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  • il y a 5 semaines

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00:08Acheter un logement neuf reste pour beaucoup de Français le projet d'une vie.
00:12Pourtant, les promoteurs continuent de souffrir d'une image très dégradée.
00:17Retard de livraison, prix élevé, soupçons de spéculation.
00:21Mais dans un contexte où la France manque cruellement de logements
00:24et où les normes environnementales se multiplient,
00:27le secteur traverse aussi une crise profonde.
00:30Alors, les promoteurs sont-ils une partie du problème ou une partie de la solution ?
00:33Nous allons le voir avec vous, Antoine Guillory.
00:36Merci infiniment d'être avec nous aujourd'hui.
00:38Merci.
00:39Antoine, vous êtes directeur stratégique d'Interconstruction.
00:43C'est un promoteur francilien qui est intégré depuis 2020 au groupe européen Eagle Stone.
00:49Interconstruction à 64 ans.
00:50Vous avez intégré ce groupe européen en 2020.
00:53Mais dans le contexte actuel de crise de la promotion immobilière,
00:56est-ce que cette assise européenne est un peu votre meilleur bouclier
00:59pour peut-être continuer à lancer des projets alors que tout est à l'arrêt ?
01:04Alors, est-ce que c'est le principal atout ?
01:06Non, ça en est un parmi les autres.
01:10Interconstruction, on est un promoteur francilien depuis 64 ans,
01:13donc principalement sur l'île de France.
01:15On est très ancré dans les territoires.
01:17Les territoires, c'est quoi ?
01:18C'est les mairies, c'est les élus, les aménageurs, l'urbanisme.
01:22On a fait preuve, on a donné des gages de confiance.
01:26On leur a montré qu'on faisait du bon travail.
01:28Et on a cette confiance aujourd'hui qui est très forte.
01:30Ça, c'est le premier atout.
01:31Le deuxième atout est amené par Eagle Stone,
01:33avec une assise financière évidemment beaucoup plus large que si on était indépendant.
01:37Une vision européenne qu'on ne pourrait pas avoir en étant uniquement parisien.
01:41Et la combinaison des deux fait qu'aujourd'hui,
01:43on est encore en mesure de lancer des projets complexes,
01:46qu'on a une ambition forte, y compris en période de crise qui est actuelle,
01:52et qu'on n'est pas à l'arrêt.
01:54Donc ça, c'est évidemment un atout.
01:56Et dans vos résidences, vous installez des bibliothèques, des bicycleries.
02:00Il y a même des appartements partagés.
02:02Donc chaque personne dans la copro peut venir prendre pour quelques jours
02:06lorsque la famille leur rend visite.
02:07Ils peuvent sous-louer cet appartement.
02:11Donc ce sont des lieux qui sont aussi beaux qu'agréables.
02:14Mais pourtant, de ce que vous avez pu voir,
02:16les statistiques montrent que ces services sont très peu utilisés.
02:20Alors est-ce que c'est toujours judicieux de venir sacrifier des mètres carrés habitables
02:24pour des lieux de loisirs ?
02:25Et justement, que répondez-vous à ceux qui, comme ce que je viens de le faire,
02:30disent justement que dans une crise du logement,
02:33l'urgence est au mètre carré plutôt qu'à la culture et au loisir ?
02:37Alors moi, je suis plutôt partisan de la culture et du loisir.
02:40Donc là, ma position, ça va être non.
02:43Ce n'est pas une mauvaise chose.
02:44Par contre, effectivement, on est à la course des mètres carrés.
02:47Sauf que l'urgence des futurs clients,
02:51de ceux qui veulent devenir propriétaires,
02:52c'est justement de devenir propriétaire,
02:54c'est d'avoir les moyens de devenir propriétaire
02:56et de vivre dans des endroits confortables et agréables
03:00avec la contrainte majeure du budget,
03:03donc de restreindre cette surface habitable.
03:07Vivre dans 30 mètres carrés, c'est moins confortable que vivre dans 45.
03:10Et ça, de manière indéfinie, quelle que soit la surface.
03:13L'intérêt d'avoir de la surface partagée,
03:15c'est qu'on va partager des surfaces qui sont peu utilisées à l'échelle individuelle.
03:20Si j'ai une chambre d'amis,
03:21si j'ai la chance d'avoir une chambre d'amis dans mon appartement,
03:23elle va être occupée une fois par mois,
03:25ou trois fois par an, ou quatre fois par an,
03:26quand j'ai des amis ou de la famille qui vient.
