00:00Je sais que je suis adoptée depuis ma naissance, depuis que je suis toute petite.
00:04En fait, ma mère me l'a toujours dit, mais moi j'ai toujours nié.
00:06Je n'ai jamais voulu y penser.
00:08Je me suis dit que ce n'était pas forcément mon histoire, en fait.
00:11Je me suis un peu dissociée, c'est ce qu'on appelle dissociée.
00:12J'ai eu un déclic quand j'avais 13 ans, je crois, j'ai commencé à m'intéresser à mon
00:16histoire.
00:17Quand un de mes grands frères m'a contacté sur Facebook.
00:20Lui aussi, il a été adopté par des métropolitains,
00:22puisque dans ma famille, c'est une très grande famille, dans ma famille biologique,
00:25on est au moins 10, et de manière générale, ma mère biologique, elle a eu au moins 12 grossesses.
00:31Et pour moi, ce n'était pas possible, en fait.
00:34Je n'y croyais pas.
00:35Je me suis dit que ce n'était pas possible que Tahiti me contacte.
00:38Et finalement, ça a été le cas.
00:39Et justement, ça, c'est une histoire qui est assez tragique,
00:42parce que ce frère-là, qui s'appelait Théo, il est décédé un an après m'avoir contacté.
00:47Et moi, le temps que ça rentre dans mon cerveau, je n'étais pas prête, etc.
00:49Et quand j'ai voulu reprendre avec lui contact, je n'ai pas pu du coup, parce qu'il est
00:53mort très jeune.
00:54Quand j'ai appris le décès de mon frère, j'ai voulu tout de suite rencontrer sa famille.
00:58Donc c'est ce que j'ai fait, parce que lui, il avait une grande sœur que donc j'ai
01:01rencontrée.
01:01C'était vachement émouvant.
01:03On a tous pleuré.
01:04Ce n'était pas facile, mais j'ai appris beaucoup d'éléments.
01:08Et ce n'est pas pour rien, parce que finalement, un an après encore,
01:11je suis partie à Tahiti avec ma famille, du coup, adoptive.
01:13Je ne m'attendais à rien de particulier.
01:15Donc je me suis dit, bon, je vais aller à l'autre bout du monde,
01:19essayer de peut-être chercher des gens de ma famille,
01:21mais je ne savais pas vraiment combien on était.
01:23Je ne savais pas si j'allais pouvoir trouver ma mère,
01:25parce que là-bas, c'est une culture qui est complètement différente.
01:28Et moi, je suis tellement française, métropolitaine, tellement parisienne,
01:32que je ne savais pas du tout.
01:33Et il y a eu beaucoup de joie, mais aussi beaucoup de souffrance.
01:35C'était un combo des deux.
01:37Parce que quand je suis arrivée à Tahiti, je ne savais pas qui contacter.
01:41Et j'ai dû aller, je ne sais plus où, dans un truc militaire,
01:44pour essayer de chercher mon grand frère que je n'ai pas trouvé.
01:47Et finalement, j'ai trouvé quelqu'un d'autre.
01:49Et on a pris un café.
01:51Et quand ils sont arrivés, j'ai appris que j'avais un petit frère,
01:53que j'avais un petit frère, alors que je n'étais même pas au courant.
01:54Je pensais que j'étais la dernière.
01:56Et j'ai appris aussi, du coup, qu'il y avait deux garçons après moi.
01:58Et voilà, c'était plein de chocs, parce que je ne m'attendais pas à les voir.
02:01Je m'attendais à voir ma mère biologique, que je n'ai pas réussi à joindre.
02:04Et donc pour moi, c'était beaucoup d'émotion.
02:06Ce n'était pas facile.
02:07Pour retrouver ma mère biologique, ma mère adoptive, elle n'a pas été épaulée.
02:11Moi, je comptais beaucoup sur elle.
02:12Donc c'est surtout elle qui a essayé de reprendre contact avec des gens.
02:16C'était une vraie enquête, parce que trouver quelqu'un qui a un numéro de téléphone,
02:20qui n'est pas périmé, c'est vraiment difficile.
02:22Et du coup, non, elle était seule.
02:24Elle était seule pour retrouver un contact qu'elle avait il y a des années de là.
02:28Je n'en ai pas voulu à ma mère adoptive d'avoir perdu contact.
02:34Pour moi, c'était très difficile à comprendre, surtout.
02:36C'était surtout une question de compréhension.
02:37Donc je me disais, comment ça se fait qu'elle ne soit plus en contact ?
02:41C'est quand même ma mère biologique.
