Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 7 semaines

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:08Bonjour à tous, aujourd'hui au cœur de l'écho, on parle d'une technologie encore trop invisible et qui
00:13pourrait pourtant bouleverser de nombreux secteurs, le quantique.
00:17Pour en parler, je reçois aujourd'hui Frédéric Attia, cofondateur de Columbus, une deep tech française qui développe des puces
00:24quantiques nouvelle génération, déjà repérées par Airbus.
00:28Bonjour, merci d'être avec nous aujourd'hui.
00:30Bonjour Claire et merci de me recevoir.
00:32Alors déjà, est-ce qu'on pourrait essayer d'expliquer simplement, en tout cas d'essayer d'expliquer simplement, ce
00:39que c'est le quantique, à quoi ça sert et pourquoi tout le monde dit que ça va changer la
00:44donne ?
00:45Alors premier challenge, la simplicité. Alors effectivement, dès qu'on dit quantique, les gens y pensent Marvel, science-fiction.
00:52En fait, le quantique, ce n'est pas de la science-fiction, il y en a qui font du business
00:55et de l'argent avec.
00:57Alors on parle d'ordinateur et d'informatique quantique. En gros, un ordinateur traditionnel, ça marche avec ce qu'on
01:03appelle des bits, des 0, des 1, interrupteur, ouvert, fermé.
01:06Ok, jusque là, je suis.
01:07L'ordinateur quantique, il marque avec des qubits qui sont des 0 et des 1 en même temps. Donc du
01:14tout, ça change complètement la donne parce qu'au lieu de faire de façon séquencée, vous pouvez faire énormément de
01:22possibilités en même temps, comme en superposition.
01:25C'est pour ça qu'on parle de cinquième révolution numérique après le PC, l'Internet, le cloud et l
01:33'IA. Parce que ça va vraiment révolutionner.
01:35C'est le step d'après.
01:36Absolument. Et chez Columbus, on pense vraiment qu'on va changer de terrain de jeu, de paradigme.
01:42Alors c'est vrai que chez Columbus, vous ne faites pas juste, entre guillemets, du quantique, mais vous développez des
01:48puces quantiques dites nouvelle génération.
01:52En quoi ça consiste ? Concrètement, qu'est-ce que ça change ? À qui c'est destiné ?
01:58Alors oui, on est un peu à part dans le paysage des puces quantiques. Il faut savoir qu'aujourd'hui,
02:04on est comme dans les années 50, quand on a inventé l'ordinateur.
02:07Il y a plein de technologies qui se font ça. Chacun pense qu'il a la meilleure techno. Mais il
02:11y a un hic en physique quantique, c'est que les qubits, ils perdent leurs moyens très facilement.
02:17Donc il existe cinq technologies de qubits, les supraconducteurs, les spins dans les supraconducteurs, les photons, les ions piégés, les
02:24atomes froids.
02:24Chacun pense qu'il a la meilleure techno. Ils essayent tous de faire un qubit qui est à la fois
02:28stable, qui est à la fois connectable, escalable.
02:33Et donc chacun avec sa techno, qui a des super pouvoirs et des faiblesses. Nous, on a décidé de ne
02:37pas choisir.
02:38On a une technologie hybride, on fait plusieurs technos à la fois. C'est comme si au lieu de choisir
02:42une Ferrari ou une Tesla, on fait une voiture avec les deux moteurs dedans.
02:46Ok, génial. Le vrai défi, on l'a dit, c'est la fiabilité, puisque c'est un peu instable dans
02:54cette gestion des qubits.
02:56On en est où vraiment, en réalité, sur le terrain ? Et quelle est la promesse du quantique qui est
03:03encore lointaine, mais qui est en train d'arriver ?
03:07En fait, ça va aller plus vite que prévu. C'est pour ça qu'on s'appelle Columbus, parce qu
03:11'on fait des bus quantiques. Pas parce qu'on adore les colons, mais parce qu'on a réussi un exploit
03:16scientifique
03:16que beaucoup de physiciens pensaient impossible. C'est comme si on était passé de l'autre côté du miroir, on
03:21avait découvert un nouveau continent scientifique.
03:23Donc on a réussi à mélanger plusieurs technologies. Voilà.
03:27C'est une recherche qui a pris combien de temps ?
03:28Dix ans. Il y a eu dix ans de recherche, mais on vient de publier dans Nature l'année dernière.
03:34C'est pour ça qu'on a créé Columbus.
03:36Et donc on a réussi...
03:37Donc ça fait grosso modo un an que ça fonctionne.
03:41Absolument. Absolument. Et en fait, le problème des qubits, c'est qu'ils sont très, très instables.
03:47Voilà. Ils meurent facilement. Soit ils perdent leur énergie, leur relaxation, soit ils perdent leur cohérence.
