00:00Bonjour, Frédéric Varenne, vous êtes président et fondateur d'Autrera.
00:04Bienvenue dans la French Tech, dans la matinale de l'économie.
00:07Entreprise ex-soise, on parle ici de construction de réacteurs nucléaires.
00:11Rappelez-nous quel type de réacteurs vous faites ?
00:14C'est ce qu'on appelle des SMR en anglais, des Small Modular Réactors.
00:19C'est des réacteurs de plus petite puissance que ce qu'on connaît du parc d'EDF
00:22et des grands réacteurs de puissance tels qu'on les fait aujourd'hui.
00:28Et l'intérêt de ces petits réacteurs, c'est de pouvoir produire de la source d'énergie au plus près
00:33des besoins
00:35et de pouvoir se dispatcher sur des territoires, en Europe en particulier.
00:40Alors, on en reçoit régulièrement des entreprises françaises qui font des SMR, ça nous passionne.
00:44Mais sans trop entrer dans les détails non plus, on a l'impression qu'il y a différents types de
00:48technologies.
00:48Alors, je ne sais pas si elles se font concurrence ou si elles se complètent.
00:51Vous, ce sont des réacteurs à sodium liquide.
00:55Alors, il faut nous expliquer simplement, si c'est possible, ce que c'est
00:58et la différence et la valeur ajoutée par rapport à ce qui existe aujourd'hui sur le marché.
01:02Alors, oui, c'est un sodium liquide et un neutron rapide.
01:04Alors, on rentre un peu dans la technique.
01:06Mais en fait, c'est une technologie qu'on connaît depuis 60 ans, 70 ans.
01:10La France a construit des réacteurs de cette technologie-là, qui s'appelait Superphénix.
01:14Superphénix.
01:14Qui s'appelait Phénix.
01:15Et un grand projet français, dans les années 2010-2020, qui s'appelait Astrid,
01:22qui était un grand projet de réacteur sur cette technologie-là.
01:24Donc, c'est une technologie qui est connue.
01:25L'avantage de cette technologie, c'est que, justement, ces neutrons rapides,
01:29parce que c'est le sodium qui le permet, qui est transparent aux neutrons,
01:32permet d'avoir des capacités de ces réacteurs-là, en particulier de recycler du plutonium usagé,
01:38de pouvoir éventuellement faire de la transmutation de ce qu'on qualifie de déchets nucléaires,
01:44et surtout, de pouvoir réutiliser l'uranium opauvri sur le territoire.
01:47En fait, c'est une source d'indépendance énergétique extrêmement puissante.
01:51En fait, avec ces réacteurs-là, on n'a plus besoin de mines d'uranium.
01:54On a nos mines, ce sont les assemblages jugées du parc d'EDF,
01:58et l'uranium opauvri qu'on a sur le sol.
02:00Et quand on regarde ce qu'on peut projeter avec ça,
02:03c'est de l'ordre d'indépendance énergétique de l'ordre du millénaire.
02:07Ah oui, c'est énorme.
02:07Alors pourquoi on ne le fait pas, ou pourquoi on a abandonné ces projets ?
02:10Parce que le nucléaire a subi certains, je dirais, coups de mou, on va dire,
02:18ou je ne sais pas comment dire.
02:19Mou politique ?
02:20Alors, politique, oui, il y a eu des accidents nucléaires de Fukushima,
02:24qui a même, au sein de l'Europe, posé des questions.
02:28L'Allemagne est sortie, l'Italie aussi, etc.
02:30Oui, un choc psychologique, on va dire.
02:31Oui, mais qui n'a pas été géré au sens d'une vision d'indépendance énergétique.
02:36Et ça, le sujet aujourd'hui est quand même là.
02:40Alors, l'actualité nous a rattrapés avec la guerre en Ukraine.
02:44Là, on apprend sur BFM TV que ça y est, la paix est signée entre les USA et l'Iran.
02:52Mais on voit bien qu'on est très exposés, en fait, à cette question d'énergie,
02:58qui n'était pas une question pour le public.
03:00Et encore 10 ans, l'énergie, c'était normal.
03:03Et aujourd'hui, quand même, on s'aperçoit que c'est un vrai sujet.
03:05Bon, là, on parle des réacteurs de demain.
