00:00Pour être tout à fait honnête, qu'il y a une pointe assez nauséabonde et populiste
00:07à vouloir faire croire aux gens que la majorité sénatoriale s'opposera au texte
00:14pour protéger les plus riches, alors que c'est exactement le contraire.
00:19C'est pour protéger notre économie, protéger les entreprises dans notre territoire,
00:24pour qu'il y ait plus d'investissement dans l'ensemble de nos circonscriptions.
00:29Et si vous ne le voyez pas, si vous pensez que vous allez pouvoir rentrer dans vos circonscriptions
00:34en disant « j'ai cassé l'emploi, j'ai cassé l'investissement et j'en suis fier »,
00:39je pense que vous mettez le doigt dans l'œil.
00:47À ce moment-là, qu'est-ce que tu réponds aux arguments selon lesquels, d'une part,
00:52ce sont les riches qui créent des emplois et d'autre part qui, par conséquent, presque sauvent l'économie française
00:59?
00:59Oui, oui, oui. Si tu veux, de tous les moulins à prière néolibéraux, je crois que c'est celui qui
01:03tourne le plus vite.
01:05Et c'est normal parce que, d'une certaine manière, il est au cœur de cette malversation intellectuelle,
01:10en quoi consiste l'idéologie, mais telle que Marx l'avait définie,
01:15et qui a pour effet de transfigurer les intérêts particuliers d'un groupe social en intérêt général.
01:20Donc ils nous sont indispensables, on ne peut pas faire sans eux.
01:23Et on ne peut pas faire sans eux pour deux raisons.
01:24La première, c'est qu'ils investissent dans l'économie, sans eux, pas de financement de l'économie.
01:28Et la deuxième raison, c'est qu'ils créent des emplois.
01:30Ce sont deux contre-vérités absolument notoires et qu'il faut absolument démonter dans le débat public.
01:36Alors, on y va méthodiquement et dans l'ordre.
01:38Premièrement, ils investissent dans l'économie.
01:40Bon.
01:42Alors, écoute, je te propose, pour donner une illustration un peu vivante à tout ça,
01:47je te propose une expérience de pensée qui va te prendre pour sujet.
01:52Bon, tu es connu comme cette personne qui nous régale de chroniques abrasives sur Blast, etc.
01:58Mais tu es aussi un jeune entrepreneur.
01:59C'est une expérience de pensée.
02:00Tu es un jeune entrepreneur.
02:02C'est vraiment une expérience de pensée pour beaucoup.
02:05Alors, ça se sait moins.
02:06Mais tu as monté une start-up.
02:07Ah oui, genre, tu as monté une start-up.
02:09J'ai bien fait de venir.
02:11Oui, parce qu'elle a marché du tonnerre.
02:13Alors, comme tous les start-upers, au bout d'un moment, tu as revendu un saladier.
02:16Et maintenant, tu es cousu d'or.
02:18Tu es riche à millions.
02:19Alors, qu'est-ce que tu fais de ce paquet d'osiers ?
02:21Tu vas acheter ton banquier.
02:23Et puis, avec le ton ferme dont tu es accoutumé, tu lui dis, placez-moi ça.
02:28Il faut que ça crache.
02:29Alors, il dit, même si on frontenelle, c'est parfait.
02:30Je vous propose une solution d'investissement.
02:32On va acheter des actions.
02:33Ça finance l'économie, ça.
02:34C'est formidable.
02:35C'est très bien.
02:35Alors, tu disais, c'est parfait.
02:37Alors, on va prendre un exemple pour que ça soit simple.
02:40Il va t'acheter.
02:41Tu lui demandes d'acheter du total.
02:44Total.
02:44Belle entreprise.
02:45N'est-ce pas ?
02:45Alors, il achète du total.
02:47Alors, comment il fait ?
02:47Eh bien, il va sur les marchés financiers et il passe un ordre d'achat de total.
02:51Et puis, en face, il se présente un investisseur financier qui est partant pour te vendre son action totale.
02:57Tu vois bien que cette transaction, où il va y avoir un flux d'argent, n'est-ce pas ?
