Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 heures
Ce mardi 7 juillet, Adel Bakawan, directeur de l'European Institute for Studies on the Middle East and North Africa, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Il s'est penché sur la visite d'Emmanuel Macron à Damas. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Emmanuel Macron est donc arrivé à Damas en visite en Syrie, troisième chef d'état à se rendre en Syrie
00:05depuis qu'Ahmed Al-Chara a pris le pouvoir fin 2024.
00:09On en parle avec Adèle Bakawan. Bonjour, vous êtes spécialiste du Moyen-Orient, objectif reconstruction.
00:14Il y a une dizaine de chefs d'entreprise qui accompagnent le chef de l'État.
00:17Avant qu'on parle des enjeux économiques, je voudrais que vous nous décriviez la Syrie telle qu'elle l'est
00:21aujourd'hui.
00:22On la raconte assez peu. Dans quel état est ce pays ?
00:26Écoutez, le processus de la reconstruction, pas seulement économique, mais aussi politique a commencé.
00:33On sait très bien qu'on est dans le contexte d'un président de la République syrien qui était Al
00:39-Qaïda dans les années 2000,
00:41devenu Daesh dans les années 2010, redevenu Al-Qaïda à la fin des années 2010.
00:47Et ensuite, il s'est converti à ce qu'on appelle le conservatisme national ou le nationalisme conservateur
00:54pour devenir président de la République depuis la chute de Bachar el-Assad.
00:59Il a commencé la reconstruction, mais d'une manière très, très douloureuse.
01:03On a assisté au massacre des Al-Avite, n'est-ce pas, sur la côte,
01:08le massacre des Druzes à Suaïda dans le sud,
01:12les attaques contre les Kurdes dans le Rojava.
01:15Mais heureusement, il est accompagné par la communauté internationale,
01:20le président français en promet, pour dépasser cette situation un peu tragique
01:26et mettre en place une approche, ce qu'on appelle en France, inclusive.
01:31Annalisa ?
01:32On sait aujourd'hui que 9 Syriens sur 10 vivent encore sous le seuil de la pauvreté,
01:35c'est-à-dire que même au-delà de la question des minorités et des droits humains,
01:39même du point de vue économique, il faut se remettre d'une guerre civile
01:43qui a duré des années, qui a laissé le pays en ruine.
01:46Il n'y a plus rien en Syrie, plus rien, parce que pendant 13 ans,
01:51il y a eu une guerre civile totale, une guerre de tout le monde contre tout le monde.
01:56Personne n'était innocent, tout le monde était engagé.
01:59On avait à peu près 500 groupes armés.
02:02Vous imaginez, dans une guerre civile, vous avez 500 groupes armés,
02:06avec des pays différents à l'échelle internationale et régionale.
02:10La Syrie, l'Europe, les Etats-Unis, la Turquie, les pays du Golfe, l'Irak,
02:15tout le monde était engagé dans cette guerre civile, n'est-ce pas ?
02:18Eh bien oui, le pays totalement détruit.
02:22Aujourd'hui, le pays a besoin de 500 milliards de dollars pour la reconstruction.
02:27C'est pourquoi, oui, la pauvreté est terrible, mais aussi la reconstruction est terrible.
02:32– Mais Ahmed Al-Chara, c'est un islam politique, rigoriste,
02:38qu'il met en place dans la société syrienne ?
02:40– Ce qui est paradoxal, oui.
02:43Je disais, il est passé par Al-Qaïda, redevenu Da'aj, redevenu Al-Qaïda,
02:48devenu islamo-nationalisme, etc.
02:51Oui, c'est une idéologie nationaliste.
02:54Il revendique quand même les lois ou les cadres juridiques qu'on met en place
02:58par rapport à l'alcool, par rapport aux femmes, par rapport au théâtre, cinéma, etc.
03:03Tout ça, ça nous renvoie vers une catégorie très rigoureuse
03:09de la gouvernance religieuse du pays.
03:11Mais en même temps, bien évidemment, parce que le pays,
03:16économiquement, géopolitiquement, diplomatiquement, socialement, culturellement,
03:20a besoin quand même de la communauté internationale.
03:23Ahmed Al-Chara ne peut pas faire l'abstraction.
03:25Par exemple, le président de la République, le président français Emmanuel Macron,
03:30il était clair, il a dit, l'aide de la France, l'accompagnement de la France est conditionné.
03:37Le mot conditionné, vraiment, est très important.
03:40Par quoi ? Conditionné, un, par l'ouverture politique,
03:43deux, par l'inclusion de nous allés dans la guerre contre Da'aj, par exemple, les Kurdes.
03:48Et ensuite, bien évidemment, par la mise en place d'un processus démocratique inclusif.
