- il y a 11 heures
En juin, la commission mixte paritaire est parvenue à un accord sur la proposition de loi anti fast-fashion, ce qui peut ouvrir la voie à l’adoption du texte. Une avancée pour faire face aux produits textiles non conformes, dûes à un lobbying porté en partie par le label Emmaüs. La plateforme permet aux boutiques solidaires de mettre en ligne leurs produits depuis 10 ans.
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00:05Tous Lobby, c'est notre rubrique mensuelle pour parler autrement du lobbying qui a effectivement beaucoup d'intérêt pour les
00:13entreprises et pour les associations.
00:15C'est ce qu'on va découvrir grâce à Luce Gramont, évidemment, comme chaque mois.
00:19Bienvenue, vous êtes la fondatrice de Green Lobby et Mozarda.
00:21Bonjour et bienvenue, vous êtes la fondatrice, la directrice de Labelle Emmaüs qui a fêté le 18 juin il y
00:27a quelques jours ses 10 ans.
00:29C'est quoi Labelle Emmaüs ?
00:30Labelle Emmaüs, c'est le prolongement en ligne du bric-à-brac Emmaüs, pour faire simple.
00:35C'est un vintage solidaire aussi, on peut dire, donc c'est uniquement de la seconde main, issu des dons
00:39que les particuliers font aux Emmaüs, mais pas qu'eux.
00:42On a aussi des ressourceries, on a des associations de la Croix-Rouge, un petit peu toutes les boutiques en
00:47France solidaires qui récupèrent des dons et qui peuvent les mettre en ligne,
00:51plus seulement dans leur magasin physique, mais aussi en ligne sur ce site.
00:55Ça fait 10 ans.
00:56Oui, alors qu'est-ce que vous avez célébré le 18 juin dernier ? La pérennité, la démonstration que ça
01:04marche ? Qu'est-ce que vous avez célébré ?
01:05On a célébré un chiffre fort déjà, pour commencer. On a formé plus de 4000 personnes éloignées de l'emploi,
01:12à des compétences clés dans le numérique,
01:14grâce à toutes nos activités. Parce qu'on a un e-shop, on a un entrepôt logistique avec des parcours
01:19d'insertion,
01:20mais on a aussi trois écoles inclusives sur les métiers du digital. On en a une en Ile-de-France,
01:25à Marseille, à Roubaix,
01:26donc on commence même à s'aimer sur le territoire. Ces écoles, elles sont entièrement gratuites pour les personnes
01:31qui n'ont aucun diplôme, en fait, quand ils rentrent dans le parcours de formation.
01:35Et ils ressortent quand même 90% d'entre eux avec un bac plus 3.
01:39Bravo. Alors on va parler, évidemment, c'est l'objectif de cette rubrique de lobbying, d'affaires publiques, Luce Grammont.
01:45Dans ce domaine, les défis principaux en termes d'affaires publiques, c'est quoi ?
01:51Alors en fait, les acteurs comme Maud qui innovent avec un certain génie,
01:56puisqu'elle utilise les outils numériques, le e-commerce, qu'elle renverse, qu'elle retourne,
02:03en fait, contre les géants, en prouvant qu'il n'y a pas de fatalité.
02:07On peut très bien ne pas commander sur Amazon et on a en fait les mêmes services dans nos ressourceries
02:16de proximité
02:18et dans nos ateliers Emmaüs, tout le monde connaît, pour débarrasser les maisons,
02:24les objets dont on n'a plus besoin et puis les objets qu'on a à bas coût.
02:28Eh bien, ça, on peut le faire en seconde main et en créant des emplois, c'est ça qui est
02:33important.
02:33Donc sans destruction. Et en réalité, elle transforme l'économie, elle transforme la société.
02:38Donc ça, évidemment, c'est la primovis.
02:40Donc elle a besoin de toutes les parties prenantes économiques et politiques
02:48pour transformer les règles du jeu, faire connaître, faire savoir
02:53et puis qu'on arrête de subventionner l'ancien monde
02:58et qu'enfin les solutions qui existent sur le terrain deviennent la norme et se généralisent.
03:02Alors effectivement, face à vous, vous avez des géants du e-commerce.
03:06Quand vous faites du lobbying, des affaires publiques, qu'est-ce que vous ciblez,
03:10qu'est-ce que vous essayez très concrètement de faire bouger ?
03:14Alors on fait du lobbying finalement, d'abord un petit peu comme tout acteur en ligne va le faire.
03:20On fait des réseaux sociaux, on a une newsletter qui est envoyée aux clients.
03:24Donc c'est assez basique comme ça, c'est du webmarketing.
