00:008h20 sur BFM Business et sur AMC Live, on va parler nucléaire et surtout réacteur SMR avec notre invité Nicolas
00:06Breton.
00:06Bonjour, vous êtes le fondateur et président de Steralia.
00:09Vous avez déposé en décembre dernier une demande d'autorisation auprès de l'autorité de sécurité nucléaire pour développer un
00:14prototype de mini-réacteur.
00:16Vous êtes la deuxième à avoir franchi cette étape après Jimmy, donc c'est important.
00:20En quoi ça consiste ? Est-ce que ça veut dire qu'on va bientôt pouvoir avoir de l'énergie
00:24produite par votre SMR ?
00:26Est-ce que ça se rapproche de mois en mois ?
00:28Alors nous sommes prudents, nous travaillons en trois étapes.
00:33Nous allons développer un premier prototype qui est le plus petit prototype que nous pouvons faire pour faire la première
00:41réaction en chaîne dans un cœur liquide à sel fondu et à neutrons rapides.
00:45Ça n'a jamais été fait dans le monde, donc nous allons faire ça à cas d'arrache dans un
00:51premier temps.
00:52Ça s'appelle Alvin, en hommage à Alvin Weinberg qui est le père des réacteurs à sel fondu.
00:57Et puis dans un deuxième temps, nous allons grossir un petit peu la taille de ce prototype pour faire un
01:02démonstrateur qui s'appelle Megalvin, de l'ordre de 10 mégawatts thermiques,
01:05qui permettra de tester la corrosion et puis de tester l'ensemble des composants qui sont nécessaires aux réacteurs commerciaux.
01:12Et en 2035, nous pourrons construire le fourni-réacteur.
01:15Ça n'a jamais été fait. Question de novice totale. Si ça ne marche pas, c'est parce que ça
01:19explose ?
01:20Alors justement, ça n'explose pas. Justement, les réacteurs à cœur liquide sont extrêmement sûrs, puisqu'en fait, on a
01:27une dilatation à la vitesse du son et ça éteint la réaction en chaîne extrêmement rapidement.
01:32Donc la première étape, c'est justement de tester la réaction en chaîne.
01:35Donc ça s'arrête en fait.
01:36Et la sûreté intrinsèque de ce réacteur, ce qui permettra justement aux autorités de sûreté de confirmer l'ensemble des
01:41codes de calcul qui ont été développés.
01:45Alors vous avez utilisé des mots compliqués, sel fondu, liquide et neutron rapide, c'est ça ?
01:51C'est ça.
01:52Alors il faut que je vous expliquiez, c'est quoi la différence par rapport aux centrales nucléaires telles qu'on
01:55les connaît aujourd'hui, fondamentalement ?
01:57Alors depuis 70 ans, nous faisons des réacteurs à cœur solide, donc c'est des barres d'oxyde d'uranium.
02:04Et là, on est sur un réacteur à cœur liquide, dans un sel.
02:08Le sel, au-delà de 450 degrés, il est liquide.
02:10Du sel comme du sel de table ?
02:12Quasiment comme du sel de table, tout à fait.
02:14On va y intégrer de l'uranium et du plutanium et avec ça, on va pouvoir faire une réaction en
02:20chaîne.
02:21L'énorme avantage d'un cœur liquide, c'est qu'il se dilate extrêmement rapidement.
02:25Et donc il peut s'auto-adapter à n'importe quelle puissance.
02:27Donc la sûreté intrinsèque est très forte.
02:30La deuxième chose, c'est que c'est un cœur liquide.
02:31Donc on peut évacuer le sel par gravité très facilement dans des réservoirs sous-critiques.
02:36Et donc ça permet d'avoir des nouveaux niveaux de sûreté qui sont inégalables par rapport à aujourd'hui.
02:40Vous êtes dans la même catégorie de SMR que Narea, qui a eu des grosses difficultés financières.
02:45Il y a même eu un repreneur qui est parti la veille de l'échéance.
02:49C'est quand même très compliqué financièrement.
02:52Est-ce que vous faites la même chose ? Est-ce que c'est quand même différent ?
02:55Alors les réacteurs à cœur liquide, c'est une famille de réacteurs.
02:58C'est aussi différent entre un réacteur à cœur liquide et un autre réacteur à cœur liquide
03:02que les réacteurs type, je ne sais pas, un RBMK de Tchernobyl ou un réacteur oppressurisé en France.
03:11Donc c'est la même famille, mais ça n'a rien à voir.
03:13Voilà, donc c'est très différent.
03:15En effet, nous nous positionnons sur des réacteurs de taille beaucoup plus importante,
03:20de 150 mégawatts électriques.
03:22Donc si vous prenez quatre réacteurs Stellaria, vous allez avoir l'équivalent d'une tranche nucléaire,
03:27ce qui permet d'avoir des coûts fixes amortis beaucoup plus facilement.
03:32Et alors il y a un gros avantage de votre technologie quand même,
03:35parce que l'argument ou l'un des arguments des anti-nucléaires,
03:38ce qu'il en reste encore, c'est de dire, il y a les fameux déchets dont on ne peut
03:42rien faire.
03:43Et en fait, vous, votre technologie, elle permet d'utiliser les déchets nucléaires comme combustibles.
03:49Tout à fait. Alors en fait, on a deux types de combustibles possibles.
03:54Ou alors ce qu'on appelle du HALEU, donc de l'uranium classique.
03:58Ou alors les combustibles usés, des centrales existantes.
04:03On met dans du chlore, dans du NACL, donc du sel de table, qui est purifié.
