00:00Est-ce que c'est l'héritage François Bayrou ?
00:01Peut-être, en tout cas selon l'adresse, en 2025, 70% des Français se disent préoccupés par la dette
00:07publique.
00:08Il n'était que 52% en 2023.
00:10Aminelle Lechy, vous êtes face à Jean-Marc Daniel.
00:12Aujourd'hui, est-ce que ça pourrait changer la présidentielle si les Français prennent conscience du problème de la dette
00:17?
00:18Alors attribuer ce mérite à François Bayrou, pourquoi pas, sachant que ça fait quand même...
00:22C'est parce que le sondage est fait à l'automne.
00:23Oui, mais sachant que depuis son livre de l'élection présidentielle de 2007,
00:30il avertissait déjà sur le sujet et l'opinion n'était pas vraiment prête à l'époque.
00:38Non, ce qu'on voit, c'est que pour que finalement la donne politique change en France,
00:45il faut qu'il y ait tout un tas de morceaux du puzzle qui s'assemblent.
00:49Or, on voit aujourd'hui que ces morceaux sont en train de s'assembler pour faire de l'élection présidentielle
00:55de 2027,
00:56sans doute la plus importante pour la France depuis l'élection de François Mitterrand en 1981.
01:02D'abord parce qu'on est dans un monde, dans un environnement complètement nouveau.
01:06Il faut bien rappeler que ce monde qui est né en 1981, qui est le monde du libéralisme,
01:11de l'abolition des frontières, du repli des États, de l'hyperconcurrence, etc.,
01:16est en train de faire place à un monde dans lequel les règles ont radicalement changé.
01:20Aujourd'hui, on veut de la proximité, on veut des frontières, on veut de la protection,
01:25on veut le retour des États, on veut de la géopolitique.
01:30Et donc ça, c'est un monde déjà dans lequel la France est plus à l'aise.
01:33Donc ça, c'est la première donne internationale qui change considérablement.
01:37Deuxièmement, la donne change du coup en France,
01:40parce qu'on voit que dans tous les pays, quand même,
01:44les réformes commencent quand il y a une prise de conscience dans l'opinion.
01:48Ça a été le cas en Allemagne avec les lois Hartz sur la réforme du marché du travail.
01:53Ça a quand même été le cas dans les pays qui ont redressé leurs finances publiques,
01:57nos amis espagnols, canadiens, suédois, etc.
02:01Et là, on n'est pas sur une fluctuation de l'opinion,
02:04on est sur un véritable basculement.
02:06Les chiffres, il faut quand même les donner.
02:07Donc vous y croyez, vous, au fait que vraiment réduire la dette, baisser les dépenses ?
02:13Je crois que c'est une prise de conscience structurelle.
02:15Attendez, vous avez quand même aujourd'hui plus de Français qui disent
02:20qu'il faut réduire le déficit de la Sécu
02:22que de Français qui disent qu'il faut préserver les prestations.
02:25Donc il y a quand même cette prise de conscience.
02:28Ça tombe au moment où on va voter,
02:30on va élire un nouveau, un vrai nouveau président.
02:33Donc moi, je pense que c'est un game changer de la présidentielle.
02:38Jean-Marc, je ne suis là que depuis 15 ans.
02:40Mais j'ai déjà l'impression qu'on tourne en rond, quand même.
02:42Ah mais complètement. Écoutez, je pourrais multiplier les citations.
02:45Je vais faire deux citations et puis je vais revenir.
02:47Voilà, nous sommes à une époque que vous allez peut-être reconnaître,
02:51même si vous n'êtes là que depuis 15 ans.
02:53Un Premier ministre qui s'adresse, qui vient d'annoncer
02:56qu'ils ont gagné de façon magistrale les élections
02:59sur la base d'une inquiétude de la population,
03:00notamment vis-à-vis de la situation des finances publiques.
03:03Et ce Premier ministre déclare,
03:05D'ores et déjà, j'en préviens l'opinion publique,
03:07nous serons obligés de demander à tous des sacrifices
03:09pour assurer le redressement que vous attendez.
03:11Il faut buzzer, préparez-vous Emmanuel.
03:12Que vous attendez.
03:13Bien entendu, je ferai en sorte que les Français les plus démunis,
03:16ceux qui sont déjà dans le besoin,
03:18soient épargnés par cet indispensable effort.
03:21Pompidou ?
03:22Qui est ce Premier ministre ?
03:24Alors c'est Balladur, Edouard Balladur,
03:26qui annonça en 1993.
03:28Je prends un autre Premier ministre,
03:30qui prend une grande déclaration.
03:32François Fillon.
03:33Et donc il dit...
03:34Non, c'est vrai qu'il faut un choc fillet.
03:36Ah, pas avant la cité de la France.
03:36Et donc il dit...
03:37Voilà, effectivement, les Français sont inquiets
03:39et sont inquiets de la situation de leur finance publique.
03:42Sous ce regard inquiet des Français,
03:44nous dansons sur un vent qui gronde de plus en plus fort.
03:47Certains continuent pourtant à nier l'évidence.
03:49Combien de fois un homme peut-il tourner la tête
03:51en prétendant qu'il ne voit pas
03:52aurait demandé le prix Nobel de littérature de l'année passée ?
03:56C'est pas Sarkozy ?
03:57Non, ça c'est Édouard Philippe.
03:59Et le prix Nobel de l'année passée, c'est Bob Dylan.