03:27Mais on va se servir de cette désirabilité qu'on peut vraiment transmettre à travers ces canaux-là
03:34pour renverser le modèle, comme le disait Luce.
03:37Donc on est une alternative radicale à ces géants, mais à tout point de vue.
03:42C'est-à-dire que déjà notre modèle de partage, de pouvoir et de gouvernance est total et de richesse,
03:48bien sûr.
03:48100% de nos bénéfices sont quand même réinvestis dans l'entreprise.
03:53C'est une entreprise à but non lucratif, on peut le dire.
03:59Et puis, bien sûr, ce ne sont que des personnes en insertion qui mettent en ligne.
04:03Ce ne sont que des personnes qu'on va accompagner vers l'emploi.
04:05Tous nos produits sont issus des territoires, localement.
04:09Et ils vont être expédiés uniquement en France.
04:11Donc c'est vraiment l'antithèse d'Amazon, effectivement.
04:15Et encore plus des géants chinois, Chine ou Temu.
04:19Mais il y en a d'autres qui nous font du mal aussi.
04:21Ce sont les plateformes de vente entre particuliers.
04:24Peut-être qu'on les voit un petit peu moins,
04:25mais un Vinted fait énormément de mal au secteur associatif.
04:29Parce qu'en fait, il assèche le don.
04:30Vous étiez venu il y a quelques années dans l'émission pour parler de ça, d'une certaine façon.
04:36Il y a quoi ? Il y a un appauvrissement en nombre et en qualité, on peut dire ça ?
04:41Pas tant en nombre.
04:42Parce que notre société de surproduction fait en sorte qu'on est même sous des montagnes de fast fashion.
04:50Et l'ultra fast fashion, c'est une problématique très importante pour les centres.
04:54Mais c'est la qualité, bien sûr, qui fait défaut.
04:57Puisque souvent, les personnes essaient de vendre avant de donner.
05:00Mais il n'y a pas que ça, il n'y a pas que le don qui s'assèche.
05:03Il y a aussi une concurrence sur l'achat.
05:05Parce qu'en fait, ces plateformes-là ont fixé dans l'inconscient collectif un nouveau prix de la seconde main.
05:10C'est le prix des particuliers entre eux, qui n'ont pas de charges, de loyers à payer, de salaires
05:17à payer.
05:18Et donc nous, on est coincés entre l'ultra fast fashion, qui réussit à avoir des prix en dessous de
05:25la seconde main.
05:25Et c'est du neuf.
05:27Alors même si c'est toxique, ça ne répond pas aux normes, c'est ce que les gens vont retenir.
05:30Même si ça va se utiliser plus vite.
05:31Évidemment, on va le porter trois fois en moyenne, deux à trois fois un vêtement sur Chine.
05:38Et donc ces plateformes aussi de seconde main entre particuliers, qui fixent un nouveau prix de la seconde main.
05:43C'est ça notre plus gros défi en fait.
05:45C'est d'expliquer le prix avec toute la valeur du travail.
05:50Ce sont des transactions sécurisées.
05:52Il y a un service à pré-vente de qualité.
05:54Il n'y a pas de fraude sur notre site.
05:55Contrairement, c'est très très important la fraude sur les sites de vente entre particuliers par exemple.
06:01Alors si on prend l'exemple de Chine, c'est intéressant parce que cette marque chinoise a été vraiment dans
06:07le projecteur de l'actualité.
06:10On a appris il y a quelques jours que finalement le partenariat Chine-BHV se terminait mal pour les deux.
06:18On peut dire ça comme ça.
06:21Quelle différence vous faites, Luce Grammont, entre une mobilisation de sensibilisation de l'opinion, dans un cas comme celui-là,
06:28et puis une mobilisation qui paye peut-être, qui obtient des changements politiques.
06:33Comment vous l'analysez ça ?
06:35Alors effectivement, la fast fashion, c'est un peu le cas d'école de la dernière année.
06:40Maud a été vraiment à la tête d'une coalition.
06:43On est passé de l'effondrement du Rana Plaza il y a un peu plus de dix ans,
06:47qui était un problème éthique d'esclavage moderne,
06:53un problème écologique avec à sa tête Camille Etienne,
06:57toutes les associations environnementales et Maud,
07:02et des entreprises du textile qui ont commencé à se dire
07:07mais en fait l'ultral fast fashion, c'est aussi très mauvais pour nous.
07:10Et des marques mythiques comme Kukai, Pinky...
07:16On a vu tomber en domino toutes ces marques-là.
07:20Et finalement, ça ravage l'économie.