03:30Pourtant, cette chambre de 10 mètres carrés,
03:33potentiellement en région parisienne,
03:34elle m'a coûté 70 000 euros, 90 000 euros, 100 000 euros,
03:37si on met à 10 000 du mètre.
03:39Donc, elle m'a coûté très, très cher à l'achat.
03:41Si je n'ai pas cette somme-là à débourser,
03:45j'ai les moyens peut-être d'agrandir un petit peu mes pièces de vie
03:48que je vais utiliser tous les jours,
03:49d'avoir un appartement plus confortable.
03:51Et cette chambre que je n'ai pas,
03:52que je peux utiliser de manière ponctuelle
03:54sur un modèle un peu Airbnb,
03:56mais privatisé à la copropriété,
03:59là, ça devient super vertueux.
04:00Et ça, sur des espaces,
04:01on a des espaces de culture avec la bibliothèque,
04:04sur des espaces de laverie,
04:06tous ces espaces partagés
04:07qui viennent alléger un peu la facture
04:10et les mètres carrés inutilisés
04:11à l'échelle individuelle pour les rendre à l'échelle collectif.
04:14Donc, ils ne sont pas gâchés.
04:16Ils sont payés quand même par les clients,
04:18mais dans des parts infimes,
04:20puisqu'ils se le partagent tous.
04:21Le fait est que dans la culture franco-française,
04:24ces espaces partagés sont peu utilisés pour le moment.
04:28On est assez convaincus,
04:29interconstruction, mais on n'est pas les seuls,
04:31que ça va changer.
04:33Dans la culture anglo-saxonne,
04:35c'est des choses qui sont courantes,
04:37qui sont intégrées dans la vie quotidienne des gens.
04:41Ça va venir doucement en France.
04:43Est-ce que c'est dans 5 ans, dans 10 ans ?
04:44Je n'en sais rien.
04:45En tout cas, on est sur cette voie-là
04:46et je pense que c'est une des réponses
04:48à cette urgence absolue du logement
04:50et des mètres carrés qui sont chères
04:52et qui seront de toute façon plus en plus chères.
04:54Parlons un petit peu technique maintenant,
04:56mais une technique qui impacte le portefeuille
04:59et donc qui intéressera tout le monde.
05:00Le DPE, ce fameux diagnostic de performance énergétique.
05:04Donc, lorsque l'on achète dans le neuf,
05:06on s'attend presque fatalement à avoir du A.
05:08Sauf que, comme vous le disiez,
05:11grâce aux méthodes de calcul du DPE,
05:13qui est très facile selon vos termes,
05:16c'est compliqué d'avoir du A dans le neuf.
05:18Alors, est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
05:20Évidemment, quand on achète du neuf,
05:21on veut un DPE A.
05:22Ça paraît logique.
05:24Par contre, le DPE est basé sur deux calculs différents.
05:27Il y a un DPE consommation.
05:29Qu'est-ce que va consommer mon appartement
05:31ou mon logement, si c'est une maison ?
05:32C'est la même règle.
05:33Et en fonction de ma consommation,
05:35j'ai une note qui va de A à F.
05:40Et j'ai un deuxième DPE,
05:41qui est un DPE sur les émissions de gaz à effet de serre.
05:46Plus j'émets de gaz sur l'utilisation
05:49et la construction de mon logement,
05:51moins la note sera bonne.
05:53Et la règle d'aujourd'hui,
05:55c'est qu'il n'y a pas de nuance entre les deux.
05:59On prend la plus mauvaise note,
06:01et c'est le DPE du logement.
06:04Jusqu'à là, c'est assez facile.
06:06Le problème, c'est qu'aujourd'hui,
06:08construire avec un DPE bon en gaz à effet de serre,
06:12ça nous oblige à utiliser des modes de chauffage
06:16exclusivement en pompe à chaleur.
06:18Parce que c'est quasiment la seule possibilité pour le collectif.
06:23Dans les maisons individuelles, c'est différent.
06:24Mais pour le collectif, c'est la seule possibilité
06:26pour qu'on ait un DPE B,
06:29peut-être A et encore,
06:31dans les gaz à émissions à effet de serre.
06:35Sauf qu'installer des pompes à chaleur partout
06:37sur le toit des immeubles,
06:39déjà, c'est très coûteux.
