevoir, en fait.
06:12À l'époque, j'avais l'impression d'être un bon à rien.
06:14Parce qu'on me le faisait ressentir, en fait.
06:16Vu que mon attitude et mon comportement étaient inadéquates à ce qu'ils attendaient, aux valeurs et aux principes qu
06:22'ils m'imposaient.
06:23Ils ne comprenaient pas pourquoi j'agissais comme ça.
06:24Du coup, c'était beaucoup de haine.
06:26Donc un jour, je dis stop.
06:28Je dis stop, je n'en pouvais plus.
06:30J'ai voulu me suicider, en fait.
06:32Sans vouloir forcément passer à l'acte.
06:34Mais j'ai fait des appels à l'aide.
06:35Je fais des appels à l'aide.
06:36J'en suis même jusqu'à aller accrocher un clou à ma poudre de chambre et mettre une ceinture autour
06:39pour lui dire que je vais passer à l'acte.
06:41Mais jamais je ne serai pas salade parce que j'ai trop peur, en fait.
06:44J'avais 14 ans.
06:45Et voilà, c'était pour attirer l'attention, pour leur dire à l'aide.
06:48J'ai besoin de vous.
06:49Ne lâchez pas.
06:49Mais je n'avais pas les mots.
06:50Vu que je mentais souvent, ils pensaient que c'était du cinéma.
06:53Et un jour, j'ai caché une valise dans le grenier.
06:55Et je suis parti de la maison.
06:57J'ai pris un vélo, j'ai pris une petite valise et je suis parti avec rien.
06:59J'ai pris le train.
07:00Le premier train qui venait, je l'ai pris.
07:01Et je me suis enfui.
07:02Et mes parents ont vu cette fugue-là de manière linéaire.
07:05Ils ont vu.
07:06Il nous a abandonnés.
07:11Et je suis parti dans deux buts pour me reconstruire et mieux revenir.
07:16Et la deuxième raison, je suis parti pour...
07:18Je me suis sacrifié pour tout le monde, en fait.
07:20Je voulais arrêter de faire souffrir tout le monde.
07:22Je suis resté dans la rue.
07:23Deux, trois jours.
07:24Durant ces trois jours, je ne me lavais pas.
07:27Ou alors, si je me lavais, je me rappelle, c'était en été.
07:29Je sautais par la barrière des piscines municipales.
07:32Et j'allais me doucher dans les douches.
07:35Et je mangeais ce que les patients me donnaient.
07:38Et je n'avais pas d'argent.
07:39Donc je les remets à la rue.
07:40Je n'ai pas gardé de souvenirs de cette période.
07:42Parce que, mis à part la remise en question et le fait que je voulais m'en sortir,
07:46elle ne m'a rien apporté de plus.
07:48Mais en tout cas, elle m'a conforté dans mon idée de m'en sortir et de ne pas mal
07:53finir.
07:53J'ai fait tellement une souffrance intérieure que ce n'était rien, ça.
07:56Pour moi, ça faisait partie de la vie.
07:58Ça faisait partie de mon chemin.
07:59Je devais passer par là.
08:00Lorsque j'ai été pris en charge par le foyer et les services sociaux,
08:03ça a été des belles années.
08:06Parce que j'ai pu rencontrer d'autres personnes avec des parcours similaires,
08:11ou peut-être des fois pire que moi.
08:13J'ai pris conscience.
08:14J'ai essayé de me reconstruire, prendre soin de moi.
08:16Je me suis senti écouté, compris, soutenu.
08:19J'ai découvert un esprit de famille comme un nouveau départ.
08:22Et à 18 ans, tout s'est terminé.
08:24Donc j'ai dû chercher un appartement pour me loger.
08:27Et encore, ce n'était pas un appartement.
08:29Je vivais dans une chambre de 9 mètres carrés.
08:30Et en parallèle, je passais mon bac.
08:32Et en parallèle, je travaillais.
08:33Clairement, je dirais que ma vie d'adulte a commencé en 2016.
08:37Je suis passé de enfant à adulte.
08:39Je n'ai pas eu de transition.
08:40Je me suis vite responsabilisé.
08:42Je suis vite devenu autonome.
08:43Parce que je n'avais pas le choix.
08:45Il fallait que je m'en sorte financièrement.
08:46Et aussi, la question d'adoption, elle n'était pas réglée.
08:49Je n'assumais pas.
08:50Durant toutes ces années, je n'ai pas oublié ma famille biologique.
08:53Ce qui me faisait le plus mal aussi, c'était de me dire
08:55qu'est-ce qu'ils faisaient ?
08:56Est-ce qu'ils pensaient à moi ?
08:57Est-ce qu'on m'a oublié ?
08:58Est-ce qu'on a oublié le petit amiral ?