02:42Ce n'est pas normal.
02:43Et en fait, on comprend au fur et à mesure que ce n'est pas si facile, finalement,
02:47que derrière l'histoire qu'on m'a vendue, que ma mère m'a racontée,
02:50ce n'était pas aussi simple que finalement.
02:52Il y a eu aussi des histoires de trahison, que mon père biologique,
02:56il avait dit des choses à ma mère adoptive qu'il n'a pas respectées.
02:59C'est énormément de choses comme ça qui font qu'au bout d'un moment,
03:02c'est même elle qui a perdu espoir.
03:03Et quand j'ai compris, je me suis dit, je ne vais pas chercher plus loin.
03:06Ça ne sert à rien pour moi, c'est très compliqué.
03:09Et au pire, je demanderai à ma mère biologique quand je la verrai un jour.
03:12Je ferai ma propre recherche.
03:13En France, s'il existe des structures d'aide pour les adopter, je ne sais pas.
03:19Je sais qu'il existe des associations.
03:21Je sais que pour moi, ce n'était pas adapté.
03:23Donc moi, je n'ai jamais essayé de se joindre des assos.
03:28Ce que je voulais faire, c'est juste aller mieux.
03:30C'est tout con.
03:30Mais moi, je sentais qu'il y avait un espèce de mal-être, de malaise et tout.
03:34Et je me suis dit, comment faire pour aller mieux ?
03:36Et en fait, c'est lié à mon adoption.
03:39C'est lié à toute mon histoire, toutes mes origines que j'avais niées auparavant.
03:43Et j'ai trouvé la thérapie qui s'appelle une thérapie d'ICV,
03:47l'intégration du cycle de vie,
03:49qui est une thérapie qui soigne les traumatismes.
03:51Et ça peut être tout type de traumatisme.
03:54Toutes les semaines, je vois ma psy.
03:56Et toutes les semaines, je vois une évolution.
03:58Je vois une évolution parce que je raconte mon histoire,
04:01j'intègre les faits de mon histoire.
04:03Au début de la thérapie, je pleurais.
04:05Je me disais, mais non, mais en fait, je ne pourrais jamais accepter mon histoire.
04:08C'est trop dur, il y a trop d'éléments, il y a trop d'incompréhension.
04:11Et au final, maintenant, ça fait un an et demi que je suis cette thérapie.
04:15Et ça va beaucoup mieux, en fait.
04:16Le conseil que je donnerais à des personnes qui sont adoptées,
04:19c'est vraiment de garder espoir.
04:20Même chose, c'est tout bête, mais il faut rester positif.
04:23Et si tu sens que ça ne va pas, pour moi, il faut accepter que ça ne va pas.
04:27Et si tu veux, tu vas chercher.
04:28Tu regardes sur Internet, tu demandes à des gens, tu demandes à des psys.
04:32Pour moi, il y a forcément quelqu'un pour toi qui n'était pas ma vision des choses avant.
04:36Avant, je me sentais vachement seule.
04:37Et en fait, je me suis délivrée de tout ça.
04:40Et pour moi, maintenant, mon histoire n'est plus en poids.
04:42C'est une délivrance, en fait, cet exercice que je fais sur moi et sur ma vie.
04:46Alors, le conseil que je donnerais pour les parents qui ont adopté,
04:50c'est de ne pas mentir sur l'histoire de ses enfants, de son enfant adopté.
04:55Pour moi, c'est très important d'être honnête.
04:57Parce que moi, j'ai appris il y a un an que, quand je suis née,
05:01en fait, ma mère biologique et ma mère adoptive étaient ensemble.
05:05Ensuite, je suis sortie du ventre de ma mère biologique, etc.
05:08Et en fait, le lendemain, il y a mon père biologique qui est venu et qui m'a pris.
05:11Alors qu'il n'avait pas le droit, en fait.
05:12Il m'a pris, il est parti avec moi.
05:14Et il a dit au revoir à ma mère adoptive.
05:17Et c'est ce qu'on appelle, en fait, un kidnapping.
05:19Je n'arrivais pas à mettre les mots dessus, mais c'est vraiment ça.
05:22Et en fait, c'est fou de me dire que c'est mon histoire
05:24et que je ne l'ai appris que des années après.
05:26Et pour moi, les parents, ils veulent souvent bien faire en ne disant pas tout.
05:29Et parfois, même, ils oublient, en fait.
05:31Et c'est la faute de personne.
05:32C'est une histoire, mais c'est pour ça que pour moi,
05:35il faut être très honnête avec l'histoire de son enfant.
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