04:02Et c'est un extrait de sa chanson « Blow in the wind ».
04:05Et donc, Édouard Philippe nous dit
04:08« La France attend le redressement des comptes publics ».
04:10Édouard Balladur nous dit
04:11« La France attend le redressement des comptes publics ».
04:13À l'époque d'Édouard Balladur,
04:14il y a 40% de dettes par rapport aux PID.
04:17Et donc la France attend toujours le redressement.
04:19Mais là, c'est l'adresse qui nous le dit.
04:20Oui, c'est l'adresse qui dit que la France attend le redressement des comptes publics.
04:23Ce que vous dites ne fait que conforter finalement les marges de manœuvre.
04:29C'est que les politiques ont beau s'agiter, le changement ne vient pas des politiques.
04:34Ce n'est pas les gouvernements qui décident comme ça de se lancer dans des réformes considérables.
04:38Si l'opinion n'est pas mûre, rien ne montre qu'à l'époque l'opinion était mûre.
04:42C'est là où ils ont menti.
04:43L'opinion n'était pas mûre.
04:44Écoutez, Balladur dit « J'ai gagné les élections sur la base de ce programme de façon magistrale ».
04:48Ça prouve que l'opinion atteint ce type de politique.
04:51Concrètement, ça veut dire quoi ?
04:52Ça veut dire que l'opinion, vous lui dites « Il faut se désendetter ».
04:55Elle répond « Oui ».
04:55Mais si je reprends le message de François Méroux, il disait aussi « Il faut travailler plus ».
05:00Parce que pour s'en déter, vous avez deux façons.
05:02Vous appauvrissez une partie de la population.
05:04Vous vous abattez sur les riches, vous vous abattez sur les vieux,
05:07vous vous abattez sur un groupe de la population en disant « Eux, de toute façon, il faut qu'ils
05:11payent ».
05:11Soit vous dites « L'ensemble de la population va élargir le gâteau.
05:15Et en élargissant le gâteau, on va augmenter la part de l'État,
05:17les recettes de l'État, non pas la part de l'État,
05:20mais la recette de l'État, parce que le gâteau sera plus gros.
05:22Et donc, à partir de ce moment-là, on sortira de la situation.
05:24– On ne dit pas dans le sondage ce que préfèrent les Français.
05:26– Non, et on ne dit pas ce que disent.
05:27Sauf que vous parliez de François Méroux.
05:29Ce qu'on retient quand même du bilan de François Méroux,
05:31c'est que quand il leur a dit « Il va falloir travailler plus ».
05:33– Il a sauté.
05:34– Il a sauté.
05:35Quand on a désigné un successeur, la première chose qu'il a faite,
05:38c'est de dire « Vous allez travailler moins,
05:39puisque l'on va rapporter la réforme de la retraite ».
05:43– C'est vrai, Emmanuel.
05:44– Donc, les Français sont, par principe, contre la dette,
05:48mais des factures.
05:49– Comme la paix.
05:50– Les prises de conscience.
05:51– Comme pour la paix.
05:52– Ils sont pour la paix, mais concrètement,
05:54ils n'ont pas pris conscience de la réalité.
05:56– Pas du tout.
05:57Les prises de conscience,
05:58ce n'est jamais des phénomènes progressifs.
05:59C'est des paliers qui sont franchis.
06:02Et là, il y a quand même des paliers importants qui sont franchis.
06:05Un, les Français comprennent aujourd'hui que la dette, c'est un problème.
06:09Quand vous mettez aujourd'hui la charge de la dette
06:11face à toutes les dépenses d'investissement
06:14dont on nous dit qu'il va falloir les financer,
06:15les Français comprennent qu'aujourd'hui, c'est un problème.
06:19Et puis, il y a aussi, moi, ce qui me choque,
06:21enfin, ce qui me frappe,
06:22c'est cette perception que tout ce modèle de dépense publique,
06:26de protection sociale qu'on a mis en place,
06:29dont on pensait qu'il était finalement increvable, irrésistible,
06:32que tout ça, c'était acquis,
06:33eh bien, les Français finissent par se dire
06:35que peut-être que ce modèle, il est aujourd'hui menacé
06:38et qu'il va falloir faire quelque chose.
06:39C'est quand même une prise de conscience importante.
06:42Et on va rappeler que dans les pays
06:43qui ont fait des réformes douloureuses,
06:46quand l'opinion publique en était consciente,
06:49quatre gouvernements sur cinq ont été réélus.
06:51C'est bien que les Français,
06:53enfin, que les citoyens étaient conscients.
06:55Donc, je suis d'accord avec Jean-Marc,
06:56on a franchi une étape importante.
06:59L'étape la plus importante, après,
07:01c'est peut-être de se dire qu'il va vraiment falloir
07:03travailler plus, etc.
07:05Mais il faut quand même laisser les opinions maturer.
07:07En tout cas, chaque présidentielle, c'est la même question.
07:09Mais là, on a franchi...
07:10Travailler plus, c'est le déficit,
07:11et la dette, c'est grave.
07:12Là, on n'avait pas du tout cet état de l'opinion
07:14et ces rapports de force entre ce qui est important...
07:16Eh bien, vous êtes tout neufs
07:17pour cette nouvelle campagne présidentielle.
07:19C'est une bonne nouvelle.
07:19La plus importante depuis 81, je vous dis.
07:22C'est...
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