09:00Est-ce que je leur manque ?
09:01Est-ce que le jour de mon anniversaire, ils pensent à moi ?
09:03Le seul moyen de régler ce problème, c'était de retrouver ma famille biologique.
09:07Et le seul moyen de les retrouver, c'était de les recontacter à partir des noms,
09:12prénoms et adresses que j'avais dans mon jugement d'adoption.
09:15À ce moment-là, je me replonge un petit peu dans mon histoire.
09:18Je commençais à écrire ce que je ressens, le pourquoi du comment j'en suis arrivé là.
09:22Et j'écris une phrase.
09:23J'ai tellement envie de retrouver ma famille biologique, mais c'est qu'un rêve.
09:27Parce que j'ai grandi avec l'idée qu'ils m'avaient abandonné.
09:30Donc en soir, j'avais déjà la réponse à ma question.
09:32Mais je sentais qu'il y avait quelque chose de louche derrière tout ça.
09:35Du coup, je décide de creuser.
09:36Donc je contacte la page Facebook de la ville dans laquelle je suis né.
09:40J'envoie un premier message.
09:41Pas de réponse.
09:42Je retente.
09:43Et là, une réponse.
09:44Ils me disent, qui êtes-vous ?
09:46Pouvez-vous vous présenter ?
09:48Donc je me présente, etc.
09:49Et ils me posent une question, c'est, est-ce que vous avez une photo, quelque chose comme ça ?
09:53Donc je leur envoie la photo.
09:54Et je crois que derrière, le compte, c'était une femme.
09:57Elle a totalement compris ce que je pouvais ressentir.
10:00Du coup, elle m'a donné le compte Facebook d'un ami proche de ma famille biologique.
10:05Cette personne-là a bien confirmé l'identité de ma mère.
10:08Et du coup, là, cette personne m'a dit, votre famille, elle n'est plus en Guatemala.
10:15Elle est partie en Espagne.
10:18Et là, comment te dire que j'étais...
10:21Déjà, j'avais une réponse.
10:22Et là, je me dis, à l'Espagne, à côté de moi.
10:26J'y croyais pas.
10:27Et en fait, elle m'a donné le compte Facebook de ma mère.
10:30Et il y a eu quelque chose qui s'est passé, je l'ai reconnu direct.
10:33Quinze ans après, je reconnais que c'est elle.
10:34Il y a quelque chose de phénoménal qui se passe dans le cerveau.
10:37C'est cette faculté à se rappeler des détails, des souvenirs.
10:41Et là, je me dis, j'envoie un message ou j'envoie rien.
10:44J'avais un côté, cette excitation qui me disait, vas-y, envoie-lui un message.
10:48Puis d'un autre côté, j'avais peur.
10:50Alors, je me dis, écoute, j'ai rien à faire, il y a le Covid.
10:54Puis j'avais tellement besoin de quelqu'un à ce moment-là que je me dis dans ma tête,
10:57bah écoute, on me tente.
10:59J'envoie un message où je lui explique que je suis son fils.
11:02Point d'interrogation, parce que je n'étais pas sûr.
11:04Parce que souvent, à ce moment-là, c'est tellement réel
11:07que tu crées toi-même des doutes.
11:09Et là, elle voit le message.
11:10J'attends sa réponse trois jours.
11:12Donc c'est trois jours interminables.
11:15Et d'un côté, je ne peux pas l'agresser.
11:16Je ne peux pas lui dire, réponds-moi.
11:18Pourquoi tu ne me donnes pas de réponse ?
11:19Parce qu'en soi, si c'est réel, il faut qu'elle prenne un temps d'adaptation,
11:23qu'elle s'adapte et qu'elle comprenne aussi.
11:25Et là, elle m'envoie un message, elle me dit,
11:28« Ah, je t'ai retrouvé, c'est toi. »
11:31Et là, ça a été un chamboulement.
11:36Ça a été le plus beau jour de ma vie, mais aussi le plus dur.
11:40Tous les boulets que je traînais aux pieds de souffrance,
11:43j'ai trouvé la clé pour pouvoir me débarrasser de ces boulets.
11:46Et ça a été le plus beau parce que c'était durant le Covid.
11:48Ça faisait quand même pas mal de temps que je me débrouillais seul.
11:51Je ne sais pas si vous croyez au miracle, mais moi, j'y crois.
11:53Et lorsque je l'ai retrouvé, ça a été une source de joie,
11:57bouffée d'air.
11:59C'est réel, c'est elle, c'est ma maman.
12:01J'ai retrouvé une partie de moi.
12:04Je ne saurais pas comment te décrire le sentiment, mais...
12:06Waouh, c'était...
12:08Enfin, sur le moment, je ne réalisais pas.
