00:00J'avais beaucoup de fièvre, j'avais des douleurs partout
00:03et en fait j'ai vécu ce qu'on appelle le MI,
00:05donc c'est l'expérience de mort imminente.
00:08Bonjour, je m'appelle Alice.
00:10Aujourd'hui, je viens faire cette vidéo pour témoigner de mon parcours,
00:15donc raconter mon histoire de mon cancer
00:18et de la perte d'un proche également dû à un cancer.
00:22Je viens surtout aussi vous parler de tout ce que ces deux épreuves m'ont appris
00:25et surtout mon développement de résilience.
00:30Donc pour la petite histoire, déjà mon cancer, moi ça a été très très vite.
00:36J'avais 13 ans, j'ai fait un petit malaise au collège
00:40et en deux jours, mon état a vraiment empiré.
00:43Donc en fait, mon cancer était déjà énormément développé.
00:48Il n'y avait pas eu de signe annonciateur avant ça
00:50et puis après, j'ai juste eu une infection
00:52et vu que mon corps était déjà très faible, il n'a pas pu combattre cette infection.
00:57Je suis arrivée dans un état très très critique,
01:00à un point que j'étais chez moi à ce moment-là
01:03et j'avais beaucoup de fièvre, j'avais des douleurs partout.
01:07Et en fait, j'ai vécu ce qu'on appelle le MI,
01:10donc c'est l'expérience de mort imminente.
01:12Donc en fait, je me rappelle très bien, je sais que j'avais mal, j'étais pas bien.
01:17Et en fait, d'un coup, j'ai ressenti vraiment un calme apaisant,
01:23plus aucune douleur.
01:24Et en fait, je me suis vue, moi j'étais au plafond
01:28et je me suis vue dans mon lit, dans cette position fétale.
01:31Et je sais que j'étais dans un état vraiment apaisé
01:35et que ça y est, j'avais plus aucune douleur, j'étais bien.
01:38Et en fait, après, quelqu'un est rentré dans ma chambre.
01:41Et là, je me rappelle très bien, je suis revenue à moi
01:44avec toute cette douleur, etc.
01:46Et puis voilà, après, ensuite, j'ai été emmenée à l'hôpital
01:49avec le SAMU en urgence.
01:50On m'a fait tous les examens nécessaires.
01:53Et c'est là que le 14 février 2002, c'était un jeudi, je me rappelle,
01:58on m'a annoncé que j'avais du coup une leucémie.
02:01Et je sais que le médecin n'a pas prononcé le mot cancer.
02:06Et ça m'a sûrement aidée aussi parce que j'étais jeune
02:09et je sais quand il m'a dit, bah, le timer s'est mis,
02:11j'ai dit, d'accord, enfin, j'étais très fatiguée.
02:14Et je lui ai dit, est-ce que je peux guérir ?
02:16Et je sais qu'en posant cette question,
02:17je n'ai pas réfléchi au fait que la réponse pouvait être non.
02:21Il m'a dit, oui, tu peux, mais ça va être très long.
02:24Voilà, il va falloir être courageux, s'accrocher.
02:26Et je sais qu'à partir du moment où il m'a dit, oui, tu peux,
02:28ça va être long, bah, je me suis rendormie.
02:31Voilà, j'étais très fatiguée.
02:32Et je n'ai pas forcément réalisé ce que ça voulait dire
02:35ni ce que ça a impacté pour la suite.
02:37Voilà, j'avais encore cette naïveté de l'enfant sur la vie.
02:41Et donc, quand il m'a dit, c'est très long,
02:43je sais que je m'étais dit, bon, bah, deux semaines, voilà.
02:45Donc, après, deux jours à l'hôpital,
02:48on a commencé la chimiothérapie,
02:51les médicaments plus ou moins, voilà, durs à encaisser.
02:54Et puis, une semaine après,
02:56j'avais repris un peu d'efforts, etc.
02:58Et puis là, il y a une autre médecin qui est arrivée dans la chambre.
03:00Donc, on est en février.
03:02Et elle dit, est-ce que vous avez réfléchi aux vacances d'été ?
03:06Qu'est-ce que vous faites d'habitude ?
03:08Là, il va falloir adapter, etc.
03:10Et là, dans la tête, je compte.
03:12Je fais vacances d'été, mois d'août.
03:13Ça fait quand même un peu long, là, quand même.
03:15Et donc, je lui dis, mais pourquoi ?