03:00De toi à cet investisseur.
03:02Cette transaction est un jeu purement interne au compartiment des investisseurs financiers.
03:08C'est-à-dire, l'entreprise totale ne voit pas la couleur d'une transaction qui a pour objet le
03:12titre de bourse totale.
03:14N'est-ce pas ?
03:14Pour que l'entreprise totale en voit la couleur, il faut une situation et une seulement qui survient lors de
03:22l'émission de nouvelles actions totales.
03:25Ça, c'est ce compartiment de l'émission.
03:27C'est ce qu'on appelle le marché primaire.
03:29Au moment de l'émission, effectivement, se présentent des investisseurs financiers qui souscrivent aux actions nouvellement émises.
03:35Et là, il y a en effet un flux financier qui va des investisseurs financiers à l'entreprise totale,
03:40laquelle fera ce que bon lui semblera avec le paquet d'argent qu'elle aura à récupérer.
03:45Et sitôt cette opération réalisée, l'investisseur financier, désormais détenteur du titre total,
03:50peut aussitôt aller le revendre à un autre investisseur financier, etc.
03:54Et ce jeu de la revente, c'est ce qu'on appelle le marché secondaire.
04:01Le marché secondaire, c'est le lieu, c'est le tourniquet de la finance spéculative
04:07auquel les entreprises elles-mêmes sont complètement étrangères.
04:10Alors maintenant, donnons des ordres de grandeur.
04:13Le marché primaire, les émissions d'actions, chaque année, c'est de l'ordre de grandeur de la dizaine de
04:20milliards d'euros.
04:21Et encore, ce sont des émissions brutes seulement. Je ne rentre pas dans ce détail.
04:23Le marché secondaire, c'est-à-dire l'encours des actions cotées avec lesquelles, non pas la croisière,
04:28mais les investisseurs financiers s'amusent, c'est 3 000 milliards d'euros.
04:34Tu vois les proportions du pâté d'Alouette.
04:3610 milliards, 3 000 milliards.
04:39La proportion est de 0,3% d'un côté, 99,7% de l'autre.
04:45Je fais une petite parenthèse.
04:46Ici, il y a toute une série de vétilleux et de pinailleurs qui viendront me dire,
04:50ils disent n'importe quoi, ils confondent les stocks et les flux,
04:54ils ignorent que le marché secondaire est indispensable à la liquidité financière, etc.
04:58Alors, je les rassure, je sais ça très bien,
05:00ces objections n'enlèvent rien à, disons, l'économie générale de mon argument.
05:040,3%, 99,7%.
05:06De sorte que toi, quand tu vas aller placer ton patrimoine,
05:10tu as 0,3% de probabilité de contribuer au financement direct des entreprises
05:14et 99,7% de probabilité de nourrir le jeu de la spéculation financière.
05:19Donc, tu me comprends, les riches qui financent l'investissement, ma cash.
05:24C'était le premier point.
05:25Création d'emploi.
05:26Création d'emploi.
05:28Alors, ça aussi, je pense que c'est une des phrases les plus,
05:31une des ritournelles les plus universellement entendues.
05:33Les patrons créent des emplois.
05:34Là, on passe des riches, de façon riche tout court,
05:37à les riches quand ils sont des grands patrons.
05:40Lignane Bettencourt, qui gratouille sur son tas d'or,
05:43Bernard Arnault.
05:45On voit pareil.
05:46Bernard Arnault, c'est un patron.
05:47Il crée des emplois.
05:48Les entreprises créent l'emploi.
05:50Eh bien non, les entreprises, les patrons, ne créent pas l'emploi.
05:54Ils n'ont absolument pas le pouvoir de créer l'emploi.
05:56Les opérations caractéristiques de l'entreprise en matière de travail,
06:00ce n'est pas créer l'emploi,
06:01c'est convertir en besoin, en force de travail,
06:04une demande qui leur est adressée.
06:07Et qui provient de la formation de la demande macroéconomique globale
06:10au terme de deux répartitions successives.
