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  • il y a 2 jours

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00:00Radio Classique, il est 8h15 exactement, la France reste sous le choc, Guillaume l'a dit, de l'affaire Liana,
00:06mais également du scandale du périscolaire parisien.
00:08Emmanuel Grégoire, le maire de Paris, l'a dit mardi devant les familles, des enfants agressés.
00:13Tout est à revoir !
00:14Par ailleurs, en avril dernier, le garde des Sceaux et la ministre de la Famille ont installé un comité scientifique
00:19pour la refondation de la protection de l'enfance.
00:21Je reçois ce matin sa présidente, la professeure Céline Gréco.
00:30Céline Gréco, bonjour.
00:31Bonjour.
00:32Vous êtes médecin, chef de service à l'hôpital Necker, spécialiste de la douleur.
00:36Vous avez fondé l'association Impact, au pluriel.
00:39Je vous ai reçu à Noël pour évoquer déjà les problèmes de l'enfance en difficulté.
00:45Vous ouvrez aujourd'hui un centre d'appui à l'enfance à Bordeaux.
00:50Alors, dans le scandale du périscolaire parisien,
00:52beaucoup de parents disent avoir le sentiment que les alertes n'ont pas été entendues.
00:56Selon vous, où est l'angle mort de cette affaire,
00:58sachant qu'on va évidemment séparer l'aide sociale à l'enfance,
01:02le scandale du périscolaire parisien,
01:04ce n'est pas du tout les mêmes dossiers.
01:05En revanche, ce sont des enfants.
01:07Exactement.
01:08Et en fait, on a quand même énormément de difficultés à entendre la parole des enfants.
01:13Et ça, c'est depuis très très longtemps.
01:16On a vraiment du mal à croire les enfants
01:18quand ils font état de difficultés, de violences subies.
01:22Et donc, finalement, ce que l'on retrouve chez les enfants victimes de violences
01:25au sein de leur famille,
01:26on le retrouve aussi chez les enfants victimes de violences dans le périscolaire,
01:29avec une certaine nonchalance
01:33à sélectionner, à superviser, à former
01:36les adultes qui vont s'occuper de ces enfants.
01:39Et ce qu'on voit dans le périscolaire,
01:42ce sont beaucoup d'animateurs
01:44non formés,
01:46non supervisés.
01:48Et ça fait partie des plus gros manques aujourd'hui
01:51qui, si ça n'avait pas été le cas,
01:53n'auraient pas
01:55généré toutes ces violences.
01:57Il y a quand même un sacré paradoxe.
01:59Vous avez des stagiaires pour entrer dans une banque
02:01qui passent six entretiens d'embauche
02:04pour un stage de trois mois.
02:05Et pour s'occuper d'enfants bas âge
02:07et confier à des gens qu'on ne connaît pas
02:09la prunelle de nos yeux,
02:11vous parlez de nonchalance.
02:12Vous savez, Anne Turt, qui est pédiatre et épidémiologiste au CNRS,
02:15disait souvent qu'on faisait plus attention
02:17à qui on confie sa voiture
02:18que son enfant.
02:20Et c'est vrai, en fait.
02:22Ce qu'il faut espérer,
02:23c'est que la société ait pris conscience
02:26de ces drames, en fait,
02:27et de ce scandale.
02:28Et encore une fois, ce qu'on voit à Paris,
02:30c'est que la face émerge et de l'iceberg.
02:32Il n'y a pas de raison qu'il y ait des scandales
02:33dans le périscolaire à Paris
02:34et pas dans d'autres écoles.
02:37Mais il faut espérer que la société ait pris conscience
02:39de ce drame,
02:40que les parents puissent mieux en parler
02:43à leurs enfants,
02:44mieux repérer les signes qui font
02:46qu'un enfant ne va pas bien
02:47et puissent se tourner aussi très vite
02:48vers des structures
02:49comme les unités d'accueil pour enfants en danger
02:51pour pouvoir mettre des mots
02:54et déposer des plaintes après
02:56pour écarter ces gens
02:59de tout contact avec des enfants.
03:00On parle souvent du manque de moyens
03:02et là, j'ai toujours en tête
03:04cette affaire du périscolaire à Paris
03:06mais aussi dans le reste de la France
03:08parce qu'on a levé des loups
03:10en région également.
03:13On parle souvent du manque de moyens
03:15Est-ce qu'il y a aussi un problème
03:16de management, de formation,
03:18d'évaluation des professionnels
03:20qui travaillent auprès des enfants ?
03:21Mais c'est sûr
03:22et ça fait partie des mesures
03:23qu'on demande
03:24dans le cadre du comité scientifique
03:25pour la refondation des socials à l'enfance.