07:21Donc on est passé là à un sujet qui est un sujet industriel,
07:26un sujet de souveraineté économique,
07:28un sujet de comment on se défend des Chinois, des Américains,
07:32et comment on maintient nos emplois et notre souveraineté économique.
07:35C'est plus facile de mobiliser les politiques quand on porte ces arguments-là ?
07:38Évidemment.
07:41C'est plus facile, c'est une réalité en fait.
07:44Les sujets écologiques, ils sont intimement liés.
07:48Les limites planétaires et la maintien de notre survie,
07:51c'est à la fois une question de répartition de richesse,
07:54donc de justice, et une question économique.
07:56Est-ce qu'on privilégie ces modèles-là qui sont vertueux,
08:00ou les modèles du passé,
08:01ou est-ce qu'on se fait complètement ravager par les étrangers ?
08:06Et c'est vrai que l'opinion publique joue,
08:09c'est les entreprises, l'opinion publique et les politiques.
08:12C'est le triangle de l'inaction qu'on renverse.
08:14Et là, c'est une semi-victoire,
08:17c'est pas linéaire,
08:20Maud pourra le dire,
08:21on a eu une déception en commission mixte paritaire
08:25pour la loi Fast Fashion cette semaine,
08:28mais c'est quand même une bataille
08:30qui a été gagnée du point de vue symbolique et économique.
08:34Du point de vue de l'opinion ?
08:35Du point de vue de l'opinion,
08:37le sujet est incontournable.
08:38Même la droite, en fait.
08:40On a vu des députés comme Antoine Vermorel,
08:42député républicain,
08:44Singer, une influenceuse
08:46qui ouvre son colis Amazon
08:53avec le petit body plein de stalates.
08:56On a vu Anne-Cécile Violent,
08:57qui est proche d'Edouard Philippe,
08:59porter la loi sur la Fast Fashion.
09:01Mais en face, on a des lubings
09:03avec Christophe Castaner,
09:05ancien membre du gouvernement.
09:07Qui a été embouché par Chine.
09:08Donc, c'est vraiment David contre Goliath.
09:10Et David se défend quand même efficacement
09:14avec l'aide de l'opinion publique
09:16et avec l'aide d'entrepreneurs
09:19très innovants et pleins de génies
09:22comme Mozartat.
09:24Et aussi des entreprises plus mainstream
09:28qui commencent à se rendre compte
09:31que là, il y a un mensonge terrible
09:33de le libéralisme
09:35qui protège la compétitivité
09:37des entreprises françaises.
09:39C'est très exactement le contraire.
09:40Qu'est-ce qui s'est passé
09:41en commission mixte paritaire ?
09:42Pourquoi il y a eu une déception
09:43il y a quelques jours ?
09:44Ils ont changé un mot.
09:48Ils ont changé un ou par un et.
09:50Et ça ne peut sembler rien,
09:51mais c'est vrai que ça peut mettre
09:53en grand péril l'impact de la loi.
09:56Et peut-être même que Chine
09:58pourrait passer entre les mailles du filet.
10:01Ça veut dire quoi ?
10:01Ça veut dire que pour décrire
10:02ce qu'est de la Fast Fashion,
10:04il y avait deux critères
10:05mais qui n'étaient pas cumulatifs.
10:06c'était soit on avait une largeur
10:08de gamme de X vêtements,
10:12soit on avait un prix
10:13qui ne permettait pas la réparation.
10:15C'est ce qu'on appelle
10:15l'indice de réparabilité.
10:17Le problème, c'est que maintenant,
10:18ils les ont rendus cumulatifs.
10:19Ce qui fait que si on a une largeur
10:21de gamme qui est OK,
10:23ce n'est pas grave si le prix
10:24est trop bas pour la réparation.
10:26Et c'est ça qui pose surtout
10:27problème, bien sûr,
10:27à tout acteur de la Fast Fashion,
10:29pas que l'ultra Fast Fashion,
10:31puisque la Fast Fashion,
10:32c'est aussi des acteurs français
10:34et européens, évidemment.
10:36Donc maintenant, on va voir.
10:38Il y a un décret.
10:39Oui, parce que la commission
10:40mise paritaire,
10:41ce n'est pas encore voté.
10:43Il y a encore un temps
10:44de persuasion.
10:46On va voir ce que le gouvernement
10:48veut faire,
10:49puisque maintenant,
10:50c'est le gouvernement
10:50qui va faire ce décret.
10:53Donc, bien sûr,
10:54qu'on ne va pas s'arrêter là
10:55en termes d'activisme
10:57et de lobbying,
10:58parce qu'il faut absolument
11:01poser des critères ambitieux
11:03sur la largeur de gamme,
11:05par exemple.