03:54C'est comme si vous faisiez tourner pour une image des milliards de toupies ensemble sur une table qui tremble
04:00en permanence.
04:00Vous voyez le challenge. Et en même temps, en plus, il faut corriger les erreurs.
04:06Donc vous faites d'autres qubits pour corriger les erreurs. Nous, on a résolu l'équation. Voilà.
04:11On a réussi à faire un nombre de qubits limités qui sont stables. Voilà.
04:15On a connecté des spins entre eux. Et voilà. Et on a donc moins de câbles. On a des puces
04:20plus petites.
04:21C'est comme si, en fait, la problématique, ce n'est pas finalement de... La science, c'est l'industrialisation.
04:27Donc vous n'allez pas faire un million de qubits. C'est un immeuble de trois étages comme un grand
04:32plat de spaghettis géants avec des câbles partout congelés.
04:36Nous, on a réussi à faire ça en beaucoup plus petite.
04:37Vous en avez parlé rapidement. Mais peut-être qu'on peut essayer de rentrer un peu plus dans le détail
04:41en vulgarisant le propos, bien sûr.
04:44Mais j'ai lu que vous combinez des supraconducteurs et des semi-conducteurs. Deux mondes, a priori, très différents.
04:51Qu'est-ce que ça... Enfin, pourquoi ce choix technologique ?
04:57D'abord parce que c'est des technologies qu'on connaît bien et qu'on est capable d'industrialiser.
05:02Et ce qu'on a fait, c'est qu'on utilise un qubit de supraconducteur comme antenne électromagnétique pour connecter
05:09les spins entre eux.
05:10Parce qu'en fait, les spins, c'est vraiment des bijoux scientifiques. Ils ont des super temps de cohérence, etc.
05:16Personne n'avait réussi à les connecter. C'est comme si vous aviez un super smartphone et il n'est
05:19pas connecté au réseau.
05:20Donc à part jouer Pac-Man dans le métro, nous, on a réussi à les connecter justement.
05:25C'est ça. Et avec beaucoup moins... En plus, sans fil. Donc voilà, c'est vraiment révolutionnaire.
05:31Airbus vous a repéré. Vous sélectionne début 2026. Ça veut dire quoi concrètement ?
05:38Il vous a repéré pour ses puces. On en a parlé brièvement. Est-ce qu'il y a des cas
05:42d'usage déjà identifiés ? Racontez-moi.
05:45Alors c'est Airbus Développement qui nous a repérés en nous finançant, en nous aidant en termes de financement.
05:51Ce n'est pas encore un client final, mais c'est déjà un signe très fort.
05:54Parce que ça veut dire, dès qu'un client nous dit qu'on veut comprendre ce que vous faites, c
05:58'est déjà un bon signe.
05:59Donc effectivement, le premier secteur...
06:01Ce n'est pas n'importe quel client.
06:03Absolument. C'est la chimie des matériaux. Ça peut intéresser Airbus, etc.
06:07Et donc, aujourd'hui, créer de nouveaux matériaux, c'est très cher, c'est empirique, etc.
06:12Et nous, on arrive à mélanger les supercalculateurs, l'IA et la physique quantique pour créer des nouveaux matériaux.
06:20Et donc, on a des projets avec des champions français comme Arkema, comme Bulle ou comme Anthalpik dans l'AI.
06:26Et donc, du coup, ce n'est plus de la science-fiction, là.
06:29On fait des nouveaux matériaux pour des batteries.
06:31Et ça fait des batteries qui durent plus longtemps, qui sont sécures et avec beaucoup moins de frais d'industrialisation.
06:37On l'a dit, ça intéresse des secteurs spécifiques, la chimie des matériaux, la défense.
06:42Est-ce que, selon vous, ça sera les premiers secteurs peut-être à être transformés ?
06:48En fait, tous les secteurs dans lesquels le calcul est critique vont être transformés.
06:53On parle beaucoup de crypto.
06:54C'est vrai qu'un organisateur quantique va casser les codes beaucoup plus rapidement.
06:57Mais il y a d'autres choses qui viendront avant.
07:00La santé avec des nouveaux médicaments, l'énergie en optimisant les réseaux.
07:05Mais alors comment, justement, avec des nouveaux médicaments ? Parce que le pont n'est pas évident.
07:09En fait, l'ordinateur quantique arrive à faire de la nouvelle formulation chimique.
07:13Donc, on arrive à faire ce qu'aucun ordinateur aujourd'hui n'est capable de faire.
07:18Et donc, grâce à ça, on arrive à faire plein de choses qu'un ordinateur classique ne peut pas faire.
07:23Vous avez aussi signé avec le CEA Saclay et accédé à des salles blanches.
07:29Est-ce que vous pouvez un peu nous expliquer en quoi ça consiste ?