03:27C'est de mieux former
03:29les professionnels de santé,
03:31du travail social,
03:33de l'éducation nationale,
03:34de la justice,
03:35de la police.
03:36Mieux former ces gens
03:37qui vont être au contact
03:38avec les enfants
03:39pour mieux les repérer.
03:40pour faire mieux
03:42j'ai envie de dire
03:42de la prévention
03:43mais aussi pour mieux
03:44les prendre en charge.
03:45Si on formait mieux les gens,
03:47on aurait déjà
03:48beaucoup moins de soucis,
03:49on arriverait à repérer
03:49les enfants beaucoup plus vite
03:50et on pourrait les prendre en charge
03:52beaucoup plus vite aussi.
03:54Céline Gréco,
03:54professeure de médecine,
03:56chef de service
03:56à l'hôpital Necker,
03:57invitée de la matinale
03:58de Radio Classique ce matin.
04:00Il y a les enfants
04:01qui ont des parents,
04:02une famille qui veille sur eux
04:03et puis il y a les enfants
04:05confiés à l'État
04:06ou à son représentant.
04:07Près de 400 000 enfants
04:09et jeunes majeurs
04:10relèvent aujourd'hui
04:10de l'aide sociale à l'enfance.
04:12Est-ce qu'un système
04:13d'une telle ampleur
04:14peut encore être piloté
04:15comme il l'est aujourd'hui ?
04:17On manque d'homogénéité,
04:19c'est sûr.
04:20Chaque département
04:21se voit confier
04:22les enfants
04:23de son département
04:24et finalement
04:24chaque département
04:25fonctionne
04:27selon son envie,
04:29selon la politique,
04:30selon ce qui décide
04:31d'être prioritaire ou pas.
04:33Donc il y a
04:33une très grande hétérogénéité
04:35selon les départements
04:36dans la prise en charge
04:36des enfants.
04:37Il y a des départements
04:37par exemple
04:38qui vont ne pas
04:41prolonger
04:41la prise en charge
04:42des enfants
04:42à l'âge de 18 ans
04:43et des départements
04:44qui vont mettre en place
04:45des contrats jeunes majeurs
04:46pour ne pas lâcher les jeunes
04:47et les accompagner
04:48au minimum jusqu'à 21 ans.
04:49Il y a des départements
04:50qui vont être très pionniers
04:51dans la prise en charge
04:52de la scolarité
04:53et de la santé
04:53de ces enfants
04:54et d'autres non.
04:55Donc il y a une très très
04:56grande hétérogénéité
04:57qu'il faut qu'on arrive
04:58à corriger.
04:59Ça c'est sûr.
04:59Est-ce qu'il faut
05:00recentraliser ?
05:01Je ne sais pas.
05:02Est-ce qu'il faut
05:03que l'État
05:04soit plus présent ?
05:05Je ne sais pas.
05:05Mais en tout cas
05:06ce qu'il faut
05:06c'est trouver un moyen
05:07que ce ne soit pas
05:09un coup de bol
05:10de tomber
05:11dans le département X
05:13plutôt que dans
05:13le département Y
05:14pour avoir la possibilité
05:16d'avoir une prise en charge
05:16de sa santé
05:17et de sa scolarité.
05:18Il y a un paradoxe
05:18là-dessus
05:19parce que beaucoup
05:19de collectivités territoriales
05:21et aussi des Français
05:21demandent de la décentralisation
05:23de l'autonomie
05:25et constatent
05:26que quand tout est piloté
05:27de façon trop centralisée
05:29ça tue l'initiative
05:30ça tue la créativité.
05:31Bref,
05:32il faut des contrôles
05:34il faut de la centralisation
05:35mais en même temps
05:36il ne faut pas tuer
05:37ceux qui ont envie de faire
05:38et de faire bien.
05:39Non mais c'est sûr
05:39que les départements
05:40sont ceux qui sont
05:40au plus proche des enfants
05:41mais simplement
05:42c'est quelle priorité
05:43on donne
05:44c'est ça en fait
05:44quelle priorité
05:45on donne
05:46à l'avenir
05:47de ces enfants.
05:48Céline Gréco
05:49vous avez créé
05:49l'association Impact
05:50c'est pour ça
05:51qu'on vous avait reçu
05:52à Noël
05:52vous ouvriez à l'époque
05:54un premier centre
05:55c'était à Paris
05:56vous en ouvrez
05:57un deuxième aujourd'hui
05:58centre d'appui
05:59à l'enfance
06:00là c'est l'initiative privée
06:02qui vient supplé
06:03ou combler
06:04certaines carences
06:06que pouvez-vous faire
06:08de plus
06:08et de mieux
06:09que ce que fait l'Etat
06:10ou que ce que font
06:11les conseils généraux ?