03:17Et voilà, c'est là qu'elle m'a un peu balancé encore une deuxième bombe
03:22dans le sens où elle m'a dit, bah oui,
03:23enfin, elle m'a assise à côté de moi.
03:25Et puis, elle m'a dit, tu sais, ça va être très long.
03:28Tu vas aussi perdre tes cheveux.
03:32Donc, voilà.
03:33Donc, elle m'a dit plein de choses au niveau de l'impact
03:37sur ma vie que ça allait avoir.
03:39Et je sais que c'est vraiment à ce moment-là que j'ai vraiment réalisé.
03:42Donc, comme toute chose, comme toute épreuve,
03:46comme tout moment difficile,
03:47il faut toujours du temps pour encaisser,
03:50pour réaliser, pour se retrouver un peu face à soi-même.
03:55Et voilà.
03:57Et accepter ce qui se passe, etc.
03:59Et je sais que j'ai eu la chance d'accepter très vite.
04:03J'étais dans ma chambre d'hôpital pendant très longtemps.
04:05Et je me suis retrouvée, oui, face à moi-même.
04:09Donc, forcément, face à ce qui se passait.
04:10Et voilà, j'ai eu la chance d'accepter,
04:12de me dire, ok, je dois suivre un protocole,
04:15il y a un planning, j'ai des médicaments à prendre.
04:18Voilà, tout est aligné.
04:20Et donc, je sais que j'ai très vite accepté
04:23et que c'est une chance pour moi.
04:25Et puis que forcément, mon entourage m'a beaucoup aidée là-dessus.
04:29Mes parents ont été énormément présents,
04:31mes frères aussi, ma famille, mes grands-parents,
04:33mes tantes, tout le monde.
04:35Mes amis m'ont tous envoyé des lettres,
04:37les professeurs au collège.
04:38Enfin, voilà, j'ai eu énormément de soutien.
04:41Et je sais que ça m'a aussi aidée,
04:42même si on est tout seul dans ce qu'on vit 24 sur 24.
04:46Je sais que leur présence m'a beaucoup aidée
04:49pour surmonter tout ça.
04:50Et puis après, voilà, tout se met en place.
04:52C'est des habitudes qui changent,
04:54une vie qui change, une vie impactée.
04:56Je me disais, j'ai pris des médicaments,
04:58j'avais un planning précis à respecter.
04:59Et en fait, quand on vit ça,
05:01on ne se projette plus dans le futur.
05:03En fait, on apprend à vivre au jour le jour.
05:06En fait, il y a un jour, ça va.
05:07Il y a un autre jour, ça va moins.
05:09Il y a un jour, les résultats sont bons.
05:11Le lendemain, ils le sont moins.
05:12Et en fait, on ne se projette pas.
05:16Ce n'est pas qu'on n'a pas d'espoir,
05:17c'est juste qu'on ne se projette pas
05:18parce qu'on ne connaît pas l'avenir.
05:20On sait que notre vie tient un peu sur un fil
05:24et qu'il y a juste le jour qui arrive qui est là.
05:27Et voilà, donc j'en ai profité.
05:29Je me suis dit que j'étais en vie,
05:30qu'il fallait que j'en profite un maximum,
05:32que c'était un cadeau d'être en vie aujourd'hui
05:34et d'avoir survécu.
05:36Donc voilà, j'ai pris mes médicaments,
05:38j'ai suivi tout le protocole.
05:39J'ai eu la chance que tout se soit bien passé.
05:43Je suis guérie, je n'ai aucune séquelle aujourd'hui.
05:46Donc j'ai été suivie pendant 15 ans au total,
05:48donc la moitié de ma vie presque.
05:50Au bout de 5 ans de maladie,
05:52donc c'était en 2002,
05:52au bout de 5 ans,
05:53on déclare guérie,
05:55c'est-à-dire que je n'ai plus de risque
05:57de rechute de la maladie.
05:58Et puis après, on m'a suivie pendant 10 ans
06:00pour les effets à long terme de la chimio.
06:03Mais voilà, au bout de 5 ans,
06:04j'avais cette épée de Damoclès
06:06qui était partie.
06:08J'avais le droit de revivre
06:10sans avoir peur que je rechute.
06:13Et en fait, cette période a été dure.
06:15J'ai ma grand-mère,
06:17de qui j'étais très proche,
06:19donc c'est la personne que j'aimais le plus au monde,
06:21qui a eu un cancer.