07:34C'est des infrastructures ultra sensibles qu'on pourrait presque comparer à des blocs opératoires ?
07:41Absolument.
07:42Donc, avec le CEA, on est un peu comme à la maison.
07:44Mes deux cofondateurs font partie de l'équipe du CEA Cantronic.
07:48Ils ont travaillé avec les prix Nobel, etc.
07:50Donc, ils connaissent ces salles blanches, comme vous dites, mieux que leur cuisine.
07:53Donc, effectivement, on fabrique nos puces au CEA.
07:57Et on a décidé d'être faiblesse, de ne pas faire des centaines de millions.
08:02Donc, c'est critique pour nous d'avoir des contrats avec des gens comme le CEA.
08:07Et tant que le CEA nous prête sa cuisine quantique et qu'on peut y mettre nos chefs à nous,
08:11on se contente de ça pour l'instant.
08:13Et on a d'autres partenariats avec des partenaires leaders mondiaux comme Quantou Machin.
08:17Justement, avec qui ?
08:19Quantou Machin, c'est le leader mondial de tout ce qui est test et recel des puces.
08:23Et on a réussi à avoir un contrat avec eux.
08:25OK.
08:25Vous êtes aussi accompagné par pas mal de monde.
08:28Absolument.
08:29Est-ce que, pour en citer quelques-uns, iFrance, enfin plein d'autres, mais racontez-moi,
08:35est-ce que l'écosystème français est aujourd'hui à la hauteur pour faire émerger, justement, des leaders comme vous
08:43?
08:45C'est une bonne question.
08:46En fait, il est clair qu'on est bon en France.
08:48En France, on ne fait pas un chèque de 200 millions sur un comptable en vous disant on verra bien.
08:53On n'en est pas là.
08:54Mais par contre, en France, qui est très fort, on a un écosystème deep tech très, très fort.
08:59On a la science, on a les chercheurs, on a des ingénieurs de talent.
09:02On sait tout ça.
09:03Et on a été effectivement repérés par le gouvernement.
09:06On a eu plusieurs labels.
09:07On a été accélérés par Wilco, très pro.
09:09On a eu plusieurs labels comme French Sensing.
09:11On a été évidemment soutenus par la BPI.
09:14Donc franchement, l'écosystème français aide beaucoup ces chercheurs.
09:20On parle beaucoup de souveraineté technologique aujourd'hui.
09:24Oui.
09:25Est-ce que l'Europe peut rivaliser ?
09:28On pense évidemment aux États-Unis.
09:31Alors, on ne peut pas forcément rivaliser avec les États-Unis parce qu'ils sont incapables d'investir massivement et
09:38très vite.
09:38La Chine va très vite également.
09:40Mais encore une fois, la France et l'Europe, ils sont champions du monde en sciences fondamentales.
09:45Je rappelle que la plupart des briques de l'ordinateur quantique aujourd'hui, ça vient du CEA, de l'équipe
09:50quantronique dont je parlais.
09:51Donc en recherche fondamentale, on est très, très fort.
09:53Le challenge, c'est d'essayer de garder nos chercheurs chez nous.
09:56Et le challenge, c'est la vitesse, en fait, finalement, des élections.
10:00On ne sait pas est-ce qu'on sera capable de le faire.
10:01On est capable, mais à quelle vitesse et à quel investissement on peut.
10:05Parce que cinq ans en physique quantique, c'est comme une ère géologique.
10:09Il faut être très rapide.
10:10Alors justement, si on devait se projeter à cinq ans, à dix ans, comment est-ce que ça serait intégré
10:17dans notre quotidien, selon vous ?
10:20Alors je pense que ça va venir plus vite que Pézu parce qu'on utilise l'IA pour faire nos
10:24puces.
10:24Donc je pense que dans cinq ans, finalement, l'ordinateur quantique ne sera pas forcément connu du grand public,
10:29mais il sera omnipaisant dans l'industrie.
10:31On sera capable de faire des nouveaux matériaux, des nouveaux médicaments en finance aussi.
10:36On sera capable de gérer les risques, etc.
10:38Donc pour moi, objectivement, comme Columbus veut créer le cœur de ces machines,
10:44dès qu'on aura découvert un nouveau matériau, un nouveau médicament en quelques semaines plutôt qu'en des années,
10:51c'est là qu'on va voir que le quantique sera un phénomène de société.
10:55Je vous prends un seul exemple pour conclure.
10:57Vous savez que le procédé de production de l'ammoniaque, ça prend 2% de l'énergie mondiale.
11:04Vous vous rendez compte, si on arrive à optimiser ça, là, on devient un phénomène de société.
11:08C'est vrai que le quantique est encore discret, mais on comprend bien que les enjeux sont immenses.
11:13Merci beaucoup pour cet échange.
11:15C'est moi.
11:15Merci.
Commentaires

Recommandations