11:06Ils sont très malins.
11:07Chine, par exemple,
11:08saura très bien
11:09créer des sous, sous, sous, sous
11:11marques
11:11et qui vont diviser
11:13par mille
11:14la largeur de gamme imposée.
11:16Donc, ils ont intérêt
11:18vraiment à aller au bout
11:19parce que ce serait vraiment
11:22un échec,
11:23mais cuisant,
11:25même pour la puissance publique
11:26qui, quand même,
11:27il y a beaucoup de gesticulation
11:28autour de ce sujet,
11:30notamment depuis l'histoire,
11:32bien sûr, du BHV
11:33et des poupées
11:35pédopornographiques.
11:36Si même Chine
11:37n'est pas impactée
11:39par cette loi,
11:39alors que ça fait plus de deux ans
11:41qu'on se bat pour ça.
11:42Ça prouvera que la loi
11:43a été mal écrite.
11:44Ça montra l'impuissance totale
11:46de la puissance publique
11:48aujourd'hui.
11:48Et ça, c'est...
11:49Par rapport, effectivement,
11:50au grand public,
11:51ça ne passera pas.
11:53Luce Grammont,
11:54il faut quoi ?
11:55Là, maintenant,
11:57l'action de lobbying,
11:59c'est quoi ?
11:59Identifier les bonnes personnes
12:00à qui faire passer
12:02les bons messages ?
12:02Pour suivre,
12:03on a eu quand même,
12:05et c'est symbolique,
12:06le directeur du BHV
12:08qui dit que c'était
12:08une erreur stratégique.
12:11Stratégique.
12:12Donc, il s'agit bien,
12:13nous, de notre côté,
12:14d'être stratèges.
12:15Il y a un coup politique,
12:17là, pour les candidats
12:18à la présidentielle,
12:19pour le gouvernement,
12:20à ne rien faire
12:22là-dessus.
12:22et c'est ça qu'on a gagné.
12:25Donc, il ne faut rien lâcher.
12:28Et là,
12:29on a un point de bascule
12:31où l'utopie économique
12:33est en train
12:33de changer de camp.
12:35Un dernier mot,
12:35tiens,
12:36il nous reste une minute,
12:38Mozarda,
12:39parce qu'on parle
12:39d'ultra-fast fashion,
12:41on pourrait parler
12:41d'ultra-fast déco,
12:43et finalement,
12:44vous êtes aussi,
12:45ça fait partie aussi,
12:46des produits
12:47que vous proposez
12:49avec la belle Emmaüs.
12:50Il y a le même phénomène
12:51qui est en train
12:52de se passer,
12:53qui a déjà commencé ?
12:54Oui, bien sûr.
12:55Ça a déjà commencé,
12:56déjà au moins depuis
12:57deux ans
12:58que Temu tourne
12:59à plein régime,
13:00puisque Temu,
13:02cette autre plateforme
13:03chinoise,
13:04est loin d'être
13:05que sur le textile.
13:06C'est même d'ailleurs
13:07sur les petits objets,
13:08la déco,
13:09qui s'est beaucoup développé.
13:11Donc, il est en train
13:12de faire les mêmes ravages,
13:14puisqu'il commence
13:16à avoir un petit peu
13:16des amendes qui tombent
13:17au niveau de l'Europe,
13:19mais c'est absolument ridicule
13:21par rapport au chiffre
13:22d'affaires
13:23qu'il fait désormais.
13:24C'est des dizaines
13:25de milliards
13:26qu'il fait désormais
13:27en Europe.
13:29Donc oui,
13:29c'est exactement
13:29le même phénomène,
13:30la fast déco.
13:33Et je pense qu'il y a
13:34un beau projet
13:34à faire pour le BHV,
13:35peut-être pour finir.
13:37Pourquoi on ne lancerait pas
13:38le vrai bazar
13:40de l'hôtel de ville,
13:41le plus grand magasin
13:42de la seconde main
13:43en plein cœur de Paris,
13:44avec de la déco,
13:45du mobilier,
13:46des vêtements,
13:47des livres,
13:47tout ce qu'on fait
13:48sur la belle Emmaüs
13:49et dans toutes les ressources
13:50de France.
13:51Belle idée,
13:51merci beaucoup
13:52à toutes les deux
13:53et à bientôt
13:54sur Be Smart for Change.
13:55C'est l'heure
13:55du grand entretien
13:57de ce Smart Impact.
13:57On va voir
13:58comment le Quai d'Orsay
13:59se transforme.
14:00?
14:00Sous-titrage Société Radio-Canada
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