00:00C'est là où vous deux, vous êtes à la direction du truc.
00:04Tous les exemples que vous prenez, depuis 23 ans, on aurait pu les résoudre.
00:09Et là, on nous demande de faire face à nouveau à ce choc.
00:12On nous a fermé plus de 100 000 lits en 20 ans.
00:15Comment on va faire ?
00:16Puisqu'on ne pourra pas renvoyer les gens dans leur fournaise.
00:25C'est beaucoup plus, comme vous disiez,
00:27c'est beaucoup plus dramatique que 2003.
00:30D'abord, on n'est même pas au mois de juillet.
00:32On a déjà eu une vade caniculaire.
00:34Quand vous faites le total des 75 canicules qu'on a eues depuis la Seconde Guerre mondiale,
00:38là, elles se rapprochent à une allure, ce que disait le GIEC,
00:43ceux qui étudient le réchauffement climatique.
00:47Ce produit-là, d'accord, on voit avec El Nino et le phénomène des courants marins
00:52qui est absolument très inquiétant, d'accord,
00:55parce que les températures, je ne vois pas du tout comment elles vont baisser.
00:58Donc, en effet, nous sommes à l'heure actuelle.
01:00Alors, on se retourne.
01:02C'est pour ça que vous nous invitez.
01:03C'est pour ça que vous êtes là.
01:04Mais tiens, justement, si vous permettez, on va remonter le temps.
01:07C'était il y a 23 ans, c'était l'été 2003.
01:10La canicule de 2003, elle a duré 15 jours.
01:12C'était du 2 août au 17-18 août à peu près,
01:16en intensité à peu près équivalente.
01:18Voilà ce que vous disiez à l'époque.
01:20Tout malade, finalement, c'est une cause naturelle.
01:22Et à quoi on sert ?
01:24Ça veut dire que, finalement, on va laisser ce phénomène perdurer
01:26et on ne va pas s'occuper des malades.
01:28Mais qu'est-ce qu'ils foutent de la Direction Générale de la Santé ?
01:31Ils se moquent de qui ?
01:31Le problème, il est bien réel.
01:33C'est que nous avons des malades qui sont en train de mourir,
01:35qui meurent peut-être plus tôt que ce qu'ils devraient.
01:38Mais ils n'auraient pas dû mourir.
01:39Moi, je me bats pour mes malades.
01:40Mes chiffres, j'en suis sûr.
01:42Parce que c'est des gens qui sont sur le terrain.
01:43Ce n'est pas des gens qui sont sur un bureau avenue de Ségur
01:45avec une salle climatisée et qui ne se rendent pas compte de ce qui se passe.
01:48À l'époque, vous étiez en train d'alerter les pouvoirs publics,
01:51les pouvoirs politiques en leur disant
01:52« Les malades arrivent, ça va être une catastrophe sanitaire.
01:55On va avoir des morts par milliers. »
01:57C'est ce qui s'est passé.
01:57On a eu 15 000 morts.
01:59Est-ce qu'on peut être dans cette même configuration
02:01ou cette fois-ci, on a anticipé et ça va de mieux à l'hôpital ?
02:06Juste pour corriger, parce qu'il fallait vraiment
02:08que les politiques de l'époque adoucissent le choc de mortalité.
02:13Mais c'était plus proche de…
02:14C'était exactement 22 000 qui sont décédés.
02:17Ça avait été recorrigé après par les différentes études.
02:20Après plusieurs mois, oui.
02:21Oui, puis ils avaient découpé.
02:22Ils avaient dit la canicule, c'était juste…
02:24Ce n'était pas du tout sur ces créneaux-là.
02:26Sur début août, c'était beaucoup plus large.
02:28Mais ça avait fait plus de 80 000 morts en Europe.
02:31C'est ça qu'il faut signaler.
02:33C'est-à-dire que ce n'est pas arrêté à la frontière.
02:35Je me souviens très bien de Berlusconi en Italie
02:38qui avait dit « Pas du tout, la canicule n'a aucune conséquence ».
02:41Tu parles, il y en avait eu près de 25 000 en Italie de décès.
02:45On est dans la même configuration ?
02:46Là, c'est ce que vous disiez.
02:49En termes climatiques, est-ce qu'il est en train de se passer ?
02:52Oui, c'est absolument…
02:53Mais en termes…
02:54Vous en parlez.
02:56Il y a eu la mobilisation de la ministre de la Santé,
03:01mais pas que.
03:01Ils ont fait une interministérielle.
