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Lors du débat sur la taxe Zucman, le sénateur Les Indépendants Emmanuel Capus nous chante le refrain sans cesse râbacher "nous ne taxerons pas les riches car ils créent des emplois et de l'investissement." Frédéric Lordon, économiste et philosophe, est invité chez Blast. Il y explique pourquoi le récit néo-libéral, largement repris par les macronistes, est faux.

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Sources
Lordon https://www.youtube.com/watch?v=S0XioVTh6xo
Senat https://www.youtube.com/watch?v=ZDp49BTid5w
Musique https://www.youtube.com/watch?v=39PVEaSytpo

Réponses au quiz de fin :

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Quelle est la proportion des volumes financiers entre marché primaire et marché secondaire ?
0,3% et 99,7%.

Quelle est l'opération caractéristique d'une entreprise en matière de travail ?
Ce n'est pas créer de l'emploi, c'est convertir en besoin de force de travail une demande qui leur est adressée, qui provient de la formation macro-économique globale.

Qui était le directeur du MEDEF au moment de la création du CICE ?
Pierre Gattaz.

#lordon #économie #politique #taxe #emploi #extrait #ethiqueettac

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Pour être tout à fait honnête, qu'il y a une pointe assez nauséabonde et populiste
00:07à vouloir faire croire aux gens que la majorité sénatoriale s'opposera au texte
00:14pour protéger les plus riches, alors que c'est exactement le contraire.
00:19C'est pour protéger notre économie, protéger les entreprises dans notre territoire,
00:24pour qu'il y ait plus d'investissement dans l'ensemble de nos circonscriptions.
00:29Et si vous ne le voyez pas, si vous pensez que vous allez pouvoir rentrer dans vos circonscriptions
00:34en disant « j'ai cassé l'emploi, j'ai cassé l'investissement et j'en suis fier »,
00:39je pense que vous mettez le doigt dans l'œil.
00:47À ce moment-là, qu'est-ce que tu réponds aux arguments selon lesquels, d'une part,
00:52ce sont les riches qui créent des emplois et d'autre part qui, par conséquent, presque sauvent l'économie française
00:59?
00:59Oui, oui, oui. Si tu veux, de tous les moulins à prière néolibéraux, je crois que c'est celui qui
01:03tourne le plus vite.
01:05Et c'est normal parce que, d'une certaine manière, il est au cœur de cette malversation intellectuelle,
01:10en quoi consiste l'idéologie, mais telle que Marx l'avait définie,
01:15et qui a pour effet de transfigurer les intérêts particuliers d'un groupe social en intérêt général.
01:20Donc ils nous sont indispensables, on ne peut pas faire sans eux.
01:23Et on ne peut pas faire sans eux pour deux raisons.
01:24La première, c'est qu'ils investissent dans l'économie, sans eux, pas de financement de l'économie.
01:28Et la deuxième raison, c'est qu'ils créent des emplois.
01:30Ce sont deux contre-vérités absolument notoires et qu'il faut absolument démonter dans le débat public.
01:36Alors, on y va méthodiquement et dans l'ordre.
01:38Premièrement, ils investissent dans l'économie.
01:40Bon.
01:42Alors, écoute, je te propose, pour donner une illustration un peu vivante à tout ça,
01:47je te propose une expérience de pensée qui va te prendre pour sujet.
01:52Bon, tu es connu comme cette personne qui nous régale de chroniques abrasives sur Blast, etc.
01:58Mais tu es aussi un jeune entrepreneur.
01:59C'est une expérience de pensée.
02:00Tu es un jeune entrepreneur.
02:02C'est vraiment une expérience de pensée pour beaucoup.
02:05Alors, ça se sait moins.
02:06Mais tu as monté une start-up.
02:07Ah oui, genre, tu as monté une start-up.
02:09J'ai bien fait de venir.
02:11Oui, parce qu'elle a marché du tonnerre.
02:13Alors, comme tous les start-upers, au bout d'un moment, tu as revendu un saladier.
02:16Et maintenant, tu es cousu d'or.
02:18Tu es riche à millions.
02:19Alors, qu'est-ce que tu fais de ce paquet d'osiers ?
02:21Tu vas acheter ton banquier.
02:23Et puis, avec le ton ferme dont tu es accoutumé, tu lui dis, placez-moi ça.
02:28Il faut que ça crache.