03:53Justement, vous parlez des Kurdes, après Emmanuel Macron va au sommet de l'OTAN à Ankara,
03:58il y a un agenda sécuritaire français autour des Kurdes.
04:01Oui, la France est, je pourrais le dire sans aucune hésitation,
04:07le premier pays européen qui a une politique kurde moyen-orientale.
04:13Pas seulement les Kurdes en Irak ou en Syrie, mais moyen-orientale.
04:17Bien évidemment, même aujourd'hui, dans le programme éducatif,
04:20nous avons un chapitre. Lorsque vous êtes un lycée, vous étudiez les peuples sans État au Moyen-Orient
04:26et directement, vous étudiez le peuple kurde.
04:28C'est à peu près 60 millions d'individus qui n'ont pas accès à un État.
04:33Or, vous avez, par exemple, avec beaucoup, beaucoup de respect pour le Qatar,
04:36le Qatar, c'est 320 000 personnes qui a son propre État.
04:39Oui, la France a une vraie politique kurde en Turquie, en Syrie, en Irak et en Iran.
04:46En tout cas, la Syrie a un rôle dans la recomposition régionale
04:49et Donald Trump, lui, semble faire confiance à Ahmed Al-Shara pour gérer une partie du dossier du Hezbollah.
04:55Quelles seraient les conséquences sur le pouvoir syrien et sur le Liban ?
04:59Mais vous avez absolument raison. La Syrie, c'est le pivot du Moyen-Orient.
05:03La Syrie a des frontières à la fois avec Israël, avec la Turquie et surtout avec le Liban.
05:09Dans le contexte libanais, ça devient très intéressant.
05:11Pourquoi ? Parce que vous avez un Hezbollah qui a entraîné le pays, malgré la présidence,
05:16malgré le gouvernement, dans une guerre qui n'est pas la guerre des Libanais.
05:21Mais maintenant, il faut faire avec. Il faut faire avec le Hezbollah.
05:24Les Américains souhaitent que la Syrie s'engage militairement pour désarmer le Hezbollah,
05:29ce qui n'est absolument pas l'approche de la France.
05:32L'approche de la France, c'est de dialoguer avec le Hezbollah pour se désarmer d'une manière pacifique.
05:37Et pour cela, oui, la France pourrait compter sur la Syrie.
05:41C'est pourquoi la Syrie a envoyé son ministre des Affaires étrangères la semaine dernière,
05:45qui était à Beyrouth.
05:46Et pour la première fois, Asad al-Aidani, pardon, Asad al-Shaybani,
05:54Asad al-Shaybani a construit un lien, un canal de communication avec le Hezbollah,
06:00via le président de l'Assemblée nationale libanais,
06:05qui est considéré comme un aller-objectif du Hezbollah.
06:08Donc il y a des discussions diplomatiques ?
06:11Oui, il y a une discussion diplomatique.
06:12Pourquoi ? Parce que tout simplement, la Syrie, dans le contexte actuel,
06:16ne peut pas s'engager militairement contre le Hezbollah.
06:20La Syrie a besoin de la reconstruction de son armée,
06:24de son service de sécurité, de son économie.
06:27Entraîner la Syrie dans une nouvelle guerre au Liban,
06:30c'est tout simplement impossible.
06:32Et quand on parle de reconstruction aujourd'hui de la Syrie,
06:34avec des chefs d'entreprise qui y vont pour signer des contrats,
06:36est-ce que c'est prématuré par rapport à la situation politique
06:39ou est-ce que c'est nécessaire aussi pour stabiliser le pays ?
06:42Écoutez, je reste très très sceptique par rapport à cette démarche.
06:46Pourquoi ? Parce que la France a conditionné son aide,
06:51son accompagnement, par une approche inclusive, politiquement parlant.
06:55Aujourd'hui, cette approche n'est pas encore au rendez-vous.
06:58La France, oui, je soutiens l'accompagnement de la France,
07:03voire de la communauté internationale,
07:05mais à condition qu'Ahmad El-Sharad donne, d'une manière factuelle,
07:09des indicateurs concrets par rapport à cette inclusivité.
07:14Or, aujourd'hui, on sait très bien qu'on a fait des élections
07:16pour élire l'Assemblée nationale.
07:18Ahmad El-Sharad lui-même a désigné à peu près 30 à 35 %
07:24des députés personnellement.
07:26Et la méthode qui a été mise en place pour constituer l'Assemblée nationale
07:31est une méthode relativement démocratique.
07:34Autrement dit, le rendez-vous n'est pas encore là,
07:36mais il faut l'accompagner.
07:37Merci.
Commentaires

Recommandations