03:03Je crois savoir qu'il y a encore une réunion de crise cet après-midi.
03:07Donc, il y a une mobilisation des pouvoirs publics qu'on n'avait pas.
03:10Mais l'écueil, c'est que ce que je vous disais,
03:13c'est qu'on se retourne vers le système de santé
03:15pour dire « Il faut faire quelque chose, ce qu'on va faire.
03:18Essayer de sauver les gens ».
03:20Mais c'est avant qu'il aurait fallu agir.
03:23Moi, je suis convaincu qu'on a perdu 23 années.
03:26On a perdu 23 ans où on aurait dû, en effet,
03:30vraiment améliorer le logement,
03:32améliorer les conditions d'habitat,
03:34ne pas dire que la seule solution, c'est la climatisation,
03:37parce que vous savez que maintenant,
03:38on va consommer plus d'énergie l'été que l'hiver,
03:41pour refroidir.
03:42Bon, il fallait replanter des arbres,
03:44ce qui avait été fait au départ par Anne Hidalgo,
03:48ce qui aurait dû prendre beaucoup plus d'ampleur
03:50dans plein de villes.
03:50Là, vous parlez de Paris, citant Anne Hidalgo,
03:52mais il faut parler des villes d'une manière générale.
03:54Des villes en général.
03:55Et quand d'un coup, vous avez des centres-villes
03:57qui sont de véritables centrales solaires,
03:59parce qu'en effet, les températures que vous évoquez,
04:01c'est les températures qu'il y a sur les...
04:04Pour parler, c'est le parc Montsouris au milieu de la végétation.
04:07Mais aller sur le bitume,
04:10c'est étouffant.
04:13Et là, il y a une globalité de prise en charge
04:16qui n'avait pas été considérée,
04:18c'est-à-dire qu'en fait, il y a le logement,
04:20il y a les conditions de vie,
04:22il y a un changement de civilisation à avoir
04:25par rapport à l'apprentissage de la chaleur.
04:28Preuve en est, hélas, ce qui vient de se passer à Carpentras,
04:33où du coup, il y a vraiment une évolution globale à avoir.
04:36Justement, on va voir, puisque vous parlez d'anticipation,
04:38puisqu'on a deux responsables politiques.
04:39S'enlève l'écologie, c'est un ancien ministre de la Santé
04:42du gouvernement du président de la République, Emmanuel Macron.
04:45En Espagne, c'est déjà le cas.
04:47Il y a un congé climatique de 4 jours,
04:48ça fonctionne très bien, ça permet de faire des économies.
04:51Et franchement, je ne vois pas pourquoi en France, on ne le ferait pas.
04:53Oui, mais dans quelles conditions les enfants vont rester chez eux ?
04:56C'est exactement ce que disait tout à l'heure Yannick Noderre
05:00sur les malades qui viennent parce qu'ils sont déshydratés
05:03ou qui ont des coups de chaud.
05:05Qu'on arrive, parce qu'on a des protocoles
05:07qui sont très bien faits maintenant,
05:10où on arrive à refroidir les hyperthermies dues à la chaleur.
05:15Mais ça ne sert strictement à rien de les faire retourner chez eux
05:19ou on les fait retourner dans des pièces qui sont des fours.
05:24Donc on est obligé de les garder à l'hôpital
05:26parce que leur logement est inadapté.
05:29C'est là où vous apercevez que la crise que nous avons,
05:31elle est médico-psychosociale,
05:33que ça touche absolument tout le monde.
05:35La preuve, votre agriculteur qui vient de parler,
05:38bon, on sait que dans quelques jours,
05:41c'est pas du tout, je ne suis pas devin,
05:44mais c'est une évidence, il va y avoir les incendies qui vont arriver.
05:47Et donc, c'est là où vous deux, vous êtes à la direction du truc.
05:53C'est, et on a perdu 23 ans pour des orientations politiques, écologiques
05:59qui étaient suffisamment fortes pour, en effet,
06:02tous les exemples que vous prenez,
06:04depuis 23 ans, on aurait pu les résoudre.
06:06Et là, on nous demande de faire face à nouveau à ce choc.
06:10On nous a fermé plus de 100 000 lits en 20 ans.
06:12Comment on va faire ?
06:13Puisqu'on ne pourra pas renvoyer les gens dans leur fournaise.
06:16Alors là, il nous reste peu de temps.
06:18Ça peut être l'enjeu de la campagne de l'action présidentielle,
06:20et ça va l'être.
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