00:00Pourquoi ce qu'il y a autant d'extrême droite chez les ouvriers, c'est que la gauche, quand elle
00:03est au pouvoir, a explicitement, consciemment et publiquement gouverné contre les ouvriers et contre les employés, contre les gens ordinaires
00:11en leur disant que s'il y avait du chômage, c'était de leur faute.
00:13C'est un peu compliqué après de leur demander de voter pour vous.
00:22En 1981, lorsque les sociali-communistes arrivent au pouvoir pour la dernière fois de l'histoire de France, la dette,
00:28c'est 20% du PIB.
00:30Et aujourd'hui, c'est 110%.
00:32Donc là, on se dit quand même, qu'est-ce qui s'est passé ? 1981, ce n'est pas
00:35il y a un siècle.
00:36Et le premier accident, justement, c'est Maastricht.
00:40Donc là, il va falloir me laisser développer un tout petit peu parce que sinon, ce n'est pas possible.
00:44Donc, qu'est-ce que c'est que le traité de Maastricht ?
00:46À ce moment-là, je sais que c'est impossible, j'ai des étudiants, donc je sais ce que c
00:50'est, d'imaginer pour les jeunes d'aujourd'hui, il n'y a pas l'euro.
00:54Il n'y a pas l'euro, il y a le franc, il y a le deutschmark.
00:56Et c'est encore plus que ça, c'est qu'on ne sait pas s'il y aura l'euro.
01:00Et donc, le traité de Maastricht, c'est qu'on passe de la communauté économique européenne, la CE, à l
01:06'Union européenne, avec un sceau fédéral,
01:08avec la création, enfin la perspective de création de la Banque centrale européenne, qui n'existe pas, et de l
01:15'euro qui existe encore moins.
01:16Il faut vraiment faire cet effort de se replacer dans ce monde où rien de tout ça n'existe.
01:20Et donc, à ce moment-là, on a des pays économiques européens qui sont très différents,
01:25notamment la France, l'Italie et l'Allemagne, avec la France et l'Italie qui ont des taux d'inflation
01:30beaucoup plus élevés que celui de l'Allemagne.
01:34Et là, il y a un premier mécanisme à connaître, c'est que le taux de change entre deux monnaies
01:39de pays proches par ailleurs
01:41va évoluer en fonction de leur taux d'inflation relatif.
01:45C'est-à-dire, s'il y a plus d'inflation en France qu'en Allemagne,
01:49le franc va se casser la gueule sur le marché des changes par rapport au deutschmark,
01:53et le deutschmark va s'apprécier par rapport au franc.
01:55Et c'est ce qui se passe.
01:56Et ça, ça rend fou les dirigeants français pendant les années 80.
02:00Et il y a cette décision majeure qui est prise par la gauche, ça qui est très drôle,
02:06François Mitterrand, Jacques Delors, de faire, comme on dit, la monnaie unique,
02:09parce qu'à l'époque, on nous fait tout un baratin sur l'Europe politique, l'Europe sociale,
02:13qui va découler de cette monnaie unique.
02:15Bref, le problème qu'on a, c'est qu'avant d'arriver à la monnaie unique,
02:19il faut que les taux de change soient stables.
02:21C'est-à-dire qu'en fait, il faut qu'on ait quasiment déjà une seule monnaie
02:25avant de pouvoir créer la vraie monnaie unique.
02:27Et donc, il faut que le taux d'inflation soit les mêmes.
02:31Et là, il y a deux solutions.
02:32Il y a une solution géniale de gauche qui serait de faire monter l'inflation en Allemagne
02:37en augmentant les dépenses publiques, en augmentant les salaires,
02:40en distribuant de l'argent dans la rue.
02:42Bizarrement, cette option n'est pas retenue.
02:44Et il y a une autre option qui est de baisser l'inflation en Italie et en France.
02:48Et autre chose à connaître très importante, il n'y a rien de plus facile que de casser l'inflation.
02:55Il n'y a rien de plus facile que de casser l'inflation.
02:58Il suffit d'augmenter très fortement les taux d'intérêt.
03:01Et donc, la Banque de France va très fortement augmenter les taux d'intérêt.
03:04Et les gens qui suivent l'actualité économique, c'est la même erreur qu'a refait ces deux dernières années
03:08la Banque Centrale Européenne.
03:10Donc la Banque de France, sous l'impulsion d'un abruti complexe qui s'appelle Jean-Claude Trichet,
03:15qui sera ensuite le premier dirigeant de la Banque Centrale Européenne,
03:19va volontairement, il faut quand même bien comprendre ça,
03:21va volontairement briser la croissance en France,
03:24va volontairement créer de la récession en France,
03:27va volontairement faire exploser le chômage en France.
03:30J'avais 20 ans à l'époque, j'en connais très bien.
03:32Le taux de chômage, il monte à 12%.
03:34Et évidemment, qu'est-ce qui se passe quand vous étranglez l'économie,
03:38que vous lui serrez le kiki avec des taux d'intérêt extrêmement élevés,
03:41c'est que plus personne n'achète de maison,
03:44donc l'immobilier s'effondre, comme aujourd'hui,
03:46les entreprises n'investissent plus, comme aujourd'hui.
03:49Et donc, l'inflation, il n'y a plus de demande, il n'y a plus d'argent,
03:53donc il n'y a plus de pouvoir d'achat.
03:54Donc qu'est-ce qui se passe du côté des entreprises maintenant ?
03:56Maintenant, on est du côté des entreprises, je cherche à vendre,
03:59il n'y a pas de demande, qu'est-ce que je fais ? Je baisse mes prix.
04:01Ben voilà, l'inflation est brisée.
04:02Et Jean-Claude Trichet, il est content.
04:03Alors, mais la fin de l'histoire, c'est que quand il y a de la récession à cause de
04:08Trichet,
04:09les dépenses sociales augmentent,
04:11et comme il y a de la récession, il y a de la baisse de rentrée de TVA,
04:14il y a de la baisse de rentrée d'impôt sur le revenu.
04:17Donc, les recettes publiques baissent,
04:19les dépenses publiques augmentent,
04:21et donc tu as un énorme déficit.
04:23Tu as un énorme déficit, tu as une énorme dette.
04:25Maintenant, il faut que les gens aient dans leur tête
04:27la petite équation très simple,
04:30dette publique au numérateur divisé par PIB au dénominateur.
04:34Je viens de dire qu'on a beaucoup de déficit,
04:36donc la dette au numérateur augmente,
04:39mais je viens de dire qu'on a une récession.
04:40Donc le PIB baisse.
04:43Donc le ratio dette publique sur PIB explose,
04:45parce qu'il augmente par le haut, il baisse par le bas,
04:47et donc il augmente deux fois plus vite.
04:48Résultat, je vous donne les chiffres.
04:49Alors, en 1990, la dette publique, c'est 35% du PIB.
04:55Cinq ans plus tard, c'est 55% du PIB.
05:00On prend 20 points dans la tronche de PIB,
05:03de dette publique en cinq ans.
05:05C'est du délire.
05:07Et là où c'est drôle,
05:08c'est que le traité de Maastricht et le pacte de stabilité
05:11qui sera adopté plus tard,
05:12ont pour but premier de lutter
05:15contre les déficits publics en Europe.
05:17Voilà.
05:18Et donc ça, c'est le message principal
05:20que je vais vous indiquer aujourd'hui.
05:22C'est qu'on sait, nous les économistes,
05:23et c'est une mécanique très simple
05:24que je viens de vous expliquer en deux minutes,
05:26en étant un tout petit peu attentif.
05:28Lorsque vous brisez la croissance,
05:32notamment que, donc là, vous voyez,
05:33lutter contre l'inflation ou mener la politique d'austérité
05:35pour lutter contre le déficit,
05:36c'est exactement la même politique,
05:38vous perdez sur tous les plans,
05:40notamment vous faites augmenter très fortement
05:42le ratio dette publique sur le PIB.
05:45D'ailleurs, le suicide,
05:47au sens propre du terme de Pierre Bérégovois,
05:50c'est ça, Pierre Bérégovois,
05:52homme d'une intégrité,
05:54d'un courage incroyable dans toute sa vie,
05:56qui n'avait même pas le bac,
05:57venu de la classe ouvrière,
05:59il se rend compte à la fin de sa vie
06:00que quand il est au pouvoir,
06:01il a œuvré contre la classe ouvrière.
06:03Et le résultat aujourd'hui,
06:05c'est en gros la montée de l'extrême droite
06:06chez les ouvriers.
06:07Pourquoi est-ce qu'il y a autant de votes
06:09d'extrême droite chez les ouvriers ?
06:10C'est que la gauche, quand elle est au pouvoir,
06:12a explicitement, consciemment
06:14et publiquement gouvernée contre les ouvriers
06:17et contre les employés,
06:18contre les gens ordinaires,
06:19en leur disant que s'il y avait du chômage,
06:20c'était de leur faute.
06:21C'est un peu compliqué après de leur demander
06:22de voter pour vous.
06:24Donc, Pierre Bérégovois se suicide
06:25parce qu'il se rend compte
06:26qu'au nom de ces grands idéaux européens
06:29qui étaient portés,
06:30évidemment, par François Mitterrand,
06:32il a mené une politique antisociale
06:34absolument catastrophique.
06:35Maintenant, si tu regardes
06:37l'objectif que s'était donné cette politique
06:39qui était de briser l'inflation,
06:40c'est réussi.
06:41C'est réussi.
06:42Non, non, mais là, je suis très sérieux.
06:43Et donc, le taux de change
06:45entre le franc et le Deutsche Mark
06:47se stabilise.
06:47Moi, je me rappelle,
06:48c'est une archive qu'on doit pouvoir retrouver
06:50dans les années 80,
06:51lorsque le taux d'inflation en France
06:53passe en dessous du taux allemand,
06:54ça fait la une du 20 heures.
06:55Ça fait la une du 20 heures.
06:57C'est genre, on a pris notre revanche
06:58sur la Seconde Guerre mondiale
07:00et sur l'attentat contre Patrick Batistou
07:02en 1982 par Harold Schumauer.
07:05Voilà, le taux d'inflation français
07:06est enfin inférieur au taux d'inflation allemand.
07:08Donc là, les Français retrouvent
07:12leur grandeur.
07:14Et parce que les taux de change sont stables,
07:16on crée l'euro.
07:17On crée la monnaie unique.
07:19Donc après, il y a tout un truc
07:20pour te dire ça valait le coup, etc.
07:23Et d'ailleurs, ce qui est incroyable,
07:24c'est que quelqu'un comme Jean Quatremer
07:26a écrit un livre avec un journaliste allemand
07:28qui s'appelle « Ces hommes qui ont fait l'euro ».
07:30Et la première ligne de ce livre,
07:32c'est les ministres des finances
07:34au lancement de l'euro,
07:35qui remercie les chômeurs européens
07:37pour leur patience.
07:38Donc ce que je dis là est archi connu
07:41de ceux qui savent.
07:43Enfin, c'est des faits que moi j'ai vécu,
07:45mais qui étaient dans la presse.
07:46Et justement, Jean-Paul Fitoussi
07:48avait été le seul économiste français
07:50à se dresser contre cette folie.
07:52En 1995,
07:54il publie un livre qui s'appelle
07:55« Le débat interdit »
07:57et dont tout le monde a oublié le sous-titre.
07:58Le sous-titre, c'était
07:59« Monnaie, Europe, pauvreté ».
08:02Oui, pauvreté.
08:03Parce qu'ils voient
08:03que ces politiques créent de la pauvreté.
08:34Sous-titrage Société Radio-Canada
08:36Sous-titrage Société Radio-Canada
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