06:12La chance qu'on a quand même
06:14on a ouvert
06:14effectivement
06:15le premier centre
06:16d'appui à l'enfance
06:16Asteria à Paris
06:17en début décembre
06:19aux enfants
06:19on a déjà vu
06:20plus de 800 enfants
06:21confiés
06:22à l'aide sociale
06:22à l'enfance
06:22on en a donc déjà
06:23inscrit plus de 800
06:24dans des parcours de soins
06:25avec l'intention
06:26d'en suivre
06:27plus de 2000 parents
06:28et on voit bien
06:29que déjà
06:29au bout de 6 mois
06:30les enfants s'améliorent
06:31après c'est effectivement
06:32une initiative privée
06:33parce que c'est
06:33l'association Impact
06:34mais dans le cadre
06:35d'un partenariat
06:36et d'un beau partenariat
06:37public-privé
06:38puisque c'est la ville de Paris
06:39qui nous a mis à disposition
06:40une maternelle
06:41qu'on a transformée
06:43en centre d'appui
06:43et puis finalement
06:44ces enfants sont vus
06:46sur un modèle
06:46d'hôpital de jour
06:47et l'hôpital de jour
06:48c'est l'Etat
06:48c'est la sécurité sociale
06:50donc c'est un partenariat
06:51public-privé
06:52dont l'initiative
06:53effectivement
06:53est boosté
06:55si je peux dire
06:56par les mécènes
06:58et le milieu associatif
06:59ce qu'on peut mieux faire
07:01maintenant
07:01c'est
07:01on a monté le premier à Paris
07:03on va poser la première pierre
07:04la semaine prochaine
07:05à Bordeaux
07:06on a Avignon aussi
07:07qui est dans les starting blocks
07:08c'est maintenant
07:09comment l'Etat
07:10nous aide
07:10à déployer plus vite
07:11pour que
07:12tous les enfants
07:13les 400 000
07:14dont vous parlez
07:15soient dans les 10 ans
07:16tous pris en charge
07:17au niveau de leur santé
07:18puisque tout est lié
07:19la santé de ces enfants
07:20est liée à leur capacité
07:22de s'accrocher à l'école
07:23et donc à leur capacité
07:24de s'insérer
07:25dans la société
07:26et là-dessus
07:26il faut rappeler
07:27des chiffres
07:28Céline Gréco
07:28ils sont catastrophiques
07:29concernant l'aide sociale
07:30à l'enfance
07:31c'est-à-dire que
07:31si dès votre plus jeune âge
07:33vous êtes pris en charge
07:34par l'aide sociale à l'enfance
07:35qui fait ce qu'elle peut
07:36on ne va pas dénigrer
07:37les services de l'Etat
07:38vous n'êtes pas là pour ça
07:39et moi non plus
07:40certainement pas
07:41mais enfin
07:42ce sont des parcours de vie
07:43qui vous assurent
07:44quasiment
07:46la réussite
07:47de votre échec
07:47aujourd'hui
07:48on n'a que 5% des jeunes
07:49qui se présentent
07:50à un baccalauréat général
07:511%
07:521% des jeunes
07:53de l'aide sociale à l'enfance
07:54qui peut s'engager
07:55dans des études supérieures
07:56mais en même temps
07:56quand vous êtes lâché
07:57à 18 ans
07:57c'est quand même
07:58un tout petit peu compliqué
07:59de se projeter
07:59dans des études supérieures
08:00et on n'a que 10%
08:02des enfants de la ZEU
08:03qui ont un suivi
08:03de leur santé
08:04c'est pour moi
08:06un scandale
08:07Ce qui est aussi scandaleux
08:08c'est le décalage
08:09entre le discours ambiant
08:11d'une société
08:12sur l'enfant au coeur
08:14des préoccupations
08:15voire l'enfant roi
08:17sur l'enfant
08:18ce qu'il faut protéger
08:19sur l'enfant
08:20qu'il faut écouter
08:21et puis des scandales
08:22à répétition
08:23alors évidemment
08:24Bétharam l'an dernier
08:25même si ça n'a pas
08:25grand chose à voir
08:26mais tout de même
08:27l'affaire du petit garçon
08:28qui a été tondu
08:29il y a un an et demi
08:30à Paris
08:31la découverte des violences
08:32dans le périscolaire
08:33on a le sentiment
08:34que la violence
08:34que nous découvrons
08:35depuis plusieurs mois
08:36on a le sentiment
08:37qu'elle vient de loin
08:38qu'elle relève
08:39d'une histoire ancienne
08:41et pour ne rien cacher
08:42aux auditeurs
08:43je vous ai demandé
08:44d'y réfléchir
08:44et vous l'avez fait
08:45très consciencieusement
08:46mais tout à fait
08:47ça vient de très très loin
08:48figurez-vous que
08:49dans la Rome antique
