00:00Générique
00:06L'invité de ce Smart Impact, c'est Yann Rivoallant, bonjour.
00:09Bienvenue, vous êtes le président de la fédération du prêt-à-porter féminin.
00:13On va évidemment parler de la lutte contre la fast fashion.
00:17Il y a une loi qui est un peu dans les limbes de la navette parlementaire.
00:21On va pouvoir détailler ça.
00:22Mais d'abord, peut-être une question très générale.
00:24Comment va le secteur ? Toujours difficile ?
00:27C'est toujours difficile avec un effet plancher qu'on voit pour un certain nombre de marques.
00:33Parce que la météo a joué de façon très favorable ces derniers mois.
00:37Il a plu, il a fait froid.
00:39Donc bon an, mal an, les derniers mois ont été assez corrects pour un certain nombre d'acteurs.
00:45Mais ce n'est quand même pas la fête, loin de là.
00:47Et surtout structurellement, on voit quand même les casas qui tombent.
00:52C'est ce que je voulais vous dire, il y a des marques qui continuent de fermer ou quasiment.
00:55De toute façon, on voit la complexité.
00:57Et il y a aussi des transformations majeures, ne serait-ce qu'avec des incertitudes aussi que le sont tout autant.
01:03Évidemment, les taxes aux Etats-Unis qui sont mises en place nous posent beaucoup de questions sur les adaptations nécessaires à mettre en place.
01:11Et donc il y a cette concurrence de l'ultra fast fashion.
01:15On va parler de la loi, mais est-ce que vous pourriez la combattre sans une loi ?
01:19Vous voyez ce que je veux dire ?
01:20Parce qu'il y a les questions que le secteur se pose.
01:22C'est posé depuis longtemps.
01:24Sa capacité à anticiper sur ce modèle shine qui s'est imposé.
01:30Est-ce que vous pourriez combattre ce modèle sans la loi ?
01:32En fait, le point c'est, est-ce qu'on peut combattre des mafieux sans la loi ?
01:37La réponse est non.
01:38Voilà.
01:39Alors sur la chaîne de valeur intégrale de Chine et de Tému en partie.
01:43En fait, chaque fois, on a des comportements qui sont au moins des loyaux.
01:48C'est au moins.
01:49C'est-à-dire que la contrefaçon, elle est massive.
01:52Toutes les semaines, j'ai des marques qui me remontent des contrefaçons.
01:56Il y a un procès en ce moment entre Lacoste et Chine qui montre comment Chine, depuis des mois, fait de la contrefaçon sur justement Lacoste.
02:06Et c'est aussi des petits créateurs.
02:08Et leur capacité à faire 10 000 nouveaux produits par jour est liée justement à cette contrefaçon massive.
02:14Donc il y a déjà ce premier point.
02:16Alors technologiquement, ce n'est pas possible pour l'instant de le refléter, de remonter cette contrefaçon,
02:22parce qu'on se retrouve dans la même ambiguïté que celle qu'on peut avoir dans les médias.
02:26Si on prend votre image et qu'on la fout sur TikTok, pour que vous remontiez dessus,
02:31ça vous demanderait un boulot démentiel pour remonter sur l'algorithme de TikTok.
02:35Et donc c'est pour vous impossible, ou presque, de le faire.
02:38Et c'est à cette impossibilité-là que vous vous êtes confrontés.
02:40C'est cela, justement, qu'ils ont.
02:41Donc il y a ce premier point de la contrefaçon.
02:43Est-ce qu'il y a eu un peu de retard à l'allumage quand même ?
02:49Parce que ce modèle-là, il existe depuis le début.
02:51Il s'est créé là-dessus.
02:52Il y a ce retard à l'allumage classique dans toute l'innovation digitale.
02:57C'est-à-dire qu'il y a un retard à l'allumage dans le vol des images, dans le vol des musiques.
03:01Souvenez-vous, avec Tapster, il y a maintenant près de 20 ans.
03:04Donc chaque fois, oui, il y a un retard.
03:06Et il est lié aussi à cette croissance exponentielle qu'ils peuvent avoir.
03:09Parce que quand une société fait 100 % de croissance tous les ans,
03:12au bout de 5 ans, c'est près de 5000 % de croissance.
03:15Donc on ne l'avait pas vu il y a 5 ans.
03:17Le temps qu'on fasse des lois, que ça passe à l'Europe et que ça soit appliqué,
03:20les 5 ans sont passés.
03:21Et la société est passée de 3 milliards à 45 milliards.
03:25Donc ça, c'est le deuxième aspect qui explique.
03:28Parce que vous disiez, il y a la lutte contre la contrefaçon.
03:30Il y a la contrefaçon, il y a l'exploitation des salariés.
03:33Là aussi, parvêtement, c'est un centime de versé.
03:37Donc les gens sont obligés de faire 100 vêtements par jour pour des salaires de misère,
03:42de travailler jusqu'à 100 heures par semaine,
03:44de n'avoir qu'un jour de congé par mois.
03:46Donc là aussi, on est quasiment proche de l'esclavagisme.