06:22Voilà, pareil, ça s'est déclaré très rapidement.
06:25Et elle est décédée en 3 mois.
06:26Et en fait, elle est décédée au moment où moi,
06:28j'ai été déclarée guérie.
06:30Et pour moi, ça a été la plus grosse injustice
06:34dans ma vie.
06:35Parce que moi, je venais de me battre.
06:36Et elle, elle mourait en 2 mois.
06:39Voilà, même aujourd'hui, c'est toujours dur.
06:42Enfin, dur de le dire.
06:44Donc, pas de dire que ça m'a fait énormément souffrir.
06:48Mais surtout, par rapport à ce que je venais de vivre,
06:50en fait, ça m'a fait réaliser que je venais de me battre,
06:53qu'elle m'avait soutenue comme plein d'autres personnes
06:56et que je voulais fêter ma guérison avec elle
06:59et que ça n'a pas été possible, en fait.
07:00Ma vie, la vie m'a enlevé ça, en fait.
07:02Donc, c'est une injustice qui m'a fait beaucoup de mal
07:06pendant très longtemps.
07:07Donc, ça a été très dur.
07:09Et puis après, aujourd'hui, je suis là.
07:11Au bout de 15 ans, mon suivi s'est arrêté.
07:15Et puis, c'est là où je me suis dit,
07:16bon, ok, maintenant que je reviens dans une vie
07:19entre guillemets normale, que je n'ai plus de suivi,
07:21ça fait bizarre.
07:22C'est un peu comme si on me lâchait une main.
07:24On m'avait aidée et puis on m'avait suivie.
07:26Puis d'un coup, on me remet dans la vie comme ça.
07:28Donc, en fait, j'ai ressenti le besoin de faire le bilan
07:31de tout ce que j'avais vécu, ressenti.
07:34Du coup, j'ai écrit un livre qui s'appelle
07:36« Ma résilience » d'Alice Gros.
07:39Voilà.
07:40Et en fait, j'ai décrit tout ce que ces deux expériences
07:43m'ont appris, aussi bien le fait d'être malade.
07:45Donc, c'est le regard des autres, le changement du corps,
07:48se réapproprier son corps qui nous a fait défaut,
07:50dans lequel on a perdu confiance.
07:52Et je sais qu'aujourd'hui, j'ai un train de vie.
07:54Voilà, je prends soin de moi, je m'écoute aussi.
07:59Je sais que la vie, il y a des aléas.
08:02Ça ne se passe pas toujours comme on avait prévu.
08:04La vie peut s'arrêter.
08:05Et donc, aujourd'hui, je prends les jours comme un cadeau.
08:08Et je sais que déjà, je me lève le matin.
08:10Je suis contente parce que je suis en vie.
08:11Et tous les petits soucis, les petits tracas,
08:14ils me passent un peu au-dessus parce qu'aujourd'hui,
08:17je suis juste heureuse.
08:19Je suis très bien entourée.
08:21Ma vie, elle est juste parfaite.
08:23Et ça m'a aidée.
08:25Voilà, tout ce que j'ai traversé, ça m'a aidée pour ma vie d'aujourd'hui
08:27dans le sens où je sais que je peux globalement tout affronter.
08:33Ça y est, je suis prête.
08:34Et je sais aussi qu'il y a la perte d'un être cher
08:38qui ne guérit jamais.
08:41Mais que le temps aide à faire le deuil,
08:45à faire le deuil aussi de sa maladie à soi,
08:48le deuil des autres, etc.
08:51Voilà, mais je veux surtout témoigner aussi pour remercier
08:54tous ceux qui sont occupés de moi.
08:56Voilà, on m'a sauvé la vie.
08:58Le personnel soignant, tout le monde, mon entourage.
09:01Aujourd'hui, je suis là aussi grâce à toutes ces personnes.
09:04Donc je les remercie.
09:05Je ne les remercierai jamais assez.
09:07Et puis, pour témoigner que ceux qui vivent une expérience dure,
09:09que ce soit la maladie ou autre chose,
09:12il faut surtout se connaître soi.
09:14Savoir, voilà, on a un bagage du passé,
09:17on a ses douleurs, ses peines,
09:19une expérience dure qui arrive.
09:21Et voilà, il faut vivre au jour le jour,
09:24se connaître et savoir ce qui nous fait du bien
09:27pour vivre au mieux chaque jour qui passe.
09:30Et puis essayer de profiter de la vie.
Commentaires