04:10Et ça, ça permet de réutiliser 99% de l'énergie qui n'est aujourd'hui pas utilisée,
04:18qui est sous forme d'énergie fertile.
04:19Donc on a 5 000 ans d'énergie disponible sur notre sol.
04:22On transforme en déchets finalement en énergie.
04:26Et puis les déchets de haute activité à vie longue, les déchets qui sont compliqués,
04:30on peut aussi les brûler dans notre réacteur.
04:32Mais donc on n'aurait plus besoin à terme de les enfouir ou on les récupérerait ?
04:36Alors il y aura toujours quelques déchets à réduire.
04:41On ne sait pas quoi faire, oui.
04:42Par exemple, que ce soit pour la fission ou la fusion, il y a ce qu'on appelle l'activation
04:46des métaux.
04:47Donc ça fait des métaux qu'il faut stocker.
04:50Là, on ne peut rien en faire.
04:51C'est ce dont...
04:52Voilà. Mais par contre, pour tout ce qui est combustible, on peut en effet régénérer notre combustible.
04:56Comment vous voyez la course sur l'ASMR aujourd'hui ?
04:59Vous dites que c'est celui qui va le plus vite.
05:00Là, vous êtes deux à avoir demandé une autorisation et on se va le plus vite gagner.
05:05C'est celui qui a le plus de subventions.
05:07C'est quoi qui fait la différence ?
05:08C'est la techno ? Fallait miser sur le bon cheval ?
05:11Alors nous, on pense que la technologie, c'est très important.
05:14On pense que pour arriver à faire un réacteur commercial,
05:19il faut qu'on ait quelque chose de rentable, à la fois sur le cycle,
05:22c'est-à-dire le fait qu'on améliore la fermeture du cycle,
05:26et puis sur le réacteur.
05:29Et puis après, dans un deuxième temps, je pense qu'il faut être raisonnable,
05:32il faut passer les étapes une à une, petit à petit,
05:35et donc c'est pour ça qu'on passe par la phase prototype, démonstrateur,
05:37avant le réacteur commercial.
05:39Il y a 127 projets dans le monde, je parle souvent de contrôle, mais de SNR,
05:42donc c'est vrai que c'est une vraie question,
05:43c'est lesquels vont survivre à la fin,
05:44et est-ce qu'il n'y aura pas une concentration ?
05:46J'allais dire une fusion dans le nucléaire, ce serait intéressant.
05:48Mais est-ce qu'il y a aussi une question de débouchés
05:50qui sont probablement de plus en plus importants ?
05:52On parle beaucoup d'intelligence artificielle,
05:54des GAFAM qui investissent aussi dans le nucléaire.
05:56Est-ce que la structure de demain pour l'IA,
05:58ce ne sera pas finalement le data center,
06:00et puis le mini réacteur qui sera derrière le data center
06:03pour l'alimenter, auquel cas vous auriez des débouchés
06:05qui sont absolument massifs, y compris en France d'ailleurs ?
06:07Alors c'est exactement notre cœur de cible,
06:10puisque nous avons signé un contrat commercial avec Equinix,
06:12qui est le leader mondial du data center,
06:14qui a 270 data centers dans le monde,
06:16et qui souhaite réserver les premiers réacteurs Stellaria
06:20pour des data centers de grande taille,
06:23des data centers IA, sur notre sol.
06:26Donc c'est une sorte de précommande ?
06:27Tout à fait.
06:28Et ça, on peut alimenter du coup un data center avec un mini réacteur ?
06:31Alors ce qui est fantastique, c'est qu'on peut en effet avoir un data center
06:33autonome en énergie sur l'ensemble de sa durée de vie
06:35sans avoir à le recharger.
06:37En fait, on régénère 100% notre combustible,
06:39ça signifie qu'une fois que vous avez embarqué le combustible
06:44et que vous avez mis deux réacteurs à côté d'un data center,
06:47vous allez pouvoir être entièrement autonome.
06:48Vous, vous pouvez plugger ça à côté d'un data center
06:54sans règles particulières ?
06:55Parce que là, vous travaillez sur cas d'arrache,
06:57donc c'est déjà les mêmes règles.
06:58Alors on travaille sur cas d'arrache pour le prototype,
06:59puisque c'est une zone de recherche et on va faire un réacteur d'essai.
07:02Maintenant, pour le réacteur commercial,
07:03l'objectif, c'est justement de montrer la sûreté intrinsèque
07:06de telle sorte qu'on puisse déployer plus facilement
07:08ce type de réacteur dans des zones qui sont aujourd'hui non nucléarisées.
07:11Et les autres cas d'usage, du coup,
07:12on parlait de l'IA, mais c'est quoi ?
07:14C'est justement sur des industries électro-intensives
07:17sur lesquelles on pourrait là aussi plugger des réacteurs ?
07:20Tout à fait. Ce réacteur, il a été conçu dans les années 60
07:23par les Américains par la flexibilité qu'il apporte.
07:27C'est-à-dire qu'il va à la hausse et à la baisse extrêmement rapidement.
07:30Donc il peut s'adapter, par exemple, à de la métallurgie.
07:33Donc si vous voulez avoir des pourarques
07:36pour pouvoir décarboner les processus de métallurgie,
07:40c'est très intéressant parce que vous allez pouvoir arrêter
07:42et redémarrer la puissance de ce réacteur très rapidement.
07:47Merci beaucoup Nicolas Breton d'être venu ce matin
07:49dans la matinale de l'économie.
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