08:50le père de famille
08:52s'appelait le pater familias
08:53et il avait des pouvoirs
08:55et dans ces pouvoirs
08:56notamment
08:56il y avait la patria potesta
08:58c'est la puissance paternelle
08:59qui avait un
09:00c'était un pouvoir
09:01sur tous les membres
09:01de la famille
09:02et figurez-vous
09:03que ce pater familias
09:04avait ce qu'on appelle
09:06le ius vitae nequisque
09:07le droit de vie
09:08et de mort
09:09sur ses enfants
09:09mais aussi le ius vendendi
09:11c'est-à-dire
09:11le droit de vendre
09:12ses enfants
09:13donc ça on était
09:14dans la Rome antique
09:15et bien figurez-vous
09:16qu'il a fallu attendre
09:18les travaux en France
09:19de Victor Hugo
09:20qui s'est beaucoup élevé
09:21pour le droit à l'éducation
09:23pour le
09:24et vous
09:25probablement
09:26vous connaissez ce poème
09:27il s'est élevé
09:29contre le travail
09:29des enfants
09:30mélancolia
09:30mais où vont
09:31tous ces enfants
09:32dont pas un seul ne rit
09:33ces douze êtres pensifs
09:34que la fièvre maigrit
09:35ces filles de huit ans
09:36qu'on voit cheminer seuls
09:37ils s'en vont travailler
09:38quinze heures
09:39sous des meules
09:39donc Victor Hugo
09:40s'est beaucoup battu
09:41pour l'arrêt
09:43du travail des enfants
09:44pour la bientraitance
09:45des enfants
09:45pour le droit à l'éducation
09:47mais figurez-vous
09:48qu'il a fallu attendre
09:491970
09:52pour que la puissance paternelle
09:54se transforme
09:55en autorité parentale
09:56confiée à égalité
09:57entre la mère
09:58et le père
09:58et que l'enfant objet
10:00devienne enfant sujet
10:01de droit
10:031970
10:04donc on a quand même
10:05du travail
10:05il a fallu attendre
10:061989
10:08pour que la France
10:09ratifie la convention
10:10internationale
10:10des droits de l'enfant
10:11on a 40 ans
10:13de retard sur la Suède
10:13donc vous voyez
10:14quand on abolit
10:16la puissance paternelle
10:16en 1970
10:18on a vraiment
10:19beaucoup de chemin
10:20à faire
10:20et il a fallu attendre
10:212019
10:22pour interdire
10:23les châtiments corporels
10:24une dernière question
10:26professeur Céline Greco
10:27à quoi verra-t-on
10:28que les mesures annoncées
10:30pour protéger les enfants
10:31que ce soit dans le périscolaire
10:32ou dans le cadre
10:33de l'aide sociale à l'enfance
10:35à quoi verra-t-on
10:36que ces mesures ont été utiles
10:37combien de temps
10:38il faut se donner
10:41il faut qu'on arrive
10:42à prendre en charge
10:42le plus tôt possible
10:43les enfants
10:44dès le plus jeune âge
10:45et on verra bien
10:46quand ils auront atteint
10:47leur majorité
10:47s'ils sont insérés socialement
10:51si quand même
10:52la délinquance baisse
10:54et si en fait
10:55les coûts de santé
10:55un enfant non pris en charge
10:57sur le plan de sa santé
10:58coûte à l'Etat
10:59chaque année
10:5938 milliards d'euros
11:01chaque année
11:02comment vous avez ce chiffre ?
11:03C'est des études internationales
11:05donc là c'est une étude
11:05du Lancet
11:06qui date de 2021
11:07qui a étudié
11:08les conséquences
11:09des violences subies
11:09dans l'enfance
11:10dans tous les pays européens
11:11et qui a montré
11:12que pour la France
11:12ce coût c'était 38 milliards
11:13quand ce coût aura baissé
11:15on aura fait des bonnes choses
11:17et en plus
11:17on fera baisser la dette publique
11:18mais enfin c'est pas la priorité
11:19la priorité c'est les enfants
11:20Céline Greco
11:21merci professeur de médecine
11:24chef de service à Necker
11:25spécialisé dans la douleur
11:26présidente de l'association Impact
11:28qui ouvre donc
11:29son deuxième centre
11:31d'appui à l'enfance
11:33à Bordeaux
11:33ces jours-ci
11:34bonne route professeur
11:36et merci à vous
11:37à suivre le rappel des titres
11:38la revue de presse d'Hervé Gatégnon
11:39et nos esprits libres du vendredi
11:40Jean-Marie Colombani
11:41et Géraldine Vossner
11:42Radio Classique
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