06:42Ça produit de la nuisance,
06:43il y a de la nuisance sonore.
06:45Les règles du urbanisme,
06:48souvent, nous interdisent,
06:50nous ne permettent pas de mettre
06:51ces équipements sur les toits.
06:53Et c'est des équipements techniquement compliqués.
06:55C'est-à-dire qu'il faut les maintenir,
06:57il faut les entretenir,
06:58il faut du personnel pour ça,
07:00ça crée des charges aussi à la copropriété.
07:01Donc, ce n'est pas simple.
07:03Et en tout cas,
07:04ce n'est pas la panacée aujourd'hui
07:06de pouvoir mettre ça partout.
07:07Du coup, on est condamné quasiment,
07:09y compris dans le neuf,
07:10à construire des logements tout neufs
07:12avec des DPE C,
07:14parce qu'on est branché sur les réseaux de chauffage urbain,
07:16qui sont très mal notés en gaz à effet de serre.
07:19Alors qu'un logement neuf aujourd'hui
07:22chez Interconstruction,
07:22et comme chez les autres,
07:24de manière quasi permanente,
07:26c'est des DPE A.
07:27Si vous avez des énormes baies vitrées,
07:29plein nord,
07:30cet appartement sera peut-être en DPE B.
07:32Mais l'immense majorité en consommation,
07:35c'est ça qui fait la facture d'électricité
07:36à la fin du mois,
07:37c'est du DPE A.
07:38Sauf que ce n'est pas marqué sur le papier,
07:40parce que sur le papier,
07:41vous avez la plus mauvaise note des deux,
07:43qui est vraisemblablement du C
07:45dans l'immense majorité des cas.
07:48Est-ce que les règles écologiques, selon vous,
07:51elles rendent la construction beaucoup plus chère
07:53et donc moins accessible ?
07:54C'est une certitude.
07:56Les règles écologiques nous mettent des contraintes
07:59de construction, d'approvisionnement,
08:01de choix de matériaux
08:03qui impactent directement le coût de construction,
08:05donc de vente.
08:06Donc ça fait monter les prix.
08:07Par contre, c'est évidemment un mal nécessaire.
08:10Il faut qu'on passe par là.
08:12C'est forcément initié par le législateur.
08:14Il met des règles, il met des normes.
08:16Tous les acteurs de la filière,
08:18parce que là, on parle, je suis promoteur moi,
08:19mais je suis un des multiples acteurs de la filière.
08:22Tous les acteurs de la filière sont soumis à ces règles-là.
08:25Et le temps,
08:25donc je ne sais pas si c'est 5 ans, 10 ans, 15 ans,
08:28le temps fait qu'on est capable,
08:30avec ces nouvelles règles,
08:31de trouver des nouveaux modes constructifs,
08:33des nouveaux matériaux,
08:34des nouvelles méthodes de travail
08:36qui nous permettent du coup de revenir
08:38à des coûts de construction maîtrisés
08:40et à des appartements,
08:41des immeubles
08:44accessibles, abordables,
08:45en tout cas à meilleur marché
08:47et vertueux pour l'environnement.
08:48Donc c'est des bonnes choses et c'est nécessaire.
08:51Par contre, aujourd'hui, oui, c'est compliqué
08:52et ça fait monter les coûts
08:53et le prix pour le chien en tout cas.
08:56Et aussi, vous l'aviez dit vous-même,
08:58en France, beaucoup de particuliers
08:59considèrent encore les promoteurs
09:01comme des acteurs peu fiables,
09:02voire malhonnêtes.
09:04Alors certains diront
09:04qu'il n'y a pas de fumée sans feu.
09:06Mais selon vous,
09:07pourquoi est-ce que cette mauvaise image
09:09perdure et est-ce qu'éventuellement,
09:12la profession doit reconnaître
09:13une part de responsabilité ?
09:16Je ne peux pas dire non.
09:18Donc, il n'y a pas de fumée sans feu.
09:21Par contre, le feu a été
09:24allumé par une certaine catégorie
09:25de promoteur et largement attisée
09:28depuis 15, 20 ans,
09:30en grande partie par les médias.
09:32Je m'explique un tout petit peu,
09:33je vais prendre un tout petit peu de temps.
09:35Mais des promoteurs qui font défaut
09:38et qui laissent des familles à la rue
09:39ou ruinées, ça existe.