03:49C'est la baisse de la qualité des produits dans la mode.
03:51Où là aussi, les clients ne se rendent pas nécessairement compte,
03:54mais ils achètent du poulestère à plus de 80 %.
03:57Et c'est mal taillé, c'est mal fait, c'est de mauvaise qualité.
04:00Mais en effet, quand on a acheté 3 €, comme ce n'est pas cher, on s'en fiche un peu.
04:05On va le porter 2 fois ou 3 fois et puis voilà.
04:07Et je reprends ce qu'on peut voir aussi sur certains réseaux sociaux.
04:10En fait, c'est gratuit.
04:11Donc comme c'est gratuit, on passe le contenu.
04:14Ce n'est pas très grave non plus.
04:15Et enfin, il y a l'exploitation justement de la faille des taxes.
04:20C'est-à-dire quel est le vrai chiffre d'achat d'air de Chine
04:23et quel est la véritable TVA qu'ils font semblant de payer.
04:26Parce que pour l'instant, ils échappent à une grande partie de la TVA, c'est ça ?
04:29Alors ils déclarent une espèce de TVA sur un chiffre d'affaires
04:32qui, des sources que je peux avoir, est tellement ridicule
04:35versus le véritable chiffre d'affaires qu'ils font
04:37que là aussi, il y a une fraude massive.
04:39Donc comme sur toute la chaîne de valeur, il y a la fraude du début à la fin.
04:44En effet, personne ne peut les concurrencer.
04:47Et c'est pour ça que vous parliez de système mafieux et de la nécessité d'une loi.
04:51Que contient cette loi ? Ensuite, on parlera du fait qu'elle ait été reportée.
04:56Alors la loi a 3 points majeurs.
04:59Le premier, c'est de déterminer ce qu'est l'ultra-fast fashion.
05:02C'est-à-dire combien de nombres de références par jour on peut avoir.
05:05Un ordre d'idée, une marque française, c'est 2-3 références nouvelles par jour.
05:10Zara, c'est 100, donc c'est énorme.
05:13Chine, c'est 10 000.
05:15Donc on est dans un ratio par jour.
05:18Par jour, Chine fait ce qu'une marque française va faire toute sa vie.
05:23Donc on est dans un volume astronomique.
05:25On retrouve les volumes, évidemment, des plateformes digitales
05:28qui sont aussi capables d'avoir des millions de vidéos tous les jours.
05:31Le deuxième point, c'est qu'il y a un système avec l'affichage environnemental
05:36qui permet de déterminer si un produit est bon ou mauvais.
05:39Il est mauvais, je paye un malus de 5 euros.
05:42Il est bon, je touche un bonus de 5 euros.
05:44Donc un bonus-malus, comme prévu dans la loi.
05:46Oui, et cet affichage environnemental est travaillé avec des polytechniciens,
05:50des ingénieurs et des experts du textile depuis maintenant des années.
05:54On aboutit à cet algorithme.
05:57Grâce à cela, on va pouvoir dire que c'est un bon et un mauvais produit.
06:00Un peu comme le Nutri-Score, mais sous une autre forme très intéressante.
06:04C'est qu'on va avoir un nombre de points.
06:06Et ce nombre de points, c'est le nombre de points de vie qu'on va prendre à la planète.
06:10C'est-à-dire que quand on achètera un produit avec 150 points,
06:14on prendra 150 points à la planète.
06:17Oui, donc on intègre le coût environnemental au prix d'achat du produit.
06:21Et là, grâce à ce malus et ce bonus,
06:23on se dira que oui, on prend un peu à la planète,
06:25mais il faut bien qu'on s'habille tous les jours.
06:27Donc quand je mange aussi, je prends aussi un peu à la planète,
06:30mais je peux lui rendre d'une autre façon.
06:32Et donc cet affichage est assez intéressant, justement,
06:35dans cette perspective de je vais consommer ou non,
06:38beaucoup ou pas, la planète.
06:40Et quand je l'achète pour chez SHEIN,
06:42pour un t-shirt en polyester,
06:45qui va détériorer à vie la planète,
06:48parce que le plastique ne se détériore pas,
06:50et bien là, je vais avoir un gros affichage environnemental.
06:52Et en plus, ça va me coûter 5 euros de plus.
06:55Donc ça limite, justement, l'achat.
06:57Donc ça, c'est pour le bonus-menus.
06:59Ensuite, il y avait une question de publicité.
07:00L'interdiction de la publicité.
07:01Alors là, c'est une vision très intéressante
07:04de pourquoi est-ce qu'on a le droit ou non,
07:06ou pas, de faire de la publicité.
07:08Pour l'instant, l'interdiction de la publicité
07:10se fait avant tout avec des produits qui sont très dangereux pour la santé,
07:13du type le tabac ou l'alcool.
07:15Et donc là aussi, on a cette vision qui est
07:17quand on sait que ces produits sont clairement,
07:19parce que c'est l'ultra fast fashion,
07:21dangereux pour la santé de la planète,
07:23et donc pour nous,
07:24parce que quand un t-shirt en plastique va dans les océans,
07:26à la fin, cette dégradation, les microfibres,
07:29finissent aussi dans notre corps.