06:13Premièrement, comment cette demande macroéconomique globale
06:16sur laquelle les entreprises, à plus forte raison individuellement,
06:19n'ont strictement aucune influence,
06:21comment cette demande macroéconomique globale
06:23va-t-elle se répartir entre les différents secteurs d'activité ?
06:25Puis, à l'intérieur de chaque secteur d'activité,
06:27comment elle va se répartir entre les diverses entreprises ?
06:30Alors là, oui, en fonction de leurs efforts concurrentiels
06:33et de leurs positions compétitives.
06:35Mais tu vois bien que l'influence de l'entreprise,
06:38elle est de troisième ordre.
06:40Le premier ordre, c'est la demande macroéconomique globale,
06:42qui est réglée par la conjoncture de la politique économique.
06:45Le deuxième ordre, c'est la répartition intersectorielle.
06:47Le troisième ordre, c'est la répartition intrasectorielle.
06:50Par conséquent, les entreprises,
06:52ne créant pas leurs propres demandes,
06:54ne peuvent pas créer l'emploi qui y correspond.
06:57Ça se saurait.
06:58Si les entreprises pouvaient créer la demande
07:00qui va entraîner de la création de postes de travail,
07:02nous vivrions dans un capitalisme d'une parfaite stabilité,
07:06dans lequel il n'y aurait jamais la moindre crise,
07:07jamais la moindre faillite, etc.
07:11Et là, moi, ça me refait immanquablement penser
07:14à un épisode qui était absolument délicieux,
07:16qui était celui du CICE.
07:17La droite complexée de François Hollande
07:20avait mis en place le CICE,
07:21qui consistait en une...
07:24Je veux dire, c'était un dégrèvement de cotisations sociales,
07:27mais c'était en dizaines de milliards d'euros que ça se passait.
07:29Je veux dire, je ne sais plus si c'était 20 ou 30,
07:31je ne me souviens plus très bien.
07:33Et puis, c'est normal.
07:34Tu vois, on est socialiste,
07:36on pense que l'entreprise crée l'emploi,
07:37donc on lui fait la vie meilleure.
07:39Par conséquent, elle va créer des emplois.
07:40Et à ce moment-là, je ne sais pas si tu te souviens,
07:42mais Pierre Gattaz...
07:44créé un million d'emplois.
07:45Alors voilà, notre ami Pierre Gattaz,
07:48qui était le président du MEDEF,
07:50avait, comment dirais-je,
07:52apporté pour toute garantie
07:55à la création du million d'emplois
07:57la fabrication de pins,
07:59où il y avait marqué un million d'emplois.
08:01Oui, dans le coin, évidemment,
08:03on n'en a pas vu la couleur d'un seul.
08:06Et il y avait eu un épisode qui était...
08:08Il y en a eu quelques-uns.
08:10Il y en a eu quelques-uns.
08:12Mais si tu rapportes l'argent investi
08:15par emploi créé,
08:16c'est absolument grotesque.
08:20Et là-dessus, je me souviens
08:21qu'un journaliste,
08:24dont je me demande encore
08:26s'il était un peu rotor
08:28ou totalement idiot,
08:31avait tendu son micro
08:33au président de la Confédération Générale
08:35des Petites et Moyennes Entreprises.
08:37Et il lui avait dit,
08:38bon, ben voilà, le CICE est voté,
08:39vous allez maintenant créer des emplois.
08:41Donc, tu lui avais dit,
08:41mais non, non, nous,
08:43on ne crée des emplois
08:44que si notre carnet de commande est rempli.
08:45C'est-à-dire si on rencontre une demande.
08:47Ce qui est vrai.
08:48Ce qui est vrai.
08:49Et ce qui n'est pas à la portée des entreprises.
08:51Elles n'ont pas le pouvoir
08:52de créer leur propre demande.
08:53Donc, de créer l'emploi
08:54qui correspond à cette demande.
08:56Par conséquent,
08:57les riches financent l'économie.
08:59Faux.
09:00Les patrons créent l'emploi.
09:02Faux également.
09:03Donc, à un moment,
09:03il va falloir renoncer à...
09:06Tu vois.
09:07A tous, il y a les Jeannes.
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