09:43Sauf que ces promoteurs,
09:44c'est des promoteurs individuels,
09:46souvent de maisons individuelles,
09:48indépendants,
09:49ou alors de tout petit collectif,
09:505, 10 logements.
09:51Ils font ça, entre guillemets,
09:52dans leur coin.
09:53Ils sont soumis à quasi aucune règle
09:55ou en tout cas,
09:55ils ne les respectent pas
09:56et personne ne les contrôle.
09:58Donc, ils peuvent faire
09:58un peu ce qu'ils veulent.
10:00Ces promoteurs-là
10:01et ces cas d'échec,
10:03c'est 2, 3, 5,
10:05allez, je vais peut-être dire
10:0510 cas dans l'année en France.
10:08Donc, c'est vraiment ridicule.
10:10Quand vous prenez
10:11les 50 plus gros promoteurs en France,
10:13ils construisent au bas mot
10:14en ce moment,
10:15donc on est plutôt
10:16dans des petites années,
10:17au bas mot 50 000 logements.
10:1950 promoteurs,
10:1950 000 logements.
10:20Quand il y a 10 cas
10:21qui font défaut,
10:23ça éclabousse
10:25l'intégralité des promoteurs
10:26et pas seulement
10:27les 50 les plus gros.
10:28Et ces cas qui éclaboussent,
10:30c'est ceux qui passent
10:30en deuxième partie de soirée
10:32sur quasiment
10:32toutes les chaînes françaises
10:33la semaine ou le week-end.
10:35Et on voit ces familles
10:36qui pleurent,
10:37on voit ces situations
10:38absolument dramatiques
10:39d'un promoteur
10:40qui soit était malhonnête,
10:41il s'est barré avec la caisse,
10:43soit il a fait défaut,
10:44il est en faillite lui-même
10:45et du coup,
10:46on a des familles
10:47qui sont à la rue.
10:50Évidemment,
10:51on ne montre pas
10:52les 145 000 autres familles
10:54qui ont aménagé
10:55sans aucun problème.
10:56Mais on est sur
10:57ces ordres de grandeur-là.
10:59Les émissions de déco
11:00qu'ont fait Fioran
11:00à la télé,
11:01l'émission s'arrête
11:02quand tout va bien
11:03et que la déco est finie.
11:04Et l'émission a passé
11:05une heure et demie
11:07à se défaire
11:08des difficultés
11:09de la déco.
11:10Donc c'est pareil
11:10pour les promoteurs.
11:11On fait un focus
11:13sur ce qui s'est mal passé
11:14dans des proportions infimes.
11:16On ne voit pas tout le reste.
11:17Donc c'est ça.
11:18Il n'y a pas eu
11:18de fumée sans feu.
11:19Il y a eu des cas dramatiques
11:20et il y a encore
11:21des cas dramatiques.
11:22Sauf que ces cas
11:22sont circonscrits
11:24à des promoteurs indépendants
11:26que ça ne peut pas arriver
11:28sur de la grosse promotion
11:30collective
11:30comme nous,
11:31on fait partie
11:32parce qu'on a
11:33des contraintes
11:34et des contraintes légales
11:36qui nous imposent
11:37des garanties,
11:37des assurances
11:38mais dans tous les sens
11:39et que même
11:40si je décidais
11:41de partir
11:41avec une caisse
11:42qui est vide
11:42parce qu'il n'y a pas
11:43de sous chez un promoteur.
11:44Je prends les sous
11:44de la banque.
11:46Il y a
11:47toutes les assurances
11:48qui arrivent
11:48pour couvrir ce risque-là
11:49et pour terminer
11:50le projet.
11:51Donc ce risque
11:52à notre échelle
11:53n'existe pas
11:55mais il est ancré
11:56et on l'ancre
11:57sans arrêt
11:58dans la tête
12:00des Français.
12:01C'est pour ça
12:01qu'on a une mauvaise image.
12:03Merci infiniment
12:04Antoine
12:04pour cet échange
12:05sans filtre
12:06autour de la promotion
12:07immobilière
12:08du DPE
12:09et de la construction.
12:10Merci infiniment.
12:11Et merci à vous
12:12de nous avoir suivis
12:13dans cette émission.
12:13On se retrouve très bientôt
12:14pour un nouvel épisode.
12:16Au revoir.
12:19Sous-titrage Société Radio-Canada
12:19Sous-titrage Société Radio-Canada
12:22Sous-titrage Société Radio-Canada

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