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  • il y a 2 jours

Catégorie

🎵
Musique
Transcription
00:00En musique classique, on ne dit pas.
00:02Je connais cette œuvre par cœur.
00:03On dit.
00:04On verra ce soir.
00:05Parce que le public imagine souvent que la mémoire fonctionne comme un interrupteur.
00:09Soit on sait, soit on ne sait pas.
00:11Pour un musicien, c'est un peu plus compliqué.
00:13Une œuvre n'est jamais vraiment apprise.
00:15Elle est simplement dans un état plus ou moins stable.
00:18On peut l'avoir travaillé pendant des années, l'avoir joué 50 fois
00:21et se réveiller un matin avec une certitude très étrange.
00:23On ne sait plus rien.
00:24Je me souviens d'un concert à Hambourg où je jouais la burlesque de Strauss.
00:28L'œuvre était prête.
00:29Je la connaissais.
00:30Enfin, je croyais la connaître.
00:31Au dernier moment, par prudence, j'avais gardé la partition.
00:33Au cas où.
00:34Et c'est précisément elle qui m'a fait douter.
00:36Un micro doute.
00:37Une hésitation minuscule.
00:39Et au lieu de chercher la musique en moi, je suis allé la chercher sur la page.
00:43C'est un sentiment très étrange.
00:44Comme si le futur s'était soudain déplacé.
00:47Comme s'il n'était plus en moi, mais quelque part devant moi.
00:50Et que je ne savais plus comment l'atteindre.
00:52Comme un voyant qui regarderait sa boule de cristal et n'y verrait soudain plus rien.
00:55Pendant quelques secondes, la suite de l'œuvre a cessé de m'apparaître.
00:58Pourtant mes mains la connaissaient encore.
00:59Le public pense souvent que jouer par cœur est un exercice de mémoire.
01:02Je crois que c'est plutôt un exercice de confiance.
01:05Ou peut-être de foi.
01:06Alors non, en musique classique, on ne dit pas...
01:08Je la connais par cœur.
01:09On dit...
01:10On verra ce soir.
01:11Parce que parfois, le plus dangereux n'est pas d'avoir oublié.
01:14C'est d'avoir cessé de croire que la suite existe.
01:16C'est d'avoir cessé de croire que la suite existe.
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