02:29Alors, il dit, même si on frontenelle, c'est parfait.
02:30Je vous propose une solution d'investissement.
02:32On va acheter des actions.
02:33Ça finance l'économie, ça.
02:34C'est formidable.
02:35C'est très bien.
02:35Alors, tu disais, c'est parfait.
02:37Alors, on va prendre un exemple pour que ça soit simple.
02:40Il va t'acheter.
02:41Tu lui demandes d'acheter du total.
02:44Total.
02:44Belle entreprise.
02:45N'est-ce pas ?
02:45Alors, il achète du total.
02:47Alors, comment il fait ?
02:47Eh bien, il va sur les marchés financiers et il passe un ordre d'achat de total.
02:51Et puis, en face, il se présente un investisseur financier qui est partant pour te vendre son action totale.
02:57Tu vois bien que cette transaction, où il va y avoir un flux d'argent, n'est-ce pas ?
03:00De toi à cet investisseur.
03:02Cette transaction est un jeu purement interne au compartiment des investisseurs financiers.
03:08C'est-à-dire, l'entreprise totale ne voit pas la couleur d'une transaction qui a pour objet le
03:12titre de bourse totale.
03:14N'est-ce pas ?
03:14Pour que l'entreprise totale en voit la couleur, il faut une situation et une seulement qui survient lors de
03:22l'émission de nouvelles actions totales.
03:25Ça, c'est ce compartiment de l'émission.
03:27C'est ce qu'on appelle le marché primaire.
03:29Au moment de l'émission, effectivement, se présentent des investisseurs financiers qui souscrivent aux actions nouvellement émises.
03:35Et là, il y a en effet un flux financier qui va des investisseurs financiers à l'entreprise totale,
03:40laquelle fera ce que bon lui semblera avec le paquet d'argent qu'elle aura à récupérer.
03:45Et sitôt cette opération réalisée, l'investisseur financier, désormais détenteur du titre total,
03:50peut aussitôt aller le revendre à un autre investisseur financier, etc.
03:54Et ce jeu de la revente, c'est ce qu'on appelle le marché secondaire.
04:01Le marché secondaire, c'est le lieu, c'est le tourniquet de la finance spéculative
04:07auquel les entreprises elles-mêmes sont complètement étrangères.
04:10Alors maintenant, donnons des ordres de grandeur.
04:13Le marché primaire, les émissions d'actions, chaque année, c'est de l'ordre de grandeur de la dizaine de
04:20milliards d'euros.
04:21Et encore, ce sont des émissions brutes seulement. Je ne rentre pas dans ce détail.
04:23Le marché secondaire, c'est-à-dire l'encours des actions cotées avec lesquelles, non pas la croisière,
04:28mais les investisseurs financiers s'amusent, c'est 3 000 milliards d'euros.
04:34Tu vois les proportions du pâté d'Alouette.
04:3610 milliards, 3 000 milliards.
04:39La proportion est de 0,3% d'un côté, 99,7% de l'autre.
04:45Je fais une petite parenthèse.
04:46Ici, il y a toute une série de vétilleux et de pinailleurs qui viendront me dire,
04:50ils disent n'importe quoi, ils confondent les stocks et les flux,
04:54ils ignorent que le marché secondaire est indispensable à la liquidité financière, etc.
04:58Alors, je les rassure, je sais ça très bien,
05:00ces objections n'enlèvent rien à, disons, l'économie générale de mon argument.
05:040,3%, 99,7%.
05:06De sorte que toi, quand tu vas aller placer ton patrimoine,
05:10tu as 0,3% de probabilité de contribuer au financement direct des entreprises
05:14et 99,7% de probabilité de nourrir le jeu de la spéculation financière.
05:19Donc, tu me comprends, les riches qui financent l'investissement, ma cash.
05:24C'était le premier point.
05:25Création d'emploi.
05:26Création d'emploi.
05:28Alors, ça aussi, je pense que c'est une des phrases les plus,
05:31une des ritournelles les plus universellement entendues.
05:33Les patrons créent des emplois.
05:34Là, on passe des riches, de façon riche tout court,
05:37à les riches quand ils sont des grands patrons.
05:40Lignane Bettencourt, qui gratouille sur son tas d'or,
05:43Bernard Arnault.
05:45On voit pareil.
05:46Bernard Arnault, c'est un patron.
05:47Il crée des emplois.
05:48Les entreprises créent l'emploi.
05:50Eh bien non, les entreprises, les patrons, ne créent pas l'emploi.
05:54Ils n'ont absolument pas le pouvoir de créer l'emploi.