12:11Et après, c'est le chamboulement dans ta tête.
12:12Parce qu'il fallait que j'ai des réponses à mes questions.
12:14Pourquoi tu m'as abandonné ?
12:15Toutes les questions que je me suis posées depuis 15 ans, je vais te poser.
12:18Et ça a été le plus dur parce qu'on ressasse le passé.
12:20Elle a répondu à la majorité de mes questions.
12:22Elle m'a expliqué qu'elle n'a jamais voulu m'abandonner,
12:24que tout ce qu'elle voulait, c'était de me garder.
12:26Elle m'a expliqué également qu'elle s'en voulait fortement,
12:29de ne pas avoir su me protéger.
12:30Elle en a souffert énormément,
12:32parce qu'on lui a vraiment reproché
12:33qu'elle ne savait pas s'occuper d'un enfant.
12:35Et ça a créé vraiment un conflit inimaginable avec mon papa.
12:40C'est pour ça qu'elle est venue en Espagne,
12:42parce que c'était beaucoup trop douloureux.
12:45Lorsque j'ai appris toutes ces vérités,
12:46j'ai pris vraiment une décharge, une décharge puissante.
12:50Et je me suis dit, la vraie vérité, c'est ça.
12:52C'est que j'ai vécu 15 ans en me disant qu'elle ne voulait pas de moi,
12:55qu'elle m'a rejeté.
12:56Et au final, la vraie vérité, c'est que
12:58j'étais soi-disant confié à une garderie pour enfants,
13:02une association pour enfants.
13:03Mais au final, c'était un trafic d'enfants illégal.
13:05La plus belle chose, c'est qu'ils m'ont complètement intégré.
13:08Au début, j'avais peur qu'ils se disent,
13:10ben non, on ne te connaît pas.
13:11Mais en fait, ils ne m'ont jamais oublié.
13:14Ma maman me disait que ta présence nous manquait, en fait.
13:17Et moi, moi aussi.
13:19Lorsqu'ils ont su ce que j'étais devenu,
13:21ils ont été tellement fiers de moi.
13:22Ils m'ont dit, tout seul, tu peux être fier de toi.
13:27On n'a pas su être là pour toi,
13:29mais indirectement, ma maman a toujours pensé à moi
13:32et elle m'évoquait beaucoup dans ses prières.
13:35De loin, elle me protégeait, en fait.
13:36Elle m'a toujours porté dans son cœur
13:38et mes frères et soeurs également.
13:40Lorsque la rencontre a eu lieu,
13:41ça a répondu à pas mal de questionnements
13:44et ça m'a guéri.
13:46J'ai pu repartir sur une nouvelle base pour moi.
13:49Ça a été la récompense ultime.
13:50On ne s'est pas encore vu physiquement.
13:52On a le projet de se voir après cette crise sanitaire en réel
13:56et de concrétiser tout cet amour virtuel en amour réel.
14:01Mes frères et soeurs sont aussi en Espagne.
14:02J'appréhende de les rencontrer en vrai,
14:04mais je sais que ça va être la plus belle rencontre.
14:07Ça va être la rencontre de deux êtres humains séparés,
14:10contre leur gré,
14:11et qui se rencontrent à nouveau.
14:12La relation que j'ai avec ma mère actuellement,
14:13c'est une relation saine
14:15et c'est une relation maman-enfant,
14:17mais aussi maman-amie.
14:19Je ne sais pas comment expliquer.
14:20Elle est jeune.
14:21Ils sont jeunes.
14:22Mes parents sont jeunes.
14:23Ils ont 45 ans.
14:25Et ils m'ont eu jeune,
14:26donc ils sont plus à même de comprendre.
14:28Elle m'a accepté tel que je suis.
14:30Elle m'apporte tout ce dont j'ai besoin.
14:31Elle a mon écoute.
14:32Elle est bienveillante.
14:33Elle m'apporte...
14:34Elle me conseille, en fait.
14:35On construit une relation qu'on a perdue
14:37et on l'a reconstruite.
14:39On rattrape le temps perdu.
14:40Si je suis venu aujourd'hui,
14:42c'est parce que je veux libérer la parole
14:45au sujet de l'adoption.
14:46J'ai cette envie indirectement
14:48d'aider des personnes dans mon cas.
14:50Toute mon histoire
14:51et toutes ces expériences vécues
14:52m'ont permis de me dire
14:54que rien n'est perdu
14:55et que tout est possible.
14:57Si je suis venu aujourd'hui,
14:58c'est dans un seul but,
15:00c'est que les gens puissent,
15:02à travers mon histoire,
15:03se reconnaître.
15:04Et l'essentiel, c'est toujours d'y croire.
15:06ORIGIN
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