07:31Et bien, on peut se poser la question de
07:32est-ce qu'on a le droit ou non d'autoriser cette publicité.
07:34Et donc là, c'est une vraie question de société.
07:36Parce que pour l'instant, le droit européen
07:38interdit de faire ceci.
07:40Donc est-ce qu'il faut aussi que le droit européen change, ou pas ?
07:44Oui, vous dites que c'est un combat qui dépasse la filière textile,
07:46d'une certaine façon.
07:47Et c'est pour ça que, et si on retrouve la base d'ailleurs de la mode,
07:50depuis des années,
07:51c'est qu'on est souvent à l'avant-garde
07:53de beaucoup de transformations.
07:54Dans le digital, les marques de mode sont depuis maintenant
07:57plus de 15 ans en e-commerce,
07:59alors qu'encore, quelques industries n'y sont pas encore.
08:01Et donc il y a toujours ce côté avant-gardiste,
08:03évidemment dans les tendances,
08:05mais aussi dans l'innovation,
08:06et aussi dans la responsabilité.
08:08Et donc de ce fait,
08:10la transformation qu'on voit avec Shein,
08:12c'est qu'on voit comment une marque comme Shein
08:14est le pire du pire,
08:16dans l'innovation et dans la responsabilité,
08:19et quand même, les marques françaises sont l'inverse.
08:21C'est-à-dire, elles essaient aussi de se transformer dans l'innovation,
08:23mais avec les contraintes légales que nous on a,
08:25que eux n'ont pas,
08:26et évidemment dans la responsabilité,
08:28dans vouloir bien faire les choses.
08:29Et alors, cette loi qui avait été votée à l'Assemblée,
08:31qui devait passer au Sénat,
08:33bon, il y a eu la décision de report de l'examen,
08:37est-ce que vous faites le lien avec l'embauche par Shein
08:41d'un certain nombre de personnalités politiques,
08:44d'anciennes personnalités politiques,
08:46c'était quoi, une stratégie d'influence, en fait ?
08:48Alors, il y a des raisons légitimes.
08:50Les raisons légitimes sont évidemment la dissolution,
08:52les changements de gouvernement,
08:54et donc, c'est compliqué, en effet,
08:56de faire passer des lois dans ces contextes.
08:58Le deuxième, c'est qu'en effet,
09:00il y a un lobby, un lobby massif de Shein,
09:02qui s'adresse, je le vois aussi, aux écoles.
09:05Il va aller dans les écoles pour expliquer
09:07à quel point ils sont bien dans des écoles de mode, évidemment.
09:09Ils feront du lobby vis-à-vis des parlementaires.
09:12Je prends évidemment Castaner,
09:14qui a fait beaucoup d'images, beaucoup de bruit.
09:16Christophe Castaner, ancien ministre de l'Intérieur,
09:18qui a été embauché, effectivement.
09:20Mais il y a aussi Bernard Splitz,
09:22qui a demandé à rencontrer la présidente de l'Assemblée,
09:24ce qu'il n'avait pas fait depuis maintenant près de 5 ans.
09:26Alors, Bernard Splitz, il était...
09:28C'est un des fondateurs des GRAC,
09:30qui est un mouvement qui a été aussi à l'initiative
09:32de l'élection d'Emmanuel Macron.
09:34Donc, c'est quelqu'un qui a été très important,
09:36qui faisait aussi partie du MEDEF,
09:38et donc, il y avait une stature et un réseau,
09:40et donc, il utilise clairement ce réseau,
09:42aussi, pour s'adresser à de nombreux parlementaires.
09:44Et donc, il y a aussi Négole Getsch,
09:46une ancienne secrétaire d'État,
09:48qui avait une très belle réputation,
09:50malheureusement, elle aussi, embauchée par Chine.
09:52Donc, on le voit, c'est un investissement
09:54en lobby, par Castaner,
09:56qui est très visible, mais aussi sur d'autres,
09:58qui, bien sûr, influencent les parlementaires.
10:00– Vous espérez quand même que cette loi
10:02soit votée rapidement ?
10:04– Alors, on a une première étape,
10:06on verra, début avril,
10:08si ou non, elle va être à l'agenda.
10:10Si elle est à l'agenda,
10:12comment est-ce que la loi va être transformée,
10:14aussi, par les sénateurs ?
10:16Donc, on va voir s'il y a des modifications positives ou pas.
10:18Et, de ces transformations,
10:20elle sera votée ou pas.
10:22Donc, il y a beaucoup d'incertitudes,
10:24d'ici, peut-être, mi-mai,
10:26où elle passera, peut-être, justement, au Sénat.
10:28– Merci beaucoup, Yann Rivaud-Halland.
10:30Évidemment, on va soutenir ce combat
10:32et continuer d'en parler ici.
10:34Je vous dis à bientôt sur Bismarck for Change.
10:36C'était notre débat,
10:38comment parler d'économie sociale et solidaire aux jeunes.
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