05:56Les opérations caractéristiques de l'entreprise en matière de travail,
06:00ce n'est pas créer l'emploi,
06:01c'est convertir en besoin, en force de travail,
06:04une demande qui leur est adressée.
06:07Et qui provient de la formation de la demande macroéconomique globale
06:10au terme de deux répartitions successives.
06:13Premièrement, comment cette demande macroéconomique globale
06:16sur laquelle les entreprises, à plus forte raison individuellement,
06:19n'ont strictement aucune influence,
06:21comment cette demande macroéconomique globale
06:23va-t-elle se répartir entre les différents secteurs d'activité ?
06:25Puis, à l'intérieur de chaque secteur d'activité,
06:27comment elle va se répartir entre les diverses entreprises ?
06:30Alors là, oui, en fonction de leurs efforts concurrentiels
06:33et de leurs positions compétitives.
06:35Mais tu vois bien que l'influence de l'entreprise,
06:38elle est de troisième ordre.
06:40Le premier ordre, c'est la demande macroéconomique globale,
06:42qui est réglée par la conjoncture de la politique économique.
06:45Le deuxième ordre, c'est la répartition intersectorielle.
06:47Le troisième ordre, c'est la répartition intrasectorielle.
06:50Par conséquent, les entreprises,
06:52ne créant pas leurs propres demandes,
06:54ne peuvent pas créer l'emploi qui y correspond.
06:57Ça se saurait.
06:58Si les entreprises pouvaient créer la demande
07:00qui va entraîner de la création de postes de travail,
07:02nous vivrions dans un capitalisme d'une parfaite stabilité,
07:06dans lequel il n'y aurait jamais la moindre crise,
07:07jamais la moindre faillite, etc.
07:11Et là, moi, ça me refait immanquablement penser
07:14à un épisode qui était absolument délicieux,
07:16qui était celui du CICE.
07:17La droite complexée de François Hollande
07:20avait mis en place le CICE,
07:21qui consistait en une...
07:24Je veux dire, c'était un dégrèvement de cotisations sociales,
07:27mais c'était en dizaines de milliards d'euros que ça se passait.
07:29Je veux dire, je ne sais plus si c'était 20 ou 30,
07:31je ne me souviens plus très bien.
07:33Et puis, c'est normal.
07:34Tu vois, on est socialiste,
07:36on pense que l'entreprise crée l'emploi,
07:37donc on lui fait la vie meilleure.
07:39Par conséquent, elle va créer des emplois.
07:40Et à ce moment-là, je ne sais pas si tu te souviens,
07:42mais Pierre Gattaz...
07:44créé un million d'emplois.
07:45Alors voilà, notre ami Pierre Gattaz,
07:48qui était le président du MEDEF,
07:50avait, comment dirais-je,
07:52apporté pour toute garantie
07:55à la création du million d'emplois
07:57la fabrication de pins,
07:59où il y avait marqué un million d'emplois.
08:01Oui, dans le coin, évidemment,
08:03on n'en a pas vu la couleur d'un seul.
08:06Et il y avait eu un épisode qui était...
08:08Il y en a eu quelques-uns.
08:10Il y en a eu quelques-uns.
08:12Mais si tu rapportes l'argent investi
08:15par emploi créé,
08:16c'est absolument grotesque.
08:20Et là-dessus, je me souviens
08:21qu'un journaliste,
08:24dont je me demande encore
08:26s'il était un peu rotor
08:28ou totalement idiot,
08:31avait tendu son micro
08:33au président de la Confédération Générale
08:35des Petites et Moyennes Entreprises.
08:37Et il lui avait dit,
08:38bon, ben voilà, le CICE est voté,
08:39vous allez maintenant créer des emplois.
08:41Donc, tu lui avais dit,
08:41mais non, non, nous,
08:43on ne crée des emplois
08:44que si notre carnet de commande est rempli.
08:45C'est-à-dire si on rencontre une demande.
08:47Ce qui est vrai.
08:48Ce qui est vrai.
08:49Et ce qui n'est pas à la portée des entreprises.
08:51Elles n'ont pas le pouvoir
08:52de créer leur propre demande.
08:53Donc, de créer l'emploi
08:54qui correspond à cette demande.
08:56Par conséquent,
08:57les riches financent l'économie.
08:59Faux.
09:00Les patrons créent l'emploi.
09:02Faux également.
09:03Donc, à un moment,
09:03il va falloir renoncer à...
09:06Tu vois.
09:07A tous, il y a les Jeannes.
09:38Sous-titrage Société Radio-Canada
09:40...
09:41...
09:42...
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