03:08Vous l'avez dit, c'est des petites tailles.
03:09Ça se plug sur les zones industrielles, sur les agglomérations.
03:12Au niveau industriel, vous en êtes où ?
03:15Vous levez des fonds pour le fabriquer, ce réacteur ?
03:17Alors, on lève des fonds pour ce qu'on appelle monter en maturité technologique.
03:25C'est déjà la première étape.
03:27Donc, aujourd'hui, on a sécurisé 17 millions d'euros sur un total de sécurisation
03:32depuis le début du projet de 21 millions d'euros.
03:35Et ça, c'est important parce que ça nous permet de faire ce qu'on étudie
03:38des avant-projets sommaires.
03:39Et là, on est rentré en avant-projet détaillé.
03:41C'est le déroulé classique d'un projet technique.
03:44L'enjeu, il est devant nous, là, maintenant, d'aller lever de façon supplémentaire.
03:49Donc, on vise une levée importante en fin d'année.
03:52Et on a, dans nos actionnaires, l'entrée au capital d'EDF qui n'est pas anodin.
03:57Mais technologiquement, ça fonctionne, en tout cas.
03:58C'est ce que vous nous dites.
03:59Oui, technologiquement, on connaît cette technologie-là.
04:03Elle est exploitée dans le monde.
04:04Ça paraît fou de se dire qu'on...
04:05Parce que là, vous nous dites, en gros, on fait d'une pierre deux coups
04:07et d'une certaine manière, on répond même aux critiques des antinucléaires
04:10sur le stockage des déchets.
04:11Là, en fait, on réutilise des déchets, on se débarrasse des déchets
04:15et on s'en sert pour notre indépendance énergétique.
04:18Donc là, c'est la recette miracle.
04:20Oui, alors, on crée toujours des déchets ultimes qu'on vitrifiera
04:24et qu'il faudra enfouir.
04:26Mais beaucoup moins.
04:26Mais beaucoup moins, beaucoup moins.
04:27Et donc ça, c'est quand même un enjeu sociétal important.
04:31Alors, pourquoi on ne l'a pas fait ?
04:33Parce que je pense que dans les années 70,
04:36il y avait des plans qui étaient bien lancés suite au nucléaire,
04:40ce qu'on connaît d'aujourd'hui, le nucléaire du futur.
04:43Mais il est resté dans le futur et il s'est prolongé dans le futur.
04:46Voilà.
04:46Aujourd'hui, je crois qu'il y a des prises de conscience.
04:49Il y a eu le discours d'Emmanuel Macron à Belfort en 22.
04:52Et à partir de là, on voit que la puissance publique s'est réalignée.
04:56Il y a un gros sujet en ce moment énergétique.
04:58C'est autour des data centers, avec l'intelligence artificielle notamment.
05:01On en parle beaucoup.
05:02Est-ce que les SMR pourraient être carrément collés à ces gros projets de data centers ?
05:06Ça pourrait être une des applications industrielles ?
05:08Oui, tout à fait.
05:09Alors, nous, on travaille sur ces sujets-là.
05:11On discute avec des opérateurs data centers
05:13qui déjà s'implantent en France de façon importante
05:15parce que justement, la France répond à ces critères-là.
05:18Elle a une électricité bas carbone grâce à EDF,
05:20son parc nucléaire, son électricité, ses ENR.
05:24Et en effet, ils recherchent des sources colocalisées d'énergie.
05:28Et ils ont une autre question sur les data centers, c'est le refroidissement.
05:31Et ils dépassent beaucoup d'énergie à refroidir leurs réacteurs.
05:34Or, ces petits SMR, et je n'en ai pas parlé, mais c'est un point clé,
05:37peuvent fournir aussi de la chaleur.
05:38Et avec de la chaleur, on peut faire du froid.
05:40C'est une pompe à chaleur, ça s'appelle.
05:42Donc, on peut aussi leur fournir de quoi refroidir les data centers.
05:46Il sera après quand ?
05:47On vise le premier en 2032.
05:492032, et après, dans vos plans, vous en construisez combien ?
05:53On en construit une vingtaine entre 2035 et 2050.
05:56Merci beaucoup Frédéric Varenne, président et fondateur d'Autrera,
05:59d'être venu ce